‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1928Chapitre 7 sur 336 · M. MONNET · texte numérisé non relu

M. MONNET

Elu au deuxième tour de scrutin, — 8,672 voix.

Citoyens et chers Camarades,

Le 22 avril, le suffrage universel e&Lappelé à choisir les voies dans lesquels il va engager la République,

Il va falloir voter pour ou contre r Uni on nationale qui n'est que la coalition capitaliste victorieuse de la démocratie.

Les élections du 11 mai 1924 avaient consacré le triomphe du nombre but T argent.

Un gouvernement démocratique remplaçait le gouvernement du Bloc national*

Mais, les puissances financières ont pris leur revanche* Leur chantage effroyable a vaincu les gouvernements du cartel,

L’Union nationale, c'est l’argent triomphant, c'est le suffrage universel vaincu.

C'est le retour au pouvoir de Poincaré qui en avait été chassé par les élections de 1:924,

C'est le retour au pouvoir de l’homme que nous ont imposé ceux qui, par leurs manœuvres criminelles, ont amené le pays à deux doigts de la faillite.

C’est la victoire complète de tous ces pseudo-patriotes qui, pour se soustraire à leur devoir fiscal, ont exporté leurs capitaux, spéculé contre le franc et refusé tout crédit à l'État.

C'est le triomphe du grand capitalisme qui fait aussitôt diminuer les impôts sur les grosses successions et sur les gros revenus*

C'est 4 milliards de charges supplémentaires imposées aux classes moyennes, par les impôts cédulaires qui frappent les salaires, les bénéfices agricoles, les bénéfices industriels et commerciaux, les fonciers bâtis et non bâtis*

C’est 6 milliards d’impôts supplémentaires, accablant les consommateurs, qui aujourd’hui payent 20 milliards d’impôts de consommation, soit 500 francs par tête d’habitant, sacrifiée démesuré pour le budget d’un travailleur et particulièrement pour un chef de famille nombreuse.

C’est le marasme dans les affaires.

C’est la vie toujours plus chère, malgré la revalorisation.

Mais V Union nationale, c'est, en outre, le triomphe politique de la bourgeoisie réactionnaire.

En vain, les élections de 1924 avaient-elles fait supprimer les décrets-lois.

Poincaré les a fait rétablir et il a pu supprimer des Sous-Préfets (comme à Château- Thierry), des tribunaux (comme à Boissons), sans que le Parlement n’ait jamais eu à sanctionner ces mesures.

En vain, nous avait-on promis de désarmer et d’instaurer dans 1 Europe une paix définitive.

Le service de dix-huit mois subsiste, les périodes de réserves ont été rétablies et la course aux armements sévit avec autant d’intensité qu en 1914,

En vain nous avait-on promis de supprimer les Conseils de guerre, de supprimer les lois scélérates, d’étendre la liberté syndicale aux fonctionnaires.

Poincaré a posé la question de confiance contre tous ces projets, qui pourtant n intéressaient en rien la question financière. Et la masse radicale, définitivement enchaîne e a son char de triomphe, s’est inclinée, la tête basse et une fois encore, a renié ses promesses.

L’Union nationale, c’est le capitalisme qui se renforce, c’est l’injustice fiscale qui s’accroît, c’est la réaction qui gouverne.

Notre politique financière :

Comme en 1919, comme en 3924, le Parti socialiste propose au corps électoral de renverser cette politique d’égoïsme et de réaction.

Nous voulons que la démocratie commande et que les lois inspirées par la justice et par l’intérêt général s’appliquent à tous les citoyens, y compris les riches et les puissants.

Nous voulons diminuer les impôts de consommation, réaménager l’impôt séries salaires, qui fait payer deux fois le même impôt aux assujettis, réduire les taxes qui écrasent le petit commerce, l'artisanat et la petite culture.

Nous voulons faire payer d’une façon rigoureuse l’impôt sur le revenu, en contrôlant les déclarations.

Nous voulons commencer l’ amortissement de notre dette publique par un prélèvement sur îa fortune acquise, qui comprendra à la base un dégrèvement pour les capitaux inferieurs à 1 00. 000 francs et qui, au-dessus de ce chiffre sera appliqué avec un taux progressif de façon qu’il retombe principalement sur les grosser fortunes.

Nous voulons comprimer les dépenses militaires qui sont en valeur or supérieures à 1914.

Nous voulons nationaliser les grands monopoles privés, qui détenus par une minorité de privilégiés rançonnent tout l’ensemble de notre pays, comme c est le cas pour les sociétés d’assurances, pour les mines, pour les pétroles, pour les chemins de 1er, pour les sucres, pour les engrais. Et nous entendons donner à ces nationalisations une organisation industrielle, constituée par une représentation des usagers, par le personnel et les techniciens intéressés à la bonne marche de l’affaire, le tout sous le contrôle de 1 Etat.

L’école unique :

Et dotant ainsi notre budget des excédents nécessaires, nous pourrons réaliser la réforme complète de l’enseignement, pour que la instruction ne soit plus le privilège

des enfants de la bourgeoisie.

Et quand nous aurons réalisé l’école unique, ce sera l’aurore d’une société nouvelle ou ce ne sera plus l'argent qui fera la loi, mais où chacun, tout au cod traire, occupera la place que lui réserveront son mérite et son intelligence.

Assurances sociales :

Nous mettrons en application les assurances sociales que le Parlement vient de voter pour garantir le risque de maladie et donner aux vieillards la rente nécessaire à assurer la fin de leur vie, mais dont la réalisation plus ou moins libérale, dépend du prochain gouvernement que le pays se sera donné.

Nous comprendrons dans 'ces assurances sociales les allocations familiales nécessaires pour atténuer les charges que les pères de famille ont assumées, en élevant des enfants qui seront les citoyens de demain, allocations qui ne seront justes que lorsqu’elles seront enlevées à la gestion patronale, qui les détournant de leur but, en fait une arme supplémentaire d asservissement.

Nous comprendrons dans les assurances sociales, le risque de chômage, qui est pour le salarie un risque aussi grave que la maladie et le risque qui asservit de plus la liberté politique de 1 ouvrier à la volonté de son employeur.

Réglementation des salaires,

Les assurances sociales demandent aux travailleurs un sacrifice de 5 0/0 sur leurs salaires déjà trop réduits pour leur permettre de vivre. Nous constituerons des commissions paritaires, sous le contrôle des pouvoirs publics, pour fixer régionalement et par corporation e minimum des salaires, au-dessous desquels il sera interdit de descendre.

Majoration des retraites et des pensions :

Nous adopterons au coût actuel de la vie, les retraites ouvrières et paysannes, ainsi que les retraites civiles et les pensions des mutilés de guerre.

assistance et organisation du travail :

Nous développerons les budgets de l’hygiène et de l’assistance, pour lutter contre les eaux sociaux, tuberculose, syphilis, cancer et diminuer la mortalité infantile.

Nous poursuivrons une amélioration de la loi de 1808, sur les accidents du travail

et exigerons le vote rapide par le Sénat, du projet voté par la Chambre, au mois de décembre dernier.

Nous encouragerons la vie syndicale, reconnaîtrons immédiatement le droit syndical encore refusé aux fonctionnaires; organiserons le contrôle ouvrier pour limiter l’absolutisme patronal et faire appliquer la législation du travail et pour préparer les syndicats ouvriers à une collaboration dans la gestion même des entreprises.

Nous constituerons des commissions paritaires chargées ;du placement de la maind œuvre de façon à limiter l’introduction de la main-d’œuvre étrangère qui vient aujoura hui faire baisser les salaires et priver de travail les ouvriers français.

Nous provoquerons la construction d’habitations à bon marché pour permettre à chaque ravailleur de noire pays de trouver un logement convenable,

... . Xo.US enC°Uragerons Ies ‘■'’ganisaüonà coopératives qui sont les formes les plus aptes à i erer les consommateurs du lourd tribut prélevé par les grandes firmes alimentaires et autres et les seules capables de permettre à la petite exploitation, à la petite culture, à l’arusanatj, de résister à 1 hégémonie capitaliste.

Mais nous lutterons contre ces pseudo-coopératives qui ne sont que le déguisement de groupements commerciaux qui ne cherchent qu’à se soustraire au payement des impôts qui frappent si lourdement le commerce et l'industrie*

Programme agraire :

Nous encouragerons i agriculture par le développement, de l’enseignement agricole des syndicats, mutuelles, coopératives et caisses de crédit, par l’extension des travaux d’électrification et d amélioration du soi par l’institution de commissions arbitrales réglementant la valeur des fermages et les indemnités à accorder aux fermiers à fin de bail pour la plus-value donnés par eux à ia propriété.

Nous constituerons un Office'national du blé pour ie plus grand profit du cultivateur et du consommateur, délivrés de la spéculation qui fait que dans notre pays do culture nous payons le pain plus cher qu’à Paris.

Nous réaliserons la nationalisation de l’industrie sucrière et de l'industrie des engrais pour soustraire k culture à la tyrannie de ces sociétés capitalistes dont lesprofits insolents sont constitués au détriment des cultivateurs mal rémunérés de leurs efforts.

Paix et désarmement;

Nous appliquerons immédiatement le service militaire dTun an et, sans perdre de vue la Défense nationale, nous préparerons le service de six mois en liant cette réforme à [organisation internationale de 3a paix.

Nous mettrons tout en œuvre pour renforcer l'autorité de la Société des Nations, pour consacrer Je principe de 1 arbitrage obligatoire et pour supprimer la diplomatie secrète*

Citoyens !

L accaparement des terres qui s'est produit depuis la guerre et qui continue de sévir détruit progressivement la petite culture, comme l'industrie a détruit l'artisanat, comme les maisons de commerce à succursales multiples ont détruit Je petit commerce,

La face d une classe de plus en plus riche et de moins en moins nombreuse, se dresse une classe prolétaire de plus en plus nombreuse et qui n'a plus que scs bras pour vivre*

Les électeurs du Soissonnais comprendront que seul le Parti socialiste peut remettre de l'équilibre dans notre édifice social.

Seul, Je Parti socialiste représente la justice et le progrès.

Seul, il lutte contre tous les abus et contre fous les privilèges.

Seul, il pourra réaliser la vraie République, où chacun aura sa part de bonheur, où 1 argent ne sera plus le souverain maître, et où l’armature sociale au lieu d’être fondée sur la fortune ne sera' plus établie que sur le mérite*

Et vous , vous souviendrez, Citoyens, de la parole de Jaurès qui est plus que jamais vendique : J

« La République sera socialiste ou elle ne sera pas ! »

Gisorges MONNET Maire de Celles-sur-Àisne.

Circonscription de VERV NS.

M. HÂUET

Ëlu a a deuxième tour de scrutin. — 13*805 voix.

Mes chers Concitoyen? ,

D'accord avec mon Parti et avec mes amis, je viens une sixième fois solliciter vos snf ^ frages pour vous représenter an Parlement.

Depuis deux ans, les hommes de tontes doctrines ont été appelés à se prononcer sur une formule nouvelle de Gouvernement ; l’Union nationale, qui rappelle l' Union sacrée de la guerre*

En 1914 il s’agissait de taire les divergences d'opinion pour faire face à l'envahisseur. Il s’agit aujourd’hui de conclure la trêve des partis pour mener la guerre contre le défaitisme financier. De même qu cn 191i, ceux qui souscrivirent le plus ardemment à la politique d’union sacrée furent les représentants de régions envahies, de même les représentants des régions libérées sc devaient d’appuyer de toutes leurs forces — sous réserve du respect de leurs convictions républicaines — la politique d’union nationale.

C’est vous dire que je ne méconnais aucune de vos légitimes revendications et que je peux me présenter comme candidat de cette Union républicaine dont mes amis politiques furent les principaux artisans autour do la haute personnalité de M* Poincaré.

Si, depuis deux ans, les hommes de gauche, comme les hommes de droite, durent faire quelques indispensables concessions au point de vue de la politique intérieure, aucune ne fut demandée au programme de politique extérieure de M. Briand qui continua sans réticences l1 œuvre entreprise par ses prédécesseurs^

Confiance dans la Société des Nations, approbation des accords de Locarno, sympathie pour les conversations de Thoiry, M. Poincaré m’a pas manque d avaliser le tout dans son discours de Carcassonne.

Est-il utile de vous rappeler que la base de cette politique est P avènement du principe de l’arbitrage entre les peuples, arbitrage qui n exclut pas la garantie de la sécurité nationale. M'inspirant de cette pensée, représentant d’une région récemment meurtrie et constamment éprouvée au cours des siècles, j’ai voté les projets qui allègent les charges militaires, convaincu qu’ils ne diminuent en rien la valeur défensive de notre pays et la sûreté de nos frontières.

En contribuant ainsi à alléger les charges qui pèsent sur les jeunes générations, j’ai répondu au désir de leurs aînés, les anciens combattants, qui ont subi glorieusement la dure épreuve de la guerre. Aucune requête des poilus ne m’a trouvé et ne me trouvera indifférent*

^ Pour avoir été asservis pendant des années au plus impérieux des devoirs, ils ont appris, comme nous, à chérir la liberté, dogme essentiel de la pensée républicaine. Dans le respect de la loi, nous admettons l’expression de toutes les opinions. Je considère que les travailleurs : fonctionnaires, employés, ouvriers du sol et de l’usine, ont le droit et le devoir de s’organiser pour étudier, dans l’intérêt général, les moyens d’améliorer leur sort dans le cadre des possibilités économiques.

La situation des travailleurs se trouve déjà considérablement améliorée par le vole de

la loi instituant les assurances sociales, loi inspirée par l'esprit de solidarité qui a toujours dominé la préoccupation des vrais républicains.

Je ne méconnais pas l'oeuvre qui reste à accomplir* Je sais tous les bien faits que le peuple attend légitimement de l'égalité de tous les enfants devant rinstruction . Mon entier concours est acquis à cette réalisation démocratique*

L'action du cabinet Poincaré a tendu, avec succès, à relever les finances de la France* Pour obtenir les premiers résultats, il a fallu recourir à des mesures fiscales héroïques. Certainement, l'impôt n'a pas été réparti aussi équitablement qu’on pouvait l'espérer. Ce sera le travail de la prochaine législature d’établir en matière fiscale, des dispositions qui allègent les charges des moins fortunés, en les réparti ssant avec plus d'équilibre sans négliger la sauvegarde de ceux qui cultivent le sol ou qui en exploitent les produits. De même, il conviendra , pour la plus vaste expansion de notre activité économique, de protéger contre une fiscalité trop pesante les commerçants dont La tache devient chaque jour plus difficile.

Pour entrer dans le domaine des réalisations, voici les réformes que je proposerai (sous réserve de celles émanées d'autres partis épris comme nous du progrès social, auxquelles j’apporterai mon loyal concours si elles intéressent le pays) :

Remplacement du chiffre d’affaires par une taxe à la fabrication judicieusement établie;

Dégrèvement plus large à la base pour les impôts cédulaircs ; obligation pour l'administration compétente de tenir compte des déclarations faites sur les pertes résultant d’un déficit de l’exploitation agricole, industrielle ou commerciale ;

Revalorisation des revenus des souscripteurs aux emprunts d'Etat ; modification de la législation concernant les mineurs et les incapables frappés par la baisse de la Rente ; accélération dçs règlements des dommages de guerre; payements en espèces aux communes pour l'achèvement de la restauration des bâtiments communaux;

Amélioration par des subventions de l’Etat du budget des communes rurales;

Réalisation d'une meilleure viabilité des routes nationales et départementales;

Amélioration des relations ferroviaires et des horaires régionaux;

Assimilation des cheminots aux fonctionnaires d'Etat;

Octroi d'allocation aux familles d'appelés sous les drapeaux et des réservistes sans condition de pourcentage ;

Protection légale des artisans, vanniers et ouvriers à domicile qui sont les plus laborieuses corporations du pays ;

Institution de commissions d'arbitrage pour fixer la valeur des baux de fermage et leur révision ;

Création d'un organisme de stabilisation du prix du blé qui, supprimant la spéculation, permettrait aux cultivateurs une vente rémunératrice et établirait un prix normal du pain;

Développement de renseignement agricole et professionnel, des syndicats, mutualités, coopératives et caisses de crédit agricole;

Aménagement des forces hydrauliques, extension de l'électrification des communes, amélioration des relations postales, télégraphiques et téléphoniques et, en général, adoption de toutes les mesures empêchant l’exode rural et la dépopulation des campagnes;

Organisation de 1 hygiène sociale et de la lutte contre les fléaux sociaux : tuberculose, cancer, etc*

Mes chers Concitoyens,

Depuis que votre confiance m'a envoyé à la Chambre des Députés, je me suis toujours tenu en contact avec vous. J'ai recueilli, j’ai sollicité toutes vos suggestions et j’ai contrôlé mon action de chaque jour par votre approbation de chaque semaine.

Je ne changerai pas de conduite : Je veux rester en communion d’idées avec vous.

Mon dévouement ne vous a jamais fait défaut, et je n'ai jamais négligé, au cours de mes vingt-deux ans de séjour au Parlement de multiplier les occasions de vous rencontrer.

Albert IIÂUET

Député sortant*

Maire de Bûué, — Vice-président du Conseil général de l’Aisne* Candidat unique du Parti républicain, radical et radical-socialiste*

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