M. QUEUILLE
Elu au deuxième tour de scrutin, — 6,867 voix.
Citoyens,
A rheure où je sollicite de vous le renouvellement de mon mandat, je trouve dressés contre moi des adversaires qui s'efforcent de vous convaincre que mon action parlementaire n'a pas été conforme à mes engagements antérieurs.
Ma « trahison » serait d'avoir accepté à côté de M* Herriot, de M. Paiulevé, de M. Briand, de participer au ministère d'union nationale présidé par M. Raymond Poincaré,
J’admire la faculté d’oubli de mes accusateurs. Us ne se souviennent donc plus de la situation tragique du pays en juin et juillet 1926. Après la chuté du ministère Herriot — qui avait laissé, lui, la livre à 93 francs — la majorité parlementaire qui l’avait soutenu s’était effritée. Une succession de crises ministérielles avait empêché de prendre des mesures efficaces pour Faire face à de redoutables échéances et éviter la diminution de la valeur du franc. La livre atteignait des cours vertigineux.
Ce fut dans le pays une grande angoisse. Chacun se demandait ce qu'il adviendrait demain de ses économies d'hier; les retrouverait -il à l'heure de la maladie ou de la vieillesse? Comment allaient vivre le petit rentier, le retraité? Que vaudraient les billets rapportés par l’agriculteur du marché où il aurait écoulé ses produits.
Alors on put craindre que le régime lui-même ne fût mis en cause si la situation s'aggravait.
M. Poincaré fut appelé dans ce moment à prendre la direction des affaires du pays. L'œuvre de son ministère, que vous avez à juger, est la suivante :
Ie Le franc a été revalorisé et a atteint une valeur double de celle qu'il avait en juillet 1926,
2° La dette extérieure a été réduite de moitié en raison de cette revalorisation,
3° La dette à court terme a été consolidée et, comme V indiquait Léon Blum, le pays a ainsi retrouvé son indépendance politique,
4° Le service d’un an a été voté pour être appliqué en 1931, peut-être en 1930,
5° La loi sur les assurances sociales a été également votée.
6° On a pu ajuster à la valeur actuelle du franc les traitements des petits fonctionnaires.
7° L’action du Ministre des Travaux publics a obligé les compagnies à donner une première satisfaction légitime aux employés de chemins de fer,
8Û Un travail de réajustement a été également amorcé pour les pensions civiles et militaires,
9° L'Office des combattants a été créé et a reçu une première dotation de 20 millions.
Enfin, grâce à Tac lion du Gouvernement et en particulier du grand pacifiste qu’est Briand, la Société des Nations a vu grandir son action bienfaisante.
Sans doute, en raison de l' urgence, certaines mesures fiscales, qui ont été prises, nécessitent des retouches, des accomodements, ainsi que l’a déclaré lui-même le Président du Conseil ; mais à ceux qui seraient tentés de se plaindre et sans méconnaître la valeur de
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leurs arguments, j’ai le droit de dire qu’ils doivent comparer leur situation actuelle à celle où ils se trouveraient si le redressement financier n’avait pas été accompli.
L’œuvre du Gouvernement Poincaré, mes adversaires n osent pas, d’ailleurs, l’attaquer; mais ils déclarent aue, malgré la collaboration que j’y ai apportée, on doit cependant me combattre, car, dans le passé, j’ai été l’adversaire de mon chef actuel,
êA cela je réponds en citant simplement la phrase suivante du discours prononcé par M. Poincaré à Bordeaux sur les conditions dans lesquelles il a constitué son ministère.
« En leur demandant à tous (à ses collaborateurs) de s’entendre avec moi sur un programme positif de relèvement, et d’écarter provisoirement de noLre action commune tout ce qui les séparait, je irai pas, bien entendu, songé à leur imposer le sacrifice de leurs opinions, ni à leur faire le sacrifice des miennes- i>
Je pense, au contraire de ce qu’affirment mes adversaires politiques, que le grand honneur de ma vie sera d avoir, à côté de six anciens présidents du Conseil, contribué depuis deux ans à accomplir une œuvre de salut public qui a assuré la siabiliLé du régime et permis à la France, alors tout près de l’abîme, de reprendre sa place parmi les grandes nations.
J’arrive à présent aux autres reproches : J’aurais oublié les promesses faites aux commerçants et aux agriculteurs!
Aux commerçants que n’égarent pas certains mauvais bergers, j’ai bien le droit de dire qu’au cours de ces quatre années je me suis efforcé de les servir, suivant mes engagements antérieurs. J’ai demandé, avec mes amis Ducos et Escoulent, qu’il y ait un dégrèvement à la hase pour le calcul de Y- impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux ; en 19*26, nous nous sommes efforcés de combattre et d'éviter Y augmentation de la taxe sur le chiffre d’affaires. Si les circonstances ont obligé ensuiLe à cette augmentation, c’esL parce que des projets qui auraient pu éviter ce mal avaient été rejetés par la Chambre. Le Gouvernement a d’ailleurs commencé la substitution d’une taxe à la production a celle du chiffre d’affaires. La réforme est appliquée à certaines denrées. Une commission étudie les modalités de sa généralisation.
Aux agriculteurs on déclare que le Ministre de l’Agriculture est seul responsable de ïa crise agricole.
Cette crise est due, on le voit actuellement, à la surproduc Lion d’animaux et à leur amélioration en poids. Le manque de main-d’œuvre causé par la guerre, qui a poussé à F élevage au détriment des cultures a eu là sa répercussion. Je me suis efforcé d’y remédier en rétablissant, depuis déjà de longs mois, la liberté de sortie du bétail français. Mais cette mesure d ordre intérieur ne suffisait pas; iî fallait par des traités de commerce, par des négociations internationales et préalables, arriver à obtenir que les autres nations reçoivent notre bétail sans le frapper à l’entrée de droits de douane qui auraient pratiquement empêché notre exportation. Plusieurs de ces traités ont été signés, notamment avec FItalie, la Belgique et l'Allemagne et ainsi j’ai pu assurer, dans la plus large mesure possible, ces débouchés extérieurs à notre bétail.
Ensuite, j ai protégé notre production agricole par des droits de douane, majorés dès août 1926, un mois après mon retour au ministère. C’est à moi que revient le mérite d'avoir enfin, par une loi, doté 1 agriculteur d’un statut douanier qui lui donne une protection égale à celle accordée à l’industriel.
Conformément à mes promesses, j’ai pu faire inscrire au budget du Ministère de l’Agriculture des crédits considérablement accrus; augmenter ceux de l’êlectrifi cation des campagnes qui, ainsi qu’on a dû le reconnaître, est surtout mon œuvre; augmenter également la dotation des services chargés de poursuivre efficacement la lutte contre les maladies des plantes ; obtenir des fonds pour favoriser l’emploi des semences sélectionnées ; majorer les ressources affectées à la construction des chemins ruraux et d’amélioration agricole; J’ai pu également établir un programme d’intensification de la production agricole qui a été approuvé par le Conseil national économique.
Tout cela a valu à ma politique des appréciations flatteuses. Les ordres du jour de con-
fiance qui m'ont été adressés par les chambres d'agriculture et les sociétés agricoles, tes majorités qui se sont groupées autour de moi au Sénat et à la Chambre , démontrent l'inanité des critiques de mes adversaires qui se dévoilent incompétents ou de parti pris.
Enfin, dans celte législature comme dans les précédentes, je me suis occupé activement des intérêts locaux. J'ai fait acjorder de nombreuses subventions aux améliorations communales et jamais une municipalité ne s'est adressée à moi sans que j'aie fait tout ce qui était en mon pouvoir pour lui donner satisfaction.
Si vous me maintenez le mandai que vous m'avez confié, j essaierai de poursuivre la tâche entreprise pour la défense des intérêts agricoles, pour le réajustement des impôts auquel il va être maintenant possible de procéder et en particulier de ceux qui frappent le petit commerce. Ai-je besoin d’ajouter que les victimes de la guerre peuvent compter sur mon dévouement. Mon passé bien connu d’elles, mon effort législatif en leur faveur, mon passage à la commission de rééducation de l'Office national dont j'ai été le président ne sont pas oubliés par eux et sont un sur garant de mon action à venir.
J'essaierai d'apporter également ma collaboration aux hommes qui au point de vue politique extérieure n'ont eu pour but que îa consolidation de la paix et au point de vue financier peuvent enregistrer dans le passé des résultats brillants.
J'espère que vous me permettrez de le faire.
Vous ne vous laisserez pas égarer par les appels d’un homme qu'inspire uniquement la haine, dont tout le programme se borne à des critiques et qui ne peut vous apporter aucune précision tant sur son parti que sur ses vues d'avenir.
Vous ne soutiendrez pas non plus le révolutionnaire qu'est M. Vazeiïies qui ne peut nous dire ce qu'il ferait de notre société, le jour où sa révolution serait triomphante. N'a-t-il pas abandonné son ancien militarisme d'autrefois, ses idées sur la suppression des intermédiaires et ne doit-il pas, ao fond de lui-même, reconnaître que l’essai du communisme russe a abouti, à tous points de vue, à une lamentable faillite.
C'est donc en pleine confiance que je fais appel à vous. Soyez sûrs que je mettrai toute mon activité et tout mon cœur à servir de mon mieux les intérêts généraux du Pays, inséparables de ceux de la République.
Vive la République!
Vive l'arrondissement d’Ussel !
Henri QU EU ILLE
Maire de Neuvic.
Président du Conseil général de la Corrèze* AliuUtre de FA gri culture. — Député sortant..
Candidat radical-socialiste.