M, FERRAND
Elu au deuxième tour de scrutin. — S, 555 voix*
Électeurs !
Presque tous vous me connaissez actuellement* Presque tous vous connaissez mon programme*
Ah! certes, je n’ai pas cherché, comme mes adversaires, de nombreux agents pour chanter mes louanges \
J ai essayé de me faire connaître seul ; malheureusement je n’ai pas eu le temps de vous voir tous.
Aucune pression sur vous n a ete faite pour moi. Aucun mensonge, aucune manœuvre déloyale n’a été employée de ma part pour vous détourner de l’adversaire*
Mais je suis persuadé que vous aurez apprécié ma conduite et que, soucieux de votre indépendance, vous saurez résister à ces agents de pression qui n’aiment la liberté quaulant qu’elle est à leur service et no l’admettent pas pour les autres î
Mon programme, électeurs I II se résume en cette phrase : Améliorer Je plus possible le sort des travailleurs dans la fraternité et l’amour du peuple !
Certes! Dans ces dernières années, ce sort s’est considérablement aggravé au lieu de s’améliorer , et si, demain, nous n’avons pas pour nous défendre des hommes énergiques, sincères, désintéressés, la gêne s’accentuera, et pour beaucoup deviendra la misère !
Dans quelque catégorie du travail que Ton regarde, ou entrevoit partout des réformes profondes et urgentes; l’ouvrier, le commerçant, l’agriculteur réclament une modification indispensable à la vie qui leur est faite I
Les impôts de consommation qui pèsent si lourdement sur les familles nombreuses et pauvres doivent être diminués*
La collectivité possédante doit aide et protection aux malheureux qui peinent! Hélas! La misère est encore grande dans maints foyers !
Le principe des assurances sociales vient d etre voté, mais ce principe doit être repris dans un sens plus avantageux pour les assurés !
h faut se préoccuper d’assurer d’une façon plus efficace les soins médicaux aux malheureux !
J ai déposé, comme conseiller d’arrondissement, un vœu pour qu’il soit fait, chaque matin, dans les petites villes, comme on le fait dans les grandes, un service médical de consultations gratuites. Jf
Des logements salubres doivent être assurés aux familles ouvrières* En France des millions de familles végètent dans des taudis I Que l’Etat consente largement des prêts à
cmgs termes et sans intérêts pour permettre à l’ouvrier d’acquérir la petite maison : le rêve de sa vie.
Dans 1 industrie, il faut qu’il y ait entente entre le Travail et le Capital et que I’ ouvrier puisse prétendre a une part de bénéfices. Outre l’avantage matériel, ce sera pour lui une grosse satisfaction morale*
Pour les commerçants, des réformes urgentes s’imposent.
Les nécessités budgétaires les ont écrasés.
Des législateurs incapables les ont écœurés!
D’abord, pour eux surtout , la stabilisation de notre monnaie est indispensable* Sans la stabilisation, la vie économique, 3e commerce ne sont pas surs, aucune activité n’est possible. Sans doute cette stabilisation pourra léser les petits rentiers ; mais l’Etat se devra de les indemniser I
Les impôts qui frappent le commerce, sont à réformer complètement* Il faut, en partilier, supprimer la fameuse taxe sur le chiffre d’affaires et îa remplacer par une taxe unique à la production.
Un abattement beaucoup plus large à la base de l’impôt sur les bénéfices commerciaux et une modification du taux de cet impôt sont nécessaires pour dégrever le petit commerce* Cet impôt devrait meme être remplacé par une taxe plus simplement établie, d’après le montant de îa patente, par exemple; ce qui abolirait une inquisition vexante.
Enfin pour le commerce, comme d’ailleurs pour toutes les transactions, la suppression de la taxe de 7 0/0 sur mu La Lion est à poursuivre !
QuanL à l'agriculteur, chacun doit le reconnaître, il va devenir un déshérité ! Jusqu’alors ses produits se vendaient bien: s’il achetait cher, il vendait cher ; mais actuellement il achète cher, et vend bon marché, La raison : c’est qu’on ne protège pas ses produits ; on n’en surveille pas 1 accaparement ; on les laisse concurrencer par les produits étrangers* II faut sur ces derniers des droits de douane rigoureusement protecteurs, et pour nos produits, une liberté complète de sortie* Aujourd'hui un courant se dessine en ce sens : seuls les socialistes y sont opposés 1
Il faut livrer aux agriculteurs les machines agricoles et les engrais à bon marché, quitte a l’Etat à supporter une part des frais d’achat Nous voyons avec tristesse les terres riches de France donner moins que les terres froides d’Allemagne, faute d’engrais* L’Allemagne a réalisé depuis plusieurs années une œuvre magnifique : elle fournit aux cultivateurs les engrais chimiques nécessaires à des prix extrêmement bas, ce qui leur permet d’intensifier dans des proportions extraordinaires leur production* Résultat : dix-neuf quintaux de blé à fhecîare, chez nous, onze seulement* Il faut un office national des engrais — mais rien de ce que 1 on entend par une « administration » — : un organisme vivant, rapide, agissant. Mais pour ce, il faut des crédits.
Agriculteurs qui n’avez que de mauvais chemins, qui réclamez F électrification, qui réclamez des engrais à meilleur compte, savez- vous de combien est le budget de l’Agriculture ? QuaLre cents millions sur un chiffre total de quarante-deux milliards 1 soit même pas un demi -milliard 1
Paysans, pour qui vous prend-on, vous qui êtes la classe la plus importante du pays?
Enfin, la révision des impôts qui pèsent sur l’agriculture s’imposent également, en particulier ce1! le de l’impôt sur les bénéfices agricoles. Ces réformes sont urgentes car l’agrî* culture est la mamelle de la France et le jour où elle ne marchera plus, rien ne marchera. Les branches de I activité economique sont, en effet, solidaires les unes des autres.
Dans un ordre secondaire, il v aurait lieu d’envisager quelques propositions, par exemple : gratuité des correspondances et voyages des militaires, gratuité du transport des corps des malheureux militaires décédés aux armées, augmentation des secours aux vieillards et indigents, qui ne touchent actuellement que dix à vingt francs par mois, etc...
Les réformes dont je viens de parler nécessitent certes des ressources, mais, ces ressources, on peut les trouver facilement.
On doit demander davantage à l’impôt sur le revenu très mal appliqué. J’ai indiqué, dans mes conférences, le moyen de le tripler.
On doit demander davantage aux grosses successions, entre étrangers, en particulier* Enfin de nombreuses taxes spéciales peuvent être créées ou élevées ; en particulier sur les automobiles de luxe, les maisons de plaisance, les parcs, les maisons de jeux, les casinos, etc*
Comme autre source de revenus pour le budget, j’ajouterai une meilleure utilisation de nos impôts. Il ne suffit pas, en effet, d’avoir de l’argent, Ü faut le bien employer. Que la
France ne soit pas comme ces fils de famille prodigues qui, plus ils ont d'argent, plus ils en gaspillent, et finissent un jour dans la misère 1
Des économies doivent être faites*, *, en particulier, par la suppression des emplois inutiles. Que f Etat paye bien les bons fonctionnaires qui travaillent ; qu’il accorde la péréquation aux retraités, mais qu'il supprime les fonctionnaires qui ne font rien ou presque rien !
Dans lé cadre restreint de ce programme, je ne peux, Electeurs, traiter amplement toutes les questions qui intéressent la vie de la France et le bien-être du peuple*
Pajouterai simplement que je suis contre les trusts, les accapareurs, contre tons ceux qui exploitent le prolétariat* Mais je suis pour le principe de la propriété individuelle qui est la cellule même de la vie. Vous devez avoir le droit de conserver le lopin de terre ou la maison que vous avez péniblement gagnée et que vous voulez léguer à vos enfants 1 Vous devez avoir le droit d'économiser pour assurer vos vieux jours I
Je suis un ardent partisan d'une réforme que je considère comme très urgente : assurer ]a gratuité de renseignement secondaire et supérieur à tous les enfants intelligents î
Le prolétariat pouvant accéder à cet enseignement, ce qui élargirait le champ du génie, quelle réalité merveilleuse &t quelle injustice réparée J
Enfin I Electeurs ! Je ne terminerai pas sans ajouter deux mots sur la politique extérieure* Oh ! là, pas d’équivoque : ma politique est celle de la main tendue ! Les peuples sont comme les particuliers, leurs différends peuvent être soumis aux lois de l’arbitrage, de la raison !
Politique de jugement, politique de prudence 1 Mais politique de paix! Politique de Local no I Par là même la France restera fidèle à sa noble tradition d’idéalisme et de civilisation ! Un jour viendra où tous les peuples fêteront dans une atmosphère de joie et progrès la réconciliation universelle et diront à la République française : « Sois fïère du chemin que tu nous as tracé, tu as bien mérité de f humanité l »
Electeurs ! L'heure est grave ! Faites appel à tout ce que vous avez de noble, de généreux pour réfléchir l
La b a n q tiero üt e , d emaî n , peut f r a pper à n of re p o rte avec to ut so n c o rtège de r u in es etde misères. Prenez garde ! Demain, si les représentants que vous enverrez au Parlement ne sont pas animés par un souffle ardent, novateur, par Li foi du salut public ; S'ils ne savent pas sauver les finances, la Nation avant tout, c’en est fait !
Nous nous débattrons dans des difficultés inextricables et la masse des travailleurs qui connaît actuellement la gêne, Connaîtra la misère !
Citoyens I
Sur les mines du passé, il faut préparer P avenir, un avenir au large souffle républicain et démocratique qui apporte aux classes laborieuses du soulagement;, j'allais dire du bien-être !
Je vous offre mon activité* mon dévouement* Si je suis votre élu, je jure sur mon honneur, de vous consacrer le meilleur de moi -même. Ma plus grande fierté sera de servir dignement les intérêts de la démocratie et de notre cher Arrondissement !
Camille FERRAND
Conseiller d’arron d i s s em eu Jt *
Candidat radleai-sQciabste.
Secrétaire, du Parti.