‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1932Chapitre 201 sur 260 · SAVOIE (HAUTE · texte numérisé non relu

SAVOIE (HAUTE

Circonscription d'ANNEGY

M. CLERC, radical-socialiste.

Elu au deuxième tour de scrutin, — 10,099 voix.

Mes chers Concitoyens,

Désigné comme candidat aux élections législatives dans l’arrondissement d’ Annecy par le parti radical et radical-socialiste, je viens solliciter vos suffrages.

Ma démission de maire et de conseiller municipal d’Aix-les-Bains, annoncée depuis plusieurs mois, a ete donnce officiellement le jour d’ouverture de la campagne électorale. Il me restera des cinq années que j’ai consacrées à l’administration de celte grande cité

JnT,6’ eXpen®nCf de.nom,b,re de quations qui me facilitera beaucoup l’exercice du andat que je sollicite aujourd'hui. Le voisinage de la région d’Annecy et de celle d'Aixes-Bams, loin de constituer une rivalité entre elles, font que leurs intérêts sont d’accord

la beau éot LT ni : ï°"teS ^ parmi leS P'US réPutées de rette Savoie dont a beauU et la fertilité sont célébrés dans le monde entier.

anné^un à,?éVÎginîn’ d“" le C#nton d’Aix-leS-BaînSj j’ai fait ces dernières

concitoyen, A '' C?nSlderab,e en faveur d>une d« branches d’activité locale à laquelle nos conciLoj ens doivent une grande partie de leur prospérité :

le tourisme.

m’a va n t° ° 1 1 6 gU T ’ les malrRS des stations thermales, climatiques et touristiques de France

"Xl“etffdentde qn'ita ont foJée pour la défie des intérêt!

celte branche de 7 J 31 Pu’ a cc Poste- me «ndre compte de l’importance de

accroîLre le rpr i ^ actlv,lé nationale et de ce qu’il y avait encore à accomplir pour en transports ams °mCn acUlel déJà S1 considérable: organisation et amelioration des pesant sur’ l’hôwf ™0Dt' *•* conjsLruction de 3'outes ou chemins, atténuation des charges France pour i T’ re^'1f ° 1d1ouaniep des automobiles et surtout propagande hors de Dans 1 S ia lser celle si intense de nos concurrents étrangers, de la 1 7e’ 6?, Parlicu!ier’ Ie développement du tourisme, très grand depuis la fin

communes all“nt SOn maximltln : ü n> a pour ainsi dire pas une de nos

les deux... Et ■’ PtU1SSe CtrC Un C0nLre frRqucnté Par Ies étrangers l’été ou l’hiver, souvent - ( es en grande partie ma conviction que l’arrondissement d’Annecy était

particulièrement destiné à ce genre de prospérité qui m'a décidé à en briguer le mandat de représentant à la Chambre des Députés. N’oublions pas que le tourisme de la classe moyenne et des travailleurs entre à peine aujourd’hui dans les mœurs et est appelé à une immense extension : c’est ce tourisme qui fera la fortune de nos communes.

Vingt ans de carrière au- Ministère des Finances, et notamment le fait que j’ai occupé des postes où se traitaient les grandes questions internationales, réparations, dettes, etc., ont pu me préparer à l'étude des problèmes que les conséquences de la crise sévissant depuis plusieurs années dans le monde entier, vont poser devant la prochaine Chambre : il faudra* en effet, que l'activité et la sagacité des nouveaux députés se perlent immédiatement sur la recherche des moyens de porter remède au chômage grandissant, d’empêcher l’arrêt des entreprises, ia désagrégation de l’économie et la faillite budgétaire.

Un bref regard sur la situation dans l'ensemble du monde permettra de constater l’immensité de la tâche à accomplir : en Europe et en Amérique, 22 ou 25 millions de chômeurs complets, soit 60 ou 70 millions d'individus ayant perdu tout moyeu d’existence et vivant des subsides de la collectivité, le délieit installé dans tous les budgets (M. Henry Bérenger a évalué à au moins 100 milliards le total des déficits constatés, l’année présente, dans les budgets des principaux Etats), les monnaies en pleine instabilité et certaines menacées de chute verticale (5 seulement dans le monde : le franc français, le franc suisse, le franc belge, le florin et le dollar, étant actuellement des monnaies solides), toutes les branches de l'activité industrielle, agricole et commerciale en pleine anarchie, du fait delà sous-consommation grandissante et du manque de confiance des possédants ; la misère qui s’accroît dans la plupart des Etats européen > exaspérant les peuples et développant tous les jours les nationalismes, générateurs de haines; la révolution menaçante, du fait de l'effondrement total financier et économique des Etats danubiens et balkaniques: en résumé, le régime social ébranlé profondément et menaçant ruine, s'il n’est pas pris rapidement des mesures pouvant le remettre eu équilibre.

Quelle que soit la résistance offerte par la France à une telle perturbation de la vie sociale et économique, il était fatal que notre pays en subît à un moment dontié les atteintes. Et c'est la situation budgétaire qui enregistre de la façon la plus sensible fe contre-coup du malaisé auquel notre pays est en proie.

Equilibre du budget.

Un déficit de sept milliards est à prévoir pour l'exercice 1933 qu'il est absolument impossible de combler par une augmentation d’impôts, ceux-ci absorbant déjà près de 30 0/0 des revenus des Français ; une réduction importante des dépenser est donc indispensable ; elle ne pourra provenir que des mesures suivantes :

a) Réforme administrative demandée par les syndicats de fonctionnaires eux-memes depuis des années, devant permettre une réduction progressive de tO à 12 0/0 sur les dépenses des services civils de l’Etat.

A) Réduction très importante des dépenses militaires, étant entendu que cette réduction serait la conséquence d’un accord général obtenu à la Conférence du désarmement. La situation budgétaire des autres pays, plus critique que la nôtre* rend une réduction des dépense.; militaires encore plus nécessaire chez eux que chez nous. U ne action habile et énergique de la France à la Conférence de Genève doit donc permettre d’obtenir le résultat désiré.

c) Distinction dans le budget des dépenses d’administration proprement dites ou entretien, d’avec les dépenses d'accroissement dur domaine national, ces demi ères devant

No 2145

Sire couvertes par voie d’emprunts au moins tant que durera la crise economique provoquant la diminution des rentrées d^mpots.

d) Réduction de la dette publique, qui ne peut être obtenue de façon équitable que par une vaste opération de mise en commun des dettes européennes, dettes de guerre ou d’après guerre : une telle opération entrera dans le cadre de la réorganisation de^I’Europe sur la base fédérale envisagée plus loin, unique moyen, à notre avis, de ramener l'activité économique et la confiance sur notre continent. Cette mise en commun donnerait à l’irritant problème des réparations une solution qui, si on la poursuit par la méthode du recouvrement direct, ne donnera aux créanciers de l'Allemagne que des déboires sans cesse renouvelés,

e) Action concertée des débiteurs européens des Etats-Unis pour obtenir de ceux-ci soit lo renoncement à leurs créances, soit le payement des dettes en marchandises ou en services.

L augmentation des recettes devra être poursuivie par des modifications de la fiscalité actuelle, Lrop compliquée et parfois incohérente, écrasant certaines catégories de contribuables alors que d’autres, par défaut de contrôle, ne sont pas imposés suivant leurs capacités réelles. Le régime des contributions ne doit plus être à peu près celui qui existait à l'époque où la terre était le principal élément de la fortune.

Il faut réaliser aussi une réforme des finances locales dont l’urgence est proclamée depuis s. longtemps et qui, seule, permettra l’équilibre des budgets des départements et des communes. Le système des principaux fictifs, base des contributions foncière, personnelle mobilière et de la patenLe, est désuet et artificiel. Il oblige à l’emploi d’un nombre démesuré de centimes additionnels et aboutit, pour la patente surtout, à de véritables iniquités. Le budget des communes, particulièrement des petites communes rurales, ne pourra être équilibré que si l’Etat prend à Sa charge certaines des dépenses actuellement couvertes par m impôts- ■■municipaux. r

Le problème du chûmaqe ,

L expérience de ces dernières années démontre que Je chômage ne peut être enrayé puis diminue, puis supprimé par des mesures d'ordre strictement national-. L’élévation dos droits dé douané peut permettre pendant un certain temps de protéger quelques branches de activité nationale, mais elle entraîne des mesures de représailles qui nuisent à d’autres branches de l’activité et créeni ainsi de nouveaux chômeurs. En matière économique commc

en matière politique, Aristide Briand avait raison lorsqu’il préconisait l’établissement d’une fédération européenne*

La remise en marche de lenonme machine économique mondiale ne pourra être obtenue que par des ententes internationales portant aussi bien sur les fournitures de matïeres premières que sur les conditions de production, sur les contingentements de lOücn-êSt, sut les transports, sur les tarifs douaniers, sur l’emploi de la main-d’œuvre e rangere, etc. C est un immense édifice à construire dont il est maintenarit possible en revoir avec précision les lignes générales* Cette construction, pour être solide, devra reposer sur une hase résistante, d’où la nécessité de réaliser tout cTabord la solidarité monétaire entre les divers pays, assurant entre les billets de banque une parité automatique a constitution d un gage commun d’or métallique géré par le Conseil des nations fédérées* ^ ne e e mesure restituerait à 1 économie mondiale une monnaie internationale dont la

■ i i jouait le rôle avant la guerre et rendrait la sécurité aux transactions commcr- QuiQ s de pays à pays.

* telle fédération monétaire ne pourra être établie qu’entre pays s’engageant à établir

hnH iwi-t- t rïfCa^ ^ea €aP^aux et les revenus et à assurer l’équilibre absolu de leurs

o i Q it équilibre devant faire 1 objet d’un contrôle international*

Réformes dans les modes de production.

Pour remédier aux gâchis des capitaux investis dans des perfectionnements industriels, trop fréquemment remplacés et dans Tahus do machinisme qui cause à la fois une dilapidation de capitaux non amortis, le chômage et la mévente, le principe suivant devra être observé :

Toute application scientifique nouvelle ne devra être faite que si elle permet soit une augmentation utile (c'est-â-dlre consommable) de la production, soit une diminution de travail à production égale,

La liberté absolue d’entreprise qui a conduit le monde à l'anarchie présente ne peut être maintenue et une réorganisation générale de l’économie est indispensable. Inapplication des principes ci dessus laissera aux dirigeants d’entreprises le maximum d’autonomie conciliable avec l'intérêt général.

Une réorganisation du même genre, portant à la fois sur le choix des personnes et sur les méthodes, devra être appliquée à la Bourse et à la Banque, Elle constituera le moyen le plus efficace de sau vegarde de l'épargne .

Une réforme constitutionnelle.

Il nous semble que, devant l’immense besogne de réorganisation économique et financière qui va incomber au Parlement, une réforme constitutionnelle devrait être envisagée comportant la création dTme Chambre économique consultative : le Conseil national économique, tel qu'il existe, n’a ni assez d'autorité morale, ni assez de moyens d'action pour constituer l'organisme régulateur de la vie économique nouvelle. La Chambre des représentants de l'économie comprendrait des représentants des producteurs, des commerçants, des syndicats, des coopératives et ligues de consommateurs ; des Chambres d'agriculture, de commerce et des métiers ; elle serait élue par groupements d’intéressés au suffrage universel, mais à deux degrés ; elle serait obligatoirement consultée par le Parlement politique sur toutes les questions relatives à la production, à la vente, à la consommation et aussi à la fiscalité frappant le commerce, l'industrie et l'agriculture. Mais le Parlement politique garderait la liberté de décision.

L'ensemble des réformes envisagées ci-dessus constituera cette immense œuvre de salut qu'est l'organisation de la paix. Il y aura lieu de prévoir, dès maintenant, dans tous les budgets du monde, des crédits pour la propagande en faveur de cette organisation,

Prog va mme agricole. ^

Des accords internationaux devront être conclus pour L'agriculture, menacée gravement par la baisse rapide de tons les produits du sol et de l'élevage, non compensée par une baisse équivalente de l'outillage, des engrais et des prix au détail des denrées et produits manufacturés nécessaires aux paysans. Ges accords devront viser à faciliter le travail de T agriculteur, accroître sa sécurité financière et le bien-être de son existence.

Comme mesures intérieures, nous poursuivrons :

1° La mise en fonctionnement de la Caisse d'assurances contre les calamités agricoles et les maladies du bétail ;

2Q La suppression de la disparité existant entre les prix des engrais nitriques en b rance et à l'étranger : les agriculteurs ne doivent pas être seuls à supporter les sacrifices qui P°^r raient être consentis pour protéger l'industrie de Tazote, nécessaire à la défense nationae*

3° Le contrôle rigoureux de rentrée des blés exotiques et de leur emploi par la grosse meunerie;

4* L'octroi, s'il y a lieu, de plus-value au fermier sortant; îa révision des baux des fermiers ;

5* Le développement du crédit agricole et des coopératives agricoles ; liaison de ces dernières avec les coopératives de consommation ;

6° L'accélération de l'électrification des campagnes et des adductions d'eau potable, et la multiplication des services de transport en commun ;

7° ta création et le perfectionnement de renseignement ruraL En ce qui concerne l’industrie laitière, primordiale dans notre arrondissement, il y aura lieu d’amplifier l'action commencée [par la création de l’école d’industrie laitière de La Roche-sur-Foron. Le producteur savoyard doit être en mesure de fournir des fromages de la qualité des Emmenthal, des gruyères dont les cours dépassent de beaucoup sur le marché ceux des fromages similaires de Sav ie, Mais il est nécessaire qu'une technique plus perfectionnée de la production et de 1 emploi du lait soit %rulgarisée dans nos campagnes par des ingénieurs agronomes et parties praticiens qualifiés ; le mode de contingentement des quantités de fromages importées devra être modifié de manière à éviter des abus d’importation encore constatés;

8° L emploi par les administrations françaises des bois d’origine nationale, la protection des bois français devant être obtenue par des accords internationaux envisagés plus haut ;

9* La protection et 1 encouragement de l’artisanat rural par la mise en vigueur effective ou l’amélioration des lois votées ;

10° Le régime des bouilleurs de cru devra être rendu plus libéral ; la quantité permise poui la distillation est insuffisante et un régime fiscal de vente d'alcool produit en sus de ceLLe quantité devra être instauré ;

11° La mise en vigueur sans retard, dans toute la France, de l'assurance sociale agricole facultative prévue par la loi du 30 avril 1928.

Le programme radical-socialiste, en ce qui concerne les œuvres d'assistance, les mesures d hygiène, de protection de l'enfance, a été divulgué en de nombreux manifestes : il me paraît superflu de l'exposer en détail ; le parti radical a d’ailleurs eu l’initiative dTà peu près toutes les lois sociales votées depuis cinquante ans,

La loi sur les assurances sociales doit être maintenue avec ses lignes essentielles actuelles. Mais nous devrons en simplifier les modalités suivant les leçons de l’expérience.

Jeune déclare partisan convaincu de l’école unique, seule capable d'élargir suffisamment h base de recrutement des élites et de donner aux enfants du peuple le moyen de éiejoppei au maximum leurs capacités intellectuelles, dans leur intérêt et celui du pays.

Je veux également le maintien des lois de laïcité, qui laissent h chaque futur citoyen sa i erLé complète de conscience, tout Français a le droit d'être pratiquant d’une religion ou £ ne pas 1 être . nous nous élevons seulement contre l’intrusion de certains membres du ergé dans la politique, intrusion visant de laçon plus ou moins consciente à maintenir, à

e catégone de privilégiés, des avantages que les conditions de îa vie moderne ont périmés et rendus dangereux.

Claris^ rC — satisfaction, d'ailleurs, que le Vatican a pris, depuis quelques années

s e omaine de la politique internationale concernant l'organisalion delà paix, une atti- J ort \ oisine de celle de M. Aristide Briand que notre parti a soutenue sans réserve et *Z 3 susceptible d’éviter au monde de nouvelles catastrophes. Mais je constate

/rrnW! alllLül^e n Pas ce^e (^e tout le clergé français et que trop de catholiques con-

cn l nationalisme et la réaction sociale avec la religion.

Electeurs républicains,

Si vous estimez que la tâche la plus urgente soit la lutte contre le désordre mondial engendrant, failli te financière, chômage et misère*

Si vous voulez que la paix soit solidement organisée dans une économie remise en ordre sur des bases internationales*

Si vous voulez une France forte par son prestige et sa prospérité dans une Europe arrachée au fascisme et ali désordre*

Si vous voulez la justice sociale, le plus grand bien-être et la pleine liberté de eonscience.

Vous voterez poux Je candidat d'un parti qui a su s'évader de la routine, et fixer leg principes d'une rénovation du régime social.

Vous m'accorderez voire confiance et j'apporterai tous mes efforts à m%n montrer digne..

Vive la République laïque et démocratique I

Henrî CLERC

Officier de la Légion d'honneur,,

Ancien chef de service au Ministère des Finances.

Candidat du Parti radical-socialiste.

Circonscription de BONNEVILLE.

Page 1