ÀU SERVICE DE LÀ MARTINIQUE
À mes Compatriotes,
Le mandat que vous m'avez confié une deuxième fois le 22 avril 1928 est à la veille de s’achever.
J'aurai l'occasion, dans des conférences publiques, de rendre compte de mes travaux et de mon activité pendant ces quatre années écoulées. Je tiens à en fixer Y essentiel dans ce bref exposé qui permettra à tous d’examiner, avec plus de réü exion attentive, la tâche qu’a essayé de remplir Uélu de la lr^ circonscription de la Martinique.
Je crois devoir également rappeler, pour les jeunes électeurs, pour ceux qui ne votaient point encore en 1928, les conditions dans lesquelles j'ai été appelé à représenter notre pays au Parlement,
Avant le premier mandai*
Boursier de la Martinique, j’avais toujours aspiré à me rendre digne de l'aide reçue et h m'acquitter de ma dette en secondant, à mon tour, mes compatriotes.
Avocat à la Cour de Paris depuis plus de trente-cinq ans, mon labeur, ma persévérance, avaient appelé Uattention bienveillante de mes concitoyens sur ma carrière.
Ils savaient que toute mon affection, mon dévouement pour eux, pour la petite patrie, prenaient naissance en mol, non pas seulement dans une fraternité de fait, mais dans le culte même de toutes ces grandes idées républicaines de liberté et de progrès dans Tordre matériel et moral dont je n'ai jamais cessé d'être le serviteur*
Ils savaient ma collabora Lion constante à la Ligue des droits de l'homme et la part ardente que j'avais prise à la bataille des idées que la démocratie a menée pour les droits de l'homme, les droits du travail, la laïcité de renseignement, T assistance sociale, la paix entre les nations.
Mes concitoyens n'ignoraient pas que Ton me trouvait partout où la cause de la Martinique pouvait être servie.
Ils savaient mes services aux armées pendant la grande guerre, et mon effort pour mes compatriotes sous les armes comme k ce Comité d'aide et d’assistance coloniales que je
fondai dès le début des hostilités et qui secourut si efficacement les Martiniquais ainsi que les originaires de toutes nos colonies*
Bien ne leur avait échappé de Futilité des œuvres que je réussis à créer :
Le Dîner de îa Canne à Sucre, fondé depuis 1904 et où les Martiniquais peuvent suivant l'expression de l'un de nos présidents > notre regretté compatriote M, Lena rl conseiller à la Cour de Cassation, « venir chaque mois faire une cure d'air natal » ;
Le Comité de Défense des Intérêts généraux de la Martinique, où nous soutenions dans ïa capitale, les efforts de la petite patrie — enfin :
L’Institut colonial français, véritable synthèse des élites nationales, qui a été depuis dix ans, le véritable porte-parole de toutes les aspira Lions de nos Frances d’oui re-mer.
C'est avec l’aide de Y Institut et avec la collaboration de notre compatriote, M, Victor Basquel, que j'avais publié le pieux monument du souvenir aux enfants de la Martinique d’abord, des colonies ensuite, glorieusement tombés pour la patrie, aux morts, aux blessés, à tous les vaillants de la grande guerre : le « Livre d'Qr de l'efforl colonial français pendant la guerre mondiale »;
C’est également avec Laide de l'Institut colonial français que j’avais pu créer le Groupe de défense des rhums coloniaux où, depuis près de huit ans, se canalisent toute la documentation, toute Faction dispersée, relatives à cette grande industrie, richesse de notre Martinique*
Mon élection en 1924, par quoi mes compatriotes me donnaient cette investiture si noble pour moi, était évidemment la récompense de ce long effort poursuivi depuis tant d'années. C’était en même temps une exhortation à persévérer dans la voie où nfavait engagé Famour ardent de la petite patrie, le dévouement à la cause d’un pays dont le# admirables qualités doivent être âprement défendues.
Le premier mandat*
J’en ai rendu compte en 1928 (1); mes compatriotes savent que je me suis placé exclusivement sur le terrain des intérêts généraux, négligeant toujours toutes les questions de personnes, pour remplir la tâche qui m’était confiée.
Je me crois autorisé, sans entrer dans aucun détail, à rappeler quelques faits essentiels qui ont marqué ma première législature, car ils nf apparaissent susceptibles d’expliquer F ensemble de mes initiatives depuis 1928, et de faire apprécier que je ne nie suis pas écarté un instant de la route toute droite que je m’étais tracée et que je n’ai cessé de suivre*
J’ai eu la bonne fortune de pouvoir obtenir, par une action déjà entreprise avant mon arrivée au Parlement, mais poussée plus à fond, grâce à l’autorité que me donnait mon mandat, Inapplication à la Martinique de la législation sur les accidents du travail.
C’est le 2 avril 1925 que le Conseil d’État approuvait le projet présenté, à ma demande, par le Ministre des Colonies, CJest une date capitale dans l’histoire sociale de la Martinique. Je ne crois pouvoir la passer sous silence, de même que je me crois tenu de citer encore une fois cette phrase d'une lettre d’un ouvrier martiniquais m’écrivant « qu’il était heureux et fier pour son pays, de le voir choisi pour point de départ de cette ère bienfaisante dans la protection du travail aux colonies ».
J’ai pu, en t927, obtenir le redressement d’un certain nombre d’injustices nées de H réparLiLion du contingent des rhums.
LJ arbitrage de M* Barthe, décidé par la Chambre sur une interpellation adressée par
(t) Au Servies de la Martinique, Un mandat , um législature > Alcide Delmoat, lilemay ed, 1928.
No 2145
moi au Ministre des Colonies, avait pu rétablir alors un équilibre approximatif entre les forces de production en présence.
Mon action devait, d’ailleurs, soulever contre moi les plus ardentes attaques et me valoir les hostilités qui ont marqué la tin de cette première législature et îa campagne électorale de 1928,
J'avais commencé, pendant ce premier mandat, une action énergique pour obtenir l'amélioration de la situation des fonctionnaires, des personnels municipaux, l'organisation de la Caisse internationale des retraites, l'institution de l’aide aux familles nombreuses, la protection des droits des anciens combattants.
C'est l’ensemble même de toute cette politique démocratique , â promeut affirmée et poursuivie, qui déterminait, à la fin de 1927, le regroupement dés partis à îa Martinique,
Le pacte de 1913 ne pouvait conserver îa collaboration de l'homme qui tentait cette action énergique ; des malentendus, nés dès le moment de 1J arbitrage de M. Barthe, allaient s'aggravant, et j’avais la satisfaction de marquer les derniers mois de mon premier mandat par la rupture solennelle du pacte, prononcée au Théâtre municipal de Fort-de-France dans un congrès qui marque une étape décisive de Ja vie de notre démocratie.
C’est sous le signe de cette rupture que se firent les élections de 1928. Mon deuxième mandat allait m’être confié le 22 avril dans ces conditions de clarté et de probité politique. Désormais, le Parti de la démocratie n'allait plus collaborer dans le domaine politique avec les forces capitalistes, n’entendant d’ailleurs aucunement instaurer contre elles une politique d’agression.
Le deuxième mandat.
Pendant ces quatre années, les trois élus de la Martinique : son sénateur, M, Henry Lémery, ses deux députés, M. Frossard et moi, entretinrent des relations parfaitement correctes, empreintes même de courtoisie, prolongeant naturellement d’ailleurs entre Lémery et moir une amitié vieille de notre enfance. Nous agissions au surplus d’après les vues qui pouvaient nous être particulières, soit au point de vue de la politique générale, soit au point de vue de la défense des intérêts de la Martinique. Un effort de conciliation certain fut fait de part et d’autre pour arrive! à donner à la représentation martiniquaise une allure qui l’imposât au Parlement, et je puis dire, sans crainte d’être démenti, que la collaboration, durant cette législature, rapprocha incontestablement dos hommes qui étaient, au départ, ardemment dressés les uns contre les autres.
C’est dans cette atmosphère de détente, chacun gardant sa pleine liberté, que je pus réaliser, quant à moi, la lâche qui m'était confiée.
Politique générale.
Je conserverai, pendant toute cette législature, la position que j’avais adoptée après la dislocation du Cartel, en juillet J 926.
Les élections de 1928 se ürent, en réalité, sur le nom de Raymond Poincaré, qui conserva le pouvoir après la constitution de la Chambre avec, comme collaborateur^ Herriot, Albert Sarrau t et leur amis les plus proches.
Le Congrès d’Angers, en octobre 1928, entraîna la retraite de ces derniers et M. Poincaré, le 11 novembre 1928, fit, sans les radicaux, un Cabinet d’union nationale que je soutins de mes votes, de même que je votai pour le Cabinet Briand de juillet 1929 et pour tous les cabinets fidèles a la polique de M, Poincaré, que je m’étais engagé à âppuyer.
Au contraire, je votai contre le cabinet Chautemps, renversé le jour même de sa présentation devant les chambres, et avec continuité contre Le cabinet Steeg, ces deux
Ministères ne pouvant vivre qu’avec l’appui du Parti socialiste qui leur donnait son soutien sans vouloir leur consentir sa collaboration.
Ces deux formations ministérielles étaient, en vérité, la reconstitution du Cartel dont les événements de 1925 et de 1926 avaient montré que faction ne pouvait être que stérile, un cabinet ne pouvant poursuivre sa tâche efficacement, s’il n’a que l’appui toujours précaire de groupes qui refusent de collaborer, c’est-à-dire de partager sa responsabilité.
La politique des Gouvernements que j’ai défendus était celle même, au surplus, que préconisaient les groupes de gauche. Les différents partis n’ont en effet cessé, durant cette législature, de se reprocher que les programmes présentés par les Gouvernements en place étaient les programmes mêmes de 1 opposition.
Comment en eûL-il été autrement ? Tout le monde était d'accord pour faire la stabilisation monétaire réalisée dès le début de la législature pour assurer une défense de l’économie nationale dans un temps ou la crise actuelle s’annonçait déjà, et où il fallait avant qu’elle débutât, comme depuis qu’elle a commencé, prendre toutes les mesures pour assurer ]a défense de la production et du travail de la Nation*
Les lois laïques, attaquées insidieusement par une minorité impuissante, étaient acceptées par la majorité du Parlement et, en tout cas, défendues par les Gouvernements* Les lois sociales étaient votées par la quasi-unanimité de la Chambre.
La législation protectrice des droits des combattants ; Carte et retraite du combattant, était présentée par l’un des Gouvernements Tardieu.
La politique de paix poursuivie inlassablement sous la direction d’Aristide Briand recueillait des majorités massives constituées par ceux-là mêmes qui formulaient quelques réserves ; les Gouvernements que je soutins de mes votes comptaient tous parmi leurs membres, Aristide Briand comme Ministre des Affaires étrangères.
Dans ce domaine, je suis certain d’avoir traduit par mes votes, les aspirations profondes de notre démocratie martiniquaise.
Le député colonial ne peut avoir quelque influence et exercer une action utile pour ses mandants que s'il est attentif à ses votes dans les questions nationales, et spécialement si sa vie parlementaire ne se localise pas à l’étude des questions coloniales.
C’est ainsi que j’ai collaboré d’une façon assidue à tous les travaux de la Commission de législation civile qui m’a confié plusieurs de ses rapports. Je crois pouvoir consacrer une mention à celui relatif à la législation des loyers.
Le problème du logement en France, en 1928, avait pris une acuité quasi dramatique* Près de 300,000 personnes cherchaient vainement un appartement à Paris,
Les débats auxquels donna lieu la loi des loyers commencèrent dès la fin de 1928 pour aboutir au vote de la loi du 29 juin 1929. Ils durèrent ainsi plus de six mois et aboutirent â un texte qui a résolu définitivement le problème en question. Auparavant, chaque année, ii fallait voter une disposition nouvelle pour parer aux difficultés que suscitait le texte précédent*
La loi du 29 juin 1929, que j’ai eu l’honaeur de faire aboutir, a mis un point final â la crise des loyers en créant le système des paliers de prorogation et de prix qui assurent le retour progressif au droit commun.
Au moment où le vote définitif de la loi était acquis, M. Louis Barthou, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, voulait bien prononcer à la tribune de la Chambre les mots suivants :
« M* le Garde des Sceaux. — Au moment où la Chambre va procéder au vote sur l’ensemble de la loi, je tiens à faire une déclaration au nom du Gouvernement,
« Cette discussion a été longue. Elle a toujours été courtoise, La Chambre a été animee
d’un esprit de conciliation et d'un sentiment de transaction auxquels je tiens à rendre hommage.
« J'ai rendu le même hommage à la Haute Assemblée.
a II m'a souvent été difficile d’établir l’accord entre l'une et l'autre Assemblées. Nous avons fini, je croîs, par y réussir.
« Les modifications apportées par la Commission au texte volé par le Sénat, ne me paraissent pas de nature à empêcher l'autre Assemblée de donner son assentiment au vote de la loi. Je m'efforcerai de traduire les sentiments de la Commission de ceux delà Chambre. Je demanderai au Sénat un nouvel effort.
« Mais j'aurais manqué à un devoir de justice si je n'avais pas. remercié la Chambre des Députés de l'efFort qu'elle a fait pour arriver à un résultat. Je tiens ce résultat pour acquis.
« Je veux aussi remercier la Commission et son dévoué Président, mon ami, M. André Hesse, et je ne crois pas sortir des règles parlementaires en disant que le Gouvernement doit un hommage particulier au rapporteur, M. Alcide Delmont, qui a assumé une tâche extrêmement difficile et très délicate, et qui a toujours été à la hauteur de son devoir et de ses responsabilités, » ( Vifs applaudissements).
Politique - coloniale.
A. — Politique économique :
L'économie coloniale a été rudement atteinte durant ces dernières années. Pour mettre nos colonies en mesure de lutter contre les difficultés avec lesquelles elles sont aux prises, leur permettre de s'équiper afin d'être prêtes à lutter au jour prochain, nous l'espérons, de la reprise des activités fécondes, j'ai voté les grands emprunts autorisés au profit de toutes nos colonies, dont la Martinique.
Il est malheureux que les votes contradictoires de notre Conseil général aient entravé l'adoption et, par voie de conséquence, la réalisation du programme des grands travaux dans notre colonie.
S'il en eût été autrement, aujourd'hui les chantiers eussent été déjà ouverts, permettant d'atténuer la misère qui résulte du chômage grandissant.
Je promets à la classe laborieuse de notre pays un effort décisif pour arriver à faire aboutir ce vœu de notre démocratie, qu'elle a traduit d'ailleurs dans les grandioses manifestations faites à Fort-de-France à la fin de l'an dernier.
J'ai défendu, comme rapporteur de la Commission des colonies, le projet qui a abouti à la loi du 3l mars 1931, assurant la protection du caoutchouc, du café, du sisal et du manioc. Une production coloniale avait, elle aussi, besoin de protection immédiate et efficace ; celle de la banane, en Guinée, à la Guadeloupe et à la Martinique. Je fis cons^ tituer à l'Institut colonial français le groupe de défense des fruits coloniaux qui se saisit de cette question et, à la suite de nombreuses délibérations, aidé puissamment par mon ami M. Taudière, rapporteur de la Commission des douanes à la Chambre, noos obtenions du Gouvernement qu'il contingentât l'importation des bananes étrangères et qu'il déposât un projet de loi créant une taxe sur les importations de bananes, en vue de la constitution d'une caisse de compensation dont le montant sera réparti entre les producteurs.
Je suivis cette afialre avec d'autant plus d'activité que je savais combien la classe moyenne de nos planteurs martiniquais est intéressée à l'avenir de la production bananière.
La Commission des colonies me confia 3e rapport du projet qui allait être rapporté au nom de la Commission des douanes par M. Taudière et nous pûmes obtenir le vote de ce texte le 7 janvier 1932.
Le décret organisant le fonctionnement de la Caisse de compensation vient d'être pris et il est possible de considérer que cette mesure d'aide efficace et l'application sévère du contingentement permettront à nos agriculteurs qui ont mis tant d’espérances dans cette culture secondaire, d'éviter les mécomptes qu'autrement ils auraient éprouvés*
La protection du produit assurée, il faudra organiser son transport* Déjà, dans lTétat actuel de nos cultures, nos planteurs ont rencontré les plus graves difficultés. JTai multiplié les démarches pour que la Compagnie générale transatlantique assurât l'enlèvement de nos bananes. La Chambre a voté les crédits ; les années qui viendront assureront un plein équL libre si légitimement souhaité. Le législateur de demain ne devra pas perdre de vue cette question capitale*
Je suis intervenu également de la façon la plus active pour faire protéger nos cultures d'ananas : Amendement à la loi des finances, démarches auprès des Ministères des Colonies et du Commerce,
Mes efforts ont fini par aboutir au dépôt par le Gouvernement d?un projet de loi calqué sur celui que nous avions fait voter précédemment pour la protection des bananes et qui, lui-même, d'ailleurs, s'inspirait si largement de la loi du 31 mars 1931.
Ici encore, M. Taudière donna à notre culture coloniale tout le concours de sa haute autorité* Lorsque j'ai quitté Paris, le projet venait d'être inscrit à Tordre du jour de la Chambre, le câble nous a appris que le texte en a été voté*
Désormais, nos actuels planteurs d'ananas sont sauvés et je souhaite que de nouvelles exploitations, s'ajoutant à celles déjà existantes, viennent encore développer cet effort vers les cultures secondaires, si nécessaire à poursuivre dans notre Martinique.
Le crédit agricole a été réorganisé dans la colonie ; il y a déjà donné des résultats positifs : il reste à T ajuster plus étroitement aux besoins de la petite propriété ; mes interventions ont été multiples dans ce domaine* Elles n'auront, à l'évidence, leur plein rendement que lorsque le crédit agricole local pourra être lié h un crédit colonial et, plus spécialement, à un crédit agricole colonial dont l'étude se poursuit activement à Paris*
Le crédit maritime doit aussi être institué dans la colonie, il n'est pas tolérable que nos pêcheurs restent si abandonnés.
J'ai multiplié déjà les démarches dans ce but ; il est possible d’espérer que les résultats ne tarderont pas à être obtenus, apportant une aide efficace à nos travailleurs de la mer si courageux et si durs à la peine.
Je suivrai ces questions de toute mon attention ; de leur solution dépend l'avenir de notre classe moyenne et peut-être l'avenir de notre Martinique, affranchie désormais des risques que comporte la monoculture,
Certes, la canne à sucre a assuré, dans le passé, la vie et la prospérité de notre colonie et il faut garantir à ceux qui la cultivent, les grands et les petits, à tous ceux qui en tirent du sucre et du rhum, la sécurité et les protections légitimes.
Il faut que les uns et les autres aient droit à la vie dans une liberté organisée. C'est pourquoi, dans une précédente législature, j'avais provoqué l’arbitrage Bartbe ; c'est pourquoi, durant ces quatre dernières années, à la demande des grandes usines, j'ai donne mon concours à la stabilisation de leur contingent, mais c'est pourquoi aussi j'ai provoqué
le décret du 24 octobre 1930 qui a organisé sur des bases rationnelles et efficaces les rapports inévitables des fournisseurs de carme avec les usines.
Mais fout cela ne saurait être définitif dans un pays où tout le monde a l'ambition de travailler et ou il faut suivre révolution de la vie avec le souci de ne léser quiconque, mais de permettre aux humbles de s’élever et au travail d'avoir ses légitimes satisfactions.
Lorsque j'ai fait, en 19*27, stabiliser le régime du contingentement pour dix ans, je n'ai pas voulu arrêter la vie et figer des privilèges, j’ai voulu créer un principe de richesse dont la répartition devait être suivie par les pouvoirs publics en tenant compte de toutes les évolutions inévitables d'une collectivité eu permanent effort.
Ceux qui représenteront la Martinique dans la prochaine législature devront donc rester attentifs à ces problèmes pour atténuer, surtout aux heures de crise que nous vivons, des injustices qui ne sauraient se prolonger sans un péril commun pour ceux qui en bénéficient et pour ceux qui en souffrent.
Pour faciliter la marche des affaires et le fonctionnement de la vie commerciale et économique, j’ai obtenu :
&) Du Ministre des Finances, que le maximum des mandats-poste, qui était de 500 francs, fût porté à 5.000 francs ;
b) Du Ministre des P, T, T. en 1931, que le régime des télégrammes de nuit et de fin de semaine, comportant un tarif de beaucoup inferieur à celui des autres catégories de messages, fût étendu à la Martinique,
Dès le vote de îa disposition de la loi de finances du 31 mars 1931, relative au maximum des livrets de caisse d'épargne de la métropole, j'ai signalé au Ministère des Colonies 3a nécessité d'étendre le bénéfice de cette mesure aux colonies.
Satisfaction m'a été donnée et te maximum des dépôts est désormais porté de 12 000 francs a 20,000 francs pour les particuliers et de 50.000 francs h 100.000 francs pour es sociétés.
Le résultat de cette mesure s’est aussitôt traduit par une augmentation de Lavoir fie notre caisse d'épargne.
J'ai profité de cette circonstance pour signaler au Ministre des Colonies une délibération du Conseil général de la Martinique, en date du 15 décembre 1909, prévoyant l'utilisation de la moitié des dépôts de la caisse d’épargne en prêts aux municipalités Je la colonie.
Comme cette caisse possède un avoir d'environ 16 millions et demi, c'est plus de 8 millions de francs qui peuvent être mis h la disposition de nos mairies, moyennant un intérêt inférieur à celui que comportent les emprunts communaux.
Cette facilité financière accordée permettra d’améliorer le fonctionnement de nos collectivités communales et d'accroître le bien-être de leurs habitants ; cette mesure est de celles qui doivent être obtenues vite et simplement avec un léger effort.
B* — Politique sociale :
Des le début de la législature, je pressai mes interventions pour arriver à l'application à la Martinique de la législation protectrice des familles nombreuses dont j'avais si complètement entretenu le corps électoral au cours de mes conférences publiques. Dès le 5 novembre 1928, j'obtenais du Ministre la signature du decret appliquant eetle législation à notre colonie,
J ai élé plus touché qne de toutes les autres manifestations du vole, par l'assemblée générale extraordinaire de la Ligue des chefs de familles nombreuses de la Martinique, de 1 ordre du jour me remerciant d'avoir obtenu si rapidement ce résultat.
11 faut, noter, au surplus, que la Martinique est la seule colonie où soit appliquée cette législation. Mais ses modalités restent à améliorer, soit en ce qui concerne le taux annuel de l'allocation, soit en ce qui concerne l'extension de la loi aux enfants naturels. Cette tâche devra avoir toute l’attention du législateur de demain. Il est indispensable que dès le début de la législature prochaine une solution lui soit donnée, qui satisfasse les sentiments d’équité et d’humanité dont sont inspirés les vœux de la Ligue des familles nombreuses, auxquels il faudra' faire droit. ,
Dès octobre 1928, je suis également intervenu auprès du Ministre des Colonies pour lui demander l’extension à k Martinique de la législation pour l’assistance aux femmes en couches*
Lq département a saisi l'administration locale de ce projet qui a fait 1 objet d’une étude complète, qui a été soumise au Conseil général mais qui n’a pas encore abouti*
tei encore, l'effort est a poursuivre ; aucune raison valable ne saurait être admise pour ajourner davantage Inapplication dans notre vieille terre française des mesures qui protègent la femme en couches dans la métropole*
La vie sociale de notre departement ne sera définitivement placée sur le véritable plan qu elle doit occuper, que le jour oîi un enseignement technique organise viendra compléter l' Couvre déjà réalisée pour Fenseignemeiit primaire, 1 enseignement secondaire et 1 enseignement supérieur*
Un groupe de jeunes hommes ardents et passionnés ont marqué l'ambition de colla* borer à k réalisation de cette oeuvre jusqu’ici négligée, je les ai aidés de tout mon pouvoir eU le 12 mars 1931 , j'ai signalé au Ministre des Colonies qu’il ÿ avait lieu de faire appliquer à la Martinique ies lois dû 2& juillet 1919 (loi Astier), du 13 juillet 1925 (taxe d'apprentissage) et du 20 avril 1928 (contrat d’apprentissage).
Le département a saisi le chef de la colonie ; une Commission a été constituée dont les travaux viennent d’aboutir à des propositions positives*
Les élus de 1a Martinique auront demain le devoir impérieux de faire aboutir ces projets qui ne sauraient être différés..
Le plein développement de la Martinique commande que dans le domaine de l'enseL g« em en 1 1’ effort entrepris soit poursuivi avec constance* La formation de, nos élites doit être au premier rang de nos préoccupations ; c’est par elles que la vie sociale atteindra son en U e r ép an o ni s s e ment.
C’est pourquoi j’ai collaboré sans arrêt avec tous les groupements représentant les personnels d’ enseignement primaire et secondaire de la Martinique, que j ai essayé de iaire aboutir leurs légitimes desiderata, obtenant les rajustements de traitements dans les délais les plus brefs possibles — trop longs encore, à mon sens — que j’ai fait décider étant au Gouvernement, que le pourcentage des distinctions qu’attendent nos vieux maîtres, serait plus élevé.
Je me suis en outre tenu en permanent contact avec nos étudiants résidant soit à Pans, soit en province. Je les ai reçus fréquemment chez moi pour atténuer le sentiment de leur isolement loin de la petite patrie et je les ai poussés à se grouper, ce qu’ils ont fait en fondant — Il faut les en féliciter - — leur Association des étudiants martiniquais, dont les premiers actes ont été accueillis dans tous les milieux avec faveur et sympathie,