C. — Services publics
Mes interventions répétées auprès du Ministre comme auprès de Padministration locale ont abouti, à peu près entièrement, je crois, à assurer aux fonctionnaires de nos divers
services publics les satisfactions qu'ils demandaient : rajustement de solde, régime des charges de famille, régime des retraites, tout celo. est à peu près complète meut réglé aujourd'hui.
Une mention spéciale doit être faite de la décision que j'ai pu obtenir en faveur du personnel des postes, téléphones et télégraphes et qui lui a permis de retrouver une assimilation dont il avait été privé sans droit et qu'il m'a été particulièrement agréable de lui faire restituer.
Je dois également signaler le décret du 19 novembre 1931 , rendant applicable aux fonctionnaires et agents de l'administration coloniale l'article 51 de la loi de finances du 30 mars 1929, relatif aux congés de longue durée pour tuberculose ouverte.
Les fonctionnaires de la Martinique ont été informés do mes interventions au furet a mesure que je les faisais et ils savent quel effort il m’a fallu donner pour obtenir un résultat qui était pourtant commandé par l’équité et la justice,
J'ai rapporté, au nom de la Commission des colonies, le projet de loi sur Y organisation municipale à la Guadeloupe, à la Martinique et à la Réunion. Ce projet fut déposé par le Gouvernement à la suite de mes démarches réitérées en vue d’obtenir que le personnel municipal des colonies fût traité snr le même pied que celui de la métropole.
J’ai pu le faire voter à la Chambre des Députés la 15 décembre 1931 ; le Sénat ne tardera pas à l'adopter ; voilà une question qui doit être considérée comme réglée.
Je pense que les personnels de nos municipalités ne tarderont pas à recevoir les indemnités pour charge de famille dans les mêmes conditions que celles attribuées aux autres fonctionnaires de notre colonie. Le projet est à Y étude, mes démarches ont été si pressantes que j'en espère un prochain résultat.
Le Sons-Secrétariat des Colonies,
Le 4 novembre 1929, j'étais appelé par M. André Tardieu chargé de former le Cabinet, à faire partie du Gouvernement comme Sous -Secrétaire d’Etat des Colonies*
Le Gouvernement était renversé en fin février ; M* Camille Chau temps remplaçait M. Tardieu et était renversé le jour même où il se présentait devant les Chambres.
M. André Tardieu formait son deuxième Cabinet le 4 mars 1930 et me demandait de reprendre auprès de lui le même poste que j'avais occupé dans son precedent Gouvernement. Ce Ministère tomba en décembre 1930, C’est, ainsi plus d’une année que j'ai passée à côté de M. François Piélri, . partageant avec ce chef remarquable la haute direction de nos destinées coloniales.
Au poste où je fus placé, j'ai essayé de servir de mon mieux. J’ai reporte, à notre petite patrie tout l'honneur qui me fut fait lorsque pour la première fois fut appelé au Ministère des Colonies un représentant colonial : l'élu de la Martinique.
Ce serait dépasser les limites de ce compte rendu succinct de mon action parlementaire pendant la législature qui s'achève que d'analyser ici ma gestion comme Sous-Secrétaire d’Etat des Colonies. 1$§îi£§
Je dois pourtant souligner mes interventions dans le sein du Gouvernement et auprès du Parlement pour le vote de la contribution nationale, votée en faveur de la Martinique, pour tâcher d'atténuer un peu les désastres causés par les éruptions du Mont-Pelé.
L'action concertée du Sénateur, M. Henri Lémery, du Député M. Frossard appuyant les initiatives de notre Gouvernement, permirent d’obtenir promptement du Parlement le vote de la contribution de 50 millions de francs.
Et ce fut le vœu unanime de la représentation de la Martinique, qu'un crédit impor^
tant fût prélevé sur cetLe dotation, en vue de la création d’un hôpital colonial à Fort-de- France, destiné à constituer la première étape vers la fondation de l’Ecole préparatoire de médecine, dont depuis tant d'années je poursuis la réalisation.
Les projets sont suivis et j’espère bien que dans un tout prochain avenir notre Martinique sera, avec son Ecole de droit, le grand centre de rayonnement de la pensée française dans l'Amérique centrale,
Je dois enfin souligner mes initiatives au Gouvernement pour la création du poste de radiodiffusion coloniale.
Depuis des années un confit existait entre des conceptions opposées et rien ne se faisait, J*ai eu la satisfaction de pouvoir réduire les hostilités en présence et signer la décision qui a permis la construction du poste de Pontoise que j’ai si souvent utilisé depuis pour envoyer ma pensée cordiale à tous mes amis de la Martinique*
Grâce à ce poste, la carence de la voix française a pris fin et chaque jour, Pontoise transmet à toutes nos France d'outre- mer la parole aimée de la mère patrie.
Mes compatriotes, vous m’excuserez d’avouer le léger orgueil d’avoir été l’artisan de? cette fondation !,,,
Conclusion.
Je m’excuse d'avoir relaté, peut-être un peu trop longuement, les étapes de la route: parcourue pendant ces quatre dernières années.
Je puis dire, aujourd’hui comme en 1928, que jTai été inspiré, dans toutes mes initiatives, par le seul souci de servir l'intérêt national dans lequel s’intégre l’intérêt de notre petite patrie; et je puis affirmer que jamais un sentiment de rancune ou de revanche n’a déterminé aucun de mes actes.
C’est ainsi qu'en dehors des interventions qui avaient leur origine dans des revendications collectives, jJai accueilli sans distinction toutes les demandes personnelles qui m'étaient adressées et je les ai appuyées également, k la seule condition qu’elles me parussent justifiées et légitimes.
J'ai pu ainsi aider dans leur carrière de bien nombreux compatriotes qui servent sur tous les points du globe, faire entrer dans les administrations coloniales ou dans les sociétés privées, des centaines de jeunes Martiniquais qui ne trouvaient point, dans l'île natale, de débouchés à leurs facultés de travail-
Et tout cela, je le répète, c'est un fait dont je crois pouvoir m’honorer, sans que jamais une considération autre que la valeur et le mérite des intéressés ait retenu mon attention.
Il faut d'ailleurs noter que les uns et les autres ont contribué à rendre possible cette pratique d’une sorte de neutralité qui m’est toujours apparue comme le devoir essentiel de l’élu après la fin des luttes légitimes qui marquent le renouvellement des mandats.
Je veux le répéter une fois encore : On est le candidat de son parti ; on se bat avec son parti pour gagner la bataille électorale mais, une fois 1 élection faite, l'élu se doit d'être le. représentant de tous. C'est l'idéal que je me suis assigné dans cette législature comme dans la précédente.
Des événements graves pourtant, et qui ont troublé la vie à la Martinique, ont marqué ces dernières années
Des affaires judiciaires profondément douloureuses ont éclaté qui ont suscité les plus violentes polémiques et déchaîné les passions.
Comme il est Je règle — i! n'y a donc ni à s’étonner ni a s'indigner — les intéressés ont tenté de transporter sur le terrain politique des affaires qui n'auraient pas dû quitter le
No 2145
cadre de la vie judiciaire. J'ai etc pris personnellement à partie : chaque fois, fai opposé le silence aux attaques. J'ai ainsi, en évitant des polémiques dangereuses, laissé à la raison le temps de s'exercer et je crois, par cette attitude, avoir contribué à atténuer te désordre des pensées.
La législature s'achève ainsi dans une atmosphère de détente qui a été incontestable" ment favorisée par une administration qui a su rester sage et prudente avec, pourtant, la fermeté qui s'imposait au milieu des conflits économiques et dans des heures périlleuses „ Elle en a été récompensée par l'approbation et les encouragements que, depuis quatre ans* tous les Gouvernements lui ont accordes.
Les manifestations de sympathie, voire d’affection, qui ont marqué mon voyage â la Martinique lors de la mission gouvernementale que j’y ai remplie, me laissent penser que le peuple de la Martinique, dans son immense majorité — chacun gardant, certes, ses opinions politiques — a approuvé ma conduite. Je n'oublierai pas, je le dis à nouveau, les heures émouvantes que j'ai vécues en août et septembre 1930. J'ai cru percevoir, dominant quelques attaques individuelles de partisans, que nous communiions unanimement, tous mes compatriotes et moi, dans l'amour de la petite patrie et que si des conflits passagers, quoique violents, mettent aux prises quelquefois les enfants de la Martinique, des incidents superficiels et non des raisons profondes les déterminent seuls.
C'est donc par un appel ù l'union et à l’apaisement que je veux clore ces lignes, en l’adressant à tous les éléments sains et probes de notre démocratie.
Sans doute les intérêts, dans une société, se heurtent et leur défense est légitime, mais elle peut se poursuivre en dehors de la passion et de la violence qui en est la conséquence.
La démocratie a ses droits à faire valoir, ils sont loin d'être satisfaits \ il faut que ses revendications aboutissent.
J’avais pensé ne pas demander le renouvellement de mon mandat, mais j ai vite renoncé à ce projet devant les appels qui m'ont été adressés.
Si les suffrages que je sollicite font à nouveau de moi le député de la Martinique, notre démocratie peut compter que, de toute ma volonté de servir aussi ardente qu’au premier jour, fortifiée encore par l’âpre sentiment de la confiance populaire, je lui apporterai mon .aide, mon concours, et lui continuerai le don total de mon activité.
Algide DELMONT
Avocat à la Cour de Paris.
Député de la l1* circonscription de la Martinique- Ancien Sous-Secrétaire d’Etat des Colonies»
2e circonscription,
M. LAGROS1LLIÈRE, S. F, I. O,
Elu au premier tour de scrutin. — 6,226 voix.
Citoyens et Camarades.,
Par suite de circonstances que tous vous connaisses, nos deux congrès socialistes de novembre dernier, à Fort-de-France, et cartelliste du 10 avril à Trinité, nous ont appelés à l'insigne honneur de porter Lun dans l'Est, et Fautre dans l’Ouest le drapeau de notre Fédération socialiste, aux élections législatives du 1er Mai prochain.
Notre déclaration sera aussi courte que claire et précise.
Nous restons les soldats du parti des travailleurs, du grand parti socialiste S, F. L 0, dont notre fédération locale, fondée et développée par nous depuis 1901, est la citadelle avancée dans la mer des Caraïbes.
Plus que jamais, nous faisons nôtre, à toutes nos fins générales et locales, son programme repris et adapté aux grands événements mondiaux de V heure présente, par son congrès extraordinaire tenu à Paris les 30 et 31 janvier dernier ;
Lutte contre la guerre et pour l'organisation de la paix par l’arbitrage et le désarmement.
Lutte par tous les moyens, notamment par Y assura nce- chômage* contre l’insécurité du travail, qui, à l’heure actuelle, menace de faire mourir de faim plus de 75 millions d'ouvriers de femmes et d’enfants d’ouvriers, dans l'uni vers capitaliste.
Lutte contre l’ignorance, par l'organisation raüonelle et méthodique de Fécole unique, sur toute la surface continentale et coloniale de la France, l’école unique dont nous avons, depuis deux ans, par des votes de crédits au Conseil Général et notre projet de cité unir versitaire, préparé les hases, dans notre pays.
Lutte contre l’iniquité et Je désordre politiques, par l'établissement de la représentation proportionnelle des partis, dans toutes les assemblées, du suffrage des femmes, et par les mesures législatives de nature à faire respecter, aux colonies, particulièrement dans notre jeune démocratie martiniquaise, le suffrage universel, dont le prolétariat manuel et intellectuel, a plus besoin que la classe des possédants capitaliste ; car il sera l'instrument même de son émancipation.
Lutte contre l'anarchie de la production et de la vente par la création d’offices publics de monopole d'importations, de taxation et de compensation de prix, et de vente centralisée des denrées de première nécessité telles que le blé, le vin, les engrais chimiques, le rhum, la banane, l 'ananas, et tous autres produits coloniaux, qui dans l’intérêt du consommateur, comme du producteur ont le plus impérieux besoin d’être protégés contre la spéculation et les effets désastreux de la concurrence.
Au point de vue strictement local des mesures de réparation et de justice s’imposent à l'égard de la classe ouvrière, des familles nombreuses, des sinistrés de la zone volcanique et des planteurs de cannes, à la réalisation desquelles nous déclarons solennellement que nous ne faillirons pas.
L’application de la législation nationale du travail, dont Lagrosiilière a été Fheureuxet actif initiateur, comme député, dès la seconde année de sa première législature par la promulgation des deux premiers livres du code du travail, doit être étendue, quelques sacrifices pécuniaires que cette extension doive coûter.
Les lois sur les accidents du travail doivent être complétées par celles sur les retraites
ouvrières et paysannes et les assurances sociales; et des conseils de prud’hommes doivent être établis dans les principaux centres de la production locale.
Le décret d’application de la loi sur les allocations aux familles nombreuses, dont M, Alcide Delmont réclamé la paternité, donne lieu à un véritable scandale que nous n’avons cessé de dénoncer : il ne permet l'octroi de secours qu’aux seuls enfants légitimes.
Si, comme doit nous le faire espérer, la grande force de notre parti, vous nous élisez députés le 1er mai, notre premier soin sera de briser cette injustice qui se double d'une injure cinglante, dans un pays où pour des raisons particulièrement cruelles à nos cœurs* les enfants dits naturels sont beaucoup plus nombreux que les enfants dits légitimes.
Nous nous élèverons également contre les odieux scandales, auquel a donné lieu la répartition du secours national aux sinistrés des récentes éruptions volcaniques et dont nous avons le droit incontestable de rendre responsable M, Alcide Delmont. 11 est plus qu’évident,, eu effet, qu’il a eu pour objectif de gorger d’or ses compères et partisans au détriment de la masse des vrais sinistrés de toutes classes. Pour ceux-ci nous ferons redresser, nous en prenons rengagement, formel, toutes les injustices et toutes les erreurs,
La double législation concernant le contingentement des rhums et la fixation des prix des cannes, chaque année, par arrêté du Gouverneur, donne lieu h des troubles et à des conflits trop inquiétants et trop compliqués d’inégalités de traitement, pour qu’elle soit considérée par nous comme intangible. 11 faut qu’elle soit révisée et refondue de manière qu’il soit donné un statut définitif aux fournisseurs de cannes, comme aux usines et aux distilleries elles-mêmes. Nous y tiendrons d’autant plus la main que si parmi les fournisseurs de cannes il y a de nombreux propriétaires capitalistes, il y a aussi et en majorité des petits fournisseurs travaillant eux-mêmes leurs propriétés, et à qui, à cause de cela, le parti socialiste doit toute sa solidarité et toute sa sollicitude.
En attendant d’ailleurs, le redressement de tous les loris, par la loi, nous restons à la disposition des petits planteurs, s’ils le jugent nécessaire de s’adresser à nous, pour défendre pied à pied leurs intérêts contre ceux de tous leurs antagonistes — usiniers ou distillateurs* devant toutes commissions d’arbitrages locales que les parties en cause voudront constituer.
Enfin, avons-nous besoin de dire aux agents de toutes catégories des services publics qu'en ce qui les concerne comme à l’égard du prolétariat manuel,, nous saurons poursuivre notre programme d’assimilation intégrale, si conforme à la tradition républicaine sehœJchériste et que si nous ne saurons d’aucune manière nous faire des agents de favoritisme individuel nuisible au bon ordre et h la justice entre tous, nous n* épargnerons rien pour faire triompher leurs revendications collectives, sauvegarde de leurs droits essentiels et de leur dignité personnelle.
Tel est, citoyens et camarades, en bref, notre programme général et local.
En votant donc, le i*r mai prochain, pour les deux candidats socialistes que nous sommes, vous voterez pour vous-mêmes.
Vive le prolétariat manuel et intellectuel de la Martinique !
Vivent le suffrage universel et les libertés politiques aux colonies!
Vive la République de travailleurs!
Salut et fraternité»
Joseph LAGROSîLUÈRE
Journaliste et Agriculteur,
Ancien Député.
Conseiller général et Maire de
Candidat dans la circonscription.