‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1932Chapitre 95 sur 260 · M. MORIN, S. F. I · texte numérisé non relu

M. MORIN, S. F. I

Elu au deuxième tour de scrutin, — 12.297 voix.

TSOTRU PROGRAMME

La crise économique :

En dépit de la campagne menée à grand renfort d’affiches par nos détracteurs de toujours, il apparaît à tout esprit impartial que la crise économique actuelle est d ordre mondial et qu’elle est provoquée par l'antagonisme violent des formes diverses du capitalisme moderne.

25 millions de chômeurs, 80 millions d’êtres qui souffrent, telle en est l'effroyable conséquence l

C’est donc sur le plan international quùl faut agir par une nouvelle organisation de la production nécessitant une meilleure répartition des produits. Mais nous affirmons que rien d’efficace ne pourra être tenté sans que la confiance soit rétablie dans le monde., et il n y aura pas de confiance sans la paix et le désarmement.

Pour la paix et le désarmement :

La France est le pays qui paye, proportionnellement à la population, le plus lourd tribut à l'ogre militariste*

20 milliards en 1931, 21 milliards en 1932 1

La Conférence du désarmement qui siège à Genève attend le résultat des élections françaises pour s'engager soit vers la paix, soit vers la guerre*

Le parti socialiste réclame le désarmement général simultané et contrôlé et en aiten*

dant — une réduction immédiate de ces lourdes dépenses militaires qui conduisent le pays à la guerre, à la misère et à la ruine.

Il estime que les 125 milliards affectés actuellement aux oeuvres de mort doivent cire répartis entre les œuvres de vie.

Il réclame une Société des Nations, véritable émanation du peuple — et non des gouvernements — devant laquelle tous les litiges entre nations seront soumis et solutionnés.

L'assainissement de nos finances :

Le contribuable français est aujourd'hui saigné à blanc. Et c'est peur des fins trop souvent discutables que de lourds sacrifices lui sont imposés*

C'est ainsi que sur 100 francs d'impôts :

47 fr* 80 vont à la dette publique et aux victimes de la guerre;

21 fr, 90 vont; aux dépenses militaires;

13 fr. 20 vont aux dépenses administratives ;

10 fr. 90 vont aux dépenses sociales et d'éducation;

6 fr, 20 vont aux dépenses d'outillage*

Donc, 1 ensemble des charges de la deLLe* des dépenses militaires et des dépenses d'administration proprement dîtes absorbe près de 85 0/0 du budget,

11 reste seulement 15 0/0 pour les dépenses utiles.

Répudiant semblable répartition, nous rejetons le système fiscal qui est à sa base, demandant trop* au point de les paralyser, à l'activité économique et à la faculté de consommation, tandis que s'échappent ceux qui détiennent la fortune consolidée et thésaurîsée.

Nous voulons en effet :

Une réduction imposante des dépenses improductives ;

Une compression des services publics dans le cadre d'une vaste réforme administrative demandée par les syndicats de fonctionnaires ;

La nationalisation des monopoles privés;

Une meilleure répartition des charges fiscales basée sur une plus large contribution de la fortune acquise qui allégera d'autant les classes laborieuses*

Notre sollicitude ira également vers les petits rentiers, éternels sacrifiés de Taprès guerre, pour lesquels de justos réparations s’imposent d'urgence.

La défense laïque :

Défenseurs de l'école laïque, nous voulons aussi que tous les enfants puissent accéder à tous les degrés de Renseignement sans autre distinction que leur intelligence et leur mente.

Contre la crise agricole :

Cultivateurs* fermiers, petits propriétaires, vous avez déjà fait' fi des pitoyables légendes outrageusement répandues par des adversaires sans vergogne qui représentent le socialisée comme le détrousseur de la petite propriété.

iL'apre , bataille éemiomi que d'après guerre a démontré d'indiscutable façon que le régime capitaliste était à la base de la crise aiguë qui sévit actuellement dans nos campagnes et que c'esi lui qui, spéculant sur le désordre de la production, sur les variations des prix qu'il amplifie, sur las besoins du producteur au moment des récoltes ou des échéances, prive les travailleurs de la terre de leur juste rémunération.

Et c'est pour, combattre l'Influence néfaste de ses organismes : trusts, cartels, ententes économiques — véritables pieuvres qui paralysent l'effort du paysan français — que nous

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voulons la création d'offices nationaux du blé, du vin, des engrais, etc., places sous la direction des représentants élus des producteurs, des consommateurs et des pouvoirs publics.

En faveur du petit, commerce et de 5a petite industrie ;

Les petits commerçants, les petits industriels et les artisans - si durement atteints par , crisc acluelle - savent, hélas ! ce qu’il faut penser des prophéties gouvernementales, 'innonçant, il y a quelques mois à peine, une ère inconnue de prospérité .

Pour redresser leur situation aujourd'hui si gravement compromise, au profit de miel U u es douzaines de magnats chefs de puissants et insatiables consortiums, nous réclamerons un dégrèvement progressif des charges purement professionnelles par un nouvel aménagement de la patente — qui devra la rendre moins lourde — et 1 application à tous,

. r le calcul des bénéfices commerciaux, d’un équitable abattement à la base.

F Nous demanderons aussi qu’un eflort sérieux soit fait par les pouvoirs publics en faveur du tourisme, cette branche si intéressante de notre vie économique, de l’activité de laquelle dépend pour une si large part la prospérité de notre chère Touraine.

Notre action sociale :

En plein accord avec la C. G. T., nous travaillerons sans désemparer à l’organisation rationnelle du travail, de laquelle doit découler pour tous ceux qui peinent une vie plus dime à l’abri des difficultés angoissantes que beaucoup trop connaissent en ces heures critiques pour lui - comme actuellement - où le vieil édifice capitaliste tremble sur

ses assises.

Citoyens,

Avee une rare violence, la réaction mène contre nous: une formidable campagne de dénigrement systématique; Grassement subventionnée par tous les profiteurs du régime, elle cherche à redonner vie par l'image à ses habituelles calomnies contre- le socialisme et, dans ce but, couvre les murs: de multicolores et: coûteuses affiches,

A cette offensive capitaliste de grand style, qu’appuyent les encouragements discrets quand ils ne sont pas publics — de certains faux démserates dont les- reniements ne se comptent plus, vous resterez insensibles !

Nous comprenons très bien, en effet, que les généraux, les gens d'église, los marchands de canons et tous les profiteurs soient les suppôts du régime inique qui mous accable.

Mais notre raison se refuse à croire que la classe laborieuse qui crée toutes les richesses et à laquelle on impose toutes les privations se rende complice d’une telle politique.

La réaction triomphante, c’est — vous n’en doutez pas — l’aggravation de tous les

nmu>e dont nous souffrons !

A cetta menace ^ vous vous opposerez résolument !

Et le mai prochain, dans un geste de foi et d’espérance, vous accorderez votre luffrage au candidat du parti socialiste, marquant ainsi la fête de la libération du travail par

fia victoire sur toutes les forces conservatrices I

La Fédération socialiste d1 Indre- etr Loire a choisi pour la représenter dans votre

circonscription le citoyen

Ferdinand MORIN

Maire de Tours,

Conseiller général de Tours-Sud*

3° circonscription de TOURS,

M, Emile FAURE, républicain socialiste.

Élu au deuxième tour de scrutin. — 7,323 voix.

Mes chers Concitoyens,

U y a vingt-deux ans, vous m'avez, pour la première fois, donné votre confiance et vous me l'avez renouvelée en 1914,

Vous m’avez de nouveau accordé vos suffrages en 1928, c'est-à-dire chaque fois que le scrutin a permis un contact plus étroit entre votre représentant et vous.

Ges manifestations successives ont scellé entre nous des liens de confiance réciproque et d'amitié vraie.

G1 est assuré de cette confiance et de cette amitié que je viens à nouveau solliciter vos suffrages.

J'ai eu maintes fois, au cours de mes visites dans les communes, l’occasion de m'entretenir avec vous des problèmes multiples et complexes du moment présent. Vous savez que je les étudie en toute objectivité et vous savez aussi que j’ai toujours tenu les promesses que j’ai faites.

Je me bornerai donc à un rapide exposé de mou programme, qui est celui du Parti socialiste français, programme de laïcité, de concorde, de réalisation et de construction dans l'ordre politique, économique et social.

Nous sommes de ceux qui pensent que la démocratie contient en elle-même les moyens d'émancipation nécessaires et que les progrès obtenus dans le cadre de la loi sont les seuls qui ne soient pas éphémères.

Ma doctrine sociale est issue des réalités et non de théories dogmatiques. J’estime qu’en facilitant à tous les citoyens l'accession de la propriété, nous arriverons lentement, peut-être, mais sûrement, à réaliser l’idéal de transformation sociale que nous entrevoyons pour l’avenir.

Favoriser le développement du bien-être et des situations acquises par le travail, libérer les producteurs de toutes classes de l’emprise du capitalisme, réaliser les réformes sociales qui permettront h tous les citoyens de vivre dignement dans le cadre d’une grande démocratie, telles sont, en résumé, les idées générales qui m ont guidé et me guideront toujours dans l’exercice de mon mandat, si vous voulez bien me le renouveler le Ve mai prochai n .

Politique intérieure.

Ai-je besoin d’affirmer de nouveau mon attachement profond aux institutions républicaines et en particulier au respect absolu des libertés publiques, notamment la liberté de pensée et de conscience? Vous savez que je resterai toujours l'ardent défenseur des lois laïques — — charte de la République — - dont les ennemis, déguisés ou non, masquent, par des déclarations équivoques — dans l’espoir de capter vos suffrages — leurs sentiments véritables.

Partisan d’une réorganisation générale de l’enseignement, par l 'école unique, en dehors d’ailleurs de tout monopole, je désire que Végalité des enfants devant l’instruction soit

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réalisée par la gratuité de renseignement, . à tous les degrés. AjpsL les enfants de toutes les classes sociales pourront, après les sélections nécessaires basées sur leur développement intellectuel, être à même de poursuivre les plus hautes études.

En attendant cette réforme complète, j’estime qu'il faut prolonger la scolarité, organiser partout des cours posL-scolaïres ^et améliorer considérablement le régime des bourses d’études.

Enfin, pour assurer le contrôle des élus par le suffrage universel, je reste nettement partisan du vote personnel, afin que chaque député prenne ses responsabilités.

Po litiq u e fin a ncière ,

De multiples causes — surproduction, sous-consommation, mauvaise répartition de la production, déréglement des marchés mondiaux et des échanges internationaux — ont créé une situation économique qui ne sera vraiment résolue que par une organisation générale et concertée de l’économie mondiale.

Bien que cette crise naît pas épargné notre pays, déjà des symptômes d’amélioration se font sentir. 11 importe d’agir avec prudence, et surtout de ne pas avoir recours à de nouveaux impôts. Des compressions de dépenses apparaissent nécessaires; elles devront, selon nous, être réalisées par l’allégement des charges militaires qui pèsent si lourdement sur la nation, et aussi par la réduction du nombre de certains gros fonctionnaires civils et militaires qui sont inutilement occupés.

En ce qui concerne le budget de la défense nationale, j ai demandé la réduction des périodes d’instruction militaire de réserve et la réduction du temps de service armé pour les hommes mariés ayant un ou plusieurs enfants. Enfin, dans une proposition de loi du 30 mars 1930, j ai demande l’extension de la carte du combattant aux vieilles classes ayant servi dans la zone de combat.

Politique ,ecGÂéri$ure.

Notre pays désire ardemment la paix. Il l’a prouvé une fois de plus par son émotion unanime à la mort dufgrand Français Aristide Briand, dont l’œuvre doit être poursuivie. L’horreur de la guerre survit trop autour de nous : nous devons continuer à affirmer au monde que nous voulons qu’elle soit à jamais bannie. Nous sommes ardemment partisans de la Société des Nations et de la Fédération européenne qui, seules, permettront le désarmement et amèneront la paix mondiale.

Assurances sociales ,

La loi sur les assurances sociales a été votée par les Chambres, presque à ['unanimité, dans le but de protéger tous les travailleurs. Toutefois, j’estime qu elle devra faire l’objet d’une révision minutieuse, l’expérience acquise devant permettre de l’adapter au mieux de tous les intérêts dans le cadre de la mutualité. Je n’avais pas manqué d’ailleurs de déposer, le 7 février 1930, une proposition de loi demandant qu’elle soit instituée par paliers, en commençant par l’assurance-vieillesse et la maladie, par les mutuelles.

Programme, agricole.

Me trouvant souvent au milieu de vous, je connais tout particulièrement vos besoins dans ce domaine. Vous savez que les questions agricoles ont toujours été au premier rang de mes préoccupations ; je l’ai montré durant toute cette législature.

D abord en prenant l'initiative d’un certain nombre de propositions de loi ou en m'y associant :

Lois tendant à assurer aux bouilleurs de cru la liberté de distillation ;

Prêts aux victimes des calamités agricoles ï

Prêts aux syndicats de communes ;

Statut fiscal des coopératives agricoles, etc.

Ensuite, en"prenant une part active aux discussions dans les groupes de défense des intérêts paysans dont je fais partie et qui sont présidées par mes collègues l>e Monicault, Delbos et Queuille, ancien Ministre de l'Agriculture.

Je continuerai dans cette voie en demandant en particulier rabaissement du prix des engrais qui sont actuellement cédés par des trusts détenteurs à des prix abusifs, rabaissement des tarifs et la suppression totale de la taxe d'Ëtat sur le transport des produits agricoles.

Je voudrais aussi réaliser l’électrification totale des campagnes (vous n'ignorez pas d’ailleurs mes nombreuses interventions en ce sens) ] favoriser, dans nos bourgs, la construction de salles de fêtes, intensifier le développement de la radiophonie, remédier en un mot à l'isolement rural, F une des causes de l’exode vers les villes.

Enfin, je m'attacherai, comme par le passé, à assurer à l'agriculture les débouchés qui lui sont dus pour que le travail de la terre reçoive sa juste et légitime rémunération et je chercherai à^améüorer encore les institutions de crédit et de mutalité agricole.

Respect de da légalité, évolution rationnelle et progrès social : tels sont les trois principes dont nous ne nous départirons jamais.

Si vous [me donnez votre confiance, mon action parlementaire sc conformera aux grandes directives que je viens d’énoncer.

En toutes circonstances, vous me trouverez toujours prêt à soutenir une juste cause, à vous défendre contre les négligences, les erreurs ou les abus.

Aussi souvent qu'il sera possible, je viendrai — - et mon attachement maintes fois prouvé à notre petite patrie vous en est un sûr garant — vous exposer ce que j'aurai fait, et vous pourrez me signaler les réalisations qui restent à obtenir.

Sans distinction de partis ou d’opinions, je serai le député de tous.

CiLoyenSj tous aux urnes, le 1er mai.

Vive la^ République laïque, démocratique et sociale !

Émile FAURE

Conseiller général d’Indre-ét-Loire,

Conseiller municipal de Bléré.

'Menai' re de îa Commission de la marine marchande et de la Commission du commerce et de l’industrie.

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