‹ [Programmes, professions de foi et engagements électorauxChapitre 145 sur 266 · REGNAULT · texte numérisé non relu

REGNAULT

Circonscription de MORT AIN.

M. Arthur LEGRAND,

Élu au tour de scrutin.

Le dimanche 20 août, les électeurs en France seront appelés à voter pour la nominaüon des membres de la Chambre des députés. La nation entière aura, le même jour, au même moment, à manifester les sentiments dont elle est animée. Cet acte de la vie d’un peuple est solennel. Chacun de vous en comprendra la gravité.

Je viens de nouveau solliciter l’honneur de vous représenter. le connais, par une expérience déjà cinq fois renouvelée, la constance de vos sympathies. Je vous offre le même dévouement que par le passé. Je vous demande, en échange, la même confiance.

Il est inutile de reproduire ici les affirmations contenues dans mes précédentes professions de foi. Je les maintiens toutes. Si je vous disais qu’il en est

autrement, ni mes amis ni mes contradicteurs politiques ne me croiraient. Ce à quoi je tiens principalement, c’est à l’estime de tons. La qualité essentielle d’un homme politique est la dignité du caractère. Ma vie. vous le savez, a été toute d’honneur et de travail. Je ne crois pas que l’on y trouve ni une faiblesse ni une violence à l’égard de qui que ce soit.

Partisan convaincu de la souveraineté nationale, j’estime qu’il importe plus que jamais que le suffrage universel ait le droit de désigner luLméme le chef de l’État et d’élire les membres du Sénat.

Mon ardent désir d’être utile ne peut être mis en doute. Tous ceux qui ont bien voulu s'adresser à moi ne me démentiront pas et ne refuseront pas, je pense, de me rendre ce témoignage.. Nous avons été assez heureux pour obtenir, après bien des luttes, le maintien de la liberté des bouilleurs de cru. Si, dans l’aveuir, ce droit, qui est inhérent an droit de propriété, était de nouveau menacé, soyez convaincus que nous défendrions, comme nous l’avons fait dans le passé, une cause qui a pour elle la justice et Téquité.

Un impôt sur le transport des pommes et des poires nous a été aussi, à deux reprises différentes, proposé par le gouvernement. Cette mesure, qui avait réellement un caractère inique, a été retirée en présence des pressantes protestations contenues dans les nombreuses pétitions que nous avons soumises à vos signatures.

Encore queîquês mois et notre arrondissement sera, au point de vue des chemins de fer, l’un des mieux partagés delà Basse-Normandie. Au moment où nos populations vont être appelées à profiter de ce progrès, il n’est pas inutile de rappeler les luttes incessantes soutenues contre les compétitions des départements voisins, qui, à l’origine, voulaient détourner nos lignes à leur profit. Les œuvres de cette nature sont essentiellement collectives. Le temps même est un collaborateur de pareilles entreprises. Si modeste qu’ait été ma part, il me sera cependant peut-être permis de dire que, depuis vingt-sept ans, on m’a toujours trouvé sur la brèche, parmi les plus ardents, pour défendre ces questions, que j’ai constamment étudiées et qui importent à un si haut degré au développement de la richesse du pays,

L’agriculture réclame avec juste raison des encouragements. Elle souffre par suite d’accidents climatériques, qui, heureusement, ne sont que passagers, mais elle souffre aussi, coiome le commerce et l’industrie, de la mobilité incessante de nos lois, de l’accroissement constant des impôts, du désordre financier, eu un mot, de l’absence d’unité de vues, de pensées et d’action, chez les dépositaires des pouvoirs publics.

La France honnête, celle qui travaille et voudrait épargner, se plaint, Elle a été attristée par des scandales récents, qui doivent être également réprouvés par tous les partis, et qui ont été rendus plus graves encore par le soin que l’on a apporté à étouffer la vérité et à empêcher la lumière de se faire entièrement. Ce n’est pas en s’efforçant de déchristianiser la France que l’on arrivera à relever le niveau moral de la nation, à améliorer le sort du plus grand nombre et à trancher les difficiles problèmes économiques toujours agités et jamais résolus.

Les hommes d’ordre doivent opposer une barrière au flot envahissant du socialisme. Les fausses doctrines troublent les consciences, agitent les esprits

âiT point d^amener iîïis confusioa de toutes choses qui crée un réel périî et qui compromet les principes sociaux et religieux, bases fondamentales de tonte société.

Le Terdict populaire du dimanche 20 août peut avoir une grande importance sur les destinées de la patrie. Chacun de vous tiendra certainement à user du droit de vote que lui confère la loi.

J^attends votre décision sans craintes ni préoccupations et je vous prie de croire, mes chers concitoyens, è mon fidèle attachement qu^accroîtrai eut encore^ s’il était possible, les nombreux témoignages d’affection que je re<;ois en ce moment et dont je suis profondément touché.

Arthur LEGRAJ^D, député sortant.

Circonscription de SAINT-LO.

M. Gustave RAULINE,

Élu au tour de scrnthi.

Mes chers concitoyens.

Je viens solliciter de vous le renouveilemeut de mon mandat.

Nous nous conuaiasoûs, les uns et les autres, depuis dix^huit ans que j’ai llionneur de vous représenter au Parlement.

Dans cette période de temps déjà longue, j’ai apporté, je Pafiirme, à servir les intérêts généraux du pays et vos intérêts personnels, le dévouement d’un bon patriote et d’un bon citoyen.

Je n’ai pas à vous faire de nouvelle profession de foi*

Je ne suis pas, vous ïe savez, un homme d’opposition systématique, fai soutenu de mes votes, eu toute indépendance, les ministères qui se sont, malheureusement, succédé en trop grand nombre depuis dix ans, toutes les fois que les mesures proposées étaient, suivant ma conscience, conformes aux intérêts bien entendus du pays. Tout dernièrement encore, lorsqu’il s’est agi d assurer Tordre, je n’ai pas hésité à approuver la conduite du gouvernement.

Je suis pour l’amélioration du sôrt des travailleurs; mais j’estime, en même temps, que les problèmes sociaux sont de ceux qu’il faut résoudre par les moyens pacifiques et avec l’expérience du temps. Les sociétés se modifient lentement, et les secousses violentes qu’on vent leur faire subir n’ont d’autre résuitat que dVrêler Tessor du travail en en tarissant les sources. Je suis un homme de progrès, mais je suis aussi un homme d’ordre.

Je veux donc, avant tout, un gouvernement fort et capable de nous assurer un lendemain.

Je veux qu’on gouverne avec des actes et non avec des paroles. Ne nous laissons point prendre aux artifices de langage ; ne nous payons pas de vains mots et de promesses trompeuses.

La défense de notre agriculture a été ma préoccupation constante.

N*est-ce pas à vous, chers agriculteurs, que j’appartiens et par profession et par affection ? Ne suis-je pas un des vôtres ? N’esl-ce pas vous qui m’avez fait ce que je suis ?

Toutes les mesures qui ont eu pour résultat de dégrever les charges si lourdes qui pèsent sur nos populations agricoles ont été soutenues de mon concours le plus actif et le plus vigilant.

Ce n’est pas sans peine que nous avons réussi à maintenir le privilège des bouilleurs de cru, c’est-à-dire le droit supérieur, pour le cultivateur, de disposer, comme bon lui semble, du produit de ses vignes ou de ses pommiers.

J’ai réclamé, voté et fait voter des droits protecteurs contre la concurrence étrangère qui menace de plus en plus nos produits agricoles. J’ai sollicité le dégrèvement de nos impôts, tout en maintenant l’équilibre dans nos budgets.

La législature qui vient de s’accomplir a été attristée par des scandales financiers sans exemple.

Je me fais gloirô d’appartenir à cette minorité conservatrice que n’a pu efflorer le plus léger soupçon.

Mes chers concitoyens, je n’ai jamais failli ni à mes promesses, ni à ma parole.

Aceux qui m’accuseraient d’impuissance, je répondrais par l’estime, l’amitié et le crédit dont m’honorent tous mes collègues de la Chambre, à quelque nuance politique qu’ils appartiennent. A ces mômes détracteurs, je répondrais encore : « Que m’avez-vous demandé ? Que m’a-t-on refusé ? »

Vous m’avez vu à l’œuvre, mes chers concitoyens, vous savez qui je suis et ce que l’on peut attendre du dévouement sans bornes d’un honnête homme qui a consacré, avec un désintéressement profond, sa vie entière à la défense des intérêts de son pays. »

Mes chers électeurs, j’ai fait mon devoir.

Vos suffrages seront mon honneur et ma récompense !!

Votre tout dévoué,

Gustave RAÜLINE, membre du conseil général de la Manche, député sortant.

Circonscription de ATALOGNES.

M* le lieuteoant-coioael GUÉRIN, ÉUi au 1'"’^ lourde scratin.

Chers compatriotes,

J ai eu, dans le courant de juillet, l’honneur d’adresser à MM. les maires de l’arrondi ssement une lettre-programme les informant que j’étais danslintention de poser ma candidature réppblicaine lors du renouvellement de ia Chambre.

Je me présente devant vous avec confiance. Je suis nettement et franchement républicain et, pour couper court à toute équivoque, je tiens à vous déclarer, dès maîntenaot, que, si j’aî l’honneur d’être élu député, je prendrai place au centre gauche.

Les principales lignes de mon programme senties suivantes :

République sage et honnête*

Plus de compromissions, plus de scandales ÜLianciers, Qno la douloureuse affaire du Panama, qui a eu un si grand retentissement dans la France- entière, et dont les conséquences ont amené la ruine de nombreux travailleurs, soit une leçon pour les législateurs futurs et que, dans la nouvelle Chambre, on ne puisse voir se renouveler des votes aboutissant à de pareils désastres.

Je veux que les mots t Liberté et Égalité, que Fou voit écrits sur tous les monuments publics, ne soient pas lettre morte. L’égalité pour tous devant la loi, la liberté de penser et d’agir, à la condition, bien entendu, de ne porter aucune atteinte au goüverDemeht de la République.

An point de vue scolaire : Instruction obligatoire, elle est absolument nécessaire dans un pays de progrès comme la France, car il est indispensable que chacun sache lire, de manière à s’intéresser aux affaires publiques et à voter en connaissance de cause, mais je veux que le père de famille reste libre de choisir renseignement à donner à son fils.

Au point de vue religieux : grande tolérance, pas de guerre à la religion, mais le prêtre, dont les droits de citoyen sont indiscutables, ne doit, sous ancun prétexte, faire de politique*

Au point de vue militaire : les lois en vigueur répondant aux besoins de la défense nationale, le patriotisme fait un devoir de n’y rien changer.

Au point de vue de Fagriculture r diminution progressive des impôts qui pèsent trop lourdement sur les produits du sol ; défense énergique des intérêts agricoles ; vulgarisation des progrès à apporter à la culture des terres. L’élevage doit être encouragé et protégé par tous les moyens possibles* Les sommes énormes provenant du pari mutuel devront être employées dans une plus large mesure à l’achat de chevaux reproducteurs.

Au point de vue de nos côtes : il est une question dont l’importance ne peut échapper à personne. La mise en état de défense du Cotentin s’impose. Nos richesses agricoles doivent être à l’abri d'un coup de main possible. Alors qu’une ligne inexpugnable de forteresses nous garantit du côté de l’Est, il est grand temps de songer aux intérêts de la défense dans nos parages.

Du reste, j’habite parmi vous. Vos intérêts sont les miens et vous pouvex être assurés que je mettrai au service de votre cause toute mon énergie et la

plus grande activité.

Dès maintenant, je tiens à faire connaître que, si j ai l’honneur d être élu député je m’engage à réunir chaque année, au moment des vacances parlementaires, les maires, au chef-lieu de canton, aûn de causer avec eux, de m’enquérir de leurs désirs et de connaître les besoins de leurs communes. De plus, je serai

toujours à la disposition des électeurs qui me feraient l’honneur de venir me trouver ou de m’écrire pour quelque demande ou renseignement que ce soit. Veuillez agréer, chers compatriotes, l’assurance de mon dévouement le

plus absolu.

Lieutenant-colonel GÜÉMN, de l’armée territoriale, officier de la Légion d’honneur.

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