M. L, MORILLOT
Élu an tour de scrutin.
Mes chers compatriotes,
Les 6.270 voix que vous m*âvez accordées en 1889^ Papprobatîoîi que, par une imposante majorité , vous avez donnée à mon attitude politique lors des dernières élecLions au Conseil généra^ mlmposecl ie devoir de sollicitera nouveau vos suiïrages.
Une profession de foi de ma part est presque inutile ; votre opinion est déjà faite.
Sans approuver, est-il besoin de le dire, ce quTI y a d’extrême dans les doctrines socialistes, je ne suis pas un ennemi du progrès, loin de là. Si je pense qu’il faut assurer la sécuiùté à ceux qui vivent d’une aisance loyalement acquise, j’estime aussi qu’il est de toute nécessité d’améliorer le sort des ouvriers, qui ont leurs droits tout comme les a Dires; n’hésite pas à le déclarer, il faut, dans une certaine mesure et sous des conditions que Pon ne peut rechercher ici, que le travailleur honnête et laborieux, qu’il soit citadin ou rural, soit assuré dans sa vieillesse d’une retraite suffisanle et méritée. On doit aussi à tout prix empêcher le renouvellement des scandales dont nous avons été témoins, et qui ont porté une si rude atteinte aux économies des plus humbles,
A quoi bon détailler les améliorations nécessaires à nos lois et à notre administration? Très certamement, je serais partisan, que Ton n’en doute pas un seul instant, de la suppression du principal de l’impôt foncier ; mais ne croyant pas la chose possible, pour îe moment du moins, lime répugne de vous leurrer par de vaines promesses; n’est-il pas plus loyal de vous dire sincèrement la vérité tout entière? Je ne crois pas, je le répète, que Pou puisse arriver à la suppression de cet impôt tant que nous serons dans la nécessité de donner à l’armée et à la marine les sommes énormes que les puissances voisines nous forcent d’y consacrer tous les ans. Quant à la conversion de la rente 4 1/2, une voix autorisée vous Ta annoncé du haut de la tribune parlementaire, les ressources
qu’elle peut procurer sont escomptées d’avance, et leur emploi est indiqué depuis longtemps.
Ce que nous devons tâcher de faire, c’est de répartir pluséqiiitahlementles impôts existants, de supprimer ce qu’ils ont de choquant et d’injuste, li faut en terminer avec la réforme de la législation des boissons, tout en maintenant dans ce qu’il a de rationnel le droit des houilleurs do cru. Il faut opérer promptement la révision du cadastre, des frais de justice, en un mot, niveler les inégalités que nous constatons tous les jours ; il faut enfin faciliter aux cultivateurs les moyens de profiter des progrès de la science et do relever ainsi leur situation si précaire depuis quelques années.
Un mot seulement de la question politique. Lorsque, il y a quatre ans, vous m’avez fait l’honneur de m’envoyer vous représenter à la Chambre des députés, je suis allé siéger au centre gauche? aujourd’hui, si vous voulez bien renouveler mon mandat, c’est à la môme place que j’irai m’asseoir, 3e ne suis pas, en effet, comme certains le prétendent dans un but facile à concevoir, un rallié de la dernière heure, un résigné, comme on dit vulgairement. Depuis maintes années, j’ai adhéré franchement et sans arrière-pensée à la République; j’accepte également les lois militaires et scolaires, que je désire, ce que certainement vous voulez vousT-mêmes, voir appliquer avec le plus large esprit de tolérance, de conciliation et de respect de la liberté de conscience.
Partisan des droits dédouané, que j'ai votés, je suis décidé à les maintenir : ce qui ne veut pas dire qu’ils devront éternellement rester ce qu’ils sont aujourd’hui ; il y aura sans nul doute à leur faire subir des modifications que la pratique et l’expérience démontreront indispensables. En tout cas, voua pouvez être assurés que je me consacrerai tout entier à l’étude des lois générales aussi bien qu’aux besoins particuliers à notre région.
Si, satisfaits de mes déclarations, vous me nommez à nouveau votre représentant, c’est avec confiance et courage que je travaillerai de toutes mes forces à la défense de vos intérêts, à la prospérité de la France et de la République.