M. A. GIRARD
Élu au 1" tour de scrutin.
Chers concitoyens,
Le Gouvernement de la République est désormais établi, reconnu de tous. Grand au dedans, grand au dehors, il repose sur la base inébranlable du suffrage universel. Il est honoré, respecté partout et par tous. C'est le devoir de tout Français de le Soutenir, parce qu’aujourd’liui la France et la République ne sont plus qu’une seule et même chose.
Sur la route du progrès social et politique, cette République a parcouru deux étapes superbes ; le service militaire de trois ans pour tous, riches et pauvres, et l’instruction gratuite pour tous les citoyens. Cette marche indique l’idéal sur lequel elle se dirige et dont ou distingue déjà les grandes lignes; c’est la réforme de l’impôt en généra! et celui des boissons en particulier, sa répartition plus équitable; c’est la protection du travail et de la production de la France, et, pour noire région agricole, celle de la culture, et conséquemment le relèvement de la valeur du sol.
Au point de vue gouvernemental, il faut une plus grande stabilité ministérielle, et, dans quelques mois, cboislr et placer à la tête du peuple le plus sage, le plus intègre des Français.
Je me résume. Je suis pour la marche en avant, les yeux fixés sur l’arche sainte qui porte les destinées de la patrie, pour que, conduite avec prudence, elle s’avance vers l’avenir, pour le bonheur et le triomphé de notre France.
Choisi, à runaniinité, par toutes les délégations de notre circonscription, comme candidat républicain aux élections du 20 août, je viens vous prier de confirmer ce choix si honorable pour moi. -
Vive la République!
Docteur A. GIRARD,
Chevalier de la Légion d’honneur, Conseiller général, président de la Commission départementale' ancien maire de Riom.
DlSCOUBS-PnOGBAMMÉ DË M. GIRARD, prononcé le 23 inillet 1893.
Chers concitoyens,
Il va sans dire que vous n’exigez pas de moi un programme qui réponde à toutes les questions qui peuvent naître dans le courant d’une législature, car ce serait un traité complet d’économie politique que je serais obligé de développer devant vous. Ce que, logiquement, vous désirez savoir, c’est ma manière de penser sur la politique générale, parce qu’elle vous permettra do juger que! est l’esprit qui me guidera dans les questions nées ou à naître à propos de la marche de la politique dO chaque jour.
Citoyens,
République et démocratie sont deux mots qui, sans avoir le même sens, se confondent aujourd’hui assez habituellement. Vous le savez, il y a des républiques qui n’ôtaient pas démocratiques, exemple Venise. Nous ne comprenons guère aujourd’hui uneRépublique qui ne le serait pas. Qui dit répubiicaîn dit démocrate, c’est-à-dire partisan du gouvernement du peuple par le peuplé ou par ses élus.
La Biépubliquo étant établie sans contesté de la part même de ses adversaires, c’est lé gouvernement du peuple qui régné; etladèrawatie doit être la base de notre système politique. Toute son organisation, tdttïsës rouages doivent être la traductiou en fait de ce principe primordial. J’estime que c’est dans ce sens que Timpulsion motrice doit être donnée à tout l’appareil gouvernemental. Du sommet à la base de l’édifice administratif, tout doit être disposé pour qùé l’harmonie règne entre tous les rouages.
C’est ridée première qui forme la substance, la substruefure de ma oandidatnre ; eu un mot, tout doit converger vers cette pensée que toute ovgasiaation politique gouvernementale, admiuistratiye ne doit avoir qu’un seul but i le bonheur, la prospérité du peuple, c’ést-à-dire devoüs et- de nos frères qui viventr et meurent à l’ombre de ce noble drapeau de la France.
Je suis enfant du peuple, comme mon père, comme mOQ gra'nd-pêré j si je possède quelque chosô, je le dois à mon travail et à mon économie. Nos adversaires ne pourraient pas tous en dire autant. Comme pour la république de Florence, j’ai mes titres de roture et je m’en flatte devant des électeurs comme vous, qui êtes les fils de ceux qui ont fait la Révolution contre les abus séculaires de l’ancien régime du bon plaisir et de la noblesse. Non seulement j’ai eu pendant toute ma vie déjà longue une sympathie grande pour les malheureux, et que, je crois, on n’ose pas me refuser, mais j’irai jusqu’à dire que cela a été le résultat d’une conception qui m’est peut-être personnelle sur l’origine des misères humaines. Je vous prie de ne point me demander cette théorie î noua ne sommes pas ici pour faire un cours de philosophie. Sachez seulement que les conséquences morales de mon système sont le commisération envers les malheu-
retîx, la solidarité et Feffort le plus graud pour leur venir en aide. Voilà pour les particuliers. Un point des plus importants en découle ; c*est Famour du bien, public, qui devrait être la base de toute morale, et, comme conséquenee directe, Famour do la patrie,
HâtonSfüûus de descendra de ces hauteurs pour aborder les matières qui, par le temps qui court, doivent fortement ligurer dans îe programme d’un candidat républicain tel que Je le comprends. Il doit être partisan du progrès, c'est-à-dire trava^iller de toute la force de son intelligence à ramélioration du. sort de ses concitoyens, et cola sans léser les uns aux dépens des autres, de façon à distribuer avec une égale justice les charges et aussi les avantages de Pesîstence publique et même matérielle.
G’eSL cette pensée que Garnier-Pagèg traduisit par ces mots restés célèbres : « 11 ne s’agit pas de raccourcir les habits, mais bien d’allonger les vestes. » Voyons, par rapport à notre circonscription électorale, queHes applications on peut faire de ces opinions. Par .suite des conditions dans lesquelles se trouve notre région, son député n’est pas, d’une façon aussi pressante que celui des grandes agglomérations, obligé d’étudier et surtout de.résoudre- nombre de questions qui forment le grave chapitre des problèmes sociaux, 11 est aussi plus facilement mis en gai^de contre certains estraînements à l'égard de théories qui ne sont pas toujours très claires et de raisonnements où les promesses sont souvent plus aéduisanles que les conciusions.
Noua, sommes des agriculteurs, des cultivateurs; grâce à la richesse de DOtLïe sol, nous le serons, nous devons Pétre, pour notre salut et celui des autres ; mais U faut que ce sol, que tant de braves fertilisent de leurs sueurs et de leurs peines, fournisse à celui qui la. remue la rémunération de son iravaih 11 faut quli ait intérêt à agir ainsLlla je droit, tout autant que le! autre ouvrier, à une protection équitable. Cette protection peut se traduire de deux façons, d’abord en diminuant les chai'ges qui reposent sur le sol, en en facilitant les abords à Taide des chemins, en diminuant le prix du transport des denrées, ensuite, en défendant ses produits xontre une concurrence exagérée provenant de Tétrauger ou même d’une autre partie du territoire, car il ne faut pas perdre de vuo complètement rintérêt du consommateur. C'est cette sage pondération qui doit tenir compte des-iotérêts. de tous. Mais aussi il est essepttel que le cuîtivateur ait un intérêt certain dans son travail, car,.alorSj que lui servira de nourrir les autres si lui-même crêyo de faim.
Ce n' est pas moi qui viendrai vous dire qu'il est possible de retrancher l’impôt, ce a’est pas avec les-revenus de TÉiat qu’il est facile de payer trois milliards, dont îa plus grande partie est l’héritage que vous ont laissé les régimes précédents. Comment^ autremeat toiiir, sous les armes la jeunesse français© appelée par une destinée malheureuse à. vivre dans les camps où les casernes, -
•Pourquoi faut-il que les nations les plus civilisées de la terre restent ainsi l’arme au bras à accumuler armement sur armement, des monceaux de canons et de boulets sur d’autres monceaux, et cela en face d’améliorations, de per fecticinnemeuts survenant chaque jour, qui font des engins de k veille des montagnes de ferraille et de matériaux inutiles . Quel doux rêve peuL-on faire en songeant
à la prospérité, au bonheur de cette grande moitié de PEarope, si cela n’avait pas été anéanti, je dirai, si malheureusement, si sottement par les désastres de la guerre franco-allemande.
Mais, quittons cette question lamentable, en faisant des vœux pour que le jour vienne bientôt oh i) sera possible d’oser parler d’une paix différente de celle que nous voyons, paix qui finit par devenir plus onéreuse que les batailles et les défaites.
Pourtant, restez donc convaincus que moi aussi j’ai un cœur français et que je ne reculerai point devant tous les sacrifices pour l’indépendance et l’honneur de notre pays.
Je resterai donc fidèle à cette loi militaire que nous devons à la Hépoblique et qui veut que tons les citoyens, sans exception, que le riche aussi bien que le pauvre payent l’impôt du sang pour la défense de la patrie. Nous lui devons surtout de l’avoir réduit à trois ans.
J’accepte comme une nécessité dans une démocratie que l'instruction soit donnée à tous, puisque tous, par le suffrage universel, sont appelés à déposer leur vote et que ce vote doit être celui d’un homme qui doit savoir, en agissant ainsi, le plus possible des choses de la vie politique. H ne peut le faire que par l’instruction, ce moyen, le seul donné à l’homme de lutter contre ce péché originel, l’ignorance native, ce triste lot de l’humanité à compter avec tant d’autres. Comment songer à la marche régulière d’une démocratie, si les citoyens restent toute leur vie indifférents, étrangers aux notions les plus élémentaires de la civilisation et aux premiers linéaments de l’économie politique. Ce serait se faire nne opinion complètement fausse de l’esprit humain si l'on supposait que, sans rien apprendre, on pourrait savoir quelque chose. Je suis donc partisan de l’instruction publique et obligatoire et, en môme temps, des .sacrifices qu’elle nous impose.
Je suis partisan de la réfection du cadastre et d’une nouvelle répartition de l’impôt, plus équitable et reposant sur une évaluation nouvelle de la valeur des terrains. Il est à la connaissance du moindre contribuable que les bases de l’impôt foncier, par exemple, reposent sur, oserai-je vous le dire, sur rien.
Lqrsqu’en 1792 la nouvelle organisation de l’impôt fut faite, on avait tant de choses à refaire que l’on réunit en bloc, pour chaque localité, les charges, redevances, tailles imposées à cette localité et l’on en constitua l’impôt provisoire, jusqu’à ce que l’on pût faire un travail plus sérieux. Eh bien ! cent ans se sont écoulés et le travail n’a jamais été fait, sauf un premieressai, il y aqueique années, sous la République, pour arriver à la péréquation de l’impôt entre départements, mais la base primitive, qui était fausse, est restée aussi fausse.
Je suis partisan du maintien des ministères, dans la plus grande extension possible. Qui de vous n’a pas haussé les épaules en voyant tomber les ministèies, tomber comme des capucins de cartes. Quelle confiance peut-on avoir, par exemple, dans la conduite diplomatique d’un traité d’alliancé ou de commerce lorsque le ministre qui l’a entrepris est remplacé deux ou trois fois avant la solution de 1 affaire. Comment se fiatter de voir mener à bien une entreprise se rapportant à notre organisation militaire si les changements s’opèrent avec la même rapidité et la même incertitude.
Mais, j'arriverais à vous lasser et ce ne serait plus un programme que je développerais devant vous, mais un volume.
Je pense en avoir dit assez pour que vous puissiez connaître quelle est la pensée intime de ma candidature.
Quant au candidat, il vous oiTre en gage quarante années de vie publique comme médecin, comme conseiller municipal, comme maire, comme conseiller général, années pendant lesquelles il a la conscience d’avoir fait son devoir, comme homme, comme chargé de mandats électoraux et comme républicain qui n’a jamais variée il se flatte de l’espoir que vous voudrez bien, par vos suffrages, reconnaître la sincérité de ses paroles et de son dévouement à la chose publique, et vous salue frateruellemenL Vive la République I
. . A. GIMBD,
2^ circonscription de RIOM-
M. Adolphe LAVILLE,
Mes chers concitoyens.
Je viens vous demander le renouvellement du mandai que voua^m^avez donné pendant les trois législatures de 1881 à 1893.
Je m’y crois autorisé par îa confiance que vous m’avez toujours témoignée et parla conviction d’avoir fidèlement rempli ce mandat, au double point de vue politique et économique, conviction que fortifie le résultat des scrutins qui m’ont toujours élu à une majorité considérable.
Il m’est permis de penser que cette majorité ne pourra que s’accroître par Tadhésion d’une minorité qui, fatiguée d’une lutte stérile, vient loyalement grossir les rangs des partisans de la République, désormais incontestée.
Depuis plus de vingt années qn’eiie existe, cette République a d’ailleurs accompli de grandes réformes, notainmenî dans le régime scolaire et militaire î
Elle a maintenu l’ordre à l’intérieur, la paix à l’extérieur ;
Elle a rétabli notre crédit et reconstitué nos forces *
Elle a rassuré l’agriculture, par des tarifs protecteurs qui n’ont pas encore porté leurs fruits, mais qui, dans Pavenir, permettront aux cultiva Leurs j malgré des accidents climatériques momentanés, de lutter contre la concurrence étrangère;
Elle a abordé la réforme des impôts, mais avec moins de bonheur, et réchec récent de la réforme des boissons et des portes et fenêtres a montré que la
coalitioû des intérêts locaux avait joué, daos cetéchec^ un rûie trop important, ! n appartient au suffrage auiversel d'imposer sa volonté aux nouveaux
élus,
îl faut que les impôts vexatoîres disparaissent, il faut que les charges des ' contribuables soient mieux réparties,
11 faut que la Chambre nouvelle vote une série de lois sociales qui assurent aux travailleurs, non seulement la vie matérielle, mais leur existence et leur vieillesse contre les accidents et ies infirmités,
G’est là le vrai socialisme qui n'exproprie personne, mais qui demande à la ' Holidarilé de veiller sur tous les membres de la grande famille humaine.
il faut enfin qu^une majorité compacte assure, dans laprocbaine Chambre^ > la stabilité ininistérielle, qui, seule, peut favoriser ces réformes et inspirer aux nations amies de la France la confiance qui cimente les alliances durables. i
C^est avec ces sentiments que j^abordérai la quatrième légîslaturej si vous ï ; me faites Thonneur de renouveler mon mandat,
Me sera-t-il permis, en terminant, de rappeler mes efforts» si longtemps i contestés par une minorité, mais aujourdimi indéniables, pour obtenir Pexécu- I ? tion des deux lignes ferrées qui sont appelées à transformer notre région mon- <. | tagneuse. J
Ces deux lignes sont aujourd’hui concédées à la Compagnie d'Orléans, et |i ; les Chambres viennent de voter un crédit pour la construction de la ligne prin- j cipale, J
Cette construction est donc définitivement assurée et je veillerai à sa réali- ' sation dans le plus bref délai possible* ;
A vous d'apprécier, mes chers concitoyens, si ma conduite dans le passé et ; mon dévouement absolu et désintéressé méritent la confiance que je viens .* solliciter, «
Adolphe LAVILLE, député sortant, ^ ^
Vice-président du Conseil général, i
Circonscription de THÎÉRS.
M* F, DüCHASSEIMT,
Élu au tour de scrutin*
Mes chers concitoyens, 'f
Je viens voua demander votre suffrage aéx élections législatives du i
20 août 1893, J’ai toujours été fidèle an mandat que vous m'aviez confié et à mes convictions républicaines* ' 1
« Les constitutions no sont pas des tentes dressées pour le sommeil, a dit un grand homme politique, los gouvernements sont placés sous la loi universelle de la création î ils sont condamnés au travail. Comme le laboureur, Us vivent à la sueur de leur front. »
Il y a toujours des réformes qui s'imposent, réformes constitutionnelles, administratives, sociales, financières. Notre siècle est le siècle de Fémanclpation humaine, l'homme dompte tous les jours les forces de la nature, il achève le globe terrestre par le percement des isthmes, par la restauration des climats, les conquêtes scientifiques n’ont plus de limites. Les chemins de fer, la vapeur, l’électricité ont supprimé les distances. Chaque progrès dans l’ordre moral trouve un instrument de réalisation dans une conquête scientifique.
La République a fondé l’instruction pour tous. C’est par l’éducation publique que vaut un peuple, c’est par l’instruction supérieure que vaut l'instruction primaire. Un jour viendra oit l'homme s’étant racheté de l’ignorance, il se rachètera aussi de la misère. Après la lutte contre l’ignorance viendra la lutte contre la misère. L’instruction répandue à flot élèvera de plus en plus le niveau moral par le progrès social, par la solidarité devenue plus étroite, la misère disparaîtra. On a cru aussi dans le passé que l’esclavage était la loi de l’humanité, l’esclavage a été détruit. La misère disparaîtra comme l’esclavage.
La République n’est pas le triomphe d’un parti, c’est le gouvernement du pays par le pays, c'est la forme suprême de l’ordre et de la justice, c’est le gouvernement des peuples qui se sentent mûrs pour se gouverner eux-mêmes. La foi dynastique est perdue. Une nation jae peut appartenir à un homme et è une famille.
Le gouvernement républicain peut seul assurer la stabilité et mettre un terme à nos révolutions périodiques. C’est' sur ce terrain commun que la France donne rendez-vous à ses enfants pour régénérer la patrie et pour guérir les blessures que lui ont faites la guerre étrangère et la guerre civile.
F. DÜCHASSEINT, membre du Conseil général, Député sortant.