V. LETEURTRE, Maire de Rouen
3" circonscription de ROUEN M. Julien GOUJON,
Élu au 2^ tour de scrutin.
Mes chers conciioyens,
Je viens, pour la seconde fois^ solliciter Phormeur de vous représenter à la Chambre des députés.
Je n’ai pas de nouvelles déclarations à vous faire. Mes idées sont celles que j'émettais en 1891, lorsque je m'affirmais nettement républicain et que je réclamais une politique de travail et de paix sociale.
Cette politique vous Pavesî sanctionnée en m’accordant un© majorité imposante. Vous ne vous déjugerez pas 1
Quant à moi, qui ai vu dé près roeuvre dissolvante et inféconde des politiciens de métier, qui ai assisté aux discussions scandaleuses de ces dernières années, qui ai vu remuer tant de boue et s’effondrer tant de réputations, je demeure convaincu que l’avenir de notre pays reste attaché à l’union de tous les honnêtes gens qui veulent que la Eèpubiique soit à l’abri de tous les attentats et de toutes les souillures.*
Je suis de ceux qui reconnaissent que la question sociale s’impose plug irritante, plus pressante que jamais, mais on peut la résoudre sans bouleversement, à l’aide de bonnes lois sagement préparées. Je crois avoir rendu plus d^ services aux travailleurs en prenant la parole, comme je l’ai fait, à la Chambre dans toutes les discussions qui les intéressaient, qu’en les excitant témérairement à la lotte des classes. J’ai toujours cherché, dans leurs heures d’épreuve et dé conflit, à faire triompher pacifiquement leurs revendications, au Heu de les pousser à la grève et à la révolte, dont ils sont trop souvent les premières victimes.
A Theure où rAliemagne, implacable et jalouse, augmente ses effectifs militaires pour la guerre future et ses effectifs industriels pour la guerre présente, il serait particulièrement dangereux d’ouvrir, comme on vous le propose, la guerre entre Français.
Üest en nous unissant, prolétaires et bourgeois; c’est en réalisant l’entente nécessaire du capital et du travail, ces deux forces inséparables de la produclioa, que l’on améliorera le sort des classes laborieuses, car il n’est pas besoin, pour atteindre ce but, de faire abnégation de l’idée de Patrie et de tendre la main h ceux qui ont envahi et mutilé la France, et qui, aujourd’hui encore, méditent notre perte. ^
Telle est, mes chers concitoyeng, la ligne de conduite que je me suis iropo-
sée et que j’ai toujours suivie au cours de mou mandat. Mes discours, mes propositions de loi, mes votes indépendants sont là qui en témoignent.
11 n’a pas dépendu de moi que la législature qui vient de prendre fin ait été plus féconde. L’absence de direction, la lutte des ambitions de groupes et de personnes, la mauvaise volonté des uns, l’intolérance des autres ont été, en grande partie, la cause des critiques qu’a soulevées la Chambre qui s’en va !
Quant à moi, qui me suis tenu en dehors de tous les groupes et de toutes les coteries, j’ai cherché à faire le moins de politique possible et le qjlus de besogne profitable et pratique. C’est le devoir d’un bon et sincère républicain d’affirmer ses croyances démocratiques autrement que par des déclarations vagues et banales. Si vos suffrages me renvoyaient de nouveau à la. Chambre, j’y poursuivrais plus énergiquement encore la réalisation des lois de progrès et de réformes qui doivent faire de la République le véritable gouvernement du peuple. ‘
En attendant, je livre sans crainte ma conduite et mes actes au libre examen de ceux qui m’ont nommé, certain qu’ils retrouveront en moi ce qu’ils y avaient cherché : un vrai républicain, un travailleur et un honnête homme.
Vive la République!
Julien GOUJON, député sortant.
Profession de foi de la 1« élection de 5!. Julien Goujon (22 février 189Î), rappelée
dans la pièce qui précède.
Mes chers concitoyens,
J’ai l’honneur de poser ma candidature au siège laissé vacant par la démission de M. Lucien Dautresme, votre représentant à la Chambre des députés.
En le faisant, je n’ai pas, vous le savez, pour préoccupation de trouver dans le mandat de député une position que je me suis, dès à présent, acquise au milieu de vous par mon travail personnel.
Serviteur dévoué de la démocratie, à laquelle j’appartiens et à laquelle j’ai toujours donné mon concours le plus absolu, je lui offre aujourd’hui encore mes services et mon dévouement.
Par ma pratique journalière des affaires, par mes relations suivies avec un grand nombre d’entre vous et particulièrement avec les associations ouvrières et agricoles, je connais les intérêts généraux et particuliers de la circonscription : je saurai les défendre.
A l’heure actuelle, et après la solennelle manifestation électorale de 1889, le pays ne veut plus des discussions confuses et stériles des politiciens de métier. Elles doivent céder le pas à l’étude et à la réalisation des réformes économiques et sociales réclamées par les classes laborieuses, par les commerçants, par les cultivateurs.
C est en pratiquant cette politique féconde, en même temps qu’une poli-
tique d’apaisement, et en laissant de côté les questions irritantes, que l’on assurera le repos de ce pays et qu’on lui évitera le retour de ces manifestations populaires de mécouteutement qui sont capables, on l’a vu, de déconcerter pour un instant les meilleures volontés et les plus sincères opinions.
La République est aujourd’hui le gouvernement accepté de tous. Elle doit aller de l’avant : mais elle est assez forte pour accueillir largement et sans suspicion tous ceux qui sont prêts à travailler sans arrière-pensée à la prospérité
de k patrie* * - t ,
Tels crat été et tels sont encore les vœux de l’immense maiorué du pays ;
ce sont aussi les vôtres.
Si vous me faites l'honnèur de m’envoyer à la Chambre pour vous représenter, vous pourrez être assurés que je ne prendrai aucune décision importante
sans vous avoir consulté. , . ^ i
De votre côté, vous me trouverez toujours prêt à répondre é votre appel, lorsqu’il s’agira de défendre vos intérêts ou quelqu’une de vos libertés compromises.
Julien GOUJON, avocat à la cour d’appel-de Rouen.
4® circonscription de ROUEDf.
M. Maurice LEBON,
Élu au 1" tour de scrutin.
Mes chers concitoyens,
Je viens, avec le concours et l’appui des sincères républicains sous le patronage desquels ma candidature était placée, il y a deux ans, vous demander le renouvellement du mandat que vous m’avez conlié le 22 février 189f.
La législature qui vient de finir a, au point de vue économique, donné en partie saiisfaction aux légitimes revendications de l’industrie et de l’agriculture : l’année 1892 a vu la fin de ce régime des traités de commerce qu’avait inauguré l’Empire, et la France a repris la pleine et entière liberté de ses tanfs douaniers; l’expérience de ce nouveau régime a donné des résultats qui sont venus contredire toutes les affirmations téméraires des doctrinaires du libreéchange. Nul doute que la prochaine Assemblée ne reste fidèlement attachée a toutes les mesures de défense et de protection du travail national.
Au point de vue politique, la Chambre dont les pouvoirs vont bientôt expi-
rer a trop souvent donné le spectacle d’agitations vaines et stériles, faute renfermer dans son sein une majorité homogène et compacte; mais il serait injuste de ne pas rappeler quelques-tmea des bonnes lois qu’elle a néanmoins fait aboutir.
Finunces publifjuss. — Le principal de la propriété foncière des propriétés non bâties a été dégrevé d’une somme de plus de quinze millions.
Les tarifs de grande vitesse des chemins de fer ont ôté diminués dans une proportion qui va jusqu'à 33 0/0 pour la catégorie des voyageurs les plus intéressants.
Les frais de justice ont été diminués dans un sens démocratique? cette réforme était le préliminaire nécessaire de la refonte de notre Code de procédure, absolument suranné.
^Qucslions sociales. — La loi sur l’arbitrage, qui, sans être une panacée universelle, peut rendre plus rare le fléau des grèves, est devenue définitive.
De même la loi sur le travail des femmes et des enfants mineurs dans l’industrie, qui a prouvé, en môme temps que la bonne volonté du Parlemeut, la difficulté de tenir compte de tous les intérêts en présence; l’expérience indiquera les modifications dont elle devra être l’objet, et le gouvernement a déjà pris rengagement d’en saisir la prochaine Chambre.
Questions coloniales. — L’armée coloniale a été organisée par une loi récemment promulguée. Désormais, le service aux colonies sera fait exclusivement par des engagés volontaires, qui recevront des 'avantages spéciaux.
Assistance, — La loi sur l’assistance médicale gratuite dans les campagnes, qui sera un véritable bienfait pour notre démocratie rurale, va être bientôt appliquée.
Et maintenant, passons à l’avenir.
La République, désormais indiscutée et incontestée, non seulement comme forme de gouvernement, mais dans les lois fondamentales qui ont été l’œuvre des quinze dernières années, ne peut rester stationnaire; elle doit aborder avec prudence, mais résolument, les améliorations fiscales et sociales.
^ Il serait imprudent et malhonnête de laisser croire à ceux qui souffrent qu’il est au pouvoir d^aucun parti de transformer du jour au lendemain notre état social, mais il est de noire devoir de mettre dans nos lois plus de justice, plus d’égalité, plus de véritable fraternité.
Il faudra seulement se souvenir, et l’exemple de la dernière Chambre est là pour le prouver, que ce n’est pas en touchant à toutes les questions qu’on obtient le plus de solutions; il faudra reprendre la méthode de travail indiquée par Gambetta et, suivant son expression, sérier les questions.
L’œuvre de la prochaine Chambre n’aurait pas été vaine, au point de vue de la paix sociale, si elle menait à bonne fin ;
Une loi sur les caisses de retraites des travailleurs;
Une loi sur les accidents dans l’iudustrie;
Une loi sur les sociétés de prévoyance et de secours mutuels.
En plus de cette œuvre, former une majorité républicaiue de gouvernetnent;
Maintenir intacte la solidité de nos Qnances, qaî est la garantie indispensable de la prospérité individuelle;
Ne rien reluser aux besoins justifiés de la défense nationale; car ce sont les admirables efforts supportés avec tant de courage par le pays qui ont le plus contribue, depuis vingt ans, au maintien de la paix en Europe, ainsi qo au rôle honorable toujours, quelquefois même brillant, que la France a su jouer dans
les diverses parties du globe;
Voilà, à mon avis, la tâche principale de la prochaine Chambre.
Si, comme je l’espère, nous sommes d’accord sur le buta atteindre, dans l’intérêt de la grandeur et de la prospérité de notre cher pays, je recevrai avec reconnaissance les suffrages que vous voudrez bien m’accorder.
Vive la France I vive la Bépublique !
Maurice LEBON, député sortant.
1" circouscriptioïi d’YVETOT, M. LECHEVA.LLIER,
Élu au 1" tour de scrutin.
Chers concitoyens.
Désigné par l’unanimité des délégués des comités républicains de notre circonscription , je viens solliciter le renouvellement de mon mandat.
Élu en 1881, réélu en 1885 et en 1889, vous me connaissez. Vous savez qu’en toutes circonstances, j’ai défendu les intérêts de notre région.
Pas une seule question concernant l’agriculiure, le commerce et l’industrie ae m^a laissé mdilîérent^
C’est ainsi que, maintes fois, je suis intervenu dans les discussions, à la tribune de la Chambre, pour réclamer en faveur de la production du sol un régime plus favorable.
Le tarif des douanes, élaboré et voté dans le cours de cette législature, a été un commencement de satisfaction donné à nos travailleurs.
U appartiendra à la future Chambre de compléter cette œuvre en maintenant haut et ferme le drapeau de la protection, à l’abri duquel nous verrons se développer l’activité nationale.
J’ai apporté mon cooconrs le plus dévoué k la discussion de certaines lois réclamées par le pays et voté la loi soumettant à l’arbilrage les différends survenus entre les ouvriers et les patrons, pour éviter les lenteurs, les frais de
procès, ruineux pour tout le monde — la loi sur les règlements d’atelier — la loi sur les habitations ouvrières — la loi sur l’assistance médicale gratuite en faveur des malheureux.
Les sociétés de secours mutuels, dont j’ai pu apprécier les avantages pour l’ouvrier laborieux et prévoyant, par vingt années de présidence, me trouveront toujours prêt à les aider, à les encourager.
Nos jeunes conscrits verront leur situation améliorée et n’auront plus à subir celte dure loi qui les envoyait d’ofiîce aux colonies, lorsque le tirage au sort ne tes avait point favorisés.
En matière. hnanctère, j’ai repoussé toutes les dépenses qui ne m’ont point paru absolument justifiées, préoccupé avant tout de ménager les deniers des contribuables.
Ai-je besoin, cbers concitoyens, de vous faire connaître mes opinions politiques? Elles n’ont jamais varié ! Vous savez que ma candidature signifie;
« Désintéressement. — Union républicaine. — Maintien du concordat. — Défense énergique des lois fondamentales de la République. »
La République, depuis vingt-trois ans, nous a assuré la tranquillité au dedans, la dignité au dehors. Les satisfactions obtenues ces derniers jours, à propos des affaires de Stam, prouvent une fois de plus que notre honneur national est en bonnes mains.
11 faut à notre démocratie laborieuse un gouvernemeut fort et stable, qui assure l'ordre, dont le progrès n’est que le développement, et la République, que nous défendons ensemble, verra bientôt réunis sous son égide tous les enfants de la patrie. C’est mon vœu le plu* cher.
Vive la République I
Votre dévoué,
LECHEVALLIER, maire d’Yvetot, député sortant.
2' circonscription d'YVETOT.
M. le vicomte de MONTFORT,
Élu au 1" tour de scrutin.
Mes chers concitoyens.
Vous m’avez fait l'honneur de me confier, il y a quatre ans, la haute mission de vous représenter à la Chambre des députés.
Aujourd'hui, vous me connaissez mieux encore, et je crois pouvoir vous demander, la tête haute, le renouveliement de ce mandat.
Js vous avais dit aolenaellement, en 1889, que je voulais améliorer la République et non la combaiire.
3’ai tenu cette promesse avec loyauté, et mes votes le prouvent : mon oppo^ Bîtion ne s^est jairiais adressée à la forme du GouverDementj mais à la manière dont nous étions gouvernés.
La patrie ne peut indéfiniment s'amoindrir dans les luttes des partis, et tous les bons Français doivent oublier les anciennes discordes.
Je veux la République honnête, ouverte et tolérantet
Je l’afflrme loyalement, sans arrière pensée, et nul n’a le droit de suspecter ma parole.
Et quand je dis hoonête, ouverte et tolérante, c’est que la Hépiiblique est la maison datons et que je n'entends exclure du gouvernement que les malliounètes gens qui ont déshonoré la France en la ruinant, les radicaux et les sectaires dont l'intolérance l'opprime et la divise.
Je ne suis pas, vous le savez bien, un homme de parti, mais un soldat marchant toujours droit sou chemin, aujourd'hui comme hier*
Ce que je veux, c'est la paix extérieure et intérieure, l'ordre dans nus finances, et des économies sérieuses, du travail rQur tous, le respect de tous les intérêts et de toutes les llbertéa.
Je hais roppression d'où qu’elle vienne, d’une faction ou d'un homme, et je veux la fin de la guerre religieuse qui a trop longtemps divisé la patrie.
On vous présente les militaires et scolaires comme intangibles et ne pouvant se prêter à aucune modification.
Je crois fermement qu’une semblable prétention n est pas conforme à l’essence même d’un régime de liberté, et je tiens à m’expliquer sur ces points impartants.
Pour la loi militaire ;
J’accepte Pégalité de tous devant le service dû par tous à la patrie, mais je ne saurais admettre qu’une loi de defense nationale devienne une arme d injustice et d’oppression.
Or, il est contraire à la logique autant qu’à l’intérêt public que les sémtoalistes soient exercés en temps de paix à un service armé, alors que, de par la loi, iis doivent être employés, en temps de guerre, dans les hôpitaux et les ambulances.
Pour la loi scolaire:
Je veux l’instruction à la portée de tous, obligatoire et gratuite, mais, comme conséquence, je veux que tous les pères de famille, riches ou pauvres, puissent faire donner à leurs enfants, sur les bancs de l’école, renseignement religieux qui leur convient
C’est au nom des principes supérieurs et immuables de , la liberté, consacrés parla déclaration des droits de rbomme, que je réclame, dans 1 enseignement primaire, aussi bien que dans l’enseignement secondaire, la faculté d’appeler aux fonctions de l’enseignement tons les citoyens munis de diplômes, quel que
soit l’habit qu’ils portent, et aussi, dans chaque commune, le droit pour les pères de famille de choisir les maîtres de leurs enfants.
Au point de vue de la politique générale, je veux, avant tout, rhonnêteté gouvernementale et l’indépendance de vos élus.
Pour cela, il faut, encore une fois, non pas attaquer la République, mais • l’améliorer, et, comme l’a dit M. Cavaignac, un républicain dont le nom illustre est synonyme de droiture et d’honneur, il faut proscrire absolument et sans retour les pratiques gouvernementales d’oppreisson et de corruption que vous avez vues récemment s’étaler avec cynisme dans les hautes régions du pouvoir, et qui sont une honte pour un peuple libre.
Électeurs,
A vous de choisir des hommes qui, par leur passé, vous donnent des garanties de complète indépendance et qui, par conséquent, soient capables de défendre utilement vos intérêts.
A vous, mes chers concitoyens, de dire, le 20 août prochain, si, pour vous, je suis cet homme et si je suis digne encore de la conûance que vous m’avez témoignée.
Vicomte de MONTFORT, député sortant.