M. A. PRAX-PARIS
Élu au 1" tour de scrutin.
Chers électeurs,
La France est mal gouvernée :
Elle est dans, l’anarchie.
Tous Jes partis, par leurs orateurs et par leurs journaux, l'avouent et te proclament.'
Cette anarchie est l’œuvre d’une doctrine nouvelle :
L’opportunisme,
Qu’ont fait ses sectateurs depuis quinze ans qu’ils sont au pouvoir î A l’extérieur, leur diplomatie instable, faible, incohérente, nous a aliéné toutes les puissances et privés de toute alliance effective.
Leur politique coloniale nous a valu, au prix de beaucoup de sang et d’argent, des colonies de fonctionnaires, mais sans colons. Elles sont exploitées par l’étranger. ;
A l’intérieur, exclusifs, violents, ils ont foulé aux pieds les libertés les plus sacrées : la liberté de conscience, la liberté religieuse.
La liberté électorale, sanction de votre souveraineté, est atteinte par une pression ad miniatrative sans scrupules ; vos volontés sont méconnues ; les scrutins violés, vos élus invalidés.
La justice asservie est la complaisante de la politique.
A Fourmies, plus récemmeot à Paris, le désordre est descendu dans la rue. Des troubles, qu’il était aisé de prévenir et sage de ne pas provoquer, ont été réprimés dans le sang.
Comment les opportunistes ont-ils géré nos finances?
Depuis 1876, date de la liquidation de la guerre, ils ont accru de huit milliards la dette publique, l’ont portée à trente-six milliards, en tenant compte de la dette des départements et des communes.
Nos budgets, élevés à trois milliards et demi, ne s’équilibrent pas. Leurs déficits annuels accumulés rendront nécessaire, à courte échéance, un nouvel emprunt de un milliard deux cents millions.
Des dépenses exagérées ou improductives, les abus du fonctionnarisme, les appétits d’une clientèle électorale à satisfaire, ont creusé le gouffre oit menacent de sombrer la fortune et le crédit public.
Comment ont-ils géré nos intérêts économiques?
L’agriculture se meurt, écrasée sous le poids de ses charges. Le propriétaire, le laboureur payent au fisc vingt-cinq pour cent d’un revenu supposé, qu’en réalité ils n’ont pas. La valeur foncière a diminué de moitié. Les produits du sol, insuüisamment protégés, se vendent é vil prix :
Le blé est au-dessous de quinze francs I ! 1
Par répercussion, la consommation se resserrant, l’industrie périclite ; l'ouvrier des villes chôme.
Pour comble, la vénalité, la concussion sévissent dans les hautes sphères politiques. M. Wilson a déshonoré l’Élysée ; les scandales du Panama ont déshonoré le Parlement.
Par une contagion inévitable, la corruption a entamé nos administrations, autrefois si respectées I
— C’en est assez ; c’en est trop de toutes ces misères, de toutes ces hontes! II
En attendre la fin de l’avènement d’hommes nouveaux serait une illusion. — Parmi ceux qui ont traversé le pouvoir, beaucoup avaient du talent, étaient honnêtes, mais ils étaient impuissants contre la médiocrité et l’improbité des autres.
Toutes ces choses sont les effets d’un mal profond, dont il faut pénétrer et guérir la cause.
Un président de la République prisonnier du Parlement, qui, le nommant, peut le révoquer;
Deux Chambres en conflit habituel ;
Des ministrefi obéissant aux majorités éphémères qui tes nomment ua jour pour les renverser lelendemain ;
Des sénateurs, des députés obéissant à des comités occultes ;
^ Tous les pouvoirs confondus et exercés sans unité, sous Tanonymat de deux assemblées irresponsables, divisées en partis hostiles et divers ;
Un pareil régime devait amener îa situation oûnous sommes.
Mais le remède 7 me demandeFez-vous I
Le remède est dans la réforme de nos institutions; il n'est que là et il est urgent,
Gette réforme; il faut îa demander 'a une consultation nationale.
Elle sera rœuvre des mandataires constituants que vous choisirez.
Ils devront s'inspirer avant tout du principe qui s'impose à tout Gouvernement, quelle que soit sa forme : République, Eoapire ou Monarchie : c'est le principe dé la séparation: des pouvoirB. En son absence, il ne peut y avoir que confusion.
Un chef du pouvoir exécutif responsable, indépendant du Parlement, choisissant ses ministres.
Un Sénat élu par le suffrage universel j avec des attributions qui ne permettent plus ses conflits avec la Chambre des députés ;
Une’ Chambre de députés qui vote l'impôt, contrôle l'emploi des deniers publics, discute et fasse les lois préparées par un corps spécial et compétent ;
Tels sont les organes nécessaires d'un Gouvernement viable et régulier-
Avec eux :
Le chef du pouvoir, ne gouvernant plus par et pour un parti, serait le protecteur des droits et de la liberté de tous;
Le Parlement ne serait plus stérilisé par lus divisions, les coalitions, les luttes intestines pour la conquête du pouvoir j
L'Assemblée législative, maintenue dans son rôle, retrouverait, avec son ■présiîge, aujourd'hui perdu, la fécondité de son action ;
La magistrature recouvrerait son indépendance ;
L'admiuistralion publique serait dirigée en vue du seul intérêt public ;
Par surcroît, la moralité^ renaîtrait dans cel organisme sain et bien ordonné.
D’un tel Gouvernement, comment qu'il se nomme, nous obtiendrions :
Le développement et le progrès pacifique de , notre grande et forte démocratie î -
Le respect de nos libertés politiques, religieuses, civiles ;
La gestion sage des revenus publics, la diminution de la dette de l'État ; la diminution des impôts ; la suppression de beaucoup d'entre eux, et, avant tout, la suppression du principal de l'impôt foncier.
Les réformes de toute nature, toujours promises, mais sans cesse ajour^ nées î
La solution de îa question sociale ; la nier serait puéril, il est mieux de la résoudre;
Une politique commerciale sans timidité diplomatique, sans préoccupation d'école, qui n'ouvre pas nos marchés aux nations qui nous ferment les leurs, et
qui assure, par des droits protecteurs, des prix rémunéraiears à nos produits.
La protection de l’épargne contre les entreprises de la Banque étrangère t en un mot, la France aux Français.
Chers Électeurs,
C’est sans esprit de parti, sans préoccupation personnelle, que je vous adresse ces déclarations. — Leur désiotèressement vous est une garantie de leur clairvoyance.
Je viens solliciter vos suffrages. — l’espère retrouver entière votre con- Dance. Je n’ai à me reprocher ni défaillances politiques, ni compromissions. — Loin de tirer profit des mandats que j’ai remplis, je leur ai sacrifié mes intérêts.
Vous avez la vue trop exacte des dangers que nous courons pour donner votre suffrage au député, au candidat qui a soutenu et soutiendrait de ses votes de confiance une politique et des hommes que vous répudiez, ou à tout autre qui les soutiendrait comme lui.
Voire salut est dans vos mains.
Comme aux heures critiques de notre histoire, votre sagesse vous guidera.
Sur le large terrain où je me place, j’appelle, j’attends les honnêtes gens de tous les partis.
Allez vaillamment au scrutin dans cette pensée, .qu’il y va pour vous de la sécurité, de la prospérité, de la fortune et de la probité publiques !
Qu’il y va de l’avenir et de la grandeur de la France I
Allez aux urnes, fermes, résolus, avec cette devise :
Pour Dieu 1 Pour la Patrie 1 Pour l’honneur l
A. PRAX-PÂBIS,
Député, ancien maire de Montauban, Chevalier de la Légion d’honneur.