M. ISAAC
Elu au tour de scrutin, le 3 septembre 1893,
Mes chers concitoyens,
La période électorale est ouverte* Le premier tour de scrutin est fixé au 20 août.
Ma candidature est posée dans l’arrondissement de la Pointe-à-Pitre.
Depuis treize ans que, à la Guadeloupe, je prends à PoBuvre démocratique, soit dans la presse, soit dans nos Assemblées locales, la part que votre propre confiance m’a dévolue, je crois avoir rendu à la Démocratie et au pays des services capables de recommander cette candidature à votre juste sollicitude.
Bien que ce long temps d’études et de luttes en commun puisse me faire assez connaître, je vous dois néanmoins de préciser, sur certains points d’actualité, ma façon de penser*
n est une préoccupation qui s’impose àTlieure présente et se faitj de plus en plus, irrésistiblement jour en France et aineurs- Elle a trait à l’organisation du travail, — aux garanties à accorder à l’ouvrier au milieu des fatigues et des dangers de son état, — aux questions, si longtemps débattues et qui doivent trouver enfin une solution, du salaire, du crédit, de Passociation, de la retraite pour le travailleur.
Assurément un certain nombre de ces questions seront abordées an cours de la législature prochaine : — si fai Phonneur de vous représenter à la Chambre des Députés, je voterai sur ces points dans le sens le plus large et le plus conforme à Féqui té; je demanderai l’application à ta colonie de toute loi capable d’améliorer la situation de l’ouvrier.
Telles ; la loi encore en préparation qui règle les responsabilités dans les risques du travail ; celles, déjà faites ou à faire, organisant la participation aux
bénéfices, créant des caisses d'assurance pour la vieillesse, complétant Ja liberté d association^ déterminant la durée de la journée de travail dans des limites proportionnées à la force et à la résistance humaines, etc*
ie m’emploierai également, comme je Tai fait jusqa'ici, à ramélioratioû du sort de nos instituteurs, ces travailieurs de la pensée*
Au poiût de vue purement colonial, nous réclamons depuis longtemps la réforme de la constitution qui nous régit. Le Sénat est actuellement saisi d’une proposition émanant de notre représentant dans cette Assemblée.
Cette organisation s'appuie sur le principe, judicieusement appliqpié, de 1 assimilation. Le projet devra venir devant la Chambre. Je le voterai selon que Je Tai déjà indiqué devant nos assemblées locales.
L application du tarif douanier a répandu dans nos colonies vous savez quelle inquiétude et quelle perturbation. J’ai pris part aux délibérations locales relatives à cet objet, dans le sens de Topinion générale et le plus favorable aux intérêts du commerce et du pays* Je ne sais ce qui pourra être tenté contre cette innovadon si fâcheuse pour l’existence coloniale. Je devais toutefois vous en parler ici pour affirmer de nouveau combien les premiers effets de cette mesure ont fortifié les dispositions que vous me connaissez.
La culture de la canne, la production du sucre, qui constituent la principale ressource de la colonie et qui donnent la vie à notre arrondissement, peuvent avoir besoin encore du concours des pouvoirs publics. Si cette éventualité se réalisait, mon intervention serait, comme toujours, conforme au bien général et à Pintérêt de tous les travailleurs.
Quant aux cultures secondaires, elles ont été et seront encore l’objet de mes plus vives préoccupations.
Mes chers concitoyens,
J'ai foi en vous. Vous devez savoir que vous pouvez compter sur tout mon dévouement au pays. Vous honorerez de vos suffrages Piiomme qui, depuis si longtemps, lutte avec vous pour la liberté, la justice et la République.