D' ISAAC
1” circonscription de l’ILE DE LA RÉUNION. M. Louis BRUNET,
Élu au l"'tour de scrutin, le 3 septembre 1893,
Chers compatriotes.
Des amis qui ont foi en moi m’ont demandé de poser ma candidature auï élections législatives. Je n’ai pas le droit de dire non.
Je sens en moi l’énergie, et je me sais l’indépendance et l’intégrité nécessaires pour vous représenter dignement.
Ai-je besoin de vous parler de mes opinions politiques T Mes écrits, mes paroles, mes actes, inspirés par l’amonr du pays, le respect des convictions, l’esprit de tolérance, ont toujours été conformes aux principes républicains et démocratiques, que je m’honore d’avoir suivis dans ma carrière déjà longue.
Élu par vous :
Je me montrerai adversaire résolu du système des décrets qui substitue à a loi le bon plaisir et le despotisme ;
Je m’élèverai contre tout acte de favoritisme et contre les abus dont souffrent trop souvent les humbles et les faibles ; je demanderai l’application à la Réunion des lois sur les accidents, sur la retraite des ouvriers, sur la protection des femmes et de l’enfance;
Je protesterai contre l’injuste et injurieux oubli dont sont victimes nos coin-
patriotes, dans certains services, où, quoique serviteurs de l'État, ils ne peuvent ni espérer de ravaDcement ni compter sur une retraite;
Je reprendrai les questions déjà étudiées au Conseil généra! et ayant fait robjetdes vceux de l^assemblée locale; le câble sous-mürin, destiné à relier la Colonie au continent; la banque populaire, à la portée de la moyenne et de la petite culture et du commerce ; les prêts aux communes par la Caisse des dépôts et coDsignatîons ; enfin , comme corollaire des lois scolaires, la participation de la Colonie aux subventions votées par le Parltiment pour les maisons d’école;
J'appuierai le projet, accepté par le Conseil général, pour la reprise de l’immigration;
Je réclamerai le renouvellement ^ à Pexclusion de toute banque étrangère, du privilège de la Banque coloniale et la remise à celle-ci, pour lui permettre de se relever, de tout oo partie de sa dette envers îe Trésor;
Je demanderai l'extension des attributions des Juges de paix, l'abaissement des frais de justice, la réforme de la magistrature, que je voudrais voir rattacher au Ministère de la Justice;
En résumé, jejme montrerai, dans l’exercice de mon mandat — en même
temps que le bon Français et le républicain convaincu i que je suis, uo vrai coloiiial — ennemi des clans, des coteries, des camarillas, et du pouvoir personnel, tout à la question de Texpansion coloniale, à la protection et à rémancipatioii des Colonies,
A ce double titre de Français et de Colonial* je protesterai contre le tarif douanier qu'on nous a imposé malgré toute équité, en vertu duquel nos denrées sont frappées à l’entrée des ports de France comme si elles provenaient de TÉtranger,
Et, avec la dernière énergie, je requerrai qu'on transforme notre protectorat illusoire et ridicule sur Madagascar, en une possession de fait, reprenant la question au point où elle se trouvait quand, dans une séance mémorable, la Chambre des Députés s'associa unanimement aux éloquentes revendications de de Mahy et de Dureau,
Restent les questions de la Banque et du Crédit foncier* si passionnantes-
Dans les affaires de la Banque, je dénoncerai les faits dont le pays est victime et dont il mourra si la Chambre des Députés ne prend en mains sa cause ; j^exigerai une enquête sur ces faits, je justifierai mon pays des accusations dont on Fa poursuivi, je réclamerai satisfaction et réparation.
Quant au Crédit fonder, je dirai qu’il est faux qu’on cherche à le dépouiller- Nous ne voulons que justice, mais justice entière. Assez de lenteurs, d’atermoiements, de moyens dilatoires et de mémoireB aux ministres qui se succèdent ; nous demandons que le décret de 1873, qui a transformé la convenlion de 1863, soit rapporté comme ayaut été pris en violation de la loi, en violation des statuts de la Société, en violation du contrat loyalement consenti, en violation de la volonté du Conseil général, et comme ayant préparé les voies, cent ans après la Révolution, à une sorte de féodalité foncière que nous ne supporterons pas.
C'est à la tribune du Parlement de France qu’il faut porter ces questions, 3 Irai, je parlerai, j'arracherai les voiles. Devant les élus du peuple, je mettrai a nu nos plaies saignantes, Je montrerai mon pays frémissant comme l’enfant qui souffre d’avoir à juger sa mère. . - Mais non, ce n’est ni la patrie, ni la République, ce sont les institutions et les hommes qu'il faut condamner.
Dans un an, mes chers Compatriotes, je reviendrai parmi vous, je m’expliquerai devant voua.
Alors vous jugerez-
Louis BBUNET.
2” Circonscription de l'ILE DE Ui. RÊtMION, M. DE MAHY,
Élu au l" tour de scrulio, le 3 septembre 1893.
Mon cher ami.
Vous voulez bien me demander mon programme aux élections dernières. Je n en ai point fait, m’en référant à mon ancien programme.
Votre bien dévoué,