EURE
Circonscription des ANDELYS,
M. Louis PASSY, tin au tour de scrutiu.
Mes chers concitoyens,
Encouragé par les nombreux et fidèles amis qui ont fait Je succès de ma carrière politique, je YÎens vous demander le renouvellement de mon mandat de député.
Pendant le cours de cette législature, les événements ont montré clairement qu’une réforme de nos mœurs politiques et parlementaires était indispensable.
Aujourd’hui, comme en 1889, |e crois nécessaire de donner à la politique intérieure une direction plus ferme et plus droite. Pespère que, par Funion de toutes les bonnes volontés, on pourra composer une majorité de gouvernement qui s’appuiera désormais sur tous les hommes modérés et ne se croira plus obligée de subir la pression des partis extrêmes.
La pensée du bien publie m’a toujours guidé, le n’ai jamais été un homme de parti ni ie serviteur des groupes et des coteries. Pai toujours été Thomme du suffrage universel ; le suffrage universel m’en a grandement récompensé. Or, le suffrage universel c’est îa République, mais la République doit être le gouvernement de tous, pour tous.
Dans le cours de cette législature. J’ai tenu fidèlement la conduite et observé le programme que vous avez sanctionnés par vos votes. Tous les engagements que j’ai pris vis-à-vis de vous ont été remplis. Je n’ai pas manqué roccasion de sauvegarder les intérêts spéciaux de l’arrondissement des Andelys. Les députés de l’Eure ont confondu leurs votes dans un grand nombre d’occasions, et nous avons donné à Tagriculture et à l’industrie, par le nouveau tarif des douanes, les garanties qu’elles réclamaient depuis longtemps. Vous savez que je me consacre spécialement à Tétude des questions agricoles.
Le Parlement s’est occupé de plusieurs lois ouvrières. Les unes ont ôté votées, les autres ne seront achevées que dans la prochaine législature. J’ai
réglé mes votes dans le sens de la liberté da travail et de l*enteate des patrons et des ouvriers. Ici, encore, fai eu la satisfaction devoir qne j'étais très souvent d’accord avec mes collègues de l'Eure.
Vous savez dans quelle situation particulière s’ouvre la lutte électorale; au fond, c’est une lutte de personnes. Il appartient à mes amis de se défendre en me défendant moi-même. Ma cause est la leur depuis vingt ans dans ce pays; notre œuvre est commune ; nous voulons un gouvernement qui nous protège contre tous les dangers et sache réunir tous les bons citoyens pour la prospérité de la patrie 1
Louis PASSY, Député sortant.
Circonscription de BERNAY.
M. Camille FOÜQUET,
Élu au 1*^ tour de scrutin -
Messieurs J
Le mandat électoral que vous m’avez confié en 1889 pour la deuxième fois va prendre fin.
Le moment est venu de résumer devant vous ma conduite parlementaire.
Deux grandes lois d’affairea ont marqué cette dernière législature ï la transformation de notre système douanier ; la réforme de l’impôt foncier.
Par la première loi, avec ceux qui, comme moi, se préoccupent du ‘sort du cultivateur, que l’on ne saura jamais trop défendre, des intérêts des industriels et des commerçants, que nous devons protéger contre la concurrence étrangère, dans le but d’assurer le travail des ouvriers des villes et des campagnes, nous avons cherché à éiever une barrière contre l’envahissement désastreux des pro-* duits étrangers industriels et agricoles.
Grâce aux mesures prises, on peut constater que la part réservée aux fruits de notre sol dans l’alimentation nationale augmente sans que le consommateur ait eu à supporter une majoration dans les prix,
Nous aurions vu bientôt la consommation nationale se sufïire à eile-mème, sans les calamités qu’une sécheresse implacable a infiigées à toutes les régions de notre territoire.
Nous eussions désiré pour les laines, les colzas, une protection qui était indispensable; nous n’avons été suivis, sur ce terrain, tii par la majorité de la Chambre ni par les conseils du Gouvernement, desquels les primes à la culture du Un n’ont été obtenues qu’à grand’peine.
Cest daDS le budget de ISDl qu^on a introduit le dégrèvement de la propriété foncière non bâtie, que nous réclamions depuis si longtemps en vaÎD.
Tardive justice, que le projet du Ministre des Finances proposait de compenser par un relèvement de Timpôt sur la propriété bâtie, sans Pénergique attitude des défenseurs de Tagriculture, avec lesquels j'ai toujours voté.
Je vous ai naguère fait connaître les bénéfices que toutes les communes de rarrondiasemeiit ont recueilli dans ce dégrèvement.
Dans cette dernière année enfin, j'ai cru devoir appeler votre attention sur la réforme de l'impôt des portes et fenêtres, votée en principe en 1892, mais dont Je Gouvernement et la Commission des finances oot demandé ensemble la disjonction, reculant devant les conséquences d'augmentations de taxes que je vous ai signalées et que je me propose de vous expliquer en passant dans vos communes, en réponse à certaines insinuations malveillantes,
La question des impôts m'amène tout naturellement à vous parler des bouilleurs de cru, de leurs droits, c'est-à-dire de cette faculté, de cette liberté primordiale pour un propriétaire d’user de sa récolte comme il l'entend, sans que les agents du fisc aient rien à y voir.
J'ai combattu toutes les lois, toutes les combinaisons louches qu’on noua a proposées pour restreindre ce droit, aussi bien dans les Commissions du budget, dont j'ai eu l'honneur de faire partie deux fois, qu'à la tribune.
Je me permets de revendiquer rinitiative du pélitionnement contre l’impôt sur les vendanges et les fruits à pressoir, pétitionnement qui a mis en mouvement les populations de tous les départements producteurs de pommes et a déterminé le retrait momentané, du moins, du projet de loi, car une dernière tentative du Sénat montre bien qn’on n'y renonce pas défînilivement.
Préoccupé par-dessus tout du désir de débrouiller notre situation financière, j'ai demandé, avec plus de cent de mes collègues, que Tétât officiel de la dette de l'État fût dressé chaque année, apporté au Parlement et publié.
Pour montrer la voie, j'ai moi-même entrepris l'exécution de ce travail de-puis 1869.
Vous en pourrez suivre les résultats, année par année, par un document complet que je dépose aux archives de chaque commune, comme un hommage envers les citoyens qui, dans une démocratie comme la nôtre, se font un devoir de chercher à suivre avec impartialité, mais sans faiblesse, la marche de nos finances.
Vous ne manquerez pas d'être frappés de l'accroissement continu et exagéré de notre dette, ce qui aboutit toujours à de nouveaux impôts.
Maintenant, au point de vue de nos relations extérieures, je reste toujours dans la pensée que nous devrions conserver le sang de nos enfants et nos ressources pour nos luttes éventuelles en Europe, sans disséminer nos forces sur tous lesîpoints du globe, en particulier dans ces régions, comme le Dahomey, le Soudan, le Toukin, où nos soldats perdent l'énergie la plus indomptable de l'intelligence et du corps par l'effet de la température et des maladies.
Félicitons-nous du moins, à cet égard, d'avoir vu aboutir enfin, aux derniers jours de la législature, malgré l'opposition du Ministre, le projet de loi du nouveau recrutement des troupes coloniales dû à l'initiative parlementaire. En vertu
de cette loi qui sera un ^si grand soulagement pour les pères de famille, les premiers numéroa de nos contingents ne seront plus désormais incorporés dans les troupes de la marine* L’armée coloniale dei^ra se recruter par engagements volontaires et, par cooséqaent, d’hommes faits aptes à supporter toutes les fatigues des climats lointains.
Dans la politique intérieure, enfin, ie me suis tenu en dehors de Topposition systématique ; de môme qu’en 1887? je me suis déclaré contre le trafic scandaleux de croix, de places, de bénéfices d’État qui a entraîné la déchéance d’uu Président de la République, de même j’ai réclamé la luratère la plus complète sur ces matversations énormes et honteuses dont le Panama a été l’objet.
Vous tous qui avesî, je le salSj gravés au fond du cœur les mots inscrits sur la croix des braves : Eoumur et Pairiet vous avez flétri, comme il convient, tous ces ministres qui, impassibles, et paralysant, si Fûn peut s’exprimer ainsi, l’action de la juBtice, ont assisté ou pris à ce pillage inoubliable des économies sacrées du travailleur dont la confiance avait été surprise par les encouragements officiels prodigués à Tentreprlse.
Il est triste de penser que la France, à un moment donné, a été à la merci d’aventuriers étrangers, auxquels on a donné le temps de se mettre en sûreté au delà de nos frontières,
Qu’ajouterai-Je encore?
le me suis associé avec empressement à toutes les lois qui protègent les droits des faibles, qui organisent les institutions de prévoyance concernant les malades, les enfants, les vieillards, et qui sont indispensables à une époque où les développements de l’industrie rendent si précaire parfois Texistence de Touvrier isolé.
Quant aux mesures répressives du vagabondage, qui est un tléau véritable pour Doa communes, j’aurais, sans hésiter, accueilli favorablement, provoqué même, les dispositions destinées à en combattre les conséquences funestes, si je n^'étais convaincu que le Gouvernement possède, dans les lois existantes, les moyens d'en arrêter le développement, quand il s’appliquera à faire respecter l’ordre avec la même énergie dans les campagnes que dans certaines villes.
Telles sont, messieurs, les explicatioDs sincères et loyales que je devais développer aussi brièvement que possible et que je vous aurais données déjà de vive voix, si je n’avais été retenu jusqu’ici loin de voua par les obligations de ïa Chambre; je crois pouvoir les soumettre avec confiance à vos appréciations.
Veuillez agréer, messieurs et chera concitoyens, Texpression de mon entier dévouement
Camille FOÜQUET.
Circonscription d'ÉVKEUX.