‹ Progrès de l'industrie des matières colorantes artificiellesChapitre 24 sur 71 · BLEUS DE R0SAN1LINE · texte numérisé non relu

BLEUS DE R0SAN1LINE

et l’autre étant arrosés d’alcool, les solutions alcooliques s’étalent sur l’assiette inclinée, et la comparaison des nuances devient facile.

L’opération terminée, il est nécessaire d’interrompre brusquement l’action de la chaleur. Pour cela , la chaudière est enlevée par une grue et déposée sur une plate-forme disposée à une petite distance du fourneau, à côté et au-dessous d’une grande cuve qui doit recevoir le contenu de la chaudière. On vide celle-ci en exerçant une pression au moyen d’une pompe à air. Le contenu visqueux de la chaudière est chassé dans la cuve, qui est munie d’agitateurs et dans laquelle on traite le produit brut par de l’acide chlorhydrique étendu, dans le but d’en extraire l’aniline en excès. On brasse le (ont : le bleu reste à l’état insoluble. On le recueille sur des feutres, et on le lave à l’eau bouillante. L'opération du lavage s’exécute dans des cuves. On ajoute à l’eau une petite quantité d’acide chlorhydrique. On extrait de cette façon ce qui reste de chlorhydrate d’aniline, ainsi que des impuretés grises.

Des filtres, disposés au-dessous des cuves, en reçoivent le contenu et séparent le bleu sous la forme d’une matière pulvérulente verdâtre. Le chlorhydrate d’aniline provenant soit du traitement direct par l’acide chlorhydrique , soit des lavages, est distillé avec de la chaux : on retrouve ainsi l’aniline qu’il renferme.

Bleus purifiés.

L’opération qui vient d’être décrite subit quelques modificalions dans le cas où il s’agit de préparer des bleus très-purs. On ajoute alors, à la matière visqueuse brute des chaudières, de l’alcool ', et on fait couler le tout par filets dans l’eau acidu-

1 Jlans certains cas, on remplace l'alcool par la benzine.

l'UHIFlCATlUiV

lée par l’acide chlorhydrique. L’addition d’alcool a pour 1ml et pour effet la dissolution d’une certaine quantité de matières rouges et violettes, c’est-à-dire de rosaniline non complètement phénvlée et d’une pelite quantité de leucaniline. Oji exécute cette opération dans de grandes cuves, et lorsqu’elle est terminée on filtre et l’on recueille le bleu qui est demeuré insoluble: c’est le bleu purifié formé presque entièrement de

Iîleu direct soluble dans l’alcool.

chlorhydrate de rosaniline triphénylée. D’un autre côté, on neutralise exactement la solution acide et alcoolique. La matière colorante impure qui s’était dissoute se sépare et est recueillie. C’est un bleu de qualité inférieure qui est livré au commerce avec une marque particulière. La solution neutre alcoolique est ensuite soumise à la distillation dans le but d’en séparer l’alcool. La liqueur aqueuse qui reste, distillée avec un excès de chaux , fournil de l’aniline, comme il a été dit plus haut.

Bleus lumière.

On nomme ainsi des bleus tout à fait privés de violet, et (pii conservent à la lumière artificielle la teinte pure et franche du bleu de ciel. Cette belle matière est formée par le chlorhy-

BLEUS 1)E ROSANILINE.

drn le de rosaniline triphénylée pure. MM. Cl). Girard et de Laire ont indiqué le procédé suivant pour obtenir le bleu lumière. On prend un bleu purifié de bonne qualité, on le réduit en poudre line, et, après quelques lavages à l’aide de petites quantités d’alcool chaud, on dissout le résidu dans un mélanged’aniline etd’alcool bouillant. On filtre et on sursature légèrement la solution par l’ammoniaque, ou, mieux encore, par une solution alcoolique de soude caustique. Une petite par-

Bleu lumière sur soie.

lie du bleu se précipite à l’état de base entraînant des impuretés. Après le refroidissement, on recueille sur un filtre la partie insoluble; puis on précipite le bleu de la solution, en ajoutant à celle-ci de l’acide chlorhydrique concentré en excès; on laisse refroidir complètement et l’on recueille sur un filtre le chlorhydrate de rosaline triphénylée qui est insoluble dans la liqueur alcoolique acide, laquelle retient d’ailleurs des parties moins pures (chlorhydrate de rosaline diphénylée).

Le bleu qui résulte de ces divers traitements est le c, bleu à l’alcool». 11 est soluble dans ce véhicule et insoluble dans l’eau. Il ne peut donc être employé en teinture qu’en solution alcoolique. On verse celle solution petit à petit dans le bain de teinture, procédé qui donne lieu à la perte de l’alcool et qui

BLEUS SOLUBLES

ti'.l

présente de grandes difficultés dans l’application, au point de vue de la production de teintes uniformes. Ce sont là desinconvénienls auxquels on est parvenu à remédier dans ces dernières années par la préparation des bleus dits solubles., dont nous allons traiter.

Bleus solubles.

La préparation de ces bleus est fondée sur la propriété que possède la rosaniline triphénylée de former avec l'acide sulfurique divers dérivés sulfo-conjugués.

Le premier de ces acides sulfo-conjugués a été préparé, dès 1862, par M. Nicholson, qui a été guidé dans cette recherche par certaines analogies qui existent entre la rosaniline triphénylée et l’indigo. Pour obtenir cet acide sulfo-conjugué

Bleu Nicholson sur soie, 2 B.

de la rosaniline triphénylée, analogue à l’acide sulfindigotique, M. Nicholson chauffait, dans des chaudières à double fond, 10 kilogrammes de sulfate de rosaniline triphénylée et 40 kilogrammes d’acide sulfurique. La température était portée à 140 degrés environ, et l’opération était arrêtée lorsque, la masse étant devenue homogène, un petit échantillon

BLEUS UE ROSANILINE.

se dissolvait entièrement dans l’ammoniaqne. Après refroidissement, le contenu des chaudières était coulé petit à petit dans huit ou dix fois son poids d’eau qu’on agitait constamment. Le bleu était ainsi précipité. On le recueillait sur un filtre, on le lavait jusqu’à commencement de dissolution, puis on le séchait, soit par compression, soit par essorage. Enfin on introduisait le précipité dans un vase en fonte émaillée, et on y ajoutait un léger excès d’ammoniaque en chauffant. On formait ainsi un sel ammoniacal qui venait surnager sous forme d’une masse dorée qui était recueillie, séchée et pulvérisée.

Le produit ainsi obtenu a été accepté difficilement par les teinturiers. Il présentait, à la vérité, l’avantage de ne pas dé-

Bleu Nicholson sur soie, 5 B.

teindre par le frottement, mais il donnait sur la laine et sur la soie des teintures qui résistaient moins bien à la lumière, aux alcalis et aux savons, que les nuances fournies par la rosaniline triphénylée insoluble. Aujourd’hui, grâce aux perfectionnements introduits dans la fabrication et à la variété des produits obtenus, ces bleus solubles sont généralement employés.

Celui de Nicbolson était principalement formé1 de rosaniline

BLEUS SOLUBLES

triphénylée tétrasulfurlque. On en connaît aujourd’hui trois autres qui offrent une composition différente et qui répondent à diverses indications. Voici d’abord la nomenclature et la composition de ces produits :

Azs.II40.

1° Rôsaniline triphénylée monosulfurique :

c j cqo.so

) (cwy \

2° Rôsaniline tryphénylée disulfurique :

) (CeH8)2 j Az •

3° Rôsaniline triphénylée trisulfurique :

p2ojji6 ) (CfiH- . SSO^H) I

j (C®HS)2 ) '

4° Rôsaniline triphénylée tétrasulfurique :

Suivant la quantité d’acide sulfurique ainsi combiné, la solubilité dans l’eau augmente, mais en même temps la solidité à la lumière et à l’air diminue, le composé le plus riche en acide sulfurique (l’acide tétrasulfuré) étant à la fois le plus soluble et le moins fixe en teinture. En 1869, on fabriquait principalement les combinaisons sulfo-conjuguées les plus riches en acide sulfurique. Aujourd’hui, on produit de préférence les combinaisons mono et disulfuriques. Ajoutons que chacune de ces matières répond à une indication donnée, la combinaison monosulfurique étant principalement employée

' On a supposé que les groupes S03H des acides sulfo-conjugués étaient substitués à l’hydrogène d’un même groupe phénylique : c’est là une hypothèse qui aurait besoin d’être démontrée. Les groupés S03II pourraient être répartis entre les divers groupes phényliques, comme le montrent les formules suivantes :

p2oj{ie \ (t76II°) t yz3 n ) (C6H\S03H)2\

Rôsaniline triphénylée disulfurique.

Caoi[,6(Cell4 .S03H)3Az3,

Rôsaniline triphénylée trisulfurique.

gUC6II4.S03H)2|

Rôsaniline triphénylée tétrasulfurique

BLEUS DE ROSAMLINE.

pour la teinture de la laine, la combinaison disulfurique pour la teinture de la soie, et la trisulfurique pour celle du coton.

Nous allons entrer dans quelques détails sur la préparation de tous ces produits.

Préparation des combinaisons sulfo-conjuyuées de la rosamline tripliénylée .

On verse de l’acide sulfurique, soit pur, soit mélangé avec de l’acide sulfurique fumant, dans de grands vases en grès, placés eux-mêmes dans des vases enveloppants en cuivre, ces derniers destinés à recevoir le produit en cas de rupture du premier vase. Dans cet acide, on introduit, par petites portions, du bleu en poudre, en ayant soin d’agiter continuellement.

La température s’élève naturellement. On doit éviter qu’elle dépasse 40 degrés dans le cas où l’on veut obtenir la combinaison monosulfurique, 50 degrés pour la combinaison disulfurique, 60 degrés pour la combinaison trisulfurique. On laisse les matières réagir de quatre à douze heures, suivant le degré de sulfatation que l’on veut obtenir, et l’on juge de l’état de l’opération en prélevant de temps en temps des « tâtes ». Les trois acides su lfo-eonju gués dont il s’agit présentent des différences de solubilité qui permettent d’en reconnaître la présence dans le produit fabriqué.

L’acide monosulfo-conjugué est insoluble dans l’eau, mais son sel de soude est soluble. La solution, avec excès d’alcali, présente une teinte brun-marron foncé.

L’acide disulfo-conjugué est soluble dans l’eau pure, insoluble dans l’eau additionnée d’acide sulfurique. Dissous dans un excès d’alcali, il fournit une solution d’un jaune acajou.

L’acide trisulfo-conjugué est soluble, non-seulement dans

BLEUS SOLUBLES

l’eau pure, mais aussi dans une eau acide ou alcaline. La solution, dans un excès d’alcali, est incolore.

Bleu Nicholson sur soie, 5 B.

C’est à ces caractères qu’on les reconnaît. On parvient à les séparer en se fondant sur les mêmes propriétés.

1° Acide monosulfo-conjugué. Pour le préparer, on opère

Bleu Nicholson soluble sur laine, u B.

comme il a été dit ci-dessus, en employant deux parties d’acide sulfurique ordinaire exempt de produits nitreux. La réaction étant terminée, on verse le tout dans l’eau et l’on filtre.

BLEUS DE ROSANILlNE.

L’acide monosulfo-conjugué reste sur le filtre; On le presse et on le lave. Puis on le transforme en sel de soude en y ajoutant de la lessive de soude en quantité insuffisante pour dissoudre le tout. On filtre la solution chaude, et on l’évapore jusqu’en consistance de pâte. La dessiccation de celte pâte se fait dans des étuves à air chaud , dans lesquelles Pair est appelé par un ventilateur.

L’acide monosulfo-conjugué est insoluble dans Peau pure et dans Peau acide, mais son sel de soude est soluble, quoique assez difficilement à froid. La solution, peu colorée, sert à teindre la laine. On teint sur bain neutre, et l’on fait passer ensuite dans un bain acide, pour développer la couleur. C’est le bleu Nicholson.

Les différentes marques de bleu alcalin qui existent dans le commerce, et qui sont désignées par les lettres B, BB, BBB, BBBB, correspondent aux divers degrés de purification du bleu primitif employé pour la préparation du bleu soluble.

2° Acide disulf o -conjugué . Lorsqu’on veut le produire en proportion notable1, on prolonge le temps de l’opération, en employant une quantité d’acide sulfurique ordinaire plus considérable (4 parties pour une de bleu), et élevant la température à ÙO degrés environ, comme il a été dit plus haut. Plus soluble dans l’eau que le précédent, ce corps est insoluble dans l’eau acide. On peut donc le précipiter par l’eau en maintenant dans la liqueur un grand excès d’acide. On peut même le laver après l’avoir recueilli par un filtre, pourvu qu’on maintienne une petite quantité d’acide sulfurique dans la pâte. On salure celle-ci par l’ammoniaque. Le sel ammoniacal ainsi formé est assez soluble dans l’eau froide, plus soluble même

1 11 est à remarquer que, dans l'opération dont il s'agit, les divers arides sulfoconjngués se forment en même temps, et qu'on arrive simplement à faire prédominer l’un ou l'autre, suivant les conditions de l’opération.

BLEUS SOLUBLES

que l’acide disulfo-conjugué libre. C’est ce sel ammoniacal qui constitue le bleu soluble employé dans la teinture de la soie.

5° Acide trisulfo-conjugué. 11 se forme dans les mêmes conditions que le précédent, mais à une température un peu plus élevée. On emploie pour 1 partie de bleu 6 parties d’un mélange d’acide sulfurique (4 parties) et d’acide sulfurique fumant (2 parties). Cet acide trisulfo-conjugué, soluble dans l’eau pure, se dissout aussi dans l’eau acide. Pour le débarrasser de l’excès d’acide sulfurique, il faut donc saturer la liqueur par la chaux ou par la baryte, filtrer pour séparer le sulfate insoluble, faire passer un courant d’acide carbonique, afin d’enlever l’excès de chaux ou de baryte, et décomposer la solution du sel barytique par le carbonate ou le sulfate de soude. Le sel alcalin est très-soluble dans l’eau. On évapore la solution et l’on dessèche le résidu pâteux dans l’étuve à air chaud, comme il a été dit plus haut.

4° Acide tétrasul fo-conjugué. 11 prend naissance lorsqu’on opère, par le procédé primitivement indiqué par Nicholson, en présence d’un grand excès d’acide sulfurique et à une température supérieure à 100 degrés. On emploie parties égales d’acide fumant et d’acide ordinaire.

Pour séparer l’acide tétrasulfo-conjugué de l’excès d’acide sulfurique, on emploie le procédé qui vient d’être décrit pour la préparation de l’acide trisulfo-conjugué.

iV l'état libre, cet acide est très-soluble dans l’eau pure et dans l'eau acide; il forme, avec les alcalis, les terres alcalines et les oxydes métalliques proprement dits des sels solubles dans l’eau.

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