‹ Progrès de l'industrie des matières colorantes artificiellesChapitre 26 sur 71 · VIOLETS DE METHYLAN1LINE · texte numérisé non relu

VIOLETS DE METHYLAN1LINE

La préparation de ces bases a été décrite en détail dans le Rapport de 1867 (tome Vil, p. 262). Il est donc inutile d’y revenir. Au reste, la consommation de ces beaux produits a beaucoup diminué depuis la découverte des violets de Paris,

Violet Hofmann, rouge.

qui sont préparés directement par l’oxydation de la méthylaniline. Toutefois, en raison de la richesse et de la pureté de leur teinte, ils trouvent encore leur emploi pour la production de nuances d’un violet rouge.

VIOLETS DE METHYLANILINE

Au mois de juillet 1861, M. Charles Lauth a obtenu une matière colorante d’un beau violet, en traitant la méthylaniline par les agents oxydants, qui convertissent l’aniline en rosaniline. Mais, ayant remarqué que les produits ainsi obtenus présentaient peu de solidité à la lumière, il ne songea pas à poursuivre l’application industrielle de sa découverte, et aban-

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donna, pendant quelques années, ses recherches sur ce sujet. A cette époque, la constitution de la rosanilinc et de ses dérivés était complètement inconnue : les travaux deM. Hofmann n’avaient pas encore paru. La découverte des violets dérivés de la rosaniline a donné une nouvelle impulsion aux recherches qui avaient pour objet la préparation directe de matières colorantes violettes formées sans l’intermédiaire de la rosaniline. L’exagération des prix de l’iode excitait d’ailleurs l’ardeur avec laquelle ce but était poursuivi. Ce précieux métalloïde intervenait nécessairement dans la préparation du violet Hofmann, qui exige l’emploi de l’iodure d’éthyle; d’un autre côté, la préparation de la méthylaniline ne paraissait pas pouvoir être réalisée en dehors de l’intervention d’un bromure ou d’un iodure alcoolique. Ajoutons qu’un procédé primitivement employé pour l’oxydation de la méthylaniline exigeait lui-même l’emploi de l’iode1.

Dans ces conditions, la production directe des violets par

1 Voici un procédé qui a été breveté par JIM. Poirrier et Chappat, pour la production du violet de Paris par l’oxydation de la méthylaniline. Nous le rappelons ici pour mémoire.

Dans une marmite de fonte émaillée, d'une capacité de 250 litres environ, et placée dans un bain -marie, on introduit :

Méthylaniline 50 kilogr.

Chlorate de potasse 40

Iode 10

Le chlorate de potasse et l’iode sont ajoutés, par fractions, dans l’espace de quelques heures. Après l’addition de la première dose, on chauffe de 80 à 100 degrés, et l’on maintient cette température pendant quatre à cinq jours, jusqu’à ce qu’on obtienne une masse dure d’un beau vert bronzé.

On traite cette masse par une lessive de soude qui lui enlève Piodc, en même temps qu’elle précipite la base du violet. Le chlorure de potassium formé et l'excès de chlorate, ainsi que l’iodure, restent en dissolution. Le précipité est d’abord lavé à l’eau bouillante, puis repris par l’eau chargée d’acide chlorhydrique, qui dissout la base méthylée à l’état de chlorhydrate. La solution filtrée, qui est d'un beau violet, est précipitée par le sel marin. On voit que l’oxydant d’abord employé par MM. Poirrier et Chappat était un mélange de chlorate de potasse et d’iode, c’està-dire de l’acide iodique.

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l’oxydation de la méthylaniline, selon la découverte de M. Charles Laulh, n’aurait pas offert des avantages marqués, du moins au point de vue des prix de revient. Heureusement, ce dernier problème, savoir la préparation économique de la méthylaniline, a été résolu d’une manière très-satisfaisante par M. llardy. Le procédé indiqué par ce chimiste consiste à chauffer sous pression un mélange de chlorhydrate d’aniline et d’esprit de bois : il se forme du chlorhydrate de méthylaniline et de l’eau. C’est une application fort heureuse de la réaction qu’avait indiquée M. Berthelot pour la production des alcalis éthyliques et méthyliques par le chlorhydrate d’ammoniaque1. Mais, quelle que soit l’importance de la découverte de M. Bardy au point de vue industriel, le problème n’était résolu qu’à moitié, et il appartenait à M. Ch. Lauth, qui en a eu la première idée, de lui donner aussi une solution définitive, fortune rare pour un inventeur, mais aussi exemple remarquable de sagacité et de persévérance. M. Lauth a fait de nombreux essais pour réaliser l’oxydation de la méthylaniline. Il a trouvé que le chlorhydrate de cette base se convertit en violet par la seule action de l’air à une température élevée. Le réactif oxydant auquel il s’est arrêté définitivement est le chlorure cuivrique que MM. Dale et Caro avaient employé quelques années auparavant pour transformer l’aniline lourde en violet Perkin. Ainsi, par les efforts réunis de MM. Ch. Lauth et Bardy, et grâce à l’esprit d’initiative et à la direction intelligente de M. Poirrier, la découverte de la transformation directe de la méthylaniline en violet a passé du domaine de l’expérimentation dans celui de la pratique industrielle; résultat doublement heureux au point de vue économique et sanitaire, car, s’il permettait la suppression d’un agent coûteux

Annales de chimie et de physique, 5° série, t. WXVIll, p, 65.

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et dont les variations de prix étaient dominées par la coalition des producteurs, il procurait aussi l’avantage de restreindre la fabrication insalubre de la rosaniline. Signalons, en terminant, des efforts moins heureux qui avaient été faits dans l’ordre d’idées que nous indiquons, et qui tendaient aussi à la suppression de l'iode : d’abord un procédé breveté par M. Perl\in, et qui consiste à chauffer sous pression un mélange de rosaniline, de térébenthine bromée et d’alcool méthylique; en second lieu, le brevet de M. Levinstein, lequel chauffe également sous pression, ou dans un appareil cohobateur, un mélange de rosaniline, d’alcool méthylique ou éthylique et de nitrate d’éthyle. La substitution de cet éther à l’iodure est un fait digne d’être noté dans 1 ’ histoire des progrès récemment accomplis dans l'industrie dont il s’agit.

Nous placerons à la suite de ces remarques préliminaires la description des procédés qui ont été employés pour la fabrication des violets par oxydation de la méthylaniline. Ces procédés sont nombreux, mais quelques-uns seulement ont pris place dans la pratique industrielle.

lu Préparation de la méthylaniline et de la diméthylaniline.

Dans une chaudière autoclave en fonte (planche 11, lig. 0 et 7, voir aussi planche JH, lig. S), munie d’un manomètre et plongeant dans un bain d’huile, on introduit poids égaux d’esprit de bois, d’aniline et d’acide chlorhydrique. On chauffe au bain d’huile de 200 à 220 degrés. La température est accusée par un thermomètre. La pression développée dans ces conditions atteint 25 atmosphères. On peut admettre que la réaction a lieu dans ce sens que, par 1 action de l’acide chlorhydrique siu1 l'esprit de bois, il se forme du chlorure de méthyle, lequel réagit sur l’aniline pour donner naissance aux dérivés méthy-

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