NOIR D’ANILINE
racles el sur les rouleaux en acier et en fer dont on se sert en impression. On voit aussi que le mélange ne devient pas sensiblement acide, car l’acide chlorhydrique mis en liberté par suite de l’oxydation de l’aniline agit sans cesse sur le chlorate de potasse. C’est là un avantage marqué, car l’acide libre que renfermait le mélange employé par M. Lightfoot affaiblissait sensiblement la libre textile. Quoi qu’il en soit, le noir ainsi obtenu est parfaitement insoluble, et se fixe comme tel sur la fibre du tissu. D’après les expériences de MM. Ch. Lauth et Rosenstiehl, le cuivre semblerait être un élément essentiel du noir d’aniline.
Diverses autres recettes pour la production du noir d’aniline ont été indiquées par MM. Paraf, Rosenstiehl, C. Koeehlin. Nous renvoyons à cet égard au Rapport de 1807.
Rappelons seulement que M. C. Koeehlin a proposé une recette dans laquelle le sulfure de cuivre de M. Lauth est remplacé par le ferrocyanure de potassium. Ce sel nous paraît jouer un rôle analogue à celui du sulfure de cuivre. Il s’oxyde sous l’influence de l’acide chlorhydrique et du chlorate de potasse pour devenir ferricyanure (prussiate rouge), et celui-ci à son tour oxyde l’aniline pour produire du noir.
Sauf quelques modifications de détail qui ont pu être introduites par quelques fabricants, la recette de M. Ch. Lauth est encore employée dans ce qu’elle a d’essentiel. On a pu rendre la couleur d’application plus ou moins intense, plus ou moins acide, mais le principe de la méthode est demeuré le même. De fait, le noir d’aniline est devenu la couleur d’application la plus employée et rend des services de premier ordre aux imprimeurs.
11 présente pourtant deux inconvénients qui sont les suivants : premièrement, il verdit sous l’influence des acides; en second lieu, il ne peut pas être vaporisé directement, mais
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exige au préalable un étendage dans la chambre chaude, comme nous l’avons dit plus haut. Nous allons entrer dans quelques développements sur ces deux points.
1° Lorsque le noir fixé sur un tissu est exposé à une atmosphère plus ou moins acide, il verdit. Cet inconvénient se manifeste surtout avec les noirs peu intenses produits à bon marché, et par conséquent de qualité inférieure, tels qu’ils sont fabriqués à Rouen. 11 est beaucoup moins sensible pour les noirs intenses, foncés, et par conséquent de qualité supérieure, que l’on fabrique à Mulhouse. Mais enfin il existe toujours dans une certaine mesure. M. Ch. Lauth est d’avis que ce verdissage du noir d’aniline est une qualité essentielle à sa nature; selon lui, il tourne au vert sous l’influence des acides, comme le tournesol tourne au rouge. Et de fait, de même qu’on peut restituer au tournesol rouge la couleur bleue au moyen d’un alcali, de même aussi on peut ramener la couleur noire au moyen d’un lavage, ou mieux au moyen d’un savonnage. Malheureusement, tous les genres ne supportent pas cette dernière opération, et l’on doit désirer que de nouvelles recherches fassent découvrir un remède à l’inconvénient dont il s’agit.
2° Nous avons déjà indiqué le second inconvénient. Le noir d’aniline ne comporte le vaporisage qu’après s’être développé dans la chambre chaude. Les imprimeurs cherchent à transformer aujourd’hui loule leur fabrication en procédés de couleur-vapeur, et il s’agirait de trouver un noir qui se développât aussitôt après l’impression, sous l’influence de la vapeur, en même temps que les autres couleurs-vapeur. Le noir de M. Ch. Lauth 11e possède pas cette propriété : imprimé sur un tissu qui serait soumis directement à l'action de la vapeur, il 11e sortirait que difficilement. Certains fabricants ont cherché à résoudre cette difficulté en se servant d’une couleur renfermant
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du chlorate et du prussiate de potasse en même temps que du chlorhydrate d’aniline. Avec cette recette ou d’autres qui sont tenues secrètes, le noir se développe bien au vaporisage, mais il est moins solide que le noir de M. Laulh et verdit beaucoup plus vite.
Noir d’aniline en teinture.
Les essais tentés jusqu’à ce jour pour employer ou pour appliquer le noir d’aniline en teinture n’ont pas encore abouti d’une manière satisfaisante. On pouvait aborder ce problème de deux façons différentes, ou bien chercher à préparer un bain de teinture avec du noir rendu soluble, ou bien développer ce noir sur des fibres préalablement imprégnées d’un corps oxydant, et plongées ensuite dans un bain renfermant de l’aniline.
Pour rendre le noir soluble, on pourrait essayer de le traiter par l’acide sulfurique, de manière à former des acides sulfoconjugués, comme on le fait avec les bleus d’aniline insolubles, ou avec les bleus de diphénylamine. Ce L essai et d’autres que l’on pourrait tenter dans le même sens ne paraissent pas devoir aboutir. Il est dans la nature du noir d’aniline d’être insoluble, et ses qualités sont fondées sur cette insolubilité même. 11 paraît donc difficile de le rendre soluble sans le dénaturer. C’est du moins l’opinion de M. Cb. Laulh. Pour l’appliquer en teinture, ce chimiste s’était engagé dans une autre voie qui lui parut plus rationnelle. 11 a conseillé de déposer sur la fibre du peroxyde de manganèse et de la plonger ensuite dans une. dissolution anilique. On s’est servi de ce procédé; mais les teinturiers ont fini par y renoncer à cause de la difficulté de fixer du bistre sur la fibre.
Nous croyons savoir que le procédé actuellement employé dans quelques ateliers consiste à imprégner la fibre d’un mé-
BRUN D’ANILINE
lange analogue à celui qui sert pour l’impression, et à effectuer l’oxydation en vases clos, dans des tambours mobiles autour de leur axe et chauffés à 50 ou 40 degrés. Le mouvement de rotation fait retomber sans cesse les fils les uns sur les autres, et permet au liquide imprégnant de se distribuer uniformément dans la masse, et, par conséquent, d’effectuer une teinture unie, ce qui est important. Entre les mains de quelques fabricants habiles, ce procédé, délicat en lui-même, donne de bons résultats.
BRUNS D’ANILINE ET DE PHÉLYLENt-DIAMINE
BRUN D’ANILINE
On connaît plusieurs matières colorantes dérivées de l’aniline et colorant les fibres textiles en brun, en marron, en gre nat. La première a été signalée par M. Perkin en 1865 ; c’est un produit secondaire de la réaction qui donne naissance à la mauvéine (page 121). Peu de temps après, MM. Girard et de Laire ont obtenu une couleur brune en faisant réagir un sel d’aniline sur un sel de rosaniline, le chlorhydrate par exemple, à une température de 240 degrés. Ils portent à cette température un mélangé de 4 parties, en poids, de chlorhydrate d’aniline et de 1 partie de chlorhydrate de rosaniline, et maintiennent le tout « en ébullition » pendant une à deux heures. La couleur, qui est d’abord d’un beau rouge violacé, passe brusquement au brun. L’opération touche à sa fin lorsqu’il se
BRUN D’ANILINE
produit des vapeurs qui se condensent dans les parties froides de l’appareil, et qu’on perçoit en même temps une odeur d’ail caractéristique.
La matière colorante ainsi obtenue est connue sous le nom de brun Bismark. Elle est soluble dans l’alcool, la benzine, l’éther, l’acide acétique. Elle est précipitée de ses solutions par les sels neutres, ce qui offre un bon moyen de purification.
Brun sur laine.
Cette matière donne de très-belles nuances sur la soie, et principalement sur les cuirs et peaux, qu’elle teint directement sans mordant.
BRUN DE PHÉlNYLÈNE-DIAMIINE
Ce brun, qui est employé actuellement en teinture, résulte de l’action de l’acide azoteux sur une des modifications isomériques de la phénylène-diamine, savoir : la (3-phénylènediamine, qu’on obtient en réduisant la dinitrobenzine ou la nitraniline.
liRUN D’ANILINE.
Préparation de la dinitrobenzine.
Pour préparer la dinitrobenzine, on prend pour point de départ soit la nitrobenzine, soit la benzine elle-même. Les appareils qu’on emploie sont ceux qui servent à la préparation de la nitrobenzine et qui sont disposés de manière à pouvoir être chauffés au moyen d’un double fond. Le premier procédé consiste à faire couler la nitrobenzine dans un mélange d’acides sulfurique et nitrique, et à laver à l’eau le produit de la réaction.
Le second procédé, plus généralement employé, parce qu’il évite le soutirage de la nitrobenzine, consiste à faire couler dans la benzine un mélange d’acides sulfurique et nitrique. Pour 100 kilogrammes de benzine, on emploie :
Acide nitrique il 40 degrés 100 kilog.
Acide sulfurique à GG degrés 15G
Lorsque l’attaque est terminée, on soutire les acides faibles, et l’on fait couler dans la nitrobenzine produite une nouvelle quantité du mélange d’acides nitrique et sulfurique fait dans les proportions indiquées ci-dessus. Cette fois, les liquides se mêlent complètement et la température s’élève assez pour que la réaction s’achève d’elle-même. Au besoin, on chauffe légèrement pour la terminer. On soutire la dinitrobenzine formée pendant qu’elle est encore tiède et liquide, puis on la lave, d’abord à l’eau chaude, puis à l’eau froide. Ainsi préparée, elle est solide et fusible à 86 degrés.
BRUN D'ANILINE
Réduction de la dinitrobenzine en fi-phénylène-diamine.
Ou elfectue cette réduction à l’aide de l’étain et de l’acide
chlorhydrique. Pour cela, on fait couler doucement de l’acide chlorhydrique sur un mélange de 1 partie de dinitrobenzine et de 12 parties d’élain. La réaction est vive*. Par le refroidissement, il se sépare des cristaux qui sont une combinaison de chlorure slanneux et de chlorhydrate de nhénylène-diamine*. L’emploi de l’étain dans celle réaction est dispendieux. Aussi a-t-on cherché d’abord à le régénérer en le précipitant par le zinc. On trouve {tins commode aujourd’hui de se servir de 1 étain pour amorcer la réaction, et d’y ajouter immédiatement du zinc. L’étain, à mesure qu’il entre en dissolution, est précipité par le zinc que l’on ajoute constamment, jusqu’à ce que la réduction soit complète. Le chlorhydrate de (i-phénylène-diamine est précipité de sa solution aqueuse par un excès d’acide chlorhydrique. En le décomposant par un alcali, on en sépare la (3-phénylène-diamine.
Transformation de la ft-ph énylène-diamine en matière colorante brune.
Pour effectuer cette transformation, on ajoute peu à peu, à une solution neutre d’azotite de potasse ou de soude, une solution li'oide, étendue et neutre de (3-phénylène-diamine.
* Cette réaction est exprimée par l’équation suivante :
Dinitrobenzine.
j3-phénylène-
diamine.
Rappelons qu’on connaît trois isomères possédant la composition de la dimtrobenzine et de la phénvlène-diamine.
* C6H4 (AzH2)*, 2HC1 -j- Sn2Cl4
BRUN D’ANILINE
Il faut éviter une élévation de la température. Il se précipite une bouillie cristalline rouge foncé, qu'on lave à l’eau, puisa l’acide chlorhydrique concentré. Elle se dissout d’abord dans cet acide, pour se séparer ensuite à l’état d’un coagulum goudronneux qui est une combinaison de la matière colorante brune avec l’acide chlorhydrique. On reprend ce chlorhydrate par l’eau, dans laquelle il se dissout, et l’on précipite la solution par l’ammoniaque. Ce précipité est un mélange de trois corps différents dont l’un constitue le brun d’aniline. Ce dernier est de beaucoup le plus abondant dans le mélange, dont on l’extrait en l’épuisant par l’eau bouillante. Celle-ci dissout le brun. Les deux autres corps y sont presque insolubles. Ce sont des bases qu’on peut séparer en mettant à profit leur solubilité différente dans l’alcool.
La solution aqueuse du brun teint directement la laine et la soie, sans mordant.