‹ Progrès de la Teratologie depuis isidore geoffroy saint-hilaireChapitre 14 sur 33 · LORS · texte numérisé non relu

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de l’ordre téléologique, n’en a pas moins son importance sur ce terrain où l’expérimentation laisse encore une large place à l'induction.

$ 3. — Théorie transformiste.

Cette théorie, qui se sert de considérations d’un ordre beau-

coup plus élevé, n’est nullement en opposition avec celle que nous venons de signaler ; seulement elle a pour base quelque chose de métaphysique et s'adresse à des causes primaires qui nous échappent; l’ensemble de ces causes est ce qu'on désigne sous le nom générique d’'atavisme, et leur connaissance n’est malheureusement due qu’à une hypothèse, mais une hypothèse qui s'appuie sur la notion raisonnée de l’individu et de l'espèce.

Il y a longtemps que les embryolôgistes ont reconnu que les embryons des vertébrés se ressemblent tous à un moment donné, de telle sorte qu'il serait impossible de dire non seulement à quelle genre, mais encore à quelle classe ils appartiennent ; on sait aussi que ces embryons passent par des phases qui, abrégées pour les uns, allongées pour les autres, n'en sont pas moins les mêmes pour tous. De là à voir une parenté étroite entre tous les animaux issus de ces embryons, il n'y avait pas loin et on a pu supposer que l’évolution, en se perfectionnant, sous l'influence d’une impulsion, peut-être inhérente aux milieux, avait pu donner naissance à des êtres de plus en plus élevés dans l'échelle zoologique. D'autre part, les belles études de Darwin sur la domestication des animaux et des plantes et sur l’origine des espèces, ont démontré quels changements pouvaient subir les types spécifiques. Ces variations qu’on peut tour à tour provoquer et fixer artificiellement ont été mises à profit par les éleveurs pour l’amélioration de certaines races ; elles peuvent aussi se produire spontanément, témoin la poule de Padoue, la race des bœufs niata ou camards (1), etc., sans qu’on puisse apercevoir l'intérêt direct que peut en retirer la race,

(1) Delplanque. Etudes t'ratologiques, 1885,

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Lamark, Darwin et ses successeurs sont venus démontrer et appuyer sur des faits d’une manière indubitable, la variabilité des espèces; cette variabilité, comme on l’a dit, n’est pas illimitée ; mais cela ne tient-il pas aux limites étroites de durée dans lesquelles se trouvent forcément enserrées nos observations et notre expérimentation? Si nous remontons le courant des siècles et si nous appelons la paléontologie à notre secours, nous y trouvons des types complètement disparus. Ne pouvons-nous pas supposer que par l’action longuement continuée d'une cause encore inconnue « la lignée générique d'un animal ait pu être transformée tout à coup et acquérir des caractères très différents du type ancestral? Ainsi, un type polydactyle semble avoir été transformable de la sorte en un type monodactyle et vice versa (1). »

On le voit, en admettant cette grande conception de la théorie de la descendance, aidée de celle du transformisme, en tenant compte de la tendance qu'ont les produits à réaliser le mode d'organisation des producteurs, ne peut-on pas raisonnablement penser que l'influence qui détermine de nos jours la formation d'anomalies est peut-être sous la dépendance de ces deux facteurs bien mis en relief par Hæckel, dans son Æistoire de la création naturelle, p. 183? d’une part l'hérédité latente ou atavisme qui n’est en réalité qu'une somme d’hérédités accumulées, et d'autre part l'hérédité progressive. De là deux variétés d'anomalies : anomalies régressives, rappelant un type zoologique inférieur et anomalies progressives, visant le perfectionnement de l'espèce ? C’est à cette théorie que se rattache M. le D'Testut, dans son Traité des anomalies musculaires chez l'homme.

$S 4. — Parallèle des méthodes et des théories.

Méthodes et théories ont été, de uotre part, l'objet d'une

étude assez détaillée ; arrivés à cette partie de notre travail, pouvons-nous, avec les éléments que nous avons réunis, éta-

(1) Milne Edwards, t. XIV, p. 327.

es

blir un parallèle entre les unes et les autres ? Bien que la tentative soit un peu hardie et peut-être même prématurée, nous allons cependant l'essayer.

Sans doute, la méthode descriptive, l'observation simple, est précieuse à certains égards, elle s'impose même dans la plupart des cas, mais il faut bien l’avouer, livrée à ses propres forces elle reste lettre morte ; elle ne peut plus, dorénavant, marcher sans mettre à contribution les données fournies par l'embryologie, à ce prix seulement son œuvre ne sera pas entachée de stérilité; c’est ainsi que M. le professeur Tourneux (1), s'inspirant de notions nouvelles sur le développement de l'extrémité inférieure de la moelle épinière, et sur sa persistance chez le fœtus humain, au niveau du coccyx,a pu éclairer d'un jour tout nouveau l’histoire des tumeurs congénitales de la région sacro-coccygienne. D’après ce qui vient d’être dit et d'après ce qu'on a pu lire antérieurement, il semble inutile d’insister sur la valeur de la méthode qui s'appuie sur le terrain si solide de l’expérimentation. Bien que les interprétations puissent varier suivant les observateurs, c'est là, chose humaine, les faits n’en restent pas moins avec toute leur autorité, et si l’on ne peut prévoir l’époque où se fera le . Consensus omnium Sur les questions délicates dela tératologie, on peut néanmoins constater que les dissentiments tendent à s’atténuer de plus en plus de nos jours.

Quant à cette autre méthode qui prend pour fondement la science zoologique tout entière, poursuivant les êtres vivants non seulement dans le présent mais encore jusque dans les époques les plus reculées, les suivant également dans toutes les périodes et les formes de leur développement, sans doute elle est basée sur une conception vraiment grandiose mais il nous semble qu'elle dépasse les bornes assignées à l'intelligence humaine. Quoi qu'il en soit, nous devons reconnaître que l'étude de la paléontologie, de la zoologie et de l’'embryogénie comparée ont fourni à certains savants des explications très plausibles touchant l'origine de certaines anomalies.

(1) Tourneux. Annales de gynécologie, octobre 1881 ,et Soc. de biol. 31 janvier 1885.

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Si maintenant nous etons un rapide coup d'œil rétrospectif sur les théories tératogéniques mises en avant, nous voyons, pour ainsi dire, chaque méthode apporter sa théorie, et il est très curieux de voir comment chacune de ces théories porte le cachet de la méthode qui l’a engendrée.

Nous n’apporterons point le tranchant d’une autorité qui nous manque dans l'appréciation de théories qui, toutes s’abritent sous de grands noms. Cependant, dans le cours de cette étude critique en même temps qu'historique, nous avons été frappé d’un fait, c'est qu'aucune d'elles ne donne d’une façon très satisfaisante l'explication de toutes les anomalies. Quelques-unes, certains cas d'hydrocéphalie, d'hydrorachis, d’hydropisie des centres nerveux, certaines déviations dela colonne vertébrale et des membres semblent relever plus spécialement du processus pathologique; d’autres, toutes du groupe des hémiteries, anomalies viscérales musculaires osseuses et vasculaires, semblent se rattacher à la théorie atavique. Mais le plus grand nombre des anomalies, quelques hémiteries, les hermaphrodismes, toutes les monstruosités simples, trouvent leur explication naturelle dans les modifications survenues au cours du développement, alors que les tissus n’ont pas acquis leur constitution morphologique définitive.

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