SYSTÈME PERSIQUE
Les ruines de Persépolis sont aujourd’hui bien connues, grâce aux belles explorations qui ont été accomplies à des époques assez
Eludes orientales. 5
récentes; dessins et moulages, plans, vues d’ensemble, rien ne nous manque plus aujourd’hui pour juger de l'importance de ces ruines splendides. Les textes cunéiformes y abondent, et tous ont été soigneusement copiés, commentés et traduits, après que la transcription en eut été opérée par un effort inouï de travail.
Indépendamment de Persépolis, des textes de ce genre se rencontrent à Nakhclii-Roustam, à Mourghab, au monlElvend, à Behistoun, et au Khorkhorde Van.
Depuis don Garcias de Sylva Figuero, ambassadeur de Philippe 111 à Goa, qui visita la Perse en 1 6 1 8 , les ruines de Persépolis furent décrites avec admiration par une suite de voyageurs, et les inscriptions cunéiformes qui les couvrent furent signalées, dès 1621, par Pietro délia Valle comme une écriture sut generis , procédant de gauche à droite.
En juin 1693, les Transactions philosophique» de Londres publièrent un spécimen assez bien copié des inscriptions de Tchelminar ou Persépolis, pris en novembre 1G67 par Flower, agent de la Compagnie des Indes en Perse. Flower estime que cette écriture se lit de gauche à droite.
Au xvm* siècle, les voyageurs continuèrent d’ètre plus heureux que les savants d’Europe, surtout que l’anglais Hyde, qui méconnut bizarrement la nature des inscriptions cunéiformes, aussi bien que la langue des livres qui devaient un jour en donner la clef, grâce au dévouement héroïque de notre immortel Anquetil-Duperron. Après Kfpmpfcr, après Van Bruyn, qui rapportèrent de nouveaux spécimens des inscriptions de Persépolis, le Danois Karstcn Niebuhr, père du célèbre historien, visita cette antique capitale, en 1765. Doué d’une rare sagacité, et véritable précurseur des découvertes de nos jours, Niebuhr recueillit et copia avec fidélité, sur les murs du palais de Persépolis, des textes aussi purs que nombreux. Il démontra par des preuves palpables (pie ces textes devaient se lire de gauche à droite; il fit plus, il reconnut que les inscriptions se trouvaient groupées trois par trois, et que chacune d’elles était
DES ÉCRITURES CUNÉIFORMES, affectée à un système spécial de combinaisons de l'élément primitif. 11 constata que, dans le texte qui offrait le développement le plus considérable, il ne se rencontrait que quarante-deux caractères distincts, et qu’un clou oblique, de gauche à droite, s'y présentait très-fréquemment à des intervalles inégaux.
Dans le second système, le clou incliné ne se montrait plus, mais il s’eu trouvait parfois un vertical parfaitement isolé et qui semblait jouer un rôle tout particulier. Dans ce système, les caractères étaient formés de combinaisons moins simples de l’élément primitif. Le nombre de celles-ci s’élevait à près d’une centaine.
Dans le troisième système enfin, le clou incliné avait également disparu, mais le clou vertical isolé se montrait aussi de temps en temps. Ces combinaisons étaient plus nombreuses et plus compliquées encore que dans le second système.
Uii nouveau pas était fait eu avant, pas immense incontestablement.
Tout, cependant, dans le travail du savant Danois, n'était pas digne de la môme confiance. Ainsi, il supposa que les trois inscriptions groupées ensemble représentaient non-seulement le même texte, mais encore la même langue, et qu'elles étaient simplement écrites avec trois caractères différents. Celte grave erreur ne l’empêcha pas de dresser fort exactement le catalogue des quarantedeux lettres de l’écriture la plus simple des trois. Ce nombre restreint pouvait doue s’appliquer à un véritable alphabet; mais quel était cet alphabet, et quelle langue représentait-il?
En 1798, Tychsen comprit et déclara que le clou isolé oblique pouvait servir à séparer les mots. Deux ans après, M (inter adoptait et confirmait cette observation, et, en i 8 o 3 , Silvcstre de Sacy analysa son travail dans le Magasin cncyclojiédique de Millin. Se servant de la comparaison des signes cunéiformes avec les alphabets zend et pelilvi, le savant évêque de Seeland était parvenu à dresser un tableau de douze caractères dont il pensait avoir reconnu la valeur alphabétique. Sur ces douze caractères, deux seulement , l’A et le B,
étaient trouvés en réalité; mais, à cette époque, nul encore n’avait le droit de considérer ces deux valeurs comme définitives, ou les dix autres comme erronées.
Sans parler des tentatives tout à fait excentriques faites par l'orientaliste Lichtenstein sur une brique de Babylone et sur le célèbre Caillou de Michaux, aussi bien que sur les inscriptions de Pcrsépolis, nous arrivons enfin au véritable point de départ des études sérieuses qui ont conduit à la parfaite intelligence de ces textes énigmatiques. Le li septembre 180a, George-Frédéric Grotefcnd communiqua à l’Académie de Goettingue les résultats de ses premières découvertes.
Peu familiarisé avec les langues orientales, il aborda l’étude des textes cunéiformes à l’aide de {'histoire et de l'archéologie seules.
Il admit que les trois textes juxtaposés représentaient les mêmes idées tracées en trois langues et en trois écritures différentes; en un mot, que chaque inscription était trilingue. 11 reconnut le rôle du clou incliné. S’appuyant sur les traductions des textes sassanides récemment publiées par Silvestre de Sacy, il reconnut qu’un groupe déjà désigné par Tyehscn et Miintcr comme devant contenir le titre royal le contenait en réalité, et qu’il devait correspondre au titre Chaïnchah du persan moderne, ayant le sens de s Roi des Bois, »
Puis il établit, avec un instinct et une sagacité au-dessus de tout éloge, une série de trois groupes représentant probablement des noms propres. Les deux premiers seuls étant suivis du titre royal, il en conclut que le - troisième nom représentait le nom d’un fondateur de dynastie. Ces observations si fines le conduisirent à retrouver ainsi les séries: itXerxès, Roi des Bois, fils de Darius,'» et n Darius, Roi des Rois, fils d'Hvstaspe, » et à en proposer une épellation à très-peu près exacte, que les études postérieures ont en grande partie confirmée.
Grolefend essaya de plus de lire le nom d’Ornwzd, dont il avait
réellement retrouvé le groupe représentatif; mais il le fit celte fois avec moins de succès.
Les résultats obtenus par le professeur de Hanovre étaient le fruit d'une sagacité supérieure, voisine de la divination, et il ne pouvait guère être suivi dans celte voie. Il y manquait la base philologique, la connaissance de la langue des inscriptions. Cette langue était proche parente de celle des livres de Zoroastre, du Zend- A resta , rapporté et traduit par Anquetil-Duperron, mais sans une intelligence directe de l’idiome dans lequel il est écrit. L’illustre vieillard n’avait point désespéré d’y parvenir, et il en savait assez pour consacrer par son approbation les déchiffrements de Grotefend. Trente ans plus tard, l’œuvre devait être reprise dans ses vraies conditions , et cette fois avec un complet succès.
Vers 1820, Saint- Martin reprit l’œuvre de Grotefend; mais son travail, publié en 1 83 y seulement, par Klaproth, 11e fit faire au déchiffrement aucun progrès sensible, et n’eut que le mérite très-réel d’étayer fortement les découvertes de son prédécesseur.
Le professeur Rask , plus heureux, rectifia avec une grande justesse les valeurs de deux des signes dont Grotefend avait proposé la lecture. Sa découverte était cette fois fondée sur des appréciations de linguistique pure, et elle lui valut de lire le premier le nom d'Achéménès , personnage auquel la dynastie des Darius et des Xerxès devait son nom d’Achéménides, et de compléter à un signe près la transcription du nom persique d’Ormuzd.
L’année i 83 G vil paraître à Bonn, au mois de mai, un travail de M. Lassen sur des inscriptions perses de Persépolis. Chaque caractère y recevait une valeur qui permettait de déchiffrer et de prononcer les textes de la première des trois écritures cunéiformes qu’il avait à sa disposition. En juin i 83 G, Eugène Burnouf publiait, de son côté, son Mémoire sur les inscriptions de Ilamadan, et donnait également à chaque lettre une valeur qui lui permettait de faire l’application de son alphabet à tous les textes connus jusqu’alors.
EXPOSE IIISTOHIQUE
Ici il est nécessaire de bien établir un fait, c’est que Lassen et Burnouf étaient depuis longtemps en correspondance assidue, et on a entendu raconter à Burnouf lui-même que, pendant qu’il s'occupait de la rédaction de son savant mémoire, il écrivit un jour à Lassen une lettre qu’il avait signée en caractères cunéiformes. A qui peut donc revenir la priorité d’une découverte que les deux illustres émules ont mise au jour à un mois de distance? De quelque manière que la question soit résolue, elle n ote rien, du reste, au mérite incontestable et incontesté de l’illustre Lassen. Son déchiffrement et celui de Burnouf, aussi heureux l'un que l’autre, ont été inspirés par les mêmes études, par les mêmes principes, par la même connaissance- des langues intéressées dans la question; ce sont deux découvertes indépendantes, quoique connexes, et marquées chacune en soi du caractère de la démonstration philologique-
En t835, intervenait de son côté, dans ces belles et neuves recherches où il devait conquérir une grande place, M. Rawlinson. Il était alors à Kirmancbah, sur la frontière occidentale de la Perse, et ne savait encore qu’une chose, c’est que Grotefend avait deviné plutôt que déchiffré les noms de plusieurs souverains Achéménides.
Ce fut par les inscriptions de Hamadan qu'il commença , comme le faisait Burnouf en Europe, et il parviutà y lire les noms de Darius, de Xerxès et d'Hjslaspe. Se trouvant à peu de distance de Béhistoun, il copia, avec un soin extrême, la inaguilique page d'histoire que les Achéménides ont laissée sur ces rochers. Grâce à ce trésor épigraphique, il déchiffra encore les noms Arsamès, Ariarainnès, Téispès et Achéménès, et il détermina ainsi la valeur de dix-huit caractères, avant d’avoir la moindre connaissance des progrès qui s’accomplissaient en France et en Allemagne.
C’est en 1 836 seulement qu’il reçut, à Téhéran, une communication directe des travaux déjà anciens de Grotefend et de Saint- Martin, et il dut. éprouver une vive satisfaction ù voir qu'il était bien en avant sur eux dans la voie du déchiffrement. Au courant
DES ÉCRITURES CUNÉIFORMES, de 1837, il acheva la copie (les textes de Béliistoun , et pendant l’hiver de cette année il envoya à la Société asiatique de Londres la traduction des deux premiers paragraphes de cette belle inscription, c'est-à-dire les titres et la généalogie de Darius. L’Europe lui renvoya en échange les beaux travaux de Lassen et de Burnouf, y compris le commentaire de ce dernier sur le Yaçna.
En i 83 g, la grande inscription de Béliistoun était transcrite et traduite; mais ce travail ne parvint en Europe qu’en 1 8 43 . Le texte ne parut dans le Journal de la Société asiatique de Londres qu'eu 18/16, et l’analyse et le commentaire explicatif ne furent publiés qu’eu 18/19. Sir H. Haivlinson eut du reste la parfaite loyauté de déclarer que son premier mémoire contenait un grand nombre d’erreurs; qu’à partir de cette époque seulement il fit des progrès sùi^ et rapides, et. c’est principalement à l’étude du commentaire de Burnouf sur le Yaçna qu’il les attribue.
Ici donc commence le rèle de la critique philologique et finit celui des découvertes proprement dites, en ce qui concerne les inscriptions conçues dans l’ancienne langue des Perses , écrites dans le premier des trois systèmes que nous avons signalés. Cette langue prenait son rang parmi les idiomes indo-européens, dans la Grammaire comparée de Bopp, et l'écriture avait désormais son alphabet.
Passons au second système.
SYSTÈME MÉDIQUE OU MKDO-SCYTH IQUE.
L'ordre dans lequel étaient constamment disposés les textes trilingues dans les inscriptions dont nous venons de parler ne pouvait être considéré comme indifférent, puisqu’il ne variait pas. Il a été facile d’en conclure que cet ordre était logiquement choisi, c’est-à-dire que le premier texte, ayant la place d'honneur, représentait l’idiome des. maîtres, celui des Perses; le second
celui des Mèdcs, donl l'affinité avec ces maîtres était plus ou moins grande, et le troisième celui des Assyriens, Sémites de race, courbés sous la domination étrangère. En un mot, il en était des textes trilingues des rois achéménidcs comme de ceux qu'un souverain de la Perse actuelle devrait adopter pour être compris de tous ses sujets de race différente, c’est-à-dire le Persan, le Turc et l’Arabe.
cLc texte aryen, c’est-à-dire persique, a dit très-bien M. Ménant dans Y Exposé lumineux qu'il a fait du sujet «pii nous occupe, devenait pour les recherches ultérieures ce que le texte grec de Itosetle avait été pour les égyptologues. 11 s'agissait d’abord de retrouver sous les. signes inconnus du second système les noms propres constatés dans le premier. 11 fut aisé de les reconnaître dans les [dus courtes inscriptions, et de signaler, dans les textes plus étendus, les groupes qui correspondaient constamment aux mêmes groupes du texte persique.
<r Bientôt on obtint la certitude qu’un signe distinctif indiquait invariablement les noms propres d’homme; c’était ce clou perpendiculaire qui n’apparaissait jamais dans le premier système et qui se retrouvait ici eu avant de tous ces noms. Mais quand il fut question de déterminer par l’analyse les éléments d'un nouvel alphabet, il se trouva que les combinaisons du signe radical s’élevaient à plus de cent, ce qui était beaucoup trop pour exprimer de simples lettres; il fallut donc supposer des valeurs syllabiques, nu moins pour un certain nombre de ces caractères, n
Ce fut en t84A que M. Wcstcrgaard, au retour d’un voyage en Orient, publia dans les Mémoires de In Société des antiquaires du ,\ord son remarquable travail sur les textes médiques qui accompagnaient les textes aryens déjà connus et traduits. Ce travail, tout consciencieux et intéressant qu’il était, ne fut reçu qu’avec défiance par les philologues de l’Europe. On se demandait encore si le texte médique était bien la traduction du texte perse, et si les mots obtenus à l’aide des valeurs tirées de l’analyse des noms propres transcrivaient bien la langue que l’on voulait comprendre. Les
formes grammaticales auxquelles on parvenait semblaient empruntées à une foule d’idiomes différents, et ce fait seul justifiait eu quelque sorte la défiance des savants.
En tSàfi, le docteur IlincLs, de Dublin, contrôla le premier le travail de Westergaard et fit une remarque très-précieuse. Wcstergaard avait pensé que toutes les voyelles n'étaient pas exprimées, et qu'un A bref était quelquefois inhérent à la consonne. Hincks pensa au contraire que, dans cette écriture, toutes les voyelles étaient exprimées au moins une fois, et qu’on exprimait quelquefois la voyelle après la consonne qui la précédait cl avant celle qui la suivait; qu'ainsi, par exemple, on écrivait AN-NA-AP et l'on prononçait ANAP. C’était le premier pas fait sur le terrain du syllabisme des écritures cunéiformes du second et du troisième système.
Oualre ans plus lard (en 1800), M. de Saulcy lit paraître, dans le Journal de la Soricté asiatique de Paris, un travail dans lequel il examinait non-seulement les valeurs alphabétiques, mais encore les formes grammaticales si étranges auxquelles ces valeurs, obtenues par le dépouillement des noms propres, avaient conduit le savant Danois ; il s’attacha surtout à faire ressortir et à constater ces bizarreries grammaticales qui pouvaient rendre suspecte une première traduction.
D’après M. de Saulcy, l’idiome médique avait une analogie assez étroite avec l’idiome des Perses pour que Strabon, qui n’y regardait pas de très-près, ait pu dire que les Perses et les Mèdes parlaient la même langue. Cet idiome a laissé des traces évidentes dans plusieurs dialectes, tels que le zend, le persan moderne, le turc, le mongol, l’arménien, le géorgien et la langue des Tsiganes. Mais le turc, plus que les autres langues congénères, présente des débris fort reconnaissables de l’ancienne langue des Mèdes.
L’écriture était syllabique, c'est-à-dire qu’un signe étant attribué à chaque articulation, un autre signe bien distinct, mais constant,
représente celle articulation avec une voyelle inhérente. Enfin, une remarque importante faile par ce savant, c'esl que certains signes de l’écriture inédique ont sans doute de la ressemblance avec les signes perses de même valeur; mais la plupart d’entre eux présentent avec ceux de l’écriture assyrienne des formes identiques. De là l’identité déjà pressentie des deux systèmes graphiques.
C’était le travail le plus complet qui eût été donné jusque-là sur les inscriptions du second système, au point de vue de l’analyse, et la confirmation évidente des traductions de M. Westergaard.
Mais tous les textes n’étaient pas connus encore. Il restait surtout à analyser cl à comprendre le texte correspondant de la grande inscription de Béhistoun. Sir II. Rawlinson l’avait soigneusement relevé; il permit à M. Morris de le publier avec une traduction et des commentaires à l'appui, et le travail de ce savant parut dans le Journal de la Société asiatique de Londres (vol. X\ , part, i), en i 853. Les valeurs attribuées aux signes déterminés par les recherches de Westergaard et confirmées par celles de M. de Saulcy, ont subi heureusement le contrôle du déchiffrement d’un texte nouveau qui n’avait pu être la hase de ces recherches; les résultats n’en étaient donc ni arbitraires, ni erronés.
M. Mor ris se donna le tort de mentionner à peine le dernier travail important qui côt précédé le sien, et qu’il ne pouvait ignorer puisqu'il avait été publié dans le Journal de la Société asiatique de Paris , en relation intime avec celle de Londres, et remis par l’auteur lui-même, en septembre i85o, dans les mains du secrétaire de cette Société. M. de Saulcy n’en reconnut pas moins, avec la. loyauté qui le caractérise, que le mémoire de M. Morris avait complété le déchiffrement de l’écriture inédique.
En résumé, tous les signes de cette écriture ont reçu une valeur syllabique qui permet de tout lire et de tout comprendre. Il lie reste plus d’incertitude que sur six ou sept caractères qui ne se trouvent pas dans les noms propres et qui sont d’un rare emploi.
La grammaire elle-même de la langue de ces inscriptions une fois déchiffrées est devenue intelligible en dépit de ses anomalies. Mais on s’est demandé naturellement quelle peut être cette langue qui semble avoir emprunté ses formes et ses racines à tant d’idiomes différents, et si, au contraire, elle ne leur aurait pas laissé ses débris.
A M. Opperl revient l’honneur d'avoir soupçonné le premier que celle langue pouvait représenter l'idiome des Scythes. Sir II. Itawlinson eut la même pensée; elle fructifia et M. Norris l’adopta entièrement. Aujourd'hui il parait certain que cette langue se rattache en effet aux idiomes des populations Tartoro-Finnoiscs, comprises sous les vagues dénominations de Scvthiques ou de Totiraniennes, qui comprennent aussi les Mèdes non aryens, sans qu’on puisse encore distinguer d’une manière rigoureuse toutes les tribus qui, dans ces temps reculés, se mêlaient et vivaient de la même Nie.
On va voir que, si les deux systèmes d'écriture dont il vient d’être question procèdent du même principe, mais en sont des applications essentiellement différentes, exprimant deux langues qui ne diffèrent pas moins entre elles, le second et le troisième système, duquel il nous reste à parler, ont l’un avec l'autre des rapports beaucoup plus étroits, quoique les idiomes qu’ils révèlent soient également distincts. Ce sont les inscriptions trilingues des Achéménides qui, par le rapprochement des textes perses avec, les deux autres, ont conduit au déchiffrement de ceux-ci, traductions diverses des premiers, et par suite à l'intelligence plus ou moins avancée des inscriptions partielles et indépendantes à Ninive, à Babylonc et ailleurs.