‹ Progres des etudes relatives a l'Egypte et a l'OrientChapitre 12 sur 37 · SYSTÈME ASSYRIEN · texte numérisé non relu

SYSTÈME ASSYRIEN

Grolefend , qui , par ses déchiffrements inspirés de quelques noms

propres, avais ouvert les voies à la lecture des textes perses, fut encore celui qui, ces textes une fois traduits, s'en aida pour découvrir, par un nouvel acte de merveilleuse intuition, les noms de Cvrus, d’-Hystaspc, de Darius, de Xerxcs, dans les premiers textes assyriens parvenus en Europe. De plus, il devina, dans la grande inscription babylonienne de la Compagnie des Indes, le nom de Nabuchodonosor. Malgré la complication des caractères de cette inscription et d'autres encore, il vit que l'écriture de Babylone devait être une variété du système assyrien, et il conclut hardiment de récriture à la langue.

Toutefois, aucun travail sérieux sur les textes assyriens, qui allaient se multiplier d’une manière imprévue, n’avait eu lieu encore, lorsqu'un 1 843 le gouvernement français décida la création d’un consulat à Mossoul; il fut confié à M. P. E. Botta, qui emporta dans ses instructions l’ordre de rechercher les traces de la Ninivc biblique.

Ses premières tentatives restèrent stériles; mais un heureux hasard lui ayant fait connaître l’existence de monuments de sculpture enfouis dans le Tell de Kliorsabad, M. Botta reporta tous ses efforts sur ce point. 11 en fut amplement récompensé par la découverte du palais du roi Sargon, palais dont les admirables dépouilles sont venues plus tard enrichir le Louvre. A M. Botta fut adjoint un artiste des plus distingués, M. Flandin, grâce aux soins et aux talents duquel tout fut dessiné et mesuré dans les ruines explorées par notre savant consul. En 1 865, M. Botta rentrait en France avec ses splendides collections de monuments originaux et de dessins.

Ce fut alors que M. Layard, initié par M. Botta au mode d’investigation qui avait déjà produit tant de trésors historiques, obtint de riches subsides du gouvernement anglais et put à son tour attaquer le Tell du Nimroud, avec un succès au moins égal. Puis ce fut le tour du Tell de Koyoundjik, qui recelait pareillement dans ses flancs les ruines d'un palais assyrien.

Pendant dix années, la Mésopotamie fut explorée en tout sens. M. V irlor Place, successeur de M. lîolla, termina les fouilles commencées par celui-ci, et, en 1 800 , M\l. Kresnel et Oppert partirent pour aller étudier l’antique terre des Assyriens et des Babyloniens, tandis que, d’un autre côté, MM. Taylor et Lollus l'interrogeaient au compte du gouvernement anglais.

Les documents s'accumulaient, les monuments originaux s'entassaient, et, en 4 855, M. Rawlinson annonça son retour à Londres, où il était temps de coordonner toutes les richesses que la science avait conquises.

Bien avant cette époque, naturellement, la curiosité des savants avait été surexcitée en Europe par l'annonce des belles découvertes de M. Botta. Dès i845, ses premières lettres étaient arrivées, et l’annonce des inscriptions sans nombre dont elles promettaient la venue lit vivement comprendre la nécessité de se livrer avec ardeur à l'étude de l’assyrien et des inscriptions trilingues.

Le premier de tous, M. Isidore de Lœwenstern se mit bravement à l’œuvre, aussitôt qu’il eut connaissance des premières lettres adressées de Mossoul par M. Botta h M. Jules Mold, de l’Académie des inscriptions, et publiées dans le Journal asiatique de Paris.

M. de Lœwenstern débuta par un mémoire intitulé : Essai de défit i (froment de T écriture assyrienne, pour servir à f explication du monument de Khorsabad, et ce mémoire fut imprimé à Paris en 1 845. Lœwenstern avait compris d’instinct que la langue assyrienne devait être sémitique, et il chercha à déterminer la valeur des caractères qui l’exprimaient, au moyen de l’hébreu et. de l’égyptien. Mais ses tentatives, que semblait d'ailleurs justifier l’analogie de tracé toute fortuite du signe qui représentait pour lui l’articulation sch avec le schin hébraïque, lui firent concevoir une espérance qui devait être déçue. Le fait est qu’il n’y a aucun rapport graphique entre les lettres assyriennes et celles des alphabets hiéroglyphique et hébraïque.

Sur ces entrefaites, M. Rawlinson se décida à publier le texte perse de la grande inscription de Béhisloun, et il l’accompagna d'un mémoire sur les écritures cunéiformes en général. Il ressortit de ce mémoire une classification ingénieuse des différentes espèces d’écritures, groupées suivant les caractères extérieurs (ju’elles présentaient. mais sans que l'auteur laissât rien pressentir des interprétations et transcriptions de textes dont il paraissait avoir les mains pleines. Malheureusement, il ne se montrait guère disposé à les ouvrir. C’est là, nous le disons avec regret, une spécialité dont le savant anglais a voulu faire la sienne.

En 1 847, parut un second mémoire de M. de Lœwenstern intitulé : Exposé des cléments constitutifs du système de la troisième écriture de Persépolis. Dans ce travail beaucoup plus précis que le premier, l’auteur comprit que le point de départ du déchiffrement devait se trouver dans les transcriptions assyriennes des noms propres perses des inscriptions trilingues. Il transcrivit ainsi en caractères hébraïques, lettre par lettre , les noms propres que Grotefend avait déjà déterminés sans les transcrire.

Ce fut en examinant les nombreuses variantes que lui présentaient les mêmes noms insérés dans les inscriptions trilingues des Achéménides que M. de Liewenstern, à la vue de signes représentatifs différents pour des articulations identiques, conçut la théorie des homophones, théorie qui semblait, il faut en convenir, parfaitement logique.

Les recherches ultérieures ont démontré qu’il n’y avait pas en réalité d'homophonie dans l’écriture assyrienne; mais, nous n’hésitons pas à le répéter, l’idée émise par M. de Lœwenstern semblait tout d’abord empreinte du cachet de la logique la plus rigoureuse.

Déjà, en 1847, et non pas en i 84 g, comme on l’a dit, M. de Saulcy avait fait paraître successivement plusieurs petits mémoires sur les écritures cunéiformes. Ils avaient trait, pour la plupart, aux inscriptions de \ an . dont on croyait encore alors la langue identique

avec celle des véritables inscriptions assyriennes. Il était donc tout simple que l'auteur fit fausse route; aussi, plus tard, M. de Saulcy a-t-il jugé sévèrement lui-mèmc des essais qu’il avait plus que tout autre le droit de juger ainsi.

La même année 18/17, M. de Longpérier, pendant qu’il classait dans les galeries du Louvre les magnifiques monuments qui venaient les enrichir, essayait de les comprendre et d’en découvrir la date. Après avoir signalé , dans un article de la Revue archéologique ( t" - série), le groupe qui devait représenter le mot Wazarka, grand, groupe sur lequel s’était mépris M. de Lœwensleru, il confirma cette lecture par les inscriptions de Niuive, et il eut l’honneur d’y déchiffrer, le premier, la légende royale qui, se répétant sur plusieurs des monuments apportés de khorsabad, faisait connaître le fondateur du palais découvert par M. Botta, tel qu’il est nommé dans le seul prophète Isaïe. Il traduisit ainsi . à très-peu près exactement, cette légende : Glorieux (est) Sargon (?) , roi grand, roi(. . . .) des rois (??), roi du pays d’Assour.

On reconnaît ici la circonspection du vrai savant, qui cependant venait de faire une découverte féconde en résultats philologiques et historiques, quoique partielle.

Il n’était pas possible qu’un esprit aussi distingué, aussi bien préparé que M. Botta restât indifférent aux trésors épigraphiques exhumés par ses soins. Il avait retrouvé plus de deux cents inscriptions ninivites, et, comprenant tout ce que la science avait à gagner au déchiffrement de ces textes précieux, M. Botta se mit bravement à l’œuvre, les copiant tous avec le soin le jdus minutieux. Une fois maître de ces documents, il les dépouilla et en lira un catalogue de six cent quarante-deux signes différents, en les classant suivant le nombre des éléments qui les composent. Puis il reconnut les textes .identiques, les collationna, et en tira, par l’étude des variantes des mêmes mots, des séries de signes auxquels il assigna logiquement, comme l’avait fait avant lui Lœwensleru , le rôle d’homophones, conclusion qui pouvait être exagérée, prématurée,

mais qui avait certainement sa raison d'être pour des signes différents qui, permutant entre eux, dans la composition d’un seul et même groupe, paraissaient représenter une seule et même idée.

Quoi qu’il en soit, M. Botta dressa avec une attention extrême et une sobriété très-louable un tableau des variantes, qu'il faudra toujours citer pour modèle*, il fit plus, il démontra, grâce à l’appréciation matérielle des formes grammaticales et des désinences, que la langue cachée sous les textes corrélatifs de Persépolis, de Ninive et de Babÿlonc, était la même, mais que cette identité disparaissait dès qu’il s’agissait des inscriptions de Van.

Chemin faisant, M. Botta signala des faits très-importants; ainsi il reconnut le signe du pluriel, le monogramme signiliant Roi, la formule Roi des Rois, le monogramme peuple au singulier et au pluriel, le pronom aflixc de la première personne, et le pronom personnel je ou moi. Enfin M. Boita se prononça pour le sémitisme de la langue exprimée par les textes correspondants, à Persépolis, à Ninive et à Babylone.

De son côté, M. de Saulcy, à la même époque, s’occupait activement du déchiffrement des textes assyriens. Il ne s’agissait pas pour lui de chercher A deviner le sens de ces inscriptions, il voulait arriver à les lire, et à prouver qu'il les lisait.

Le 1/1 septembre i 8 ôg, il fit paraître un mémoire aulographié dans lequel il donna , non-seulement un essai de transcription, mais encore un essai d'interprétation et d’analyse des textes. La première inscription qu’il prit pour sujet de ses études fut celle de l'Elvend, dont il avait à sa disposition les copies de Scliulz, de MM. Coste et Flandin, et de M. Texier. Après avoir comparé ces trois textes, il parvint à s’assurer des erreurs de transcription qui auraient pu égarer ses recherches sur la forme de quelques caractères, et il réussit à séparer le texte assyrien en petites phrases correspondant mol pour mol au texte perse. Le résultat d’une ana-

Journal asiatique, 18/18, Mémoire sur l'écriture assyrienne.

Rt

DES ÉCRITURES CUNÉIFORMES, lyse aussi minutieuse fut la lecture et la traduction du premier texte assyrien qui ait été traduit avec un commentaire A l'appui, pour justifier les valeurs attribuées à chaque signe , à chaque mot. Ce fut là une hase solide pour les essais ultérieurs.

Les valeurs que M. de Saulcy attribue aux caractères assyriens dans ce premier travail sont alphabétiques. Le sémitisme de la langue qu’il découvre sous ces caractères lui parait de plus en plus évident, mais le tient par cela même en garde contre l'idée que l’écriture pourrait bien être syllabique. Ajoutons que dès lors il reconnaissait, dans les textes analysés par lui, un certain nombre de signes purement idéographiques.

Ce premier mémoire fut suivi d’un second 1 , dans lequel M. deSaulcy aborda les autres inscriptions trilingues des Achéménides qui étaient à sa disposition. La méthode de transcription demeure la même, c’est-à-dire- d’une exactitude en quelque sorte mathématique; suivant pas à pas le texte perse, elle démontre de plus en plus le sémitisme de la langue assyrienne; qui plus est, en présence do certains signes, le syllabisme possible de l’écriture revient, bon gré mal gré, assiéger la pensée de l’auteur du mémoire. S’il eût généralisé le résultat où le conduisait forcément l’analyse de ces signes, c’est à lui que fût revenu l’honneur de découvrir l’une des lois les plus importantes de l’écriture assyrienne. Du moins, tout en continuant à penser et à essayer de prouver par ses analyses, que les textes assyriens des inscriptions achéménides étaient alphabétiques, il conjectura que l’écriture assyrienne avait dû être primitivement syllabique et que chaque signe, image des articulations essentielles autres que les voyelles, avait porté d'abord sa voyelle inhérente, tombée avec le temps, si bien que des signes qui avaient eu d'abord des rôles fort distincts étaient devenus homophones, il allait jusqu’à écrire ce passage où la vérité était entrevue : « L’analyse des mots semble montrer fort souvent des traces manifestes d’un syllabisme

1 97 novembre 18Ü9.

Études orientales. 6

EXPOSÉ HISTORIQUE abandonné de l'ait, mais que la force du 1 habitude taisait encore respecter assez fréquemment. Enfin il y a quelques signes qui, ayant encore l’apparence syllabique, comportent leur voyelle, non pas comme appui du son initial de la syllabe, mais comme véritable prise de son précédant In consonne. ■» Là était en principe la découverte du syllabisme.

Quoi qu’il en soit, les autres inscriptions assyriennes des Acliétnéuides, analysées par M. de Saulcy, donnèrent pour résultat la détermination de cent-vingt caractères assyriens, c'est-à-dire de la totalité des caractères employés dans la rédaction de ces textes.

Grâce à ces derniers travaux, la plupart des inscriptions trilingues étaient traduites; l’on n’attendait plus, pour en contrôler les résultats, que le grand texte de Béhistoun qui paraissait devoir rester indéfiniment dans les mains jalouses de son heureux possesseur, alors que la France lui livrait si libéralement les inscriptions de Ninive, alors que les mémoires de M. de Saulcy lui parvenaient en Perse.

A cette époque de 1869, où les inscriptions du troisième système étaient encore regardées unanimement comme alphabétiques, sauf les réserves de M. de Saulcy à certains égards, le docteur Hincks de Dublin, abordant à son tour ces inscriptions, découvrait, de son côté et cette fois généralisait le principe du syllabisme. M. Hincks faisait ainsi disparaître un grand nombre de signes que l’on avait crus homophones, parce qu’ils renfermaient la même consonne avec des voyelles différentes. Plus tard, dans son Mémoire sur les caractères assyro-babylon iens , publié en i 85 a, le syllabisme fut définitivement établi, pour les textes de Babylone comme pour ceux de Ninive. M. Hincks lranscri\it et lut, par les mômes procédés, le nom de Nabucbodonosor sur les briques de Babylone, et celui de Sennachérib dans les inscriptions de Khorsabad. C’était un progrès très-remarquable.

Deux ans auparavant, M. de Saulcy, continuant ses travaux, était arrivé à se convaincre que plusieurs textes de Khorsabad re-

produisaient la même inscription. Il avait reconstruit ainsi la longue légende qui raconte, en cent cini|uanlc lignes, les principaux événements du règne du fondateur du palais de Khorsabad; il y avait appliqué les valeurs que ses études sur les inscriptions trilingues lui avaient fait découvrir, et il put ainsi lire et traduire quatrevingt-seize lignes de cette curieuse inscription.

Cette nouvelle tentative, qui fut suivie de près d’une traduction peu différente du même passage, par Sir H. Rawlinson, prouva qu'on pouvait dès lors étendre les recherches au delà des inscriptions trilingues; elle prouva surtout qu'on pouvait s’orienter, pour comprendre le sens général des inscriptions nunvites, au moyen de quelques groupes idéographiques qui forment des points de repère que l'on peut suivre à travers ces textes.

Enfin Sir H. Rawlinson se décida à publier le texte assyrien de Béliistoun dans le Journal de la Société asiatique de Londres (vol. XIV, part, i, 1 85 i ), avec une transcription et une traduction interlinéaire. Il y joignit un alphabet de a/iG caractères et des observations à l’appui, comprenant une analyse de la première colonne et la justification des deux ou trois premières lettres de l’alphabet. . 0

Ce travail, important par lui-même, eut surtout le défaut de s’être fait trop longtemps attendre, et sur certains points il est en arrière des progrès dus aux travaux des savants d’Europe, dont Sir H. Rawlinson avait tenu trop peu de compte et qu’il voulut paraître ignorer. C’est ainsi que l’auteur, à propos des signes formant le nom de la Cappadoce, entrevoit un fait de syllabisme; et à ce sujet il se félicite d’avoir été le premier à annoncer ce phénomène, et d’avoir constaté que les signes assyriens expriment tantôt des lettres isolées et tantôt des syllabes. Qu'il nous suffise de dire que ce fait et plusieurs autres que le savant anglais croit avoir découverts en Perse avaient été trouvés avant lui en France, en Allemagne et dans son propre pays.

Le même travail, enfin, donna naissance au système des poly-

8'i EXPOSÉ HISTORIQUE

phones, qui fut bien la découverte de Sir Rawlinson, mais que son rival ne crut pouvoir accepter tel qu'il était présenté d’abord, parce qu’il lui parut incompatible avec toutes les règles de l’analyse appliquées jusque-là. Dégoûté, d’ailleurs, par divers motifs, il se contenta d’écrire une lettre significative adressée à M. Prisse d’Avesnes, en juin i85a, et bientôt il crut devoir faire ses adieux aux études assyriologiqucs, en rédigeant à son tour une analyse et un commentaire du grand texte assyrien de Béhistoun, avec un vocabulaire à l’appui. Cette dernière étude fut publiée dans le Journal asiatique de 1 8 5 à , et l’on peut, voir la manière dont elle a été appréciée dans l 'Exposé de M. Ménanl dont nous avons déjà parlé. Depuis lors, M. de Saulcv n’a plus fait que s'intéresser de loin à une science à laquelle il avait consacré tant de longues heures de recueillement et de labeur.

Nous sommes arrivés au moment où, sur plusieurs points à la fois, en France, en Angleterre, en Allemagne, on attaqua courageusement les difficiles problèmes que présentait encore la lecture des inscriptions trilingues de Ninive et de Babylone. 11 suffit de citer les noms de MM. Oppert, Raivlinson, Hincks, Fox-Talbot, pou* donner une idée de l’énergie de volonté (pii fut nécessaire pour atteindre enfin le but. Mais pendant que ces infatigables chercheurs rivalisaient de patience et de zèle, le public lettré , qui s’intéressait à leurs travaux, finit par être effrayé de cet appareil vraiment formidable de conditions, qui embrassait à la fois l’idéo— graphisme, le syllabisme simple ou même complexe, et enfin la polyphonie. En présence d’un système graphique qui paraissait de plus en plus inextricable, on en venait à penser autour d’eux que les savants qui prétendaient avoir le privilège de lire la langue des Assyriens s’étaient créé chacun un idiome à leur usage, et que, mis en présence, ils ne manqueraient pas de renouveler en petit le miracle de Babel.

Four dissiper ces nuages et ces doutes, la Société royale asiatique de Londres, au mois de mars îSfi'j, provoqua une expé-

DES ÉCRITURES CUNÉIFORMES, rience dont le résultat espéré devait nécessairement frapper les esprits : elle proposa à plusieurs savants le texte d’une longue inscription assyrienne encore inédite, contenant plus de huit cents lignes, et elle leur demanda d’en entreprendre isolément, séparément, la traduction, et d’envoyer le produit de leurs travaux, sous pli cacheté, au centre de la Société anglaise. Les paquets y devaient être ouverts le même jour devant une Commission qui, sans se prononcer sur le mérite intrinsèque de chacune des traductions, constaterait les points de ressemblance ou de dissemblance qu’elles pourraient offrir. MM. Rawlinson, Ilincks, Fox- Talbot et Oppert acceptèrent le concours, et, malgré le peu de temps qui leur fut accordé, envoyèrent leurs travaux pour l’époque convenue. Le ai mai, les paquets furent ouverts; les points de ressemblance furent notés avec soin, ainsi que les points de dissemblance. On constata les lacunes, et la Commission put se convaincre que l’épreuve avait été pleinement satisfaisante. Enfin, pour que tout le monde fût à même de savoir à quoi s’en tenir sur le résultat de l'épreuve, la Société asiatique fit imprimer sur quatre colonnes les quatre traductions obtenues. On put ainsi saisir du même coup d’œil les points sur lesquels les traducteurs se sont trouvés d’accord, et ceux où ils ont pu s'écarter plus ou moins les uns des autres. •

beaucoup de passages ont été rendus absolument de la même manière par les quatre traducteurs; il y en a d’autres qui ne diffèrent que par un mol, une nuance, une expression plus ou moins heureuse.

Le résultat de cette épreuve mémorable fut regardé comme décisif par tous les hommes compétents et impartiaux. Depuis cette époque, les progrès ont toujours été croissant, et malgré le scepticisme obstiné de quelques savants qui trouvent plus commode de nier que d'examiner à fond, la lecture des inscriptions assyriennes est désormais un fait hors de doute et acquis à la science.

Il n'entre pas dans le cadre de cet exposé historique de faire

EXPOSÉ HISTORIQUE, eomiailrc en délai! ie mécanisme delà langue assyrienne, non plus que les diiïérentes phases par lesquelles a passé la connaissance de celle langue supposée à jamais perdue, et qui est aujourd’hui retrouvée avec sa grammaire. Ensevelie depuis lant de siècles sous les inscriptions innombrables qui la recélaicnt, elle a repris son rang éminent parmi les langues sémitiques, comme en rend témoignage, dans le rapport qui doit suivre celui-ci, un des hommes les plus capables d’en juger.

A M. Jules Oppert appartient l'honneur d’avoir, dans son grand ouvrage sur l 'Expédition scientifique île Mésopotamie, dissipé les ténèbres épaisses qui pesaient naguère encore sur l’antique idiome de Ninive. Aussi l’Académie des inscriptions et belles-lettres, en 1 863. a-t-elle jugé M. Oppert digne du prix biennal que la munificence de l’Empereur a fondé près de l’Iustitul de France, pour honorer l’œuvre la plus belle ou la découverte la plus importante produite pendant une période de dix années, dans le domaine spécial de chacune des cinq Académies. L'Institut en corps a ratifié de ses suffrages ce choix si honorable pour le savant qui en a été l’objet et pour notre pays qui l’a depuis longtemps adopté.

La France avait eu la gloire de donner le jour à l’homme illustre qui seid et par ses propres forces découvrit le secret des écritures égyptieniTes. Elle a eu une grande part dans le concours d’efforts nécessaire pour résoudre le problème beaucoup plus compliqué des écritures cunéiformes, organes divers, sinon dans leur commun principe, au moins dans les développements et les applications de ce principe, de langues profondément différentes. Les inscriptions cunéiformes, peut-être arméniaques, de Van, celles de Suse, attendent encore leur Ghampollion. Espérons qu’il ne se fera pas trop attendre.

FIN

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