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DES ÉTUDES SÉMITIQUES

EN FRANCE

Les langues sémitiques, à l'exception de l'arabe, n'ont donné lieu en France, dans le dernier quart de ce siècle, qu’à un nombre restreint de publications plus ou moins développées, et nous aurons à mentionner çà et là même des ouvrages de peu d’étendue, parce qu'ils sont quelquefois les seuls à dénoter le progrès et le mouvement de ces études. Nous parcourrons successivement les publications les plus importantes relatives à l'hébreu, au phénicien, à l araméen, à l'himyarite, à l’éthiopien et à l’assyrien. Une notice développée sur la littérature arabe prendra place après celle-ci.

Ni l’illustre Silvestre de Sacy, qui a donné une impulsion si féconde à l'étude de l’arabe et des autres langues musulmanes dans toute l’Europe, ni Etienne Quatremère, le savant professeur des langues hébraïque, chaldaïque et syriaque au Collège de France, n’avaient mis à profit leur profonde connaissance de toutes les langues et littératures sémitiqncs pour s’associer aux vastes travaux de nos voisins d’outre-Rbin, qui, à la lin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, firent faire de si grands progrès aux études sacrées, à la critique et à l’histoire bibliques.

C’est en France pourtant qu’il faut chercher le berceau de ces

PROGRÈS DES ÉTUDES SÉMITIQUES, études; les ouvrages grandioses de Bocharl sur plusieurs parties importantes des antiquités bibliques sont encore aujourd'hui considérés comme classiques en Allemagne; les travaux de critique biblique qu’on doit à Louis ('.appel, et surtout à Hichard Simon, ont servi de base aux travaux des Michaëlis, des Kichhorn et de tant d’autres; les hypothèses du médecin Aslruc sont maintenant considérées, dans ce qu’elles ont d'essentiel, comme des vérités incontestables, et si elles ont été discréditées auprès de quelques savants, il faut en attribuer la faute aux conclusions exagérées qu’on en a tirées au delà du Rhin. Mais les tentatives de Richard Simon, qui auraient pu être si fécondes en France, échouèrent devant l'intolérance dogmatique. Richard Simon fut condamné par l'archevêque de Paris, et l’illustre Bossuet, évêque de Meaux, n’hésita pas à s’associer à cette condamnation qui a retardé de près d'un siècle le développement de l’exégèse biblique, continuée plus lard en Allemagne.

Au xvni' siècle, les sarcasmes de Voltaire et des encyclopédistes ne contribuèrent pas peu à inspirer aux dogmatiques de l’éloignement pour la critique biblique, et lorsque, après les orages de la révolution, la religion reprit son empire sur les âmes, on retrouva l’exégèse biblique au point où elle en était restée du temps de Louis XIV . Les plus illustres orientalistes en France auraient craint de manquer au respect dit à l'Ecriture sainte, en abandonnant la Vulgatc, en invoquant l'autorité du texte primit if, en discutant l'authenticité de ce texte, l'âge et la valeur critique des anciennes versions. Telle fut la cause de l'abandon des études hébraïques en France, et notamment des études critiques de la Bible, pendant le premier tiers de ce siècle; et on ne peut guère mentionner pour celte époque que les mémoires de Silvcslre de Sacy sur les Samaritains cl sur quelques manuscrits de la Bible, et la traduction de Jérémie, avec une introduction, par Dalder 1 , professeur d’hébreu

1 s vol. in-8*. Strasbourg îtj-j.ï ci i83u.

HÉBREU ET RABBINIQUE

au séminaire protestant de Strasbourg. L'Alsace, qui est en quelque sorte le trait d'union entre l'Allemagne et la France, a subi la première l'influence de la critique allemande. La Revue de théologie , publiée à Strasbourg, a surtout réparé, depuis i H ,"i o , un grand arriéré dans ces éludes. Presque toutes les grandes controverses de l’Allemagne y sont savamment exposées et appréciées.

Dans les vingt-cinq années qui viennent de s’écouler, d'ailleurs, la France a, sous ce rapport, sinon repris le rang que lui promettaient les travaux du xvu' siècle, du moins essayé de reconquérir quelques-uns des fruits de ces travaux.

IIÉRREC KT iUBIllMQUE.

L’ouvrage qui, le premier, appelle ici notre attention, c’est la traduction de la Bible avec le texte bébreu mis en regard et les notes critiques et historiques, en 18 vol. in- 8 °, par S. Cahen. Cet ouvrage, commencé en i83o, a été achevé en 1 85 1 par le volume de Job. Ce grand travail est loin de réaliser l’idéal d’une traduction française de la Bible: le savant auteur n’a pas voulu faire un ouvrage de littérature française, mais il a eu pour but d’aider les amateurs de la littérature hébraïque, dont il a été l’un des plus zélés promoteurs, à se rendre un compte aussi exact que possible du texte original; et ce but, il l’a parfaitement atteint, soit parla traduction elle-même, soit par les notes explicatives qu’il y a jointes. Cette méthode de traduction littérale est en faveur en Allemagne, mais elle est trop opposée nu génie de la langue française pour être admissible chez nous. La traduction est en quelque sorte un calque du texte hébreu, et les notes dontelle est accompagnée, au lieu de donner une véritable idée du rationalisme allemand, ont l’inconvénient, surtout dans les premiers volumes, de blesser, par le ton qu’elles affectent, ceux qui lisent la Bible avec les sentiments respectueux qu’elle inspire aux liomme^ libres de préjugés. Cependant, à mesure que l’auteur avance, nous voyons scs études se fortifier; son texte lui inspire de plus en plus le respect, et les saillies

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voltairicnnes deviennent plus rares, pour faire place à des noies savantes et consciencieuses. Tel qu’il est, ce volumineux ouvrage est un des plus importants pour la littérature hébraïque, jusque-là si délaissée eu France, et il a pu servir à nous familiariser avec l'exégèse rationaliste des Allemands.

M. Munk, dans quelques dissertations qu'il y a jointes, s'est fait le défenseur de cette exégèse qu'il a plus lard appliquée à {'histoire des Hébreux, dans son ouvrage intitulé : Palestine, Description f[c<>ip-aphique, historique et archéolo/çique (Paris, 1 8/iâ), ouvrage où il a montré combien une saine exégèse peut contribuer à rectifier et à accroître nos connaissances historiques. L’influence que les institutions politiques et religieuses des Hébreux ont exercée sur les peuples de l'Europe donne à l'histoire biblique une importance que l’on chercherait vainement à lui contester. A chaque pas que nous faisons, dans celte histoire, il se présente des questions qui n’intéressent pas seulement le théologien, mais aussi le philosophe et l'homme politique, questions palpitantes, d'un intérêt plus qu’historique; car, jusqu'à un certain point, les institutions des Hébreux sont encore vivantes parmi nous. M. Munk a louché toutes ces questions avec un vaste savoir et une véritable indépendance. La Palestine fera époque dans l'histoire des études exégétiques en France. Une foule de données jusque-là inconnues furent exposées dans ce livre sous une forme qui n'a pas peu contribué à les faire accepter des hommes instruits '.

Après avoir parlé du grand ouvrage de M. Cahen, nous ne pouvons manquer de mentionner un travail analogue, qui n’est encore qu’à son quatrième volume et se recommande déjà par d'excellentes qualités qui lui présagent un grand succès. Nous voulons parler du Pentateuque de M. Wogue, professeur au séminaire israélite de Paris. Cet ouvrage renferme une édition très-belle cl très-correcte du texte hébreu, une nouvelle traduction française et de nombreuses

1 II n pnrn juste d'ajouter ici et plus lui permettait point de se donner de son loin . après la mort de fauteur, le* éloges vivant. ( .Vote de l’hdileur.) mérités que sa modestie bien connue ne

HÉBREU ET RABBINIQUE

notes. La traduction est claire et correcte, et elle ne manque pas d'une certaine élégance qui peut satisfaire le goèt le plus sévère, autant que cela est possible dans une œuvre aussi éloignée de nos habitudes esthétiques. Parfois même l'auteur se montre disposé à trop sacrifier au goût moderne, et, voulant être élégant, il risque de faire violence aux idées et au langage antiques, dont il se fait l’interprète. Dans les notes, qui sont principalement grammaticales et explicatives, l'auteur a évité les questions qui louchent à la critique, dont il parait ne pas reconnaître les droits sur le texte sacré.

Quelques tentatives partielles de traduction de la Bible ont été faites avec succès. M. Ernest Renan a traduit en français les livres de Job et du Cantique des cantiques dans un style pur, qui, tout en ne faisant aucune concession aux idiotismes hébraïques, n'a rien perdu de la simplicité antique et grandiose qui caractérise le texte primitif. M. Renan a fait tout ce que pouvait faire un esprit poétique, profondément pénétré des beautés de son texte, et un profond connaisseur de cette antiquité si éloignée de nos habitudes classiques. Nous parlons de la traduction, mais nous laissons à M. Renan la responsabilité de sa critique et de son interprétation du Cantique des cantiques, responsabilité qu’il partage, du reste, avec tous les critiques rationalistes de l’Allemagne, de la Hollande et de l’Angleterre. M. l’abbé Bertrand, chanoine è Versailles, a traduit les Psaumes, qu’il a fait précéder d’une savante introduction traitant de la poésie hébraïque, du parallélisme 1 , etc. M. Créhangc, à son tour, en donnant une traduction élégante des Psaumes (i858), a surtout pris pour modèle la traduction libre de son célèbre coreligionnaire Moïse Mendelssolm. M. Carrière, (p’adué de la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, a donné une traduction du prophète Habakuk, précédée d’une élude historique et critique sur l’époque de ce prophète. Enfin, une réunion de pasteurs et

1 Les Psaumes disposés suivant le parallélisme , traduit* de l'hébreu ; Versa i 1 les ol Paris, i 8 ."> 7 , in- 8 \

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