PHÉNICIEN
A côté de la langue hébraïque nous devons placer la langue phénicienne. Malgré l’extrême pénurie des monuments épigraphiques qui nous restent des Phéniciens, c’est un fait reconnu depuis longtemps qu ils parlaient un dialecte presque entièrement conforme à l'héhreu ; mais cette pénurie est la cause du peu de progrès qu’on a fait dans l’étude de la langue phénicienne. Depuis Barthélémy jusqu'à Etienne Quatreinère, les progrès réels et positifs se bornent à peu près à un pronom relatif, découvert par ce dernier.
La découverte du verbe être, dans le Pamulu» de Plaute, qu’on doit à M. Munk ( Palestine , p. 87 ), d’abord contestée et maintenant généralement reconnue, peut donner la mesure de l’état d’imperfection oà était à cette date l'interprétation des monuments. Le grand ouvrage de Gesenius fut le signal d’un véritable progrès; mais il était réservé à notre époque de faire sortir des entrailles de la terre quelques monuments nouveaux, relativement d’une certaine étendue, et qui ont permis d’avancer d’un pas plussùr dansl’éltide de la langue phénicienne. L’inscription fruste trouvée à Marseille en 1 845, et celle du sarcophage d’Eschniounezer, roi de Sidon, trouvée en i855, sont aujourd’hui les textes épigraphiques les plus importants qu’on connaisse des Phéniciens, et la France peut revendiquer la gloire de les avoir révélés; car la découverte du sarcophage de Sidon est due en partie à l’initiative de M. Peretié, chancelier du consulat de France .à Beyrouth, et ce remarquable monument, acquis par M. le dur de Luynes, se trouve maintenant au Louvre. Des savants français ont pris une part active à l’interprétation des deux inscriptions dont nous venons de parler, et desquelles date une nouvelle ère pour les études de la langue et de la paléographie phéniciennes. M. de Saulcy 1 et M. Judas, dans son Etude démonstrative , ont expliqué l’inscription de Marseille ; M. le duc
1 Mémoires de /’ A endémie des inscriptions et belles-lettres, t. XVII, i" partit 1 .
100 1‘HOGHÈS DES ÉTl DES SÉMITIQUES,
de Luynes, celle de Sidon 1 ; MM. l'abbé Marges 2 el Munk 3 , l’une et l’autre. Leurs interprétations peuvent ligurer avec avantage à côté de celles de plusieurs savants d'Allemagne, et elles jettent une vive lumière sur diverses particularités du dialecte phénicien qu'on avait ignorées jusque-là. La découverte du sens de la 3* ligue de l’inscription d'Eschmounezer, qui avait échappé à tous les interprètes antérieurs, est due à M. Munk. La France, il est vrai, n'a pas eu de savant qui, comme l'allemand Movers, ait entrepris avec hardiesse de retracer, d'après des fragments recueillis de toutes parts, l’histoire, la religion et les antiquités des Phéniciens; mais elle a apporté, dans ce dernier quart de siècle, son contingent aux études paléographiques et linguistiques relatives à ce peuple célèbre. Outre les commentaires sur les deux inscriptions déjà mentionnées, quelques écrits plus étendus méritent ici une mention particulière. Tels sont :
i° Essai sur la Numismatique des Satrapie* el de la Phénicie sous les rois Achéménides, par H. de Luynes (Paris, i846, grand in-4°). Le savant auteur a classé et interprété dans cet ouvrage un grand nombre de médailles portant des légendes phéniciennes, et provenant tant des villes de la Phénicie que des satrapies perses en Syrie et sur tout le littoral oriental de la Phénicie;
a 0 Elude démonstrative de la langue phénicienne et de la langue libyque, par M. Judas (Paris, 1 8 trj , in-ô°). Gel ouvrage renferme des interprétations nouvelles de plusieurs monuments déjà expliqués, et cherche à mieux fixer diverses règles de la grammaire phénicienne; mais souvent il ne fait que remplacer des hypothèses peu plausibles par d'autres hypothèses qui ne sont pas plus satisfai-
1 Mémoire sur le sarcophage et l'inscription funéraire d'Esmunatar, roi de Sidon (Paris, 1806, grand in- 4 ").
* Voyez Barges , Temple de llaal (Pans,
iShj. in-8"). — Nouvelle inter/trétatinn de la même inscription ( Pans , t 856 , in-6*).
— - Mémoire sur le sarcophage et r inscription funéraire d'Esmunazar, roi de Sidon (Paris, i 856 , in-6*).
5 Journal asiatique, no V. -déc. 1847, |>. et suiv. ibùL avril t 856 . p. ojh el suiv.