PROGRÈS DES ÉTUDES SÉMITIQUES
document dont nous publions le texte, la transcription, la traduction et l'interprétation philologique, est le récit le plus étendu qui soit parvenu jusqu’à nous sur ce grand règne. * Le texte est puisé dans le Monument- de A inive, par \ 1 . Botta , dont nous avons parlé plus haut. Dans le commentaire, l'auteur, en se fondant sur les résultats déjà obtenus précédemment et qu’il considère comme certains, n’a expliqué que ce qui restait encore douteux pour lui. Un vocabulaire résume les données philologiques qui ressortent de ce travail
5 “ Histoire de s empires de Chaldee et d’Assyrie d'après les monument* (dans les Annales de philosophie chrétienne, i 865 , n™ de février et suiv.). Cet ouvrage est encore inachevé. Les documents, dont l’auteur avait déjà publié une partie dans son Expédition de Mésopotamie et ailleurs, sont ici classés chronologiquement. En outre, M. Oppert fut un des quatre savants qui acceptèrent l’épreuve proposée par la Société asiatique de Londres, en 1857. en traduisant une iuscriptiou de plus de huit cents lignes, traitant de l'histoire des premières années deTéglath Piléser 1 , roi d’Assyrie, dont le règne tomberait vers le milieu du xn' siècle avant J. C.
M. Ménant aussi, sur les pas de M. Oppert, a rendu des services aux études assyriennes, qu’il s’est surtout proposé de populariser dans son écrit intitulé : <t l.es érritures cunéiformes, exposé des travaux qui ont préparé la lecture et l’interprétation des inscriptions de la Perse et de l’Assyrie s (Paris, 1860, in-8°). Il y expose avec beaucouj) de clarté l’histoire de ces travaux, la voie qu’on a suivie pour résoudre les problèmes, et les résultats principaux auxquels on est arrivé. Une seconde édition, revue et considérablement augmentée, de cet ouvrage a été publiée en 1866.
Nous possédons encore du même auteur :
i° Les Inscriptions assyriennes des briques de Dabylone, Essai de lecture et tf interprétation (Paris, 1 85 g, in-8°, 1 5 5 pages avec a pl.).
1 Journal atintique , aoiît-soptemhrr i865. ]>. i33.
(le fut surtout l'analyse de l'inscription de Borsippa par M. Oppert qui permit à M. Menant de tenter à son tour cet essai sur les inscriptions qui couvrent ces innombrables briques, sorties des i aines de Babylonc;
2 ° Inscriptions de Hammourabi, roi de Babylone (\\T siècle avant J. G.), traduites et publiées avec un commentaire à l’appui, par M. Joachim Menant (Paris, i8G3, in-8°);
3° La grande inscription du palais de kliorsabad, qu’il a publiée en commun avec M. Oppcrt. On lui doit surtout la rédaction du Glossaire ;
in syllabaire assyrien, qui doit être imprimé dans les Mémoires présentés par divers savants il l’Académie des inscriptions et belles-lettres.
Le sémitisme de la langue assyrienne a été reconnu aussi par M. le comte de Gobineau dans son ouvrage intitulé : Traite des écritures cunéiformes (Paris, i8G6, gr. in-8°, 2 forts vol.). Mais, selon cet auteur, la langue des inscriptions de Kliorsabad ne peut être qu’un dialecte arabe. Il s’écarte tellement de ses devanciers, tant sous le rapport de la chronologie que sous celui de l'interprétation, que, s’il ne s’est pas fait d’illusion, tous les résultats scientifiques obtenus avant lui, et même ceux que les travaux de Burnouf et de Lassen , relatifs aux inscriptions perses des Achéménidcs, ont marqués du caractère de l’évidence, seraient nécessairement faux. Mais ses propres interprétations et les conclusions qu’il eu tire sont si arbitraires, si étranges, qu’elles ne sauraient être admises par aucun lecteur réellement au courant de la science. Le dernier chapitre de son ouvrage Sur le développement historique des idées clialdéennes renferme des réflexions qui ne sont pas sans intérêt concernant l'influence exercée par les Araméens sur les Perses, les juifs et les chrétiens. L’auteur, ici et ailleurs, a fait preuve de beaucoup d’esprit et même d’érudition. Mais il lui sera difficile de faire partager ses idées sur les inscriptions cunéiformes, et de persuader aux hommes compétents que ces inscriptions si variées, si
Élude* orientale*. 8
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considérables, ne renferment que îles formules talismaniques. La philologie comparée, assise sur des bases désormais inébranlables, continuera de les envisager sous un tout autre point de vue.
Nous ne pouvons mieux clore celte esquisse qu’en parlant de l’important ouvrage de M. Ernest Renan, intitulé : Histoire générale el système comparé îles langues sémitiques, qui, publié en 1 855, en 1 vol. grand in-8®, a eu jusqu’ici quatre éditions, succès inouï pour un ouvrage de cette nature, mais qui s’explique par le talent du brillant écrivain , sachant colorer cl animer par son style les sujets en apparence les plus arides et les plus abstraits. Nous remarquons dans cet ouvrage deux pallies bien distinctes, l’une purement spéculative, l’autre plus particulièrement historique. Nous n’avons point à nous occuper ici de la première, qui n’est pas du domaine de la philologie, mais qui contient des considérations philosophiques sur les langues et sur les races; nous aurions à y signaler certaines opinions systématiques et qui, purement subjectives, sont peu propres à servir de base à l’histoire. Ainsi, par exemple, la tendance au monothéisme attribuée d’une manière générale aux peuples sémitiques est une hypothèse qui, loin de s’appuyer sur les faits historiques, leur est, selon de savants juges, diamétralement opposée ’.
Mais les faits positifs que renferme l’autre partie de l’ouvrage de M. Renan forment le tableau le plus savant et le plus parfait de l’histoire des langues sémitiques. De nombreuses monographies, il est vrai, publiées en Allemagne et dans d’autres pays, traitent de divers points relatifs à ce sujet; mais aucun pays ne peut se vanter de posséder un ouvrage où cette histoire ait été présentée dans son ensemble et où elle ail été racontée avec un si grand talent, uni à l’érudition la plus solide. La langue assyrienne seule,
1 M. Renan a cherché à justifier relie Nouvelles considérations sur le caractère hypothèse dans un article publié nu général des peuples sémitiques et en parti-
journal asiatique (n'" de février-mars et entier sur leur tendance au monothéisme.
avril -niai i85<j), aoua le litre suivant :
par une exclusion qui ne saurait se justifier aujourd'hui, est absente du tableau de M. Renan. On conçoit qu’à l’époque oit parut la première édition de son ouvrage, le caractère sémitique de lidiome contenu dans les inscriptions cunéiformes de la troisième espèce ait pu être révoqué en doute par des esprits dilliciles; mais on ne saurait s’empêcher de s'étonner que, depuis, M. Renan, tout en admettant ce caractère, n’ait pas jugé les résultats des éludes assyriennes assez mûrs pour prendre rang à côté des données fournies par les anciennes méthodes philologiques et paléographiqucs.
Quoi qu’il en soit, nous pouvons souscrire sans réserve au jugement porté sur l’ouvrage de M. Renan par un de ses plus savants critiques, qui en a fait ressortir avec impartialité les qualités et les défauts: <r Pour ceux, dit M. Franck dans ses Elude» orientales (p. 4a5), qui jugent un livre moins par les conclusions, ordinairement condamnées ou absoutes d’avance, que par la force avec laquelle l’auteur les soutient, ils trouveront dans celui de M. Renan des qualités rarement unies : une patience et une gravité dans les recherches, une connaissance des faits et des livres, qui ne semblent appartenir qu’à un érudit; une précision et une élégance de langage, une vivacité d'imagination, un talent de composition et de style qui ne semblent appartenir qu’à un écrivain et même à un artiste; enfin, une hauteur de vues, une puissance d'abstraction et quelquefois d’hypothèse qui paraissent être l'apanage du philosophe. Il ne faut pas croire que ces facultés se rencontrent par intervalles l’une à côté de l’autre; elles s’exercent toujours ensemble, elles se pénètrent l’une l'autre, si je puis ainsi parler, et c’est là surtout ce qui fait de ce livre de philologie un ouvrage si original et si attachant à la lecture. »