LANGUE
Dans cet exposé des travaux exécutés de nos jours en France sur la langue et la littérature arabes, nous prendrons pour point de départ. l’année i 838 , année de la mort de l’illustre Silvestre deSacy. Silvestre de Sacy a longtemps tenu le sceptre de la littérature arabe, non-seulement en France, mais dans toute l’Europe, et la plupart des orientalistes d’aujourd’hui procèdent de lui ; il était donc aussi juste que convenable de rattacher notre tableau au nom de ce savant éminent. ,
Nous commençons naturellement par les travaux de M. Étienne Qualremèrc, mort en 1857. M. Quatremère, membre de l’Académie des inscriptions, professeur d’hébreu, de cbaldaïque et de syriaque au Collège de France, de persan à l’Ecole des langues orientales, avait suivi pour l’arabe les leçons de M. de Sacy, et il fit une étude profonde de cette langue. En 1837, année qui précéda la mort de son maître, il publia la première partie de sa traduction française de l'Histoire des sultans mamlouks de l’Iifjypte, par Makrizi. Celte Histoire commence à l’année 1200 de l’ère chrétienne, immédiatement après la première croisade de saint Louis, et s’étend jusqu'à l’année t ùùo, où l’auteur cessa de vivre; malheureusement la traduction française, qui forme deux volumes in-/i°, s’arrête à l’année 1 3oq. On sait que les sultans mamlouks sont ainsi appelés d’un mot arabe qui signifie esclave, parce que, nés dans des régions étrangères, ils avaient d’abord été achetés comme tels par les princes
ÉTUDES UiUE.Vi'ALKS.
qu’ils remplaçaient. Ces barbares limil de grandes choses et élevèrent In puissance de l'Égypte à un liant degré. Pour nous borner à la période dont s’est occupé M. Quatremère, ils subjuguèrent toute la Palestine et la Syrie, y compris les colonies fondées par les croisés en Orient; ils y joignirent même la Cilicie et une partie de 1 Asie Mineure. A cette époque les bordes tartares, mises en mouvement par Gcngis-Rlian et ses enfants, étaient maîtresses de toutes les contrées du nord de l’Asie et du sud-est de l’Europe, depuis la Chine jusqu’à la mer Noire, et occupaient même la Perse, la Mésopotamie et les contrées voisines. Leurs bandes traversèrent l'Euphrate et s'avancèrent jusqu’aux frontières de l'Égypte. Les chrétiens étaient alors plus nombreux et plus influents dans le pays qu’aujourd'hui, et les Tartares, qui n'avaient pas encore adopté de religion révélée, n’étaient pas éloignés d’entrer dans le giron du christianisme. Ce furent les sultans mainlouks qui opposèrent un frein aux Tartares , qui même les vainquirent, et qui assurèrent le triomphe de l’islamisme dans l'Asie occidentale. On voit de quel intérêt est pour nous l’ouvrage dont M. Quatremère nous a fait connaître la première partie. Mais cet ouvrage est rédigé comme le sont en général les chroniques arabes. Les laits, enregistrés année par année, sont rarement accompagnés d’observations politiques ou morales; on dirait que l'auteur est retenu à la fois par la crainte de blesser l’autorité du moment et par celle d'offenser la Providence, qui règle les événements comme elle le juge convenable. En bien des cas M. Quatremère aurait pu suppléer à ce qui manque au texte original, et, quoiqu'il ne l'ail pas fait, cette publication n’en fut pas moins un très-grand service rendu à la science, à la philologie surtout, à la biographie et à la géographie.
En 1 838 parut le treizième volume du Recueil des notices et extraits des manuscrits de la llibliothèijue du liai. On sait que ce recueil , qui fut fondé sous le règne de Louis X\ I , a pour objet de faire connaître par des analyses critiques et des extraits plus ou moins étendus les ouvrages orientaux et occidentaux qui se trouvent en ma-
LANGUE Kl’ I.1TTËKATU UK AHAHKS.
nuscrits, et (|iii. soit par leur masse, soit par l’étal défectueux des exemplaires, ne sauraient être mis intégralement sous les jeux du publie. Beaucoup de. ces notices ont contribué à agrandir nos connaissances sur l'Orient. Le livre abordé par M. Quatremère, dans le volume qui vient d’étre cité, est une espèce de tableau do l’univers, tracé dans la première moitié du xiv* siècle de notre ère, et qui a pour titre Mésalik-al-absar ou Visées des yeu.r. La Bibliothèque impériale ne possède que quelques volumes dépareillés de celle encyclopédie, et ceux dont VI. Quatremère a eu à s’occuper sont consacrés à la description de l’Inde, de la Perse, de l'Asie Mineure et des environs de la mer Caspienne. Là, M. Quatremère était libre de choisir les questions, et l’on peut être sûr d'y goûter les fruits d’une vaste érudition. Cette notice occupe 2 3 û pages, et elle 11’esl pas la seule dont il ait enrichi le Recueil de l’Académie. Parmi tant d’autres travaux qui se partagèrent une vie exclusivement dévouée à la science et à renseignement, on ne saurait oublier les immenses matériaux de lexicographie orientale aujourd’hui déposés à la bibliothèque de Munich, surtout le Dictionnaire arabe, qui occupa VL Quatremère jusqu’à sa dernière heure et qu’il s’était décidé à publier séparément, lorsque la mort le surprit.
Après M. Quatremère vient, par ordre d'ancienneté, M. Caussin de Perceval, (ils de l’ancien professeur d’arabe du même nom. M. Caussin de Perceval est membre de l’Académie des inscriptions, professeur d’arabe littéral au Collège de France et professeur d’arabe vulgaire à l’Ecole des langues orientales vivantes. Comme savant, il est surtout connu par son Essai sur /’ histoire des Arabes avant l’islamisme, pendant {époque de Mahomet et jusqu'à la réduction de toutes les tribus sous la loi musulmane, 18/17, trois volumes in-8°. L’histoire des Arabes dans les temps primitifs n’offre point par elle-même un grand intérêt; d’ailleurs, A celle époque, les Arabes n’écrivaient pas, et les témoignages manquent. Maisaux approches de notre ère, les généalogies des personnages notables s'établissent ; vers le iv c siècle
ÉTUDES ORIENTALES
il sc forme une poésie nationale, qui recèle un certain nombre de faits historiques, puis, quelques années avant Mahomet, vient une écriture particulière; enfin apparaît Mahomet, et. les nomades, qui semblaient condamnés à rester à jamais dans leurs déserts, se répandent sur la plus grande partie de l’ancien inonde. Le sujet traité par M. Caussin de Perceval avait déjà attiré l’attention d'un savant orientaliste allemand, Reiske, lequel florissait il y a un siècle, et celle de l’illustre Silvestre de Sacy et de Frcsncl, un de ses plus ingénieux disciples. Le nouvel écrivain n’était pas seulement en état, par ses connaissances philologiques, d’entrer à son tour dans la carrière; il a eu à sa disposition quelques manuscrits arabes inconnus à ses devanciers; il a fait un usage plus fructueux des témoignages grecs et latins; doué d'un vif sentiment poétique, il a rendu «avec un soin particulier en français les nombreuses poésies arabes qu’il avait à mettre à contribution; en un mot, il a fait un livre qui a reçu du monde savant et de tous les hommes instruits un accueil mérité.
M. Reinaud, membre de l’Académie des inscriptions, qui a succédé à M. Silvestre de Sacy dans sa chaire d’arabe littéral à l’École des langues orientales vivantes, et dans ses fonctions de conservateur des manuscrits orientaux de la Bibliothèque impériale, fut son disciple pour l’arabe et pour le persan. N’étant encore qu’employé, il mit en ordre les nombreux manuscrits arabes, persans et turcs de ce grand établissement, qui n’étaient pas classés, et ce travail, en apparence ingrat, ne lui a pas été inutile pour ses publications subséquentes. On doit à M. Reinaud, conjointement avec M. de Slane, une édition critique du texte arabe de la géographie d’Aboul-Féda, 1 860, in- 4 ®. Cet ouvrage, composé dans la première moitié du xiv* siècle, a toujours eu de la réputation en Orient. Déjà il en avait été publié des fragments en Occident. La présente édition a été faite d’après les manuscrits de la Bibliothèque impériale et d’après une copie autographe qui se conserve dans la bibliothèque de Leyde.
Plusieurs personnes pensant que le texte d’un ouvrage aussi im-
LANGUE ET L1TTÉHATURE ARABES, portant no suffisait pas, M. Rcinaud en entreprit une traduction française, accompagnée de notes. De plus, comme le traité d’Aboul- Féda est un livre de doctrine, et qu'à la différence des traités grecs et latins, presque rien n’avait été fait en Europe sur les doctrines géographiques des Arabes et des peuples voisins, M. Rcinaud consacra plusieurs années à une introduction générale à la géographie orientale. L’année 1 869 vit paraître à la fois la première partie de la traduction , la seule qui ait été publiée jusqu'ici, et le volume de l'introduction, le tout accompagné de cartes.
En 1869, M. Rcinaud inséra dans le tome XVIII du Recueil des mémoires de l’Académie des inscriptions un mémoire de h 00 pages, intitulé Mémoire géographique, historique et scientifique sur T Inde, antérieurement au milieu du xi' siècle de F ère chrétienne, d’après les écrit' oins arabes, persans et chinois. On sait que les Indiens ne possèdent pas d’histoire. Par horreur pour la réalité des choses, les disciples de Rrahma, si, dans leurs écrits, ils font allusion à un événement historique, le défigurent tellement qu’on ne peut plus le reconnaître. Les bouddhistes sont moins scrupuleux; mais ce n'est qu’à présent qu’on commence à distinguer dans leurs légendes les noms grecs, indiens et chinois altérés. I)'un autre côté, les témoignages chinois et grecs sont par eux-mémes insuffisants. M. Reinaud, ayant recueilli des témoignages arabes, rédigés aux vm® et ix e siècles de notre ère, à une époque où les traditions indiennes n’étaient pas encore devenues méconnaissables, a essayé de mettre en lumière bien des faits à peu près oubliés et a ainsi fourni des documents précieux aux historiens modernes de l’Inde.
Avant de mettre la dernière main à son Introduction A la géographie des Orientaux et à son Mémoire sur F Inde, M. Reinaud avait publié deux livres qui ont servi en partie de base aux deux autres. Ce sont : 1 0 La relation des voyages faits ]>ar les Arabes et les Persans dans F Inde et à la Chine, dans le i.t' siècle de Fère chrétienne, texte arabe (imprimé par Langlès) et traduction française, avec notes et éclaircissements, Paris, t 8 /i 5 , deux volumes iu-18. Déjà il avait
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paru, il v a un siècle et demi, une traduction de cette même relation par l'abbé Benaudot; mais à cette époque on ne connaissait pas assez bien les choses de l'Inde et de la Chine pour que la traduction d’un pareil traité pût être suffisamment exacte, a" Fragments arabes et persans inédits, relatifs il l'Inde, antérieurement au ,i/' siècle de l'ère chrétienne, texte et traduction, i 865, iu- 8 ".
La même année M. Iteinaud fil imprimer, conjointement avec M. Favé, capitaine d'artillerie aujourd'hui général, un volume intitulé Du feu grégeois, des feux dr guerre cl des origines de lu poudre à canon, <r après des textes nouveaux, avec un atlas de 1 7 planches. Une partie de ces textes nouveaux a été tirée des manuscrits arabes de la Bibliothèque impériale, manuscrits dont la composition remonte aux xm e et xiv e siècles, époque où la poudre à canon était en voie de formation.
11 existe en arabe uii recueil de cinquante discours, partie en prose, partie en vers, où le même individu est mis en scène, et où on le fait [lasser par les diverses situations de la vie. C’est, après le Coran , l’ouvrage le plus populaire de la littérature arabe. L’auteur, qui se nomme Hariri, (lorissait à Bassora, sur les bords du Tigre, au commencement du xn* siècle; malheureusement le style du livre est fort recherché et les indigènes eux-mèines ont toujours eu besoin de s’aider du secours d’un commentaire en arabe, tel qu’il en existe un grand nombre. En 1 8 a a M. Silvestre de Sacy publia les cinquante discours avec un commentaire composé de ce qu’il avait trouvé de meilleur dans les commentaires indigènes, un volume in-folio. L’édition en étant épuisée, MM. Beiuaud et Derenbourg en firent imprimer une autre, augmentée de notes et d’un discours préliminaire, deux volumes in- 6 °, 1 853.
M. Beiuaud, dans tout le cours de sa carrière, n’a presque pas cessé de porter son attention sur l'Orient et sur l’Occident à la fois. En 1 8 u «) il publiait un choix d’extraits des historiens arabes des guerres des croisades, in- 8 “. Il faisait imprimer, en 1 836, une Histoire des invasions des Sari'asms en France et dans les contrées voisines, sur la-
LANGUE ET UT TÉ HAT U UE ARABES, quelle nous reviendrons plus loin; on a vu que, dans les années subséquentes, il a traité de l'Inde et de la Chine; à partir de 18O0 il a entrepris d'éclairer certains points de l'histoire des Grecs et des Romains, à l’aide des données fournies par les historiens arabes, persans, indiens et chinois. De quel prix ne sont pas les écrits légués par les Hérodote, les Polybe, les Tite-Live, les Tacite, etc.? Mais ces écrivains immortels n'ont pas tout dit; d ailleurs nous ne possédons qu'une partie de leurs récits. On est redevable il M. Reinaud de trois mémoires importants en eux-mêmes et qui peuvent jeter un nouveau jour sur certaines parties de la littérature classique. Ce sont : i° Un mémoire sur ie royaume île la Mésène el île la Kharacène, mire le ni * siècle arant T ère chrétienne el le ri* siècle après J. C. La Mésène et la Kharacène sont les deux contrées situées vers l'embouchure du Tigre el de l'Euphrate, en y ajoutant les côtes du golfe Pcrsique, situées à l'est et à l’ouest. A ne considérer ces deux contrées qu’au point de vue du rôle quelles jouent aujourd'hui, elles ne méritent pas une grande attention; mais, à l'époque dont il s’agit, les navigateurs européens n’avaient pas encore fait le tour de l'Afrique, et la vallée du Tigre et de l’Euphrate, la vallée où lleurirent successivement Ninive, Babylone et Séleucie, servait de passage au commerce d’une grande partie de l’ancien monde. L'intérêt politique ft’était pas moindre : le royaume de la Mésène et de lu Kharacène occupait une position intermédiaire entre l'empire romain et le royaume des Partîtes. Les rois parthes, par suite de l’aversion des indigènes pour la mer, aversion qui tenait h des scrupules religieux suggérés par Zoroaslre, n’eurent jamais de marine, et. tant que la Mésène et la Kharacène formèrent un Etal particulier, les navires romains purent circuler à l'aise dans les mers orientales; mais, l'an aaa de J. C. la dynastie parthe fut renversée par les rois Sassauides, et le royaume de la Mésène et de la Kharacène avant été absorbé dans la nouvelle monarchie, les mers orientales devinrent peu à peu la propriété exclusive des navires arabes et persans. a° Mémoire sur le Périple de la mer hrylhrée. Ces derniers
ÉTUDES ORIENTALES, mots désignaient alors le vaste bassin qui s’étend des eûtes orientales de l’Afrique jusqu’à la Malaisie et à la Chine. On trouve dans le Périple l’indication des ports de mer et des autres lieux des mers orientales fréquentés par les navires romains. 11 renferme de plus des noms de princes et des indications d’événements. A quelle époque remonte la rédaction de cette relation? De celle question dépend la fixation des noms d'hommes et des événements. Jusqu'ici l’on croyait à peu près généralement que le Périple avait été rédigé dans le premier siècle de notre ère, à peu près sous le règne de Vespasien. M. Reinaud, par des raisons qu’il a déduites avec une grande probabilité, recule cette rédaction jusqu’au milieu du in' siècle. 3 ° Relations politiques et commerciales de l’empire romain avec FAsie orientale (Tlhjrcantc, T Inde, la Baclriane, et la Chine), pendant les cinq premiers siècles de 1 ère chrétienne , d'après les témoqpiages latins, grecs, arabes, persans, indiens et chinois. En 1837, Abel Rémusat montra dans un mémoire intitulé: Remarques sur b extension de F empire chinois du cdtê de l’Occident, qu’un peu avant l’ère chrétienne et dans les siècles qui suivirent notre ère, les armées chinoises subjuguèrent la Tartarie et s’avancèrent à plusieurs reprises sur les bords du laxarlc et de la mer Caspienne. C’est ici qu’apparaît pour la première fois le nom de Sères, qui, jusqu’à présent, avait donné lieu à des difficultés inextricables. D’un autre côté les auteurs latins du siècle d’Auguste, Virgile, Horace, Properce, Tibulle, et les écrivains postérieurs, parlent de l’Inde, de la Baclriane et de la Sérique, comme de pays avec lesquels l’empire avait des rapports plus 011 moins intimes; mais la trace de ces rapports avait été effacée par le temps. Abel Rémusat n’avait pas songé à faire intervenir les témoignages occidentaux, et les amis de la littérature latine n’avaient aucune connaissance des témoignages chinois. Rapprocher ces divers témoignages et les éclairer les uns par les autres, tel est l’objet que s’est proposé M. Reinaud , et naturellement la géographie tient une grande place dans ce mémoire comme dans les deux précédents.
Un autre élève <le M. de Sacy est M. le baron Mac Guckin de Slanc, né en Irlande, mais depuis longtemps naturalisé Français. M. de Slane est membre de l’Académie des inscriptions et attaché comme interprète au ministère de la guerre. 11 publia en i 8 Aa la première moitié du texte du Dictionnaire des hommes illustres de l’Islamisme, par Ibu-khallikan, un volume in-4°, et peu de temps après parurent les deux premiers volumes d’une traduction anglaise. La dernière partie de cette traduction s'achève en ce moment; le tout formera quatre volumes hi-4°. Ibn-khallikan (lorissait en Egypte et en Syrie vers le milieu du XIII e siècle, à une époque où la littérature était très-cultivée, et son dictionnaire est un des ouvrages fondamentaux de la littérature arabe. Il a paru une édition complète du texte à Gottingue et au Caire; la traduction de M. de Slaue est enrichie de notes et d’éclaircissements.
On doit aussi à M. de Slane une édition du texte de Y Histoire des llerbères, par Ibn-Klialdoun, deux volumes in -4°, et une traduction française de cette même histoire, quatre volumes in- 8 °. Ibn-Khaldoun, savant écrivain arabe du xiv e siècle, était originaire de l'Espagne; il s’établit en Afrique, puis alla mourir en Égypte. Quant, aux Berbèies, ils représentent la race primitive de l’Afrique, antérieurement à l’invasion successive des Phéniciens, des Grecs, des Humains et des Arabes. L’Histoire des Berbères fait partie d’une grande histoire musulmane en huit volumes environ, et c’est là que, pour la première fois, on a donné une attention particulière à une race qui, depuis notre occupation de l’Algérie, touche à la France de si près. Dès 18 A 1 le grand ouvrage d'Ibn-klialdoun avait fourni à M. Noël des Vergers, élève de M. Caussin de Perceval, le chapitre qui traite de l'histoire (le l'A frique sous la dynastie des A/çlabites et de la Sicile sons la domination musulmane , aux ix‘ et x‘ siècles de 1ère chrétienne, texte arabe et traduction française, in- 8 ".
11 existe à la Bibliothèque impériale une relation de l’Espagne et de l'Afrique, rédigée vers la fin du x* siècle par un écrivain espagnol nommé Bekri, et à cette époque il existait les rapports les
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plus étroite entre les deux contrées. En 1 83 1 M. Quatremère publia, dans le tome Xll du Recueil des Notices et extraits, une analyse substantielle de celle relation. Malheureusement le manuscrit de la Bibliothèque était défectueux. M. de Slanc, s’étant procuré un exemplaire plus complet et plus exact, en entreprit une édition accompagnée d’une traduction française, 1857 et 1859, in-8°.
On sait que le grand ouvrage d'ibn-khaldoun débute par des considérations générales sur la géographie et l'histoire, sur les principes qui président à la société des hommes entre eux, sur la vie nomade, sur les croyances et les pratiques musulmanes. C’est ce qu’on appelle du nom de Prolégomènes et ce qui occupe tout le premier volume. M. Quatremère publia avant de mourir, le texte arabe de ces Prolégomènes dans les tomes XVI, XVII et XVIII du Recueil des Notices et extraits. M. de Slane en a donné une traduction française fort soignée dans le même Recueil, tomes XIX, XX et XXI, avec des notes où il a singulièrement amélioré le texte et éclairci en môme temps les mots et les choses.
En autre élève de M. de Sacy fut M. Munk, né en Allemagne, mais depuis longtemps établi en France. M. Munk fut membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, professeur d’hébreu, de clialdéen et de syriaque au Collège de France. Né dans la religion . juive, il apprit l’hébreu et le rabbinique presque en venant au monde; plus tard il fit d’excellentes études classiques en Allemagne et acquit une connaissance raisonnée du grec et du latin. Enfin, à partir de 18A0 et avant qu’il eût le malheur d’ôtre frappé de cécité, il remplit pendant quelque temps les fonctions d’employé au département des manuscrite de la Bibliothèque impériale, et en cette qualité il fil le catalogue des manuscrits hébreux et rabbiniques qui avaient jadis appartenu aux communautés de la Sorbonne et de l’Oratoire. Ces détails, comme 011 va le voir, 11e sont pas inutiles pour l'appréciation îles travaux de M. Munk. I ne des deux principales publications de ce savant qui entrent dans le cadre de cette notice est: Mélanges de philosophie juive et arabe, 1809,
in-8°. La partie arabe de ce volume consiste dans la notice des principaux philosophe» arabes et dans l’exposé de leurs doctrines. Ces philosophes sont Avicenne, Averroès, etc. La vie et les doctrines de ces personnages n'étaient pas bien connues, et il a fallu la réunion des plus rares connaissances chez M. Munk pour y porter de nouvelles lumières. C’est en faisant concourir ensemble les données grecques et latines, les données arabes et les données rabbiniques que M. Munk avait puisées dans les manuscrits hébreux de la bibliothèque impériale, qu’il lui a été possible d’arriver au but.
Le même genre de mérite se trouve dans une publication encore plus considérable dont M. Munk a pu voir le terme. C’est le livre de Maimonide, intitulé More hévockim ou Guide de» égaré», et qui est un traité de théologie et de philosophie, i856-i8G6, trois gros volumes iu-8°. Maimonide était un juif d'Espagne, né dans la première moitié du xu e siècle de noire ère. Dans sa jeunesse il fut fait musulman de force; mais il ne cessa de protester, et finit par se retirer en Egypte. Il étudiait par goût la théologie et la philosophie, mais par état il était médecin. En Egypte il fut le médecin du grand Saladiu et de sa famille. C’était un esprit curieux, savant, hardi, et en même temps réservé. La plus grande partie de ses écrits est en langue hébraïque, celui-ci est en arabe; peut-être l’auteur a-t-il employé l’arabe à dessein, afin de ne pas choquer la masse de ses coreligionnaires qui aurait été effrayée de sa hardiesse. Le fait est que le More Névoekim , ayant été traduit de l'arabe en hébreu, souleva une violente tempête, notamment parmi les juifs de France. Quoi qu'il en soit, la publication de M. Munk était devenue un besoin de la science, et elle a été faite avec un soin et un savoir incomparables. Maimonide était au couraut des doctrines grecques et orientales, telles du moins quelles circulaient de son temps; M. Munk a fait ce que Maimonide le plus souvent n'aurait pu faire : il a recouru aux sources mêmes. La version hébraïque avait été publiée il y a un peu plus de deux siècles et accompagnée d’une version latine. M. Munk a pu réformer un grand nombre d'erreurs du latin et de
Étmie* orientait». « y
ÉTUDES ORIENTALES
l'hébreu. Ajoute* à rein que, lorsque le texte donne naissance à quelques diiiirultés, des notes substantielles viennent au secours du lecteur.
Parmi les autres disciples de Silvestre de Sacy. nous devons, citer encore M. L. Am. Sëdillot, fils de J. J. Sédillot, le traducteur du Traité des instrument» astronomique » de* Arabes }>ar A bout -Hassan de Marok , i 8 .T !\ , in- A®. Celui-ri , qui fut successivement élève de l'École polytechnique et de l’Ecole des langues orientales, avait eu le mérite d’introduire en France l'étude des mathématiciens arabes. M. L. Am. Sédillot. marchant sur les traces de son père, n'a pas seulement mis au jour les traductions laissées par celui-ci. il est lui-mème auteur de diverses publications, parmi lesquelles on peut mentionner : 1” «ne Description pjrticulière de s instruments astronomique» des Arabes, laquelle a paru dans le premier volume d'ur» recueil publié par l’Académie des inscriptions et belles-lettres, sous le titre de Recueil de savants étrangers, etc. in-A°; 9° deux volumes in-8°, intitulés Matériaux pour servir à l'histoire comparée des sciences mathématiques chez les Grecs et les Orientaux, 1 865-1 869.
Enfin nous ferons mention de M. Razimirski de Biberstein, d'origine polonaise, mais naturalisé Français et attaché au ministère des affaires étrangères; lui aussi il avait appris l'arabe au cours de M. de Sacy. On doit à M. Razimirski un Dictionnaire arabefrançais, contenant toutes les racines de la langue arabe, leurs dérivés tant dans F idiome vulgaire que dans f idiome littéral, ainsi que les dialectes tf Alger et de Maroc, avec un vocabulaire de murine et (fart militaire, i 8 A 6 -i 85 i, deux gros volumes in-8°. Déjà nous possédions un dictionnaire français-arabe composé par un Egyptien (Ellioua- Bocthor) qui, ayant pris parti pour la France lors de l'expédition d’Egypte, accompagna notre armée à son retour en France; dictionnaire revu et augmenté par M. Caussin de Perceval, i 848 , grand in- 8°. Ce9 deux dictionnaires se complètent l’un l’autre. Jusqu'à présent les Français qui s'adonnent à l'étude de l’arabe littéral n'avaient à leur disposition que des dictionnaires où les mots
sont expliqués en latin. 11 y a des personnes qui n’ont pas fait d'études classiques, et c'est pour ces personnes que les dictionnaires dont nous venons de parler sont indispensables. D'ailleurs il existe dans les langues modernes orientales et occidentales des ternies qui n’ont pas d'équivalent dans le latin; en pareil cas l’usage du français peut être d’une grande utilité.
Depuis environ cent ans il n’v a pas dans la littérature arabe de nom plus souvent cité en Europe que celui de Massoudi. Massoudi naquit à Bagbdad dans la dernière moitié du ix' siècle; passionné pour les voyages, il visita successivement la Perse et l’Inde, les côtes de l'Afrique orientale et l'Afrique jusqu'à l’océan Atlantique. Du côté du Nord, il s'avança jusqu a la mer Caspienne et jusqu'au pied du Caucase. Il se comparait lui-même au soleil à qui rien n’échappe dans son cours. Massoudi a beaucoup écrit. Le principal de ceux de ses ouvrages qui nous sont parvenus est intitulé Moroudj al dieheb ou le» Prairie* (T or. Il a été souvent mis à contribution par S. de Sacy, Quatremère et M. Reinaud. La Société asiatique, ayant jugé que la science actuelle ne pouvait plus se passer d'un pareil dépôt de renseignements, en conlia la publication à deux élèves de M. Reinaud , MM. Barbier de Mevnard et Pavet de Courteille. Le texte est reproduit avec une traduction française et des notes; le tout formera huit volumes in-8°; quatre volumes ont paru.
M. Barbier de Meynard a publié en sou particulier: 1° un Dictionnaire géographique, historique et littéraire de la Perse et des contrées adjacentes, 1861, gros iu-8°. Ce dictionnaire est extrait du grand dictionnaire géographique arabe de Yacout, dont on vient de commencer une édition à Gôttingue. L'auteur le complète à l'aide de documents arabes et persans, pour la plupart inédits. a 0 Une édition et une traduction annotée du Livre des roules et de» provinces, par U>n-Khordadbek, qui florissait dans la dernière moitié du ix' siècle. Ibn-Khordadbeh remplissait, sous l’autorité des Khalifes de Bagbdad, les fonctions de Directeur des postes d’une grande province; il écrivait à une époque oit la littérature arabe était pauvre en livres de
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géographie, et il parlait de pays qu'il était à même de bien connaître; aussi ce traité, bien que court, a-t-il de l'importance.
La Société asiatique, qui ne néglige rien de ce qui peut contribuer au progrès des études orientales, a aussi publié une relation de voyages qui ont eu un théâtre encore plus vaste que ceux de Massoudi. Il s’agit des Xnya/rrs tTIbn-Baloulah , texte arabe accompagné d'une traduction par MM. Delrémery et Sanguinelli, élèves de M. Reinaud, quatre volumes in- 8 °, » 853- 1 858. Ihn- Batoutali florissait au milieu du XIV e siècle, cl ses yeux purent contempler presque tout l’ancien monde, depuis l’océan Atlantique jusqu'à la Chine, depuis l’ile de Ceyian jusqu’au Volga, et, comme on n’avait pas encore appris à faire le tour de l'Afrique, tous c|*s voyages eurent lieu par terre.
Parmi les nombreuses publications de M. E. Renan, lui aussi élève de M. Reinaud, il en est une qui rentre dans le cadre de cette notice; c’est un traité historique intitulé Averroèt et f A verroùmr , a* édition, 1861 , in- 8 °. Originaire d’Espagne et né vers le milieu du xi* siècle, Averroès se fit un grand nom par ses connaissances philosophiques et théologiques. La hardiesse de ses opinions fit d’abord rechercher ses écrits par ses compatriotes, puis, à la suite d’une réaction religieuse, les fit négliger; mais ces opinions avaient pénétré en Europe parmi les juifs et les chrétiens, et elles servirent pendant longtemps de texte aux discussions des maîtres de la science. Elles se maintinrent d’une manière plus ou moins intacte dans l’enseignement de l’Université de Padoue jusqu’au dernier siècle. La mémoire d’Averroès méritait d’ètre tirée de l’oubli, et M. Renan l’eu a tirée avec éclat par son savant et ingénieux travail originairement présenté à la Faculté des lettres de Paris.
On sait que les Musulmans se partagent eu deux sectes principales, les Sunnites et les Schyytes. Les doctrines des Sunnites, qui sont professées dans tout l’empire ottoman et en Afrique, sont celles qui nous intéressent le plus; aussi elles ont été l’objet de nombreuses publications: mais ces doctrines varient dans les détails
suivant les pays. En Afrique on professe les doctrines de l'imam Malek, et, depuis que nous sommes maîtres de l'Algérie, elles ont un intérêt particulier pour la France, à cause des rapports quotidiens des Français avec les indigènes. Or, ces doctrines n'avaient pas encore été exposées en français. Le ministère de la guerre a fait imprimer, sous la direction de M. Bernaud, le traité le plus estimé des indigènes, lequel a pour auteur Sidi-khalil; antérieurement il en avait fait exécuter une traduction par M. le docteur Perron , élève de M. Caussin de Perceval et ancien directeur de l’Ecole de médecine du Caire, 1 8 A 8- 1 8 5 y , six volumes in— 8°. M. Perron a fait entrer dans sa traduction ce qu’il a trouvé de meilleur dans les commentaires indigènes. Le titre est : Précis <le jurisprudence musulmane ou principes de la législation musulmane civile et religieuse selon le rite malékite.
De plus, M. Perron a publié, aux frais du ministère de é’agri culture et du commerce, un traité d'hippologie et dhippiatrie, composé en Égvpte dans la première moitié du xiv' siècle, à une époque où le cheval était dans ce pays l'objet des soins les plus éclairés; 1 85a- 1 86 o , trois volumes in-8°. L’auteur se nomme Abou-Bekr-Ibn-Bedr, et le titre est al-Xaceri, du nom du sultan Malek-Nacer, sous les auspices duquel le livre fut composé.
On doit encore à M. Perron une traduction d’un Voyage au Darfour, dans le Soudan oriental, par le Scbevkb Mohammed el-Tounsv, i865,in-8°.
Enfin M. Perron a publié en 1 858 un volume intitulé Femmes arabes avant et depuis l'islamisme, in-8°. L’objet de M. Perron a été de faire connaître d’après les témoignages indigènes, principalement d’après les anciennes poésies arabes, quel a été jadis le rôle de la femme en Arabie, rôle alors plus grand qu’il ne l'est aujourd'hui.
Le nom des Guys s’est toujours, depuis plus d'un siècle, fait remarquer parmi les agenLs consulaires de la France en Orient. Ce nom est aujourd’hui représenté par M. Henri Guys, ancien
ÉTUDES ORIENTALES
consul de France à Bevrout et ailleurs. Nous avons à signaler, parmi les publications de M. Guys, deux volumes publiés en 1 863 et intitulés : i° Théogonie des Druses nu abrège de leur système religieux, texte arabe, traduction française et notes, a® La nation dnue, son histoire, ses mœurs et son état politique, in-8°; c’est une espèce de supplément à l’ Exposé de la religion dnise, par Silvestre de Sacy.
En 1 853, M. Alphonse Rousseau, fils de l’ancien consul général de France à Baghdad , publia une traduction du Voyage du Scheykh el- Tidjani dans la régence de Tunis, dans la première partie du xiv' siècle; in-8°. Cette relation renferme des détails curieux sur l’état littéraire et politique de la contrée à cette époque. M. Rousseau était alors drogman de France sur les côtes d’Afrique; il remplit aujourd’hui les fonctions de consul en Bosnie, et il a publié à Alger un volume in-8° intitulé : Annales tunisiennes ou aperçus historiques sur la régence de Tunis "depuis le commencement du xn' siècle jusqu à la prise d'Alger par les Français en i83o. Pour cet ouvrage l’auteur a rapproché les récits arabes des récits français, italiens, espagnols, etc. De plus, il a puisé dans les archives des consulats européens de Tunis et d’Alger.
M. Gustave Dugat, élève de M. Heiuaud et de M. Caussin de Perceval, a fait dans ces dernières années plusieurs publications. Menant de front l’étude de l’arabe littéral et celle de l’arabe vulgaire, il a pris une part considérable à l'impression d’une compilation sur l’Espagne musulmane, rédigée dans la première moitié du xvu* siècle, par Maccary. Cet écrivain, qui était né aux environs d’Oran et qui mourut en Syrie, passa une partie de sa vie à recueillir les livres qui se rapportent à la domination des Arabes en Espagne, livres dont plusieurs ne nous sont pas parvenus. On en trouve de longs extraits dans un ouvrage qu’il intitula : Le parfum qui s'exhale du rameau frais de l’Espagne. Le livre se compose de deux parties, dont la première consiste dans un choix d’extraits relatifs à l’histoire de l’Espagne et surtout à la littérature maure-espagnole, depuis la première arrivée des Arabes, au commencement du
LANGUE ET LITTÉRATURE ARABES, vm* siècle, jusqu'à la prise de Grenade par Ferdinand le Catholique, vers la fin du xv*. La deuxième partie est une histoire particulière d'un vizir de Grenade nommé Lisan-Eddin , qui florissait dans la dernière moitié du xiv e siècle, accompagnée de pièces de vers, de notices biographiques, etc. La première partie à été publiée à Leyde avec une introduction et des index par MM. Reinhard Dozy, Gustave Dugat, Ludolph krehl et William Wright, deux volumes in-/i“. Plus lard la première et la deuxième partie ont été imprimées au Caire.
M. Gustave Dugat a publié, en son particulier, la traduction d'un écrit de l’émir Abd-el-kader, intitulé Rappel à f intelligent et avit à T indifférent , t858, in-8°. C'est une suite de considérations philosophiques, religieuses et historiques, qui acquièrent une nouvelle importance du nom de l'auteur. Le manuscrit fut adressé de Damas à M. Reinaud, qui eu donna une notice dans le Moniteur Universel, et qui le déposa ensuite à la Bibliothèque impériale.
Enfin M. Dugat n’a pas cessé de s'intéresser à la propagation de l'instruction parmi les populations de l'Algérie ; il a même mis au jour, conjointement avec un chrétien fort habile du mont Liban, un traité de grammaire rédigé en arabe, dont le but est d'initier les Algériens et les Arabes des autres pays à la connaissance et à l'usage de la langue française.
Un but semblable a dirigé un Arabe instruit de Tunis, M. Solcïman-ai-Harairi , quand il a fait imprimer une traduction arabe de la grammaire française de Lhomond. Ce n'est pas le seul essai de ce genre qu’ait fait M. Soleïman.
Le commencement de ce siècle vit paraître à Madrid le texte du Traité arabe (T agriculture d’Ibn-al-Aouam , accompagné d'une traduction espagnole, deux volumes in-folio. Ibn-al-Aouam était un savant d’Espagne dans la première moitié du xii* siècle. Familier avec les procédés de l'agriculture dans un pays où elle avait fait de grands progrès, il profita du privilège de sa naissance pour mettre à contribution les écrits des Arabes, notamment le Traité de l'agriculture
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nabatéenne, pour les temps où la Chaldée et la vallée inférieure du Tigre et de l'Euphrate étaient sous l’autorité des rois de Babylouc. En inéine temps, vivant à une époque où les chrétiens d'Espagne et les Maures étaient dans des rapports intimes, il lui fut facile de profiter des détails qui nous ont été fournis par Pline le Naturaliste, Columelle, Varron, Virgile, etc. M. Clément Mullet, élève de M. lteinaud et qui esta la fois orientaliste, minéralogiste, botaniste, a soumis le texte arabe à un nouvel examen, et il en a publié une traduction française en deux volumes in-8". Cet ouvrage a obtenu une mention très-honorable de la Société impériale d'agriculture de Paris. Le titre est Livre iT Agriculture. Cette publication sera-t-elle utile aux agriculteurs de l’Algérie, pays qui a beaucoup d’analogie pour le climat et la culture avec l’Espagne? C’est peutêtre une question.
Il a été parlé de la part que M. Sanguinetti, Italien de naissance, mais établi en France, a prise à la publication des Voyages (F Ibn- Butouiah. M. Sanguinetti n’est pas seulement un habile arabisant; il a étudié la médecine et a profité de ses connaissances à cet égard pour éclaircir certaines époques de la médecine arabe. Le dernier écrit queM. Sanguinetti ait publié sur ces matières est un morceau de i 3a pages, qui a paru dans le Journal asiatique sous le titre : Quelques chapitres de médecine et de thérapeutique arabe, texte, traduction, etc. 1 865 et <806. En ce moment M. Sanguinetti a en préparation le texte complet de la grande histoire des médecins arabes, par Ibn-Abi-Ossaybia, ouvrage dont il a déjà publié plusieurs fragments.
Un autre élève deM. Keinaud, M. Belin, élève de M. Marcel et de M. de Sacy, est auteur de plusieurs morceaux intéressants. M. Beliu a résidé quelque temps au Caire comme droginan du consulat général de France; aujourd'hui il est secrétaire interprète de l’ambassade française à Constantinople. Il manie également l’arabe, le turc et le persan; de plus il a l’avantage de trouver sur place des renseignements qu'on chercherait vainement ailleurs.
Nous citerons parmi scs publications : t° Etude sur la propriété foncière en pays musulman et spécialement en Turquie , 1 86 a , a4 8 pages; a° Estai sur F histoire économique de la Turquie ( les finances, les variations de la monnaie, etc.) d'après les écrivains originaux, i865, 3 i 4 pages; 3° De l'instruction publique et du mouvement intellectuel en Chient, 1866 , grand in- 8 “, 45 pages. Naturellement les documents arabes n'ont pas été inutiles à M. Belin.
Les mathématiques arabes pures et appliquées n'ont pas été seulement cultivées en France par MM. Sédiilot père et (ils; elles formaient la spécialité d’un jeune Allemand établi à Paris. M. Woepckc, mort prématurément. On doit à M. Woepcke, entre autres morceaux : i° F Algèbre d(hnar-al- Khayyamy, texte et traduction française, i85i, grand in-8®. Omar florissait dans la dernière moitié du xi' siècle et dirigeait l’observatoire fondé il Ispaban par le sultan Malek-Schah ; ce fut lui qui présida à la réforme du calendrier jMirsan.et qui établit un calendrier arabe plus parfait que notre calendrier grégorien actuel ; a 0 Mémoire sur la propagation des chiffres indiens, î p6 pages. Tout le monde connaît l’usage des chiffres, tout le monde apprécie les avantages du système usité maintenant; mais combien cet usage a rencontré de difficultés et par combien d’essais il a dû passer! M. Woepcke, qui depuis longtemps s’occupait de la question, a cherché à en décrire la marche jusqu’au point où nous la voyons maintenant. Cependant il reste encore certains points à déterminer.
D’un autre côté un interprète de l’armée française en Algérie, M. Pilard, a récemment fait imprimer à l'Imprimerie impériale un traité arabe d’arithmétique à l'usage des indigènes. On sait que notre système actuel de numération n’est pas le même que celui des Grecs et des Homains, et que l’un et l’autre diffèrent du système suivi au moyen Age. M. Pilard a voulu mettre les indigènes d’Afrique au courant de nos procédés de calcul; ils possèdent la même notation que nous.
En troisième lieu, M. Aristide Marre a publié à Rome, sous les