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ETUDES ORIENTALES
auspices de M. le prince Buoncompagni, un traité arabe d’arithmétique intitulé al-taUchys ou le résumé, et composé au xm* siècle par un savant de Maroc, connu sous le nom de Ibn-al-Banna , avec les calculs arithmétiques ramenés à nos formules algébriques. M. Marre a également fait imprimer une nouvelle édition de sa traduction française du traité d’arithmétique intitulé Kholasat-aU hissab, ou la quintessence du calcul. Enfin il vient de publier à Borne sa traduction de la portion du Traité d'algèbre de Mohammed-benmoussa-al-Kharexmi qui roule sur la géométrie. On sait que Moliurnmed-al-khnrezmi, qui vivait dans la première moitiéduix' siècle, est celui dont les écrits ont introduit la connaissance de l’algèbre dans l’Occident musulman et chrétien.
M. Pilian, ancien prote de la typographie orientale à l’Imprimerie impériale, ne s’est pas contenté d’appliquer son expérience dans les formes des caractères et les procédés de la typographie aux impressions qui se font pour les indigènes de l’Afrique; il a publié divers écrits, notamment un Dictionnaire étymologique des mots de la langue française dérivés de l'arabe, du persan ou du turc, avec leurs analogues grecs, latins, espagnols, portugais et italiens, 1866, in-8°. Déjà il existait des recueils analogues, M. Pihan en a profité; mais il a fait mainte addition à ce qui avait été publié avant lui.
M. l'abbé Bargès, professeur d’hébreu à la Sorbonne, est en même temps arabisant. On lui doit, entre autres ouvrages, un volume in-8° intitulé : Tlemcen, ancienne capitale du royaume de ce nom, sa topographie, son histoire, etc. 185g, in-8°.
D’un antre côté, M. Beaumier, vice-consul de France au Maroc, a fait imprimer une traduction de Y Histoire des souverains de T Afrique septentrionale qui porte le titre de Kartas; 18G0, in-8®.
Ainsi qu’on devait s’y attendre, notre occupation de l’Algérie a fait naître une foule de livres élémentaires arabes. Parmi ces livres nous citerons: t° Des dialogues arabes et une suite d'anecdotes musulmanes , texte et traduction par M. Cherbonneau, élève de MM. lleinaud et Coussin de Pereevai, ancien professeur d’arabe à Constantinc. au-
jourd’hui directeur du collège arabe-français à Alger; a° Un cours (F arabe vulgaire , par M. Gorguos. professeur de langue arabe du lycée d’Alger, 1 84g , deux volumes in-i a ; 3° hs principes lie l’idiome arabe, en usage à Alger , par M. Honorât Delaporte, fils de l’ancien interprète de l’armée d’Egypte.
Nous aurions voulu parler de la traduction du roman d ’Anlar, par M. Dévie, élève de M. Caussin de Perccval et de M. Reinaud. On sait, que ce roman, qui parait avoir été composé en Syrie, au xii* siècle, mais à l’aide de documents anciens, est un tableau trèsanimé et en général vrai des mœurs des Arabes antérieurement à Mahomet. C’est un livre populaire chez les Arabes d’Egypte, de Syrie et de Mésopotamie. 11 n’aurait pas manqué de réussir chez nous; malheureusement le traducteur s’est arrêté au premier volume; M. Dugat, nous en avons l’espoir fondé, y suppléera.
Nous terminerons ce tableau par quelques mots sur deux sujets qui se rapportent à notre pays et qui ont été trop longtemps négligés.
En 1 83(5 , comme il a été dit plus haut, M. Reinaud avait publié scs Invasions des Sarrasins en France , et de France en Savoie, en Piémont et dans la Suisse, aux nn i, r* et i‘ siècles de notre ère, d'après les auteurs chrétiens et mahométans. Une grande partie des faits racontés dans ce livre étaient alors nouveaux, et encore à présent plusieurs de ces faits ne se trouvent que là. Depuis ce moment il a para de temps en temps, dans les départements de la France et dans les contrées voisines, des écrits sur ce même sujet.
Il résulte de l’ensemble des témoignages historiques chrétiens du x* siècle de notre ère, qu’à celte époque la ville de Grenoble et le Graisivaudan furent occupés par une nation païenne, et que l’évêque de Grenoble se relira, pour un grand nombre d'années, dans le prieuré de Saint-Donat , au nord de l’Isère, aux environs de Tain et de Romans. Il sembla à M. Reinaud que la nation païenne en question ne pouvaitêtre que les Arabes, et comme, dans une brochure publiée en 1812 à Valence, par un curé des environs, il était
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parlé d’une inscription latine gravée sur les murs du prieuré, dans laquelle se trouvait le terme Maures, il n’Iiésita pas à regarder la question comme tranchée ; mais en i 860 M. Alfred de Terrebasse, ancien député au Corps législatif, du département de l’Isère, a publié A V ienne une brochure intitulée Examen critique de l'inscription de Saint-Donat , et dans cette brochure il accuse le curé d'avoir falsifié l’inscription. Pendant ce temps un professeur du lycée de Grenoble, M. Révillout, était, après beaucoup d’autres, à la recherche des traces des Sarrasins dans le Dauphiné. Rien que non entièrement convaincu par les arguments de M. de. Terrebasse, il a cru devoir laisser de côté l’inscription de Saint-Donat; mais en même temps, après avoir soumis les témoignages historiques à uu nouvel examen, il a soutenu avec M. Reinaud que les Sarrasins seuls pouvaient répondre à la nation païenne en question. Telles sont les conclusions de la brochure qu’il a publiée A Grenoble sous le titre de : Dissertation sur l’occupation de Grenoble au X e siècle par une nation païenne.
Le second point dont il nous reste A parler a trait aux étoffes orientales que l’on conserve dans nos églises et nos musées. A une certaine époque les sciences et les arts étaient plus avancés chez les Arabes que chez nous, notamment pour les étoffes et les tissus en général. 11 existait alors des fabriques renommées à Cordoue, A Palerme, en Égypte et ailleurs, et nos pères, quand ils voulaient donner plus de splendeur aux cérémonies du culte et aux fêtes publiques, allaient acheter des étoffes chez les musulmans, comme aujourd’hui les musulmans viennent acheter des étoffes chez nous. L’origine de ces étoffes se reconnaît ordinairement aux inscriptions arabes marquées sur la bordure. La supériorité de l’art arabe était si bien constatée qu’il s'établit dans les pays chrétiens des fabriques semblables où l’on reproduisait jusqu’aux inscriptions arabes. Telle est l’origine du mot arabesque, qui, A partir de Raphaël, a reçu une autre signification, tin grand nombre de ces étoffes se trouvent encore dans nos églises, où elles servent A envelopper les
reliques des saints, ou bien forment des vêtements sacerdotaux. Dans quelques églises on a conservé un vague souvenir de l’origine de ces étoffes ; mais dans d’autres la tradition s’en est entièrement perdue, et l’opinion s’est d'autant plus facilement égarée que souvent aux étoffes orientales sont mêlées des étoffes byzantines. Tel est le cas d’une étoffe d ’Apt, dans le département de Vaucluse, qui a été fabriquée en Égypte vers les premières années du xi' siècle, et qui probablement est un trophée de la dernière croisade. Comme elle aurait servi dans l’origine, suivant la tradition, à envelopper le corps de sainte Anne, mère de la sainte Vierge, qui est l’objet d’une vénération particulière dans le pays, on finit par croire que c’était le suaire même dans lequel la sainte avait été ensevelie. M. Heinaud a signalé ce genre d’erreur en 1 855 , dans un rapport lu à l’Académie des inscriptions, au sujet d’une étoffe arabe de Chinon, département d’Indre-et-Loire, qui a été disposée en forme de chape, et qui est mentionnée par Rabelais. On l’appelle dans le pays c/mpe de saint Mesme, du nom d’un saint qui vivait au V e siècle et à qui ou supposait que celte étoffe, qui est nécessairement postérieure au ix' siècle, avait servi de vêtement sacerdotal.
Depuis 1860 un ancien militaire, M. Ch.de Linas, qui s’était fait connaître par le dessin de diverses étoffes, notamment d’une étoffe arabe de l’église de Saint-Sernin à Toulouse, a entrepris un recueil spécial d’étoffes byzantines et arabes, sous ce titre: Anciens vêlements sacerdotaux et anciens tissus conserves en France.
Tel est, sauf les épisodesque l’on a cru pouvoir se permettre, l’aperçu des travaux exécutés en France sur la langue et la littérature arabes dans ces trente dernières années. Il en ressort avec, évidence que, depuis le mouvement fécond imprimé par le maître des maîtres, Silvestrc de Sacv, au commencement de ce siècle, les études arabes sont devenues chez nous un besoin de la science comme de la politique, et un instrument précieux pour l'histoire aussi bien que pour la philologie.
-Bigitrzeé byOiâgle
APPENDICE