‹ Progres des etudes relatives a l'Egypte et a l'OrientChapitre 29 sur 37 · EXPOSÉ UES PROGRÈS · texte numérisé non relu

EXPOSÉ UES PROGRÈS

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pour le calcul liistoric|uc et civil ne saurait paraître douteuse; et, en effet, tandis que la chronologie de toutes les nations est hérissée de dillicultés souvent inextricables, celle des Arméniens ne provoque aucune incertitude, et l’on peut aflinner que leur méthode de dater est un modèle d’exactitude.

Les Turks seldjoukides, en se précipitant sur la Grande-Arménie, v avaient porté le trouble et la ruine, et les populations chrétiennes de ce pays, opprimées, commencèrent à quitter leurs foyers en se portant à l’ouest sur les confins de l’empire grec. Elles reculèrent successivement vers les bords de l’Euphrate, en quête d’un asile où l’ennemi devait bientôt les atteindre, et jusque dans l’angle sud-est de l’Asie Mineure où elles trouvèrent enfin la sécurité qu’elles cherchaient. La Cilicie vil naître, dans les Apres montagnes du Taurus, plusieurs principautés fondées par ces émigrés. Celle qui devint la plus considérable et qui finit par s’étendre dans les plaines que borde la mer de Chypre, dut son origine à un intrépide chef de partisans, nommé Roiipên (Ruben), tige d’une dynastie de princes appelés de son nom Roupéniens. Ce petit État, désigné du temps des croisades, par les Occidentaux , sous la dénomination de royaume de la Petite- Arménie, s'agrandit peu à peu, entra dans 1e concert des colonies latines de la Syrie, et, après la chute de Jérusalem et plus tard de Ptolémaïs, constitua, avec le royaume de Chypre, le dernier boulevard de 1a chrétienté en Orient. Son histoire se lie d’une manière intime à l'histoire géuérale des guerres saintes d’outre-mer. Non-seulement les écrivants arméniens, mais encore tous les chroniqueurs grecs, latins, français, arabes et svriens contemporains, ont raconté ou mentionné incidemment les vicissitudes et les destinées politiques de ce royaume. Recueillir ces récits dans les textes originaux arméniens, les confronter et les éclaircir par la comparaison avec les textes étrangers, telle est la tAclie tout à fait neuve que s’était imposée M. Dulauricr. Cette entreprise, menée à bonne fin aujourd'hui, a produit un des volumes de la grande .collection des Historiens des croisades, projetée par les

Bénédictins, et dont l’Académie des inscriptions et. belles-lettres, digne héritière de ces savants religieux, poursuit activement l’exécution.

Les monnaies des souverains de la Petite-Arménie n’avaient occupé les numismatistes <pie par occasion et souvent d’une manière fautive, lorsqu’un jeune savant , M. Victor Langlois, doué d'une ardeur qui serait, très-louable si elle était dirigée par l’étude et In méditation, entreprit de soumettre ces pièces à un système de classification. Il publia son essai sous la forme d’une lettre adressée au IL P. Gabriel Vivasovski, alors directeur du collège Samuel Mourut , à Paris, dont les conseils avaient dirigé ses premiers pas 1 . Quelques années plus tard, M. Langlois développa ce travail dans une monographie* où il consigna les découvertes que ses explorations lui avaient procurées ou qui lui avaient été communiquées; mais comme plusieurs de ces princes roupéniens sont homonymes et que leurs noms ne sont accompagnés d’aucune date, et comme, d’ailleurs, le caractère extrinsèque des types monétaires n’était point distingué et éclairé par la comparaison indispensable des types étrangers dont ils procèdent, la classification proposée ne put être qu'approximative et souvent arbitraire.

Ces tâtonnements furent en partie redressés dans une brochure du R. P. Clément Sibilian, de la congrégation des Mêkhitaristes de Vienne, qui s'est consacré depuis plusieurs années ù une étude approfondie des monnaies roupéniennes*. Un travail plu; considérable de ce savant religieux était terminé et sur le point de paraître en allemand et en français simultanément, lorsque le désir de le perfectionner le décida A partir pour l’Orient. Ses connaissances spéciales, et celle surtout de la langue arménienne, qu’il possède par-

1 Rente archéologique , x* année. p. hCrj ; Paris, i853.

* Numismatique de l* Arménie , au

moyen âge, iu-6”; Paris, §855.

* Besclueibung noeh unedirten Minzcn der , 1 rtueitisch-rubenischen Dynastie in Ki-

likien ton P. (.Ioniens Sibiljan . Pries ter der meebituristen Congrégation in Wien, dans les Comptes rendus des sdances de l'Académie impéritie des sciences de Vienne, vol, XVII, mars i85a.

EXPOSE DES PHOUItES

fadement, à la différetice du numisinatiste français resta étranger jusque-là à celle étude, et celles aussi qu’il aura acquises dans sa longue pérégrination, nous font espérer un ouvrage complet et satisfaisant sur celte branche intéressante et encore peu développée de la numismatique.

Le désir de visiter la contrée d’où proviennent ces monuments devait pareillement se présenter à l'esprit de M. Langlois, et ce désir exprimé au chef de l'Etal , le prince Président de la République, fut accueilli (1 859) avec cet empressement éclairé et secondéparcelle munificence qui, depuis lors, a provoqué tant de voyages scientifiques, dont les lettres et l'archéologie ont profité au grand honneur de notre pays et de son gouvernement. Les trouvailles laites par M. V. Langlois en Cilicie, dans le champ des antiquités grecques et romaines, ont été appréciées devant I Académie des inscriptions et belles— lett res par un archéologue des plus compétents, M. Raoul Rochette, et ont provoqué de sa part un jugement très-sévère sur celte partie des explorations du jeune voyageur. Celui qu'on peut porter sur ses descriptions et ses explications des antiquités arméniennes qu'il a visitées, ne saurait être plus indulgent. Pour lire et interpréter les inscriptions arméniennes, tracées en caractères enchevêtrés sur les monuments, il faut une expérience consommée de ces textes épigraphiques et de la langue dans laquelle ils sont rédigés.

Après la relation du voyage de M. V. Langlois en Cilicie, publiée neuf ou dix ans après son retour (1861), relation à laquelle ont contribué largement, mais sans doute très-involontairement, Raoul Rochette, par son Histoire des colonies grecques, et M. le duc de Luynes, par sa monographie des Satrapies, il faut mentionner sa collection des privilèges émanés des princes de la Petite-Arménie accordant l’entrée dans leur royaume, des immunités ou des établissements permanents aux nations de l'Europe méridionale qui faisaient alors le commerce de la Méditerranée et qui fréquentaient le port d'Aias (l’ancienne Æga>) dans le golfe d'Alcxan-

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