S 2. .PROGRÈS DES CONNAISSANCES HISTORIQUES
Après l'exposé des labeurs entrepris pour affermir et étendre le terrain conquis par Cliampollion dans le domaine du déchiffrement des hiéroglyphes, c’est une tâche plus agréable que celle de suivre les savants sur la voie des découvertes historiques qui ont récompensé leurs peines. fihampollion laissait l’histoire jalonnée dans ses principales divisions, en ce qui concerne la seconde moitié de l’empire égyptien; mais il n’avait pas touché aux premiers temps, correspondant aux quatorze premières dynasties énumérées dans Manéthon. Ses lettres écrites d’Egy pie faisaient bien pressentir quelle richesse de documents devait produire l’étude intime des monuments qu’il avait pu classer. Mais ses successeurs reconnurent tout d’abord la nécessité d’introduire une amélioration fondamentale dans l'application des données fournies par les monuments aux dynasties pharaoniques des listes de Manéthon. On sait qu’une coupure profonde est marquée dans l'histoire du peuple égyptien par l'invasion des Pasteurs qui dominèrent longtemps sur toute la vallée du 'Nil. On avait reconnu facilement, dans les ruines de Thèbes, les grandes constructions élevées par les Pharaons de la xvm e et de la xix c dynastie, qui, après avoir triomphé des Pasteurs, portèrent l’Egypte au comble de la puissance ; mais l’apparition de la célèbre liste des rois trouvée dans le temple d’Abydos suscita, pour l’histoire des temps qui précèdent la xvm' dynastie, une diflirulté dont Cliampollion et sa première école ne purent triompher. Les rois de la xvin' dynastie étaient précédés immédiatement, sur la table d’Abydos, par une famille royale complète et dont les noms se retrouvèrent bientôt écrits sur des monuments nombreux et très-importants. Ces Pharaons avaient régné sans partage depuis le Delta jusqu’au fond de la Nubie, et partout ils avaient laissé des témoignages de leur pouvoir souverain. 11 était donc impossible de reconnaître là les sujets ou les victimes de ces nomades envahisseurs auxquels la tradition appliquait le nom de Pasteurs, et que la
PROGRÈS HISTORIQUES, xvni* dynastie avait expulsés. Ce fut le professeur Lepsius qui eut le premier la hardiesse heureuse de supposer, dans la table d’Abydos, une lacune de plusieurs dynasties. Ce savant pensa que Ramsès II, dédicateur de ce monument, avait résolûment supprimé toute la période moyenne de l’histoire, pour reporter directement ses hommages à ceux de ses ancêtres qui avaient illustré le premier empire. Les noms royaux conservés dans la xu' dynastie des listes de Manéthon favorisaient d’ailleurs cette belle conjecture. Les preuves de sa réalité ne se firent pas attendre. La xu* dynastie, qui reconnaissait pour chef Amménemès ( Amenemha I er des monuments), était, dans Manéthon, la seconde dynastie thébaine; elle y était encadrée entre deux dynasties également qualifiées thébaines, la xi c et la nu'. Une inscription rapportée de Seinneh par M. Ampère fournit bientôt à M. de Rougé le premier document nécessaire à la constatation monumentale de ces faits. Cette inscription prouvait que la famille d'Amenemlia avait été suivie immédiatement par un des souverains nommés Sebek-Hotep. Ce dernier faisait partie d’un groupe nombreux, connu surtout par la chambre des rois, de Karnak, et qui, trouvant ainsi sa place définitive, constituait la xm c dynastie 1 .
Une preuve aussi satisfaisante fut également trouvée par M. de Rougé, en ce qui touche la xi* dynastie. Une stèle, appartenant au musée de Lcyde, lui offrit, dans son contexte, la mention d’un roi thébain nommé Antrf, comme existant trois générations avant la xn c dynastie 1 . Or, il en était de ce roi Antef comme du Sebek-liotep de Semnch ; il faisait partie d’un groupe rassemblé dans un des côtés de la chambre des rois de Karnak, et dont les monuments se trouvaient à Thèbes et sur quelques points de la Thébaïde. C’était bien là le caractère qu’on pouvait attribuer à la xi' dynastie de Manéthon, la première dynastie sortie de Thèbes, et qu’on peut raisonnablement supposer n’avoir possédé , pendant un certain temps, qu’une partie de l’empire des Pharaons.
‘ Rrruc nrch. août 1 8&8. — * Firnir arch. décembre 1869. Kludcs onenlalcfl.
Les xi", xii c et xin' dynasties composèrent désormais un grand fragment d’histoire, dont les principaux traits étaient définitivement fixés, et par là l’époque de l’invasion des Pasteurs 6e trouvait heureusement franchie. Toutefois, en raison de l’abondance des monuments et de leur conservation plus complète, les travaux de la science se portèrent d’abord et presque exclusivement sur la seconde période monumentale : pour suivre plus exactement l’histoire de ses progrès, nous résumerons d’abord les notions acquises sur les dynasties qui gouvernèrent l’Egypte depuis l’expulsion des Pasteurs jusqu’à la conquête de Cambyse. Mais dans une période aussi riche en documents nouveaux, il nous sera impossible de nous arrêter aux détails, et il faudra nous borner à noter les résultats principaux des découvertes.
Le premier point qu’il importait d’abord de fixer était l’époque précise de l’expulsion des Pasteurs. L’école hésitait entre Toutmès 111 et Ahmès (l’Amosis de Manélhon) pour appliquer à l’un de ces rois le litre de libérateur du pays. M. de Bougé a réussi à résoudre cette question capitale, à l’aide de deux documents successivement élucidés. Le premier consistait dans l’inscription du tombeau d’un capitaine nommé Ahmès, dont une copie existait dans les manuscrits de Cbampollion. Ce guerrier y racontait la part glorieuse qu’il avait prise à l’expulsion des Pasteurs 1 . Il constatait qu’après plusieurs combats sanglants et dès la sixième année de son règne, le Pharaon Ahmès avait complètement expulsé les Pasteurs. La guerre s’était terminée par la prise de leur principale place forte, dont le véritable nom antique n’était pas encore connu. Le même Pharaon avait ensuite conduit une expédition victorieuse en Nubie; après quoi, jouissant d’une paix profonde, il avait rouvert les carrières pour consacrer ses loisirs à la réparation des édifices sacrés. Le guerrier égyptien continuait, dans la même inscription, le récit de ses campagnes sous les rois suivants; mais les victoires d’Arné-
1 Examen de l'ouvrage de ,V. de Bunsen, 1867.
PROGRÈS HISTORIQUES, nophis I tT et de Tout niés I er étaient remportées sur de nouveaux ennemis et en dehors du sol égyptien, où les l’asleurs ne reparaissaient plus.
Cette première notion fut bientôt confirmée et complétée par les renseignements que M. de lïougé put extraire du papyrus Sallier (n° 1). Il parvint à reconnaître les faits suivants dans les fragments mutilés de, ce monument : Le prince thébain Rasknwn- Tmk'en, un des prédécesseurs d’Alnnès, avait commencé la lutte contre les envahisseurs. Le chef ennemi s’y trouvait également nommé, c’était Apapi (Apopliis); le papyrus fournissait aussi le nom de la forteresse qui lui servait de capitale, et qui devait plus tard succomber sous les coups du roi Abmès : c’était Hatiar, c’està-dire l'Avaris de Manéllion, la capitale des Pasteurs. Le même papyrus faisait encore connaître le dieu spécial de celle nation, «qui refusait ses hommages à toute divinité égyptienne ; v il portait le nom de Sulech, dieu qu’on retrouve, sous les règnes suivants, indiqué clairement comme jouant le principal rôle chez le peuple syrien de Chet.
Tout devenait ainsi précis et concordait, dans les caractères généraux du récit, avec les fragments de Manéllion. L’origine asiatique du peuple pasteur, le siège et le nom de sa capitale, Avaris, ainsi que le commencement et la fin de la lutte décisive qui devait affranchir l’Égypte, étaient définitivement constatés, lorsque les fouilles de M. Mariette sur le sol de l’antique Tanis vinrent donner à celte question des Pasteurs un intérêt tout nouveau et en agrandir singulièrement les conséquences historiques. Soit que Tanis n’ait été qu'un nom nouveau donné à la ville d’Avaris, soit que les monuments trouvés à Tanis par M. Mariette aient été transportés dans cette ville de quelque autre localité peu éloignée, toujours est-il certain que plusieurs de ces monuments portaient une sorte de dédicace au dieu «Sulech, seigneur de la ville d’Avaris. d On était donc, bien sur le sol où l’on pouvait espérer de rencontrer quelques traces de la domination des Pasteurs. Les résultats obtenus par
SU
M. Mariette dépassèrent les espérances, et il put constater deux ordres de faits également significatifs. D'une part le roi pasteur Apapi avait employé l’écriture hiéroglyphique pour faire inscrire son nom sur divers monuments pharaoniques. Ainsi, non-seulement il avait respecté les statues des Pharaons du premier empire, mais il les avait frappées, pour ainsi dire, à son propre coin, comme pour eu constater le mérite à ses yeux. D’autre part, M. Mariette retrouva et définit tout un groupe de monuments d’un style particulier et assez bien conservés jusqu’à nos jours. Malgré les mutilations calculées et insultantes que les Égyptiens vainqueurs leur avaient fait subir, on pouvait encore facilement y reconnaître les traits énergiques d’une race toute spéciale et les détails d’un accoutrement complètement différent de celui des figures égyptiennes. L’histoire de l’art était mise en possession des statues et des sphinx représentant les rois pasteurs. 11 devenait évident que les historiens, répétant des légendes nationales, avaient surfait la barbarie des envahisseurs. Après les désordres inséparables de la conquête, les Pasteurs avaient employé à leur profit le ciseau remarquablement habile des sculpteurs de la Basse-Égypte. Ils avaient remis en honneur les monuments érigés par les anciens Pharaons, et, loin de les détruire, ils s'étaient bornés à y constater leur souveraineté par l’inscription de leurs propres cartouches. M. Mariette n’a trouvé aucune trace d’une écriture particulière et qu’on pût attribuer à ce peuple étranger; il avait emprunté exclusivement, du moins sur les monuments à nous connus, l’écriture de l’Égypte, en même temp’fc qu’il employait la main de ses artistes et les admirables pierres dures que fournissait le pays, et dont la sculpture égyptienne était depuis longtemps habituée à triompher. On peut juger par là des emprunts utiles et nombreux qu’un peuple nomade put facilement faire à l’Egypte, pendant un long contact avec des sujets déjà héritiers d'une ancienne et puissante civilisation.
M. de Rougé a émis l’opinion que ce contact fut l’occasion prin-
cipale de l'introduction chez les peuples syriens de l'alphabet dit phénicien, ancêtre légitime de tous les autres alphabets, et qu il eut ainsi, sur l'histoire des progrès de l’esprit humain, une influence décisive. Quoi qu il en soit de l'époque précise de cette transmission de l'alphabet, il est certain que l'identité presque absolue que M. de Bougé a signalée entre les formes cursives des lettres égyptiennes, usitées dans la plus haute antiquité, et les formes des mêmes lettres dans l'alphabet phénicien, ne peut être contestée, et que ces remarques ont en général produit chez les savants la conviction d'une transmission directe de l'alphabet cursif, emprunté tout entier à l'Egypte par les populations voisines.
Cette restauration de la physionomie véritable de l’invasion des Pasteurs et de ses conséquences est une conquête due tout entière à l'école française.
L'Egypte, délivrée par Ahmès I er , fut bientôt portée, par les Pharaons de la ivni* dynastie, au comble de la puissance. Ici les matériaux commencent à abonder ainsi que les savants travaux qui les ont commentés. On n’a pas de récits détaillés des expéditions d'Aménophis 1", on ne connaît que les noms de ses ennemis vaincus, au nord et au midi; ce sont les habitants des pays limitrophes. Il est certain, néanmoins, qu’il contribua à la supériorité croissante de l'Égypte, et sa mémoire est restée en grande vénération pendant les Ages suivants. Toutmès I er , son successeur porta la guerre en Syrie. C'est lui qui ouvrit Père des grandes conquêtes, et il posa jusqu’au delà du Liban des stèles qui marquaient ses frontières. C’est un fait capital, rappelé dans les annales de Toutmès III et mis en évidence par M. de Rongé; il ne permet pas de supposer l'existence, à cette époque, d'un reste de la puissance des Pasteurs en Egypte, comme l'avaient pensé les savants de Berlin.
L'histoire de la famille de Toutmès P r est, du reste, encore pleine d’obscurités. Il est certain que sa fille, régente après lui, fit diriger une expédition vers l'Arabie, et nous attendons de M. Mariette la publication de documents importants sur cette cani-
ÉTUDES ÉUÏPTIENNES.
pagne, résultat de ses fouilles dans la monlggnc de Dcir-cl-Bahari. Les moauincnls des victoires de Toutmès III sont, très-nombreux, niais les grandes annales de son règne méritaient surtout l'attention des savants. Elles ont été gravées en relief au pourtour de la galerie qui environne, à Karnak, le sanctuaire d'Aminou. Toutmès 111 , qui avait fait construire ce sanctuaire, où le granit rose avait été seul employé, avait fait consigner dans cette galerie et dans les salles voisines tout ce qui pouvait conserver la mémoire des grandeurs de son règne: annales de ses expéditions, liste des peuples vaincus, actes publics constatant ses donations aux temples et les grands travaux exécutés par ses ordres. L’exhumation et la publication de ces documents, commencées par Champollion et continuées par M. Lepsius, ont reçu leur complément dans le cours des fouilles ordonnées par le vice-roi d’Egypte et poursuivies par M. Mariette. Les annales de Toutmès III furent d’abord traduites parM. Birch 1 , qui, toutefois, ne comprit pas l’ordre véritable des fragments qu’on en possédait. M. Mariette ayant découvert de nouveaux fragments. M. de Bougé entreprit avec ce secours de coordonner l’ensemble de ces annales et d’en faire comprendre la marche régulière*. Il donna la traduction du morceau d'hisloire très-complet que formaient les fragments nouvellement découverts, réunis à ceux qu’on pouvait y rattacher directement. Ce récit montra Toutmès 111 atteignant et dépassant les limites où son père Toutmès 1 er s’était arrêté, en y consignant le souvenir de ses expéditions victorieuses.
Un autre monument dû aux recherches de M. Mariette permit de se faire une juste idée du domaine conquis par les Pharaons en Asie. Une des chambres Inities par Toutmès III et précédant le sanctuaire de Karnak, contenait dans sa décoration les figures eL les noms de tous les peuples vaincus. Elle fut élucidée d’abord
1 Voyez S. Birch , The annal* of T liât h- * Notice de quelques /raffinent* de Tint-
tues III , Archœologia, vol. XXXV, p. 1 1 G ; cription de karnak , etc. (Revue archcolo-
pt le ni&ue , On the Statistical ta'/lct, etc. ffiqne, *86o).
Traits, of the R. S. of literalure , 11. s. vol. II.
par M. Bircli et particulièrement pour la partie africaine. M. de Bougé soumit la liste des peuples situés au nord de l’Egypte à un examen détaillé 1 . Les noms d’une foule de villes, connues surtout par la Bible, purent être identifiés avec certitude, et de l’ensemble de ces documents on put conclure que toute la Syrie avait été soumise, à cette époque, à la puissance égyptienne. La Mésopotamie avait été atteinte et les noms de Ninivc et de Babel elles-mêmes figuraient parmi les tributaires de Toutmès III. Le sentiment de l’orgueil national exalté par ces victoires se reconnaît dans un monument du règne de Toutmès 111 dît également aux fouilles de M. Mariette. Une stèle gravée en l’honneur de ce Pharaon et consacrée dans le temple de Karnak montre la renommée du conquérant dépassant de beaucoup la véritable limite de ses conquêtes’. Elle sc termine par un petit poème, écrit en versets régulièrement coupés, qui attribue à Toutmès III la domination des nations les plus reculées et même un empire maritime s’étendant à toute la Méditerranée; mais il faut convenir qu’aucun detail monumental n’atteste l’exactitude de cette dernière assertion du poète ofliciel et qu’on peut la soupçonner d’exagération.
Les documents partiels relatifs aux règnes suivants sont assez nombreux; ils n’ont pas encore été l’objet de travaux d'ensemble suffisants, et M. Brugscb ainsi que M. Mariette, dans leurs histoires d’Egypte, se contentent d’en indiquer les traits saillants. Le règne d'Aménophis 111 fut particulièrement glorieux, tant par des conquêtes étendues que par les travaux intérieurs 5 . Vers la fin de la xvin' dynastie, et peut-être dès le temps d’Aménophis III lui-même, une innovation religieuse amena des troubles en Égypte. Le culte du Soleil, représenté par un disque rayonnant vers la terre, fut introduit par le roi comme le seul et unique Dieu de son empire.
’ Etude sur divers monuments du règne de Toutmès III ( Revue arch. i8Gi).
* Ibidem (Revue archéologique, i8Gt).
3 V. S. Birch , One remarquable objcctof
the reign of Ameuophis III, in Archœolog .
journal, i 83 3 , n* 3a ; le m&nc , Ilistorical monument of Amcnophis III, in the Louvre, 1 845 (Extrait (în Archreofogia).
Nestor l'Hôte , M. Prisse, sir G. Wilkinson, M. Lcpsius dans ses Lettres, et M. Brugscli dans son Histoire , ont successivement touché à ce sujet curieux, sans parvenir à en éclaircir complètement ni l'époque précise, ni les causes. U est certain toutefois que, sous le règne d’Horus, le culte d'Ainmon était rétabli et que le temple élevé à Karnak en l'honneur du soleil ra\ onnant (.1 len-ra) fut démoli complètement, comme l’attestent ses débris servant de matériaux pour le pylône d’Horus.
La famille de Ramsès I", de Séli I CT (Séthos) et du grand Ramsès II, correspond à la xix r dynastie; la science a unanimement adopté sur ce point l’opinion de M. Lepsius. Mais les origines de cette famille et les causes de son accession à la couronne n’ont point été éclaircies. I n monument de Ramsès 1" avait été signalé par Cliampollion jusqu’au fond de la Nubie, c’était une stèle qui attestait une première victoire et que ce savant rapporta de son voyage cl déposa au musée du Louvre. Les conquêtes de son fds Séti-Merenplalt I" sont représentées sur la muraille extérieure du temple de Karnak : M. Brugsch et M. Mariette les ont analysées fidèlement dans leurs histoires d'Égypte. 11 est évident que la puissance égyptienne s’était affaiblie vers la lin de la xvm' dynastie; Séti 1" dut commencer sa campagne de Syrie par châtier les Schasu ou les Arabes nomades qui s’étendaient jusqu’à la frontière égyptienne. 11 rétablit en Syrie la domination des Pharaons.
Ramsès 11, fils de Séti, est resté jusqu’ici la physionomie la plus éclatante de l’histoire monumentale. Tacite constate que la mémoire de scs exploits était fidèlement conservée du temps des Romains, et Champollion a établi que ses victoires ont fourni aux historiens les principaux traits de la légende de Sésostris. Associé à la couroune dès son enfance, il régna Gy ans. Les brillantes campagnes des premières années de son règne se terminèrent par un traité de paix, cimenté par des alliances de famille avec les chefs des nations qui prédominaient alors dans l’Asie occidentale, et la longue tranquillité qui accompagna ses dernières années est attestée par
PROGRÈS HISTORIQUES, l’immensité des travaux exécutés par ses ordres en Égypte. Nous n’avons pas les véritables annales de son règne; mais la campagne de Syrie qui appartient à la cinquième année a été l’objet de grands travaux scientifiques. Dans le cours de cette campagne, le Pharaon, emporté par son courage, cl, il faut le reconnaître, complètement trompé par une marche dérobée du prince de Cliet , chef de ses ennemis confédérés, se trouva subitement entouré par l’élite de l'armée ennemie, dans un moment où il s’était séparé du gros de ses légions. Sa bravoure personnelle l’ayant tiré de ce mauvais pas, cet exploit devint le texte des louanges officielles et le récit en fut gravé sur une foule d’édifices. Ce récit existe encore en entier à Abu-Simbel et au Ramesséum. C'est dans ces deux inscriptions comparées que M. de bougé découvrit l’histoire de ce fait qui joue un si grand rôle dans les monuments de ce règne. Il donna une complète analyse du contenu de ce texte 1 ; M. Chabas eu entreprit plus tard la traduction littérale 1 . Le combat personnel soutenu dans cette occasion par Ramsès II fournit le sujet d'un poëme, composé par le grammate royal Pentaur, un des principaux littérateurs de cette époque, qui parait avoir été féconde en productions littéraires. Le mérite de celle composition était sans doute considérable aux yeux des Égyptiens, car le roi fit graver le poëme tout entier sur les murailles extérieures de divers édifices, bétis ou restaurés par ses ordres. Le papyrus Sallicr n° 3 a d’ailleurs conservé les deux tiers de l’ouvrage en écriture hiératique. Champollion reconnut bien l’intérêt extrême de ce morceau ; mais les progrès de la science n’en permirent la traduction suivie que plus de vingt-cinq ans après sa mort. M. de Rongé, ayant reconnu l’esquisse du sujet dans les bulletins gravés auprès des tableaux qui figuraient la bataille ù Abu-Simbel et au Ramessrum, donna, dans une séance publique de l’Institut 1 , la traduction de la plus grande partie du poëme de Penlaur. Dans le coursde la mission
1 Avant-propos du poëme de Pentaur, 180 C. — * Pente archéologique , 1 853. — * Août i856.
qu’il a remplie eu 1 863-64, M. de Rougé eut l'occasion d’élcndre sa Iraduclion et de compléter ce texte si précieux, en recueillant tous les débris du poème gravés sur les murailles de Karnak et de Louqsor 1 . On put apprécier et la couleur remarquable du morceau et l'intérêt des documents qui venaient ainsi illustrer les exploits du plus grand conquérant de l'Egypte, de celui que, plus de cent ans après sa mort, un de scs descendants nommait liamsès le /p-aud Dieu s .
Un autre monument du même prince fut successivement traduit par M. Brugsch, par M. Goodwin, et par M. de Rongé; il mérite peut-être ici une mention spéciale ’. 11 s’agit du plus ancien document diplomatique qui nous soit parvenu. La vingt-deuxième année de son règne, Ramsès H règle les conditions de la paix avec le prince de Chet. Ce personnage, en avouant les défaites de son prédécesseur, y proteste de son désir de la paix. 11 avait conservé néanmoins une grande puissance, car l’orgueilleux Ramsès lui accorde son alliance et des conditions d’une parfaite égalité. Il est permis de pressentir le prochain empire d’Assyrie, en présence d'une situation ainsi maintenue et même agrandie, du consentement d’un adversaire tel que Ramsès H. Ce Pharaon épousa la fdle du prince de Chet, ainsi que M. de Rougé l’a constaté, et l'alliance fut assez durable, au grand étonnement des Égyptiens eux-mêmes, qui n’avaient jamais vu, comme le dit l'inscription de AbuSimbel <r le peuple d’Egypte et le peuple de Chet n’avoir qu’un seul cœur pour servir le roi Ramsès*, ■»
La stèle d’Abydos déjà citée ci-dessus et interprétée par M. de
1 L‘hc jKifte nouvelle «lu même menus* cril a été découvert tout récemment par M. de Rougé dans la collection Raifet, clic aide puissamment à l'intelligence des commencements de la campagne. Cours du College de France, 1865*1867.
* Si clc de Itamtls IV, a Abydos , mission «le M. de Rougé.
* M. Chabas vient d’en publier une nouvelle traduction «pii 11e diffère pas sensiblement des précédentes. Rosellini avait également abordé ce texte, mais sans grand succès.
4 Coure du Collège de France, année
Bougé constate que les 67 années de son règne furent signalées par un nombre immense de monuments : leurs restes gigantesques , couvrent encore le sol égyptien.
Les rapports de temps et de noms ont. fait penser à M. île Bougé rpie Bainsès II devait être considéré également comme le Pharaon sous lequel Moïse dut fuir l'Egypte et dont le très-long règne força le législateur futur des Hébreux h un très-long exil. A défaut d'un texte précis qui manque dans la Bible, cette conjecture rend bien compte des faits, et elle a été généralement adoptée. M. Prisse a recueilli, sur remplacement même où les Hébreux étaient particulièrement établis, des monuments et des inscriptions qui nomment la ville de Ramsès II, et c’est précisément dans la construction des villes de Pithnm et de Ramsès que la Bible nous montre les fils d’Israël courbés sous les travaux les plus pénibles. A cette époque, l’Egvple était encombrée de tribus étrangères, traitées en esclaves par les Pharaons, et des prisonniers de toutes nations étaient employés aux travaux publics, dont le développement fut immense sous les règnes de Séli J" et de Barnsès II. Parmi les travailleurs étrangers,
M. Chabas a fait remarquer le nom des Aperi, qui peut répondre exactement à celui des Hébreux. C’est la seule trace que la captivité d’Israël aura laissée probablement sur les monuments; il 11’est pas penser que les Égyptiens y aient jamais consigné ni le souvenir des plaies, ni celui de la catastrophe terrible de la mer Bouge; car leurs monuments 11e consacrent que bien rarement le souvenir de leurs défaites.
Le fils de Bainsès 11 , nommé Merenplah (Amcnephlhès de Manélhon), eut à repousser une redoutable coalition formée contre l’Egypte. M. Brugsch a donné quelques notions sur cette guerre dans son histoire. M. de Bougé, dans son rapport sur sa mission , annonce de nouveaux détails sur ce sujet curieux. Suivant lui, l’Egypte subit à cette époque une dangereuse invasion. La frontière libyque et les bouches du Nil donnèrent entrée à une nombreuse année qui pénétra jusqu'aux environs de Memphis. La nouvelle
tourbe de peuples qui apparaît pour la première lois sous Merenptah, vers le xiv' siècle avant notre ère, et qui reviendra bientôt , plus formidable encore, au commencement du règne de ltamsès 111, comprend, suivant les premiers aperçus de M. de Rongé, outre les peuples libyens et mauritaniens, une confédération maritime des principales nations qui dominaient alors sur les côtes de la Méditerranée. Les Tyrrhéniens, désignés sous le nom de Tirscha (Tyrsènes), sont les promoteurs de la guerre. On y distingue les peuples sardes (Schardaita ) , les Sicules (Srhakalasch ) , les Grecs ( Akaioscli ), et plusieurs autres peuples connus de nous, mais dont les noms plus altérés ont besoin de subir l’épreuve de la discussion*. Il y a là tout un fragment d’histoire à élucider et peutêtre des lumières nouvelles à attendre pour les origines des peuples classiques; car la féconde Egypte touche à tout dans l’histoire ancienne.
La fin de la xix' dynastie parait avoir été agitée par des révolutions intérieures, et les cartouches royaux martelés et remplacés prouvent les vicissitudes par lesquelles passa l’Egypte à ce moment. On manque de documents suffisants pour en faire l’histoire. La physionomie du Pharaon Se'li II se détache néanmoins avec un certain relief dans cette période, tant par ses statues colossales des musées de Turin et du Louvre que par la mention de quelques victoires.
On s’accorde généralement à regarder Ramsès III et ses descendants (qui portèrent tous le nom de Ramsès) comme la xx' dynastie de Manéthon. 11 n’existe pas cependant, une preuve décisive pour la régularité de celte coupure, parce que Manéthon ne donne aucun nom de roi pour la xx' dynastie.
Ramsès III, le dernier des grands conquérants égyptiens, était, lils d’un Pharaon (probablement Set-Necht). C’est ce que M. de llougé a constaté dans les fragments d’un hymne adressé par ce
’ M. de Itonge, cours du Collège de lue à l'Académie des iuscrijilions, avril Fronce, i8fiâ-i8C5, et rorumunicalion 18 C 7 .
roi au dieu Ainmon. Ce document fait partie d’un admirable papyrus qui contient le résumé des {pierres soutenues par Ramsès 1U et l’histoire complète de ses fondations religieuses et des constructions élevées dans toute l'Egypte à l’occasion de ses victoires. Ce manuscrit, qui appartient à M. Harris, d’Alexandrie, n’est malheureusement pas encore à la disposition des savants. Ramsès III eut d’abord à combattre les mêmes ennemis que Merenptali, (ils de Ramsès H; il avait développé sa puissance maritime, et sa flotte lui fut d’un grand secours dans cette guerre 1 . Les principaux événements en sont figurés sur les murs extérieurs du temple de Médinet-Abu, et Champollion les a fidèlement décrits dans ses lettres d’Egypte. Les fouilles exécutées dans ce temple par M. Greene en 1 855 ont mis complètement à découvert une longue inscription qui exalte jusqu’au ciel la gloire de Ramsès 111 après ses différentes campagnes*. Débarrassé des attaques des nations venues du nord de l’Afrique et des côtes de la Méditerranée, il avait à son tour porté la guerre en Syrie et rétabli pour un temps considérable la suprématie de l’Egypte dans cette partie de l’Asie.
L’histoire de la famille de Ramsès 111 avait déjà fourni à Champollion et à Rosellini beaucoup de détails intéressants; mais M. Lepsius a mieux coordonné la série fort embrouillée de ces nombreux Ramsès. Les fouilles de la tombe des Apis ont aussi fourni à M. Mariette des documents surde nouveaux Ramsès inconnus jusqu’à lui, et sur la place véritable de quelques-uns d’entre eux. Quatre frères, (ils de Ramsès III, occupèrent successivement le trône après lui : le règne de Ramsès IV fut particulièrement remarquable par la quantité des constructions élevées ou terminées par ses ordres; il se vante, en effet, sur une stèle d'Abydos, d’avoir, en quelques années, doté l’Egypte d'autant de monuments que Ramsès II avait pu le faire dans les soixante-sept années de son règne 3 . Un des der-
1 V. Hrugsch, Histoire d'Egypte, règne public * par M» Greene, année 1 856.
Je Ramsès III. s Album de la mixtion de M. de Bouffé ,
* M. de Rougi-, Notice de quelque* texte» explication des planches, n® i55.
ÉTUDES ÉGYPTIENNES, nicrs Hamsès dont le règne fut de plus de quarante ans, et qui dominait encore la Syrie, est connu dans la science par un document singulier et du plus haut intérêt. Une stèle, signalée d'abord par Champollion et rapportée par M. Prisse (à la Bibliothèque impériale), contient un long récit dont voici lasubslancc. Ce Pharaon , s’étant transporté dans le pays de Naharaïn pour y percevoir lui-même les tributs, remarqua, pour sa beauté, la fdle du prince de Bechten; il l’épousa et l’éleva au rang de reine d’Egypte. Plus tard, la sœur de celte princesse se trouvant malade, on eut recours aux docteurs égyptiens, qui la déclarèrent obsédée par un esprit malin et ne purent la soulager. Le prince de Bechten réclame alors, du Pharaon son gendre, la présence du dieu thébain Chons, qui fut transporté en grande pompe jusqu’au pays de la princesse, sous l’escorte de ses prêtres, et dont la puissance supérieure expulsa enfin l’esprit. Ce texte si curieux, traduit d'abord dans son ensemble par M. Birch , fut ensuite soumis par M. de Bougé à une rigoureuse analyse dans son Essai sur une stèle de la Bibliothèque impériale 1 . On trouve, dans le même ouvrage, une étude historique sur la xx c dynastie et sur la période très-curieuse qui la termine. La famille de Bamsès est éclipsée et remplacée par les grands prêtres d’Ammon, qui finirent par s’attribuer l’autorité tout entière et enfin les marques officielles de la dignité souveraine. On peut suivre pas à pas sur les monuments et surtout au temple de Chons, à Karnak, la progression constante et des titres et du pouvoir réel des grands prêtres.
La xxi 8 dynastie porte, dans Manéthon, le nom de Tanile : il est très-probable que l’élévation des prêtres d’Ammon fut contestée et devint l’occasion d’une division du pouvoir royal. C'est aux fouilles de M. Mariette sur le sol de Tanis qu’on doit la restitution du vrai nom du chef de cette nouvelle dynastie, qui se nommait Se-Amen. C’est le Smendès de Manéthon. Malheureusement l’histoire et les
1 Journal asiatique , 1806-1 858.
monuments ne nous apportent ici que la connaissance de quelques noms royaux.
La famille de Scliesclionk (le Scliischak de la Bible) compose la xxn' dynastie : Manétlion lui donne le nom de Bubaslilc.
Une stèle du Sérapéum, interprétée par M. Mariette, et depuis par M. Lepsius, a permis de tracer la généalogie de celte famille royale dont les membres sont très-nombreux. Scliesclionk 1 er , qui n’est pas lui-même de race royale, parait avoir recueilli du chef de sa mère ses droits à la couronne. La restitution de la figure de Scliesclionk I", le vainqueur de Roboam, est une des premières et des plus importantes conquêtes de Cliampollion. On ne possède pas un récit égyptien de la campagne de ce Pharaon en Palestine et en Syrie; mais M. Brugsch a fait un travail complet sur la liste des villes conquises à cette occasion, liste qui couvre un large pan de muraille à Rarnak et qui comprend une foule de localités connues par la Bible 1 .
A défaut des grandes inscriptions, qui commencent à manquer complètement, la tombe des Apis a permis à M. Mariette de compléter la liste des Pharaons de la xxn' dynastie, et les petits monuments contiennent quelques faits et quelques notes généalogiques qui nous ont fait connaître une quantité de personnages de celte époque.
Mais les divisions intestines recommencent bientêt à troubler la vallée du Nil. Le pouvoir souverain est usurpé par de petits princes établis dans toutes les parties de l’Égypte. Pendant ce temps, une famille royale, qui paraît originaire de Thèbes, s'était établie au fond de la Nubie. On trouve, au pied du mont Barkal, les restes des monuments élevés par ces souverains, éthiopiens par leur résidence, mais complètement égyptiens de langue, d’écriture et de civilisation. Anniion est leur Dieu; ils se donnent même comme les Pharaons légitimes, et, profitant de la division des princes égyp-
1 V. Brugsch , Géographie, t II, p. et M. Lopsius, Sur la xxn 9 dynastie de Manéthon.
ÉTUDES ÉGYPTIENNES, liens, ils revendiquèrent bientôt la royauté suprême sur toute la vallée du Nil. Ce sont lit des notions entièrement nouvelles et introduites dans l’histoire par une série de monuments sortis des fouilles exécutées près du mont Barkal par les ordres du vice-roi d'Egypte. Un cheik arabe, muni des instructions de M. Mariette, ayant, dirigé ces opérations, mit bientôt au jour une énorme inscription, dont une copie sommaire, esquissée dit-on par un Arabe, fut expédiée à M. Mariette. Le monument ayant enfin été apporté au Caire, on a pu vérifier les conjectures hasardées par M. Mariette et ensuite par M. de Rougé sur l’étude de ce premier croquis. Voici le résumé du récit que M. de Rougé a extrait de la grande slèle-de Gcbel-Barkal. Leroi Pianchi-Mériamon , résidant en Ethiopie, avait néanmoins une partie de ses armées répandue dans la Thébaïde, qu’il dominait déjà au début du récit. 11 apprend que les divers princes qui gouvernaient dans les autres parties de l’Egypte sont en grand émoi. L'un d'entre eux, nommé Taf-necht-ta, prêtre de Neitli et chef de Sais, s’est depuis peu singulièrement agrandi : il a réduit à son obéissance tous les princes du Delta et de 1 Égypte moyenne, et la Thébaïde est menacée à son tour. Pianchi-Mériamon envoie d’abord ses lieutenants pour arrêter les progrès de l'ennemi. Quant à lui, il descend à Thèbes et séjourne dans cette ville pendant les fêtes d’Ammon, puis il se porte de sa personne à la tète de ses légions. Après de longs combats, il termine la campagne par la prise de Memphis. 11 soumet tous les princes de la Basse-Égypte; Taf-necht-ta lui-même finit par implorer sa clémence. Le roi éthiopien impose partout des tributs, tant au profit de son trésor royal que pour enrichir les temples d'Ammon thébain. 11 fait procéder, à Memphis et à Héliopolis, à la célébration de tous les rites usités pour le couronnement des Pharaons , se comportant dans tout le détail, s'il faut en croire le récit de Barkal, non comme un conquérant étranger, mais comme un souverain légitime qui ménage scs sujets et se contente de châtier les rebelles. Il répète ainsi à plusieurs reprises que «ses soldats n’ont pas fait pleurer un enfant
ns
PROGRÈS HISTORIQUES, dans les cités paisibles qui lui ouvraient leurs portes, i» Quelle que pût être la légitimité de la suprématie ainsi réclamée les armes à la main par Pianchi-Mcriamon , on voit naître le grand pouvoir de l'Ethiopie, problème inexpliqué jusqu'ici, et celle première expédition contre les Egyptiens divisés fait déjà pressentir la conquête définitive que Sabacon fera quelques années plus tard.
M. de bougé identifie Taf-nechl-la, le Saïte, avec le Tnephachtlies 1 <pie Diodore donne pour père à Bocchoris, auquel l'historien attribue la même origine. De ce dernier roi, qui avait pourtant laissé une assez grande trace dans l'histoire comme législateur, nous ne connaissons que le nom égyptien Bokenranef, retrouvé par xM. Mariette dans la tombe des Apis. Ce roi succomba, dit l'histoire, sous les coups de Schabak (Sabacon), qui fonda la dynastie éthiopienne, comptée par Manéthon comme la xxv”. La durée de cette dynastie fut remplie par une lutte constante entre les rois éthiopiens d’Égypte et les rois d’Assyrie, et le théâtre de la guerre fut tantôt en Syrie, comme dans l'expédition de Tarhaka, et tantôt en Egypte, comme le prouvent les victoires d’Assar-Haddon consignées dans les inscriptions cunéiformes. Ces documents, comparés à de nouvelles inscriptions sorties également des fouilles de Gebd-Barkal, permettront d’éclaircir l’histoire de ces luttes sanglantes qui ne paraissent avoir cessé qu’avec le règne de Psamétik 1", chef de la xxvi* dynastie.
Nous devons encore aux fouilles de la tombe des Apis le document précieux qui relie le règne de Psamétik I" avec les dernières aimées de la dynastie éthiopienne. C’est l’épitaphe d’un Apis, né la 26' année de Tarhaka et mort la 20“ année de Psamétik I", et qui avait vécu a 1 ans. Cette trouvaille de M. Mariette établit solidement et l’autorité au moins nominale de Tarhaka à Memphis, jusqu'à sa 26' année, et les bases du comput de Psamétik. (jui compte dans son règne officiel tout le temps de la dodécarchie.
1 La leçon primitive ^lait probablement T s<Pvxy9>js.
Étoile* orientales. 3
3'i ÉTUDES ÉGYPTIENNES.
Nous reviendrons plus loin sur ces épitaphes ofïicielies des Apis qui ont pris une place si décisive dans la chronologie.
A partir de l’accession de Psamélik à la couronne, les Grecs nous ont transmis des documents assez fidèles sur l'histoire de l’Egypte, désormais ouverte à leur activité. Les monuments n’ont pas beaucoup enrichi nos connaissances en dehors de leurs récits; ni les victoires, ni les revers éclatants des rois sottes n’ont, été l’occasion de grandes inscriptions monumentales, qui du moins aient été respectées par le temps. Il en est tout autrement de la conquête de Cambyse et des désastres qui l’ont suivie. Une grande inscription , gravée sur la robe d’une statuette naopbore, appartenant au musée du Vatican, avait été remarquée par Champollion, à cause des cartouches royaux qui figuraient dans son contexte et dont la présence semblait inexplicable. L’étude complète de ce monument fournit à M. de Rougé les faits les plus curieux et les plus inattendus. Cambyse, avant l’issue désastreuse de son expédition en Ethiopie, qui porta sa colère contre les Egyptiens jusqu’à la démence, avait suivi les conseils d’une politique adroite et modérée. C’est ce que M. Letronne avait déjà pressenti; mais personne, sans le témoignage formel de l’inscription du Vatican, n’aurait assurément soupçonné que le fier adorateur d’Ormuzd aurait poussé la condescendance envers le corps sacerdotal jusqu’à se faire initier aux mystères de Neïth, la grande déesse de Sais. Cambyse voulut accomplir tous les rites .sacrés, prescrits pour le couronnement des Pharaons. Il se fit proclamer ainsi Fils du Soleil et se fit composer, à la manière égyptienne, un prénom royal qui constatait cette céleste origine. Cette découverte si curieuse obtenue par M. de Rongé, de l'analyse du texte controversé, fut confirmée plus tard par la rencontre que fit M. Mariette, dans les caveaux du Sérapéum, de la légende complète de Cambyse avec ses titres royaux et ses deux cartouches.
Le récit gravé sur la statuette naopbore se prolonge bien nu delà de l’intronisation de Cambyse; il se borne à indiquer d’une manière générale qu’une affreuse calamité vint ensuite fondre sur
l>HO(iRÈS HISTORIQUES.
l’Egypte, niais il don ne des détails plus précis sur la politique de restauration suivie par Darius. Le prêtre de Sais à qui nous devons ce monument constate la justice et la clémence du fils d'Hystaspe et se vante avec raison d’avoir employé la faveur qui lui fut accordée par le monarque perse, pour faire rentrer 'chacun dans les droits dont il aurait été dépossédé. Tel est en substance le récit du prêtre de Sais conservé par la statuette naophore du Vatican 1 .
Nous n’avons plus de progrès bien notable à signaler pour l’histoire, jusqu'à l’époque des Ptolémées; mais ici les monuments redeviennent si nombreux qu’il serait impossible d’analyser les renseignements partiels et néanmoins d’un grand intérêt que les égyptologues ont su en tirer. M. Lepsius a publié un tableau d’ensemble, résumant tous les titres égyptiens des rois macédoniens et leur généalogie. D’un autre côté M. Mariette a mis au jour, au Sérapéum, toute la série des taureaux sacrés, morts successivement pendant cette période, dont chaque partie est ainsi dotée de monuments hiéroglyphiques et démotiques, qui sont loin d’avoir porté tous leurs fruits. Le terrain est d’ailleurs d’une immense étendue. Les fouilles île M. Mariette ont aussi fait sortir de terre le temple d’Edfou, conservé précieusement par les montagnes de décombres qui le cachaient aux deux tiers de sa hauteur. Ses mu railles, brodées pour ainsi dire d’inscriptions et de tableaux, fourniront à plusieurs générations de savants la matière de travaux féconds. Mais c’est surtout par des détails mythologiques que les monuments de ce temps promettent à la science une récolte abondante.
La célèbre inscription bilingue de Rosette, la première pierre fondamentale de toute la science , est aujourd’hui reléguée au second rang par la découverte récente du décret bilingue daté de Canopus, et que M. Lepsius a rencontré dans les fouilles de Tanis. Le sujet eu est par lui-même très-intéressant : après avoir célébré les
* Vicomte de Hong»' . Mémoire sur In atatnrUe naophore t etc. (Rerue arch. 1 8.1 1 ).
victoires et les bienfaits d’Évergète I", le corps sacerdotal, réuni à Canopus pour la fête du roi, fait connaître une fdle de Plolémée Ëvergète, morte dans sa jeunesse, et à laquelle on décerne les honneurs divins. Mais le but principal du décret des prêtres ainsi rassemblés consistait à proposer une réforme du calendrier, sur laquelle nous insisterons plus loin, et dont les bases sont pour nous du plus précieux secours. Nous avons dit plus haut quel éclatant témoignage le décret de Canopus est venu rendre aux succès des égyptologues.
Les monuments égyptiens du temps des Romaius présentent encore de grandes chances de découvertes. Dcndérah a tout dernièrement révélé de nouveaux souterrains à M. Duemichen et à M. Mariette. Une partie de leurs inscriptions publiées par ces savants montrent que les fondations du premier temple remontaient jusqu’aux temps les plus anciens, et que la tradition en Egypte donnait encore la main aux origines de la monarchie. Cette découverte ne peut donc qu’augmenter l’intérêt des longues inscriptions hiéroglyphiques qui couvrent les temples des basses époques, dans toutes leurs parties; elle montre que, malgré plusieurs siècles de domination étrangère, on peut espérer d’y recueillir beaucoup de renseignements d’un caractère purement égyptien.
Après avoir résumé les progrès de l’histoire pendant la période qui suivit l'expulsion des Pasteurs, période oit, malgré quelques lacunes, on peut se rendre un compte à peu près constant de l’enchaînement des faits et des monuments, il nous reste à parler plus brièvement du premier empire, sur lequel les découvertes sont plus récentes. Le premier empire des Pharaons commence à Menés, dans l’histoire comme dans les souvenirs consignés sur les monuments. Les premières notions vraiment critiques sur les plus anciennes dynasties ne datent que des recherches du capitaine Caviglia et de l’ingénieur Perring dans le groupe des pyramides de Gizch, et de la publication du colonel Howard Wyse '.
1 The pyrnmûU nf Gi:eh, 1
l'HOGRÈS HISTORIQUES.
Dans les cartouches royaux de Chufu, Chafra et Mcukara, il fut aisé de reconnaître d'abord Soujdiis, le Cliéojis d’Hérodote, puis le Chcphren du même historien et enfin le Mencherès de Manélhon, Mykerinos d'Hérodote. Le groupe des grandes pyramides était ainsi déterminé et rendu définitivement à la iv' dynastie de Manétlion. L’exploration des tombeaux de Gizch et de Sakkarah , accomplie par M. Lepsius, permit bientôt à ce savant de rapporter une quantité de cartouches royaux de la v° et de la vi' dynastie, et sou Livre des rois d'L/njpie donna dans un ordre satisfaisant la plupart des noms connus’. Toutefois il faut reconnaître que ce n'est que l'apparition de la table royale trouvée à Sakkarah par M. Mariette, et surtout celle de la nouvelle table d’Abydos, dédiée par Séli 1", qui ont fourni des données suffisantes pour coordonner avec certitude les noms royaux et par conséquent les monuments des premières dynasties. La table de Séti 1 er a été mise au jour par les fouilles raisonnées de M. Mariette, dans le grand temple d’Abydos; mais elle fut aperçue et publiée d'abord par M. Duemiehcn après une visite faite en l'absence de M. Mariette. Elle est d'une importance sans égale pour l’histoire de l’ancien empire; en la joignant aux fragments du papyrus royal de Turin, dont elle a indiqué la véritable place et souvent éclairci la lecture, MM. Ducinichcn, Mariette et Devéria restituèrent successivement une grande partie des listes royales des premières dynasties. Ce n’était là toutefois qu’une série de noms propres; M. de Itougé, dans son Mémoire sur les monuments des six premières dynasties 5 , montra qu'on possédait aussi les éléments d’une véritable histoire, du moins à partir du roi Snefru. Le plus ancien bas-relief d'Ouadi-Magarah , rappelant une victoire sur les populations de la presqu’île du Sinaï et la fondation d'un établissement égyptien dans celte localité, est du temps de Snefru.
1 I.ppsius , hôniffsbuch , Berlin, i85H. ( Mémoire* de V Académie de* inxcrifition* ,
* Mémoire sur le* monuments qn'on peut !.. XXV, Q r pallie). attribuer nu r sir première* dynastie* , elr.
ÉTLDES ÉGYPTIENNES.
Outre les mines de cuivre de ces montagnes, M. Rrugsch a constaté dernièrement que les Pharaons y avaient , depuis l'antiquité la plus reculée, fait exploiter les filons contenant des turquoises. M. de Rougé avait déjà signalé celte inscription du roi Snefru comme le plus ancien monument historique d’un Pharaon à nous connu; les tombeaux de Gizeh lui permirent de placer Snefru immédiatement avant Souphis (Chufu). M. de Rougé a joint, dans le mémoire précité, à l'enchaînement des familles royales, la recherche des principaux personnages de chaque époque, la définition de leurs charges dans l’Etat et dans le corps sacerdotal, et quelquefois le récit de leurs principales actions. Il a mis en ordre tout ce que l’exploration des champs funéraires de Memphis et d’Abydos pul lui révéler sur l’histoire de ces premiers temps. C’est ainsi qu’on apprit avec étonnement que sous les règnes de Papi— meri-ra (\i e dynastie) et de ses lils l’Égypte possédait déjà toute la Nubie; qu’outre ses propres forces, elle avait discipliné à son profit de nombreuses troupes étrangères, tirées surtout du pays des nègres, cl qu’elle envoyait de puissantes armées hors de ses frontières. Ces rois antiques avaient aussi fondé sur le llaut-Nil des établissements pour la construction des navires, et les Pharaons allaient, de leur personne, visiter cette partie si reculée de leurs domaines.
La restauration complète de la famille de Papi et l’histoire de sa dynastie forment, depuis le mémoire de M. de Rougé, un morceau bien complet; mais les temps qui suivirent restent très-obscurs. Les souvenirs historiques terminent la vi* dynastie par les malheurs de la reine Nilocris et de sa famille. Le nom de cette reine n’a été retrouvé jusqu'ici que dans le papyrus royal de Turin, où M. de Rougé l’a découvert 1 . La table de Séti 1 er et divers fragments du papyrus royal de Turin contiennent beaucoup de noms royaux qui appartiennent certainement aux vn e . vin, ix' : et \ c d\-
1 Examen de F onrmffa de M. de Uameu , 18/19.
nnslics de Manéthon; mais, pour tout cet intervalle, nous ne possédons guère que des listes de cartouches. Vers le temps qui correspond à la ,\i c d \ nastie de Manéthon, on peut citer le Pharaon S-anch-ka-ra qui dirigea une expédition en Arabie, étudiée tout dernièrement par MM. Goodu in et Chabas 1 , et la famille thébaine des Antef dont M. Mariette a particulièrement recherché et déterminé les sépultures dans la plaine de Gournab. Nos musées possèdent plusieurs boîtes de momies provenant des princes de cette famille royale; mais nous savons peu de chose de leurs actions. Ici encore les monuments partiels redeviennent assez nombreux et sont loin d’avoir dit leur dernier mot.
Nous sommes beaucoup plus avancés en ce qui concerne la xu' dynastie, où tout fait pressentir une, des époques les plus brillautes de la longue existence du peuple égyptien. Les traces de sa puissance et des grands monuments qu'elle avait élevés se trouvent depuis la Basse-Egypte jusqu’au fond de la Nubie. Amenemha I" eu est le chef; M. Lepsius a donné le premier l'ensemble de sa famille, et il a défini, dans le papyrus royal de Turin, le fragment qui la commence et ceux qui la terminent et en fournissent même le résumé chronologique. On sait donc, par ce témoignage authentique, que les Egyptiens évaluaient sa durée totale è deux cent treize ans; mais la répartition de ce chiffre entre les règnes partiels souffre des difficultés, parce que ces Pharaons eurent l’habitude d’associer leurs fils à la couronne, ce qui fut même quelquefois l’occasion d'un système de doubles dates sur les monuments. C’est ainsi que le conquit des deux premiers règnes a été éclairci par une stèle provenant des fouilles d'Abydos et interprétée par M. Mariette. Sa double date (l’an 3 o = l'an 10) montre qu’Amenemlia I er associa son fils Lsurtesen I er à la couronne, en l’an ai de son règne*. Ce fait se coordonne admirablement avec un document conservé dans un des papyrus de Berlin, expliqué par MM. Chabas
1 \V. (îootlwiu cl CbaUns, Voyage d'un * V. de Ronge, Album de lu misjtiou , Egyptien, vie. 1866. p. 56, N* i^G.
'il) ÉTUDES ÉGYPTIENNES,
el W. Goodwin. L’n personnage nommé Saneha, «pii avait quitté le service d'Amenemlia 1" et entrepris un voyage aventureux, raconte à un chef étranger les nouvelles de la cour d’Egypte. Amencmha vit encore, mais on ne le voit plus, et il est retiré au fond de son palais. Ses conseils aident son (ils lisurtesen à gouverner l’Egypte avec gloire el bonheur. Saneha raconte ensuite comment, après un long séjour hors d’Égypte, il reçut un message du roi el revint à la cour d’Usurtesen, qui lui donna de grandes dignités. Cette même tradition sur les deux premiers rois de la xu* dynastie est rappelée dans un morceau de littérature qui parait avoir joui d’une grande renommée; car ou en a retrouvé des fragments dans divers manuscrits de la XIX e dynastie. Dans cet écrit, intitulé <r Préceptes du roi Amencmha adressés à son fils, n le vieux monarque expose ses principes de gouvernement; il y résume lui-même les conquêtes de son règne en disant » qu’il a battu les f aua (en Nubie) et qu’il a ramené en Egypte les Mal’ aï. s Ce dernier peuple, Libyen d origine, fournit jusqu'aux derniers temps de la monarchie des légions spéciales aux armées des Pharaons ’.
M. Brugsch a mis à prolit, dans son Histoire d’Égypte, la grande inscription de Rcni-Hassan, qui donne la succession des quatre premiers rois de la xu* dynastie; il a également extrait les principaux documents des stèles gravées en Ethiopie par ces souverains qui consolidèrent et étendirent dans le Midi la puissance égv ptieune. M. Lepsius a fait remarquer les grands travaux exécutés h cette époque dans le Favoum. Nous retrouverons les admirables tom beaux de Reni-llassan en nous occupant de l'histoire des arts. Toutefois , si nous rappelons que la xn* dynastie a laissé des munu meuls importants à Tauis, à Héliopolis, à Ouadi-Magarah , à llammamat, dans l’Hcptanomide, dans le Favoum, à Karnak et dans la Nubie, il nous sera permis d attendre encore beaucoup des elTorts de la science pour compléter son histoire. Abvdos est le champ fu-
' \| «h* lltiüjy'. C.mvn iln (ÀtUfjfc tir. l’riutcr , 1 fcU»5.
PROGRÈS HISTORiyiKS. il
néraire de tous les grands personnages de celle époque; il a peuplé les musées d'Europe de ses stèles, et M. Mariette y a découvert récemment le colosse osirien d’Lîsurtcsen 1 er . Sa ligure a heureusement échappé à toute mutilation, et son profil purement égyptien rappelle plus qu'aucun autre le type national du fellah.
Le dernier cartouche de la xn* dynastie, Sebekneferu, est un nom féminin, suivant la remarque de M. de Rongé; la dynastie se terminait en effet par une femme, au témoignage de Manéthon. Les noms de Sebek-hotep et Nelèr-hotep se remarquent surtout dans la famille royale qui se soude à la précédente, et que la science compte comme la xiu* dynastie. Les monuments y deviennent plus rares: il en subsiste assez néanmoins pour établir, avec M. de Rongé, que le pouvoir souverain ne fut pas encore divisé. On a trouvé d’énormes colosses élevés par un des Sebek-hotep dans Elle d'Argo jusqu'au fond de l’Ethiopie, pendant que Tlièbcs et Abvdos gardaient aussi les souvenirs de leur royauté et (pie la Basse-Egypte elle-même envoyait les statues de ces rois à nos musées d'Europe. Les fouilles de M. Mariette oui découvert des colosses de la xm' dynastie dans l'enceinte du temple de Tanis. S’il y eut division du pouvoir, comme on peut le penser, à l'époque de l'arrivée des Pasteurs, cqui s’emparèrent du pays presque sans combat," suivant Manéthon, cette division est nécessairement postérieure à toute cette partie de la xm' dynastie. Pour les successeurs des Sebek-hotep et pour la xiv" dynastie, originaire de Xois.au témoignage des listes royales, il faut nous passer d’histoire et nous contenter d’une série de noms royaux qui correspond tant à une partie de la chambre des rois de Karnak qu’à de nombreux fragments du papyrus de Turin.
On retrouve quelques-uns de ces noms sur des monuments rares et peu importants, et qui néanmoins ne permettent pas de penser que res listes royales aient été grossies à plaisir. C’est dans un temps de profonde obscurité pour l'histoire, el probablement dans un temps de faiblesse extrême, causée par les divisions inté-
Heures, que les Pasteurs apparurent et purent insensiblement s'emparer du Delta et imposer enfin leur autorité aux princes de toute I Kgypte.
ÿ 3. CHRONOLOGIE, ASTRONOMIE, CALENDRIER.
On peut dire, sans exagération, que la chronologie de l'histoire égyptienne était restée tout entière dans le domaine des conjectures et des calculs ingénieux, jusqu'à l'apparition des épitaphes officielles des Apis, découvertes par M. Mariette dans le Sérapéum. La chronologie est une science exacte et ne peut sortir des méthodes mathématiques sans perdre tout sou caractère. C’est s'exposer à une véritable pétition de principe et vouloir bâtir en l’air que de commencer les calculs à Menés, comme on fa lait trop souvent. Il faut au contraire s’appuyer sur un terrain solide, et le canon de Ptoléméc fournit celle base indispensable, pour les derniers temps de l'histoire ancienne. La conquête de Cambyse est le point de suture nécessaire entre ce canon et les dates pharaoniques. Il est regrettable qu’on ne soit pas complètement d’accord sur l’année précise de celte invasion : M. Lcpsius place le triomphe des Perses à la cinquième année de Cambyse; M. llrugsch et M. de ltougé ont adopté la troisième année. Ces auteurs trouvent que cette date se concilie mieux avec les faits; elle semble d'ailleurs favorisée par l'épitaphe de l'Apis mort pendant le règne de Cambyse; malheureusement ce monument ne nous est parvenu que dans un affreux état de mutilation : mieux conservé, il eût définitivement tranché la question et relié le règne de Cambyse à celui d'Amasis par un chiffre certain. Suivant MM. Brngsch et de bougé, la fin de l’empire des Pharaons devra être placée en 5 27 avant notre ère.
Les épitaphes des Apis morts sous la xxvi* dynastie se suivent sans lacune; elles forment une série de chiffres précis, apportés par M. Mariette à la science et qui permettent de remonter sans interruption jusqu'à la première année de Psamétik I er , qui. d’après