EXI’OSE DES PROCHES
trahissent souvent une érudition de seconde ou de troisième main; mais il n’en est |>as moins vrai que cette publication est un service rendu à la science, et dont il faut savoir gréa celui quia mis ainsi à la portée de tous et à tin prix très-modique des ouvrages introuvables. L'opportunité et le mérite de ce service ne sont pas diminués par l’apparition simultanée d’une édition de ces mêmes auteurs, publiée à Moscou par M. Emin, ancien professeur à l'Institut LazarelT des langues orientales de cette ville, aujourd’hui directeur du Gymnase de Yolodimir; car cette autre édition ne l’emporte en rien sur celle de Srhahnazarian, et d’ailleurs il est presque impossible de s’en procurer des exemplaires, tant sont dilliciles et lentes, comme chacun sait, les communications avec l’intérieur de la Russie. Il est à souhaiter que les Pères mekhitnristes de Venise nous livrent enfin, avec cette supériorité de savoir et de critique qui leur est habituelle, ces textes précieux dont ils ont inauguré déjà la publication par une édition de Vartan, auquel est due une Histoire universelle, et de l’Histoire d’Arménie de Guiragos (Gyriaque), le narrateur des premières invasions mongoles en Arménie.
D'autres noms, appartenant primitivement à la même congrégation, mais qu’une fâcheuse rupture en sépara plus lard, rappellent la fondation à Grenelle, auprès de Paris, d’un second collège arménien, qui n’a eu qu’une existence éphémère, et d’un centre d’études et de productions littéraires qui, pour être d’un ordre élémentaire ou vulgaire, n’en ont pas moins un caractère d’utilité relative, et ne doivent pas être oubliées ici. Ces productions consistent principalement en traductions de quelques-uns de nos auteurs français les plus goûtés par les Arméniens, en dictionnaires, guides de la conversation , livres d’éducation primaire, eu ouvrages divers destinés à faciliter à la jeunesse arménienne la connaissance de la langue française, à répandre parmi elle des idées morales ou les notions les plus nécessaires des sciences historiques et naturelles. Parmi ces publications, on peut citer la traduction de Paul et Yirginic, celle du Télémaque et le dictionnaire arménien-français, ou-
vragesdeM. Ambroise Calfa, la traduction des Pensées de J. Droz, par le P. Gabriel Aïvazovski.
Une revue bimensuelle, intitulée la Colombe du Massis, sorte de Magazine, rédigée en arménien et en français et illustrée par des gravures sur bois, fut entreprise par les directeurs du même collège, pour révéler à l’Orient les merveilles des arts et des sciences de notre Occident. Il est à regretter seulement que ce recueil ait quelquefois servi d’organe ù des querelles religieuses et porte l'empreinte de l’animosité dont elles sont le mobile. Après avoir paru pendant quatre ans à Paris, il fut continué à Tbéodosie ou Calfa, lors de la translation en Grimée de l’établissement de Grenelle.
Lu travail né de cet esprit d’imitation de nos ouvrages élémentaires et didactiques français, mais d’une portée plus relevée, est la traduction en vers arméniens faciles et élégants des Harmonies de Lamartine, parM. Corènc Calfa, professeur au collège de Grenelle, qui, lui-méme, a composé dans sa langue maternelle des poésies qu’anime une douce inspiration, et qui ne sont pas dépourvues de sensibilité et de goût.
Tel est, en quelques pages, l’exposé du développement qu’a pris parmi nous la culture des lettres arméniennes. Ce mouvement, trèsfaible et borné dans les deux siècles qui ont précédé le nôtre, puis dirigé par une main habile mais réduite à ses seules forces, celle de Saint-Martin, a, depuis vingt-cinq ou trente ans, pris une rapidité et une extension marquées.
Quoique placée sous ce rapport dans des conditions inférieures à celles des pays dans lesquels a été englobé le territoire de l’ancienne Arménie et qui ont les sources à leur disposition, comme la Russie, la Turquie, ou au sein desquels existent de savantes, et riches congrégations, foyer actif d’études, comme Venise et Vienne, la France, il y a tout lieu de le croire, ne restera pas en arrière des nations que nous venons de nommer, et une noble émulation suppléera aux avantages matériels que des circonstances fortuites ont placés hors de chez nous.