GRAMMAIRE COMPARÉE DES LANGUES INDO-EUROPÉENNES
Au moment où nous prenons ce résumé des vingt-cinq dernières années, les études sanscrites étaient représentées en France par un homme supérieur dont le nom, qui n’a pas cessé de grandir, durera autant que ces études elles-mêmes. De la carrière d’Eugène Burnouf nous n’avons à retracer ici que la seconde moitié; mais les ouvrages dont elle est marquée se rattachent à des travaux antérieurs, qu’il faudra au moins rappeler brièvement.
Quoique le sanscrit, soit comme objet direct de ses recherches, soit comme instrument de ses découvertes, forme en quelque sorte le point d'attache de tous ses écrits, on peut établir dans l’œuvre d’Eugène Burnouf trois divisions principales : il s’est partagé entre la Perse ancienne, l’Inde bouddhique et l'Inde brahmanique. En outre, sans faire de la grammaire comparée l’objet spécial d’aucun de ses livres, il a mis eu lumière la méthode et il a étendu le domaine de cette science, par les grandes applications qu’il en a faites.
Dans son Commentaire sur le Vaçnu, Burnouf avait ouvert la voie à l’interprétation des livres zeuds. Il avait déterminé la valeur des lettres de l’alphabet, constitué la grammaire et commencé le vocabulaire de la langue iranienne. Avec une ampleur de développement qui est à la fois un enseignement et un moyen de coutrôle
ÉTUDE DU SANSCRIT, pour le lecteur, il l’avait fait assister à sou travail et lui avait montré par quels procédés d'induction et à l’aide de quels secours il était arrivé à ses découvertes. Une fois la route tracée et les principes établis, le même détail n’était plus nécessaire. Aussi le second et dernier ouvrage publié par Burnouf sur la littérature sacrée des Parses a-t-il un caractère différent du premier : au lieu d’un commentaire perpétuel, il nous présente une série de monographies. Moins célèbres que le Commentaire sur le Yaçna, les Études sur la langue et les textes zends 1 sont peut-être encore d’une plus haute valeur. Elles éclaircissent une partie des dogmes de Zoroastre, en marquent les traits de ressemblance avec les premières croyances de l’Inde et fixent les rapports exacts de la langue iranienne avec le sanscrit le plus antique. La mort a interrompu cette belle série de mémoires, de même qu’elle n’a pas permis à l’illustre savant de mettre la dernière main à son dictionnaire zend, dont le manuscrit en trois volumes in-folio est resté inédit.
Une autre suite d’études depuis longtemps entreprises par Eugène Burnouf avait trait au bouddhisme. H s’en était occupé dans son premier écrit et il y consacra ses deux derniers grands ouvrages. Dans son Essai sur le pâli, publié en collaboration avec M. Lassen.il avait montré la filiation et esquissé l'histoire de cet idiome. Il avait prouvé que le pâli, langue sacrée et savante, employée par les sectateurs du Bouddha à Ceylan, au Birman, è Siam, était dérivé du sanscrit, et que, parlé encore à Ceylan au v* siècle de notre ère, il avait été transporté, en même temps que la religion du Bouddha, dans les pays si divers où on le retrouve aujourd’hui. Depuis ce premier essai, Burnouf n'avait pas cessé d'amasser en silence de nouveaux matériaux et de compléter la connaissance encore imparfaite qu’il avait du bouddhisme. Aussi se trouva-t-il prêt, quand une occasion inespérée vint singulièrement élargir le champ de ses travaux.
1 Paris , 1 8 4 o-5 o. Ces études avaient Journal asiatique. Elles furent ensuite réupani par morceau v détachés dans le nies en volume.