CHRONOLOGIE, ASTRONOMIE. A
et l'enchaînement exact de leurs jours avec les jours de l’année julienne. Or, les données précises sur tous ces points manquaient absolument il y a quelques années, et il est juste de dire que M. Biot entreprit ses premiers calculs sur la foi d’interprétations incomplètes ou décidément fausses; les résultats de ses premiers mémoires ne pouvaient donc pas être historiquement exacts; toutefois, il montra la méthode à suivre, et il éclaircit singulièrement les conditions nécessaires au succès de ces sortes de recherches. M. Lepsius, dans son introduction à la chronologie, et, après lui, M. Brugsch et M. de Bougé soumirent à la critique les données archéologiques qui pouvaient fournir les premiers éléments aux calculs rétrogrades. C’est à M. Brugsch qu’on doit la première définition exacte des trois saisons ou tétraménics qui composaient l'année égyptienne, et par conséquent leur place naturelle dans l’année solaire. 11 fit voir que la première tétraménie était celle de l'inondation, la seconde correspondant au mot pre, que les Coptes appliquaient à l’hiver, et la troisième au mot sclidm, nom que les Coptes donnaient à l’été. Ces deux derniers noms ne pouvaient d’ailleurs présenter qu'une approximation, puisque les Coptes avaient dit traduire les noms des saisons grecques, de trois mois chacune, par des mots de leur langue s'appliquant il trois saisons de quatre mois. Le nom de la saison sclidm particulièrement ne pouvait signifier été que par extension, puisque l’été grec commençait quatre mois plus tard, au solstice, et en même temps que la saison du débordement du Nil. C’est ce que M. de Bougé fil voir eu montrant sur un monument d'El-kab la véritable signification des noms antiques de la deuxième et de la troisième saison. La saison pre était celle des semailles , et lu saison sclidm (ou scliemu) celle des récoltes 1 . L’ordre des saisons proposé par M. Brugsch était ainsi complètement vérifié, et l'on peut dire qu’il pouvait se
1 Voy. M. do Rouge,. 1 Vole sur lescondi- archéologique , 1 866 . et communications
lions préHnnuaires des calculs, etc. Ilcrue * diverse* faites à l'Academie.
'if. ÉTUDES ÉGYPTIENNES.
passer déjà de l’éclatante confirmation que lui a apportée le décret
bilingue de Canopus.
Quant à la longueur précise de l’année employée dans les dates égyptiennes, tout était également à vérifier. On savait en effet, par un imposant ensemble de témoignages, que les Egyptiens avaient employé, au moins à certains usages, une année vague de 365 jours, et cependant il était non moins certain qu’ils avaient connu une année fixe de 3G5 jours un quart, réglée, quant à son point initial, par le retour périodique du lever liéliaque de Sotliis (Sinus). Le jeu de cette année vague, retardant d’un jour tous les quatre ans dans l’année fixe sotliiaquc, forma celte période de rcslitution que les astronomes alexandrins et romains appelèrent la période sotliioque (on le cycle cynique). Parmi les ouvrages qui ont le mieux expliqué le caractère et la valeur de ces deux années, il semble qu’on doive surtout recommander le premier des trois mémoires posthumes de M. Letronne, qui a su trouver de nouveaux indices de l’antiquité vraiment égyptienne de la période sothiaque 1 . M. Lepsitis et M. de bougé soutinrent toujours que ces deux années, ainsi définies, avaient formé depuis un temps très-considérable la base de tout comprit riiez les Egyptiens. M. Brugscli prétendit néanmoins que les dates civiles étaient énoncées dans une troisième année toute différente. Cette année qui, suivant ce savant, aurait été fixe comme l’année sothiaque, mais dont le point initial aurait été celui de l’année alexandrine réformée par Auguste, devrait rire considérée comme la véritable année civile del’Egvple antique. M. de Rongé avait déjà démontré le peu de solidité des bases à l’aide desquelles s’élevait le nouveau système de M. Brugscb s , lorsque le décret bilingue de Canopus vint faire voir clairement que les dates civiles étaient énoncées dans l’année vague, et donner la vérification a posteriori qui manquait à la science sur ce point. I.es
1 A ourdies recherches sur le calendrier * Zeitschrift Jur (rgtjpt incite Sprache .
tirs anciens Egyptiens ( Mrm. de VAcad. des rlc. 1 865- 1 866. inscript, et belles-lettres , t. XXIV. page). .
CHRONOLOGIE, ASTRONOMIE. h 7
prêtres égyptiens expliquent en effet, dans ce lexte précieux, que l’année de 365 jours étant seule en usage, il résulte de celte longueur insuffisante que les l’êtes se déplacent constamment d’un jour tous les quatre ans par rapport à l’ordre naturel des saisons. Pour remédier à cet inconvénient, ils veulent attribuer à Ptolémée Kvergète la gloire de réformer le calendrier, et ils proposent d’ajouter, tous les quatre ans, après les cinq jours complémentaires, un jour intercalaire spécial qui sera consacré par une fête en l'honneur du roi. Ils constatent que dans cette année, la neuvième d’Ëvergètc, le lever de Sothis avait coïncidé avec le premier jour du mois de Payni (to c mois de l'année vague), L'intercalation décrétée aura pour effet de maintenir dorénavant ce lever au r r Payni, et de fixer l'année dans la position qu'elle occupe à cette date du règne d’Evergète *.
La question de savoir dans quelle mesure le décret de Canopus fut exécuté, et s’il composa réellement un nouveau style applicable aux dales civiles, au moins pendant un certain temps, est très-délicate, et sa solution doit résulter de l'examen des dates subséquentes. Les faits que constate le décret sont, quant au passé, de la plus grande importance : l’emploi de l’année vague pour les dates civiles ne peut plus être contesté, et la date du 1 " Payni indiquée pour le lever de Sothis à la neuvième année d’Évcrgètc est également un gain inestimable pour le chronologiste; c’est la vérification de tout l'enchaînement des jours de l’année vague avec l’année sotbiaque. Cet enchaînement est bien celui qu’indiquaient, les astronomes grecs, et sur lequel étaient fondées toutes les tables de concordance. Il s’y trouve néanmoins une différence apparente d’un jour dont il faudra chercher l’explication , car l’an neuvième d’Évergète correspondant à a3g-238 avant notre ère, le lever de Sothis y eût été placé, suivant les tables, au a Payni. La connaissance antique du déplacement continu de Solbis, avançant un jour