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S IV. ARTS, LITTÉRATURE. MOEURS, RELIGION

Après avoir résumé les progrès de l'histoire générale et de la chronologie, il nous resterait à rendre compte des faits qui caractérisent l’esprit d’un peuple, et auxquels l’école historique de notre temps est de plus en plus disposée à donner la première place parmi les sujets dignes de ses investigations. Mais ici l'analyse devient plus difficile; les notions nouvelles sont répandues dans tous les ouvrages des égyptologues, et la science n’est pas assez nuire pour réunir en un faisceau satisfaisant ses acquisitions sur les sujets si intéressants (pii composent le titre de cette section. 11 faudra nous contenter d’indications partielles. Sir G. Wilkinson a concentré une véritable mine de documents curieux dans son grand ouvrage intitulé Manners and cmtoms of the ancient Effyptians; mais l’élément historique manque souvent dans ce travail, d’ailleurs excellent, et les ligures des dieux, par exemple, sont presque toutes empruntées aux monuments ptolémaïques.

L'histoire des arts présente en Égypte des variations assez nombreuses, dans le style comme dans la beauté des monuments. Les

1 Voy. Revue contemporaine, numéro 1 Voy. Revue de l'instruction puhUtfuc,

du 3 o novembre i 80 a. janvier-février 1866.

Élude* Orientales. h

première explorateurs lie furent frappas que du caractère général d’uniformité que les règles hiératiques avaient imposé à certaines parties des arts; mais ce masque est trompeur, et l'étude approfondie des monuments fournil à l’archéologue l’occasion de signaler des différences extrêmement intéressantes. La première définition des caractères propres à l’art des dynasties primitives apparaît dans les deux Notices des monuments du Musée du Louvre rédigées par M. de Rougé (i85a-t 855). L’avant-propos de la Notice sommaire décrit (page aG) les caractères principaux de la sculpture primitive de l’époque des pyramides, avec des traits généraux, que d'éclatanlcs découvertes sont venues confirmer : c’est n l’imitation d’un type plus fort et plus trapu, s la recherche plus vraie et plus simple des formes naturelles. Le chef-d’œuvre de ce style, mis au jour par M. Mariette, la statue du Pharaon Chafra, montre de plus que le ciseau égyptien savait déjà se jouer des matières les plus rebelles et tailler des statues colossales dans les roches les plus dures. Les tombeaux du champ funéraire de Memphis ont révélé, dans les bas-reliefs et dans le tracé des inscriptions, une finesse de gravure, égale déjà, sous la v* dynastie, à tout ce que l'Égypte fit jamais de plus beau. Ils posent ainsi le problème, plus insoluble que jamais, d’un art primitif, et qui semble être déjà l'héritier de procédés d’une habileté supérieure. L’architecture effraie également l’imagination par la grandeur des pyramides, et inspire les mêmes réflexions par la perfection qu’on remarque dans l’exécution des diverses parties intérieures de ces prodigieuses sépultures des rois. M. Mariette, en découvrant le temple du sphinx, nous a probablement initiés aux premiers modèles architectoniques des temples. La richesse des matériaux y forme contraste avec l’extrême simplicité de la décoration : l'albâtre et le granit rose y sont seuls employés. Point de traces de colonnes; des piliers rectangulaires et monolithes soutiennent d'immenses architraves, et la symétrie des distances a été sacrifiée à la longueur respective des blocs de gra ■lit qui courent d’un pilier à l’autre. Dans la tombe de Ti (v c dy-

ARTS, LITTÉRATURE, MOEURS, RELIGION, nastie), sortie ('■gaiement des fouilles de M. Mariette , les piliers de proportions plus élégantes font déjà pressentir la colonne : sur les murailles et pour la décoration des portes, les seuls éléments d’ornementation admis dans le style primitif, à savoir la ligne droite et les lotus, composent un ensemble aussi simple qu’harmonieux. Le pilier rectangulaire aux belles proportions amène bientôt à la colonne polyédrique et, à la xn c dynastie, les tombeaux de Beni- Hassan fournissent le parfait modèle de cet ordre admirable que Cliampollion avait nommé protodorique. Le goût le plus délicat ressent une satisfaction complète devant les harmonieuses lignes de ces colonnes cannelées, et la riche imagination des Grecs n’aura plus qu’à enrichir ce thème déjà si parfait pour arriver à scs chefs-d’œuvre immortels 1 . Les monuments grandioses du second empire, malgré la richesse et la variété de leur ornementation, n’apportent peut-être pas, au regard de l’archéologue, une satisfaction aussi complète, et l’on retrouve avec un grand plaisir le style simple et sévère de la première antiquité, employé quelquefois par Toutmès 111, dans des monuments de petite dimension 5 .

C’est encore aux fouilles de M. Mariette que nous devons une page curieuse et entièrement nouvelle dans l’histoire de l’art : les monuments de l’époque des Pasteurs. Le ciseau puissant des artistes memphitesfut mis au service d’une race aux traits énergiques, et d’un type bien différent des formes allongées et amaigries qu’on rencontre habituellement vers la xm* dynastie. Rien de saisissant comme l’aspect de ces figures au nez large et recourbé, aux pommettes saillantes, aux lèvres déprimées vers les coins, physionomies hautaines et dédaigneuses, accoutrées avec une véritable crinière et avec des oreilles de lion, ou avec de longues boucles de cheveux retombant sur les épaules. La diorite dans laquelle ces monuments sont tous taillés ajoute à leur effet par le sentiment

1 Voir Notice gommai re des monuments * Voir Album de la mission de M. de égyptiens du Loutre, p. 37 el suiv. Itougé, pl. 61.

ÉTl'DES ÉGYPTIENNES.

d’une impérissable dureté que révèle l'aspect de son grain serré et par sa couleur sombre 1 .

Si la sculpture du second empire a quelquefois produit des œuvres d'une extrême finesse, surtout quant à la pureté des profils humains, il est juste de reconnaître qu’elle abandonna trop généralement, surtout à Thèbes, les beaux principes de l’art meinpbile des premières dynasties. L'abus réitéré des modèles hiératiques avait fait dégénérer jusqu’au tracé le plus déplorable les lignes qui reproduisent le dessin des membres humains. Tout muscle et toute vie a disparu de ces silhouettes uniformes qui semblent découpées d’après un mannequin.

Memphis retrouva une ère brillante de l'art sous les Pharaons de la famille de Psainétik 1 er . 11 semble que son école ail toujours été mieux douée que celle de Thèbes. La grâce et la vie reparaissent dans les œuvres des Saïtcs, et c’est encore M. Mariette qui nous en a révélé les chefs-d'œuvre, tant dans la statue d'albâtre de la reine Ameniritis que dans les ravissantes figures sorties des dernières fouilles de Sakkarah.

Le gouvernement français prépare à l’histoire des arts en Egypte un véritable monument : la publication des matériaux réunis par M. Prisse dans ce but spécial rendra un grand service à l’archéologie, car aucun artiste n’a saisi avec autant de sûreté les nuances fines et très-variées des divers styles égyptiens. Il ne nous reste qu'à appeler de tous nos vœux l’achèvement de ce magnifique ouvrage.

Les meilleures notions sur les mœurs des Egyptiens sont répandues dans l’ouvrage de Sir G. Wilkinson 2 ; beaucoup de traits intéressants sont aussi épars dans les publications des égyptologues. Le travail spécial que M. J.-J. Ampère avait entrepris pour éclaircir la question des castes n’a malheureusement pas été terminé. En fait de questions particulières, il y a lieu de signaler les connais-

1 Voir Allitnu Je In million de M. (ti> Bougé. |il. 1 1 G-i nh. — 1 Mnnneri mul cuitoms, rl<*.

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