‹ Progres des etudes relatives a l'Egypte et a l'OrientChapitre 8 sur 37 · ARTS, LITTÉRATURE, MOEURS, RELIGION · texte numérisé non relu

ARTS, LITTÉRATURE, MOEURS, RELIGION

sanres nouvellement acquises sur la médecine des Egyptiens. Un manuscrit hiératique du musée de Berlin, publié et expliqué par M. Brugsch, a révélé le style de leurs formules médicales. M. Chabas a repris ce sujet et déchiffré aussi quelques parties nouvelles du manuscrit 1 . A côté de recettes puériles, on peut distinguer les germes des vrais principes de toute science médicale, à savoir l’étude des principales parties du corps humain et l'observation des symptômes dans quelques maladies. Plusieurs manuscrits du même genre sont encore signalés, et de leur étude comparée résultera nécessairement plus tard une connaissance exacte de la science médicale chez les Egyptiens, si toutefois le nom de science peut être appliqué à un aussi bizarre assemblage de pratiques, dont quelques-unes du moins n'ont pu avoir un but sérieux.

Parmi les monuments qui permettent de pénétrer dans la vie intime des Egyptiens, il en est toute une série qui s’est révélée successivement par les progrès de la science, et qui promet les fruits les plus inespérés comme les plus riches et les plus variés : nous voulons parler des monuments purement littéraires. L'éveil avait été donné sur ce point par la publication des papyrus Sallier et Anastasy; mais ce n’est que par la traduction du petit roman intitulé Y Histoire îles deux frères * qu'on eut la première preuve de ce que pouvait fournir en ce genre l'antiquité égyptienne. A côté des hymnes sacrés et des pièces officielles de toutes sortes, il y avait une littérature de pure imagination. Des compositions sur les matières les plus diverses se sont rencontrées dans ces manuscrits. AI. W. Goodv in a donné, dans le Recueil de l'Université d'Oxford et dans le Frazers magazine, des extraits considérables de ces sujets variés, traités par les scribes de la xix c dynastie comme simples thèmes d’exercices littéraires. Outre le fragment, malheureusement trop mutilé, qui contenait la légende du roi pasteur Apapi (Apophis), M. de Rougé a élucidé le calendrier conservé dans les pa-

1 Llutbas, Études éffÿptoloffiifues , I. — 1 Y** tic Rongé. Xnticc sur un mnnusrrit tirn , rtc. Berne nrchcohfrùjue , 18.12.

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pyrus de la collection Sallier et rempli des indications les plus curieuses; c’est également dans la mémo collection qu'il a recueilli le premier texte du poëme de Pentaur 1 sur la campagne de Ramsès II. MM. W. Goodwin et Chabas ont, dans ces dernières années, réuni leurs efforts pour la traduction de quelques-uns de ces morceaux littéraires et nous ont donné récemment le I oyage en Syrie, partie considérable d’un des papyrus Anastasy, publiés par le Musée Britannique.

Quant au mérite littéraire de ces compositions, s’il nous est difficile d’apprécier aujourd'hui les délicatesses de style dont se vantent souvent les scribes égyptiens, nous pouvons néanmoins reconnaître facilement la belle ordonnance du petit poëme de Pentaur, le mouvement du récit et l’élévation réelle des pensées, surtout dans la belle invocation adressée à Arumon par Ramsès, dans le danger qui le menace 1 . On ne peut non plus refuser une conception élevée, des images saisissantes et des expressions remarquables A certains passages des hymnes déjà connus. On peut citer aussi, comme un des documents les plus intéressants qui aient été fournis par les papyrus, le compte rendu d’un jugement prononcé par une commission royale siégeant à Thèbcs et conservé dans le Papyrus judiciaire du musée de Turin, qui a été traduit et expliqué par M. Devéria (Journal asiatique, 1866). Nous assistons là à l’instruction et au jugement d’une sorte de complot dont le 1ml nous est mal défini, mais où le gynécée royal fut singulièrement compromis. Le crime entraîne la peine capitale, et le châtiment atteint, outre les criminels, tous ceux qui avaient manqué de surveillance et même certains juges qui sont, à leur tour, considérés comme complices et encourent pour leur faiblesse (ou peut-être pour leur justice) la colère du Pharaon.

Tous les textes que nous venons d'indiquer appartiennent à la xvm c ou à la xix e dynastie; mais le premier empire eut déjà sa

1 Voir Ifi Pwnir rlc Vculauv.

ARTS, LITTÉRATURE, MOEURS. RELIGION, littérature, et nous en possédons encore quelques monuments. Les papyrus de Berlin nous ont conservé deux compositions du temps de la xu e dynastie. Tout événement, vrai ou fictif, fournissait matière à des développements littéraires. Dans le premier document, un pauvre paysan est injustement privé de son polit domaine par un fonctionnaire avide. L'auteur prend de là occasion de faire rédiger par l’opprimé des requêtes très-dévcloppées et qui deviennent de véritables tirades sur les devoirs des hommes et particulièrement sur la justice; mais ce morceau curieux n’a encore été interprété que partiellement. Le second papyrus est le récit d’un aventurier et nous a fourni plus haut quelques détails sur le commencement de la xn' dynastie; il a été traduit en grande partie par M. Goodwin.

C’est au même savant et à M. Chabas qu’on doit l’interprétation de quelques fragments du plus ancien de nos manuscrits égyptiens, c’est-à-dire le livre des sentences de Plah-hoiep , donné par M., Prisse à la Bibliothèque impériale. L'auteur était uh prince de la v* dynastie; il se représente comme accablé de vieillesse et invoque d’abord le secours d’Osiris pour donner aux hommes les fruits de son expérience.

Le livre est rempli de préceptes de morale et de conseils de toute sorte pour la jeunesse. Ce sont là les sources les plus pures et les plus fécondes où l’on devra puiser les notions intimes sur les mœurs et le caractère des anciens Égyptiens. Ces documents se multiplient, et ils ouvrent à l’étude un champ qui ne sera pas épuisé par une seule génération de savants.

L’Egypte est un monde qui parait se dilater et s’agrandir à mesure qu’on l'étudie, et la mythologie y forme à elle seule un monde nouveau qui embrasse le ciel et la terre. Le Panthéon égvptien de Champollion était une œuvre prématurée, et néanmoins quels aperçus profonds (et vérifiés par la suite) contient déjà cet essai du maître! Les principales divinités de l’Egypte V furent dénommées et expliquées avec quelques-uns de leurs attributs.

âfi

Le résumai mythologique qui accompagne les figures (les dieux dans la Gallery nf K/ri/ptian antif/uilies du Hrilisli Muséum ( 1 8 /| 4 ) marque un très-grand progrès. M. Bireh y définit chaque personnage divin à l’aide de textes purement égyptiens qui en établissent la véritable physionomie.

11 reste énormément à faire dans cette partie de la science, et néanmoins il ne faut pas méconnaître les travaux remarquables auxquels elle a donné lieu. Sir G. Wilkinson a réuni une grande collection des divinités égyptiennes dans les planches de son bel ouvrage, Manuers and cuxloms, etc. Mais il était nécessaire d’introduire dans l’étude de la mythologie égyptienne deux éléments de critique qui avaient manqué à tous les premiers ouvrages sur cette matière , à savoir, la définition des cultes locaux et la distinction des époques 1 . C'est le seul moyen de se reconnaître dans ce labyrinthe orné de fictions si variées et peuplé de personnages divins si nombreux.

L’Ilgypte pharaonique est un empire composé d’une multitude de familles et de cités, qui toutes ont conservé, avec une incroyable persistance, les noms et les formes de leurs divinités propres et les particularités de leur culte et de leurs symboles. Chainpolliou a le mérite d’avoir posé les premières bases de cette étude des dieux locaux; mais c’est à la géographie de M. Brugsch* qu’on doit le premier travail d’ensemble sur cette matière, ainsi qu'une multitude de documents nouveaux. Il a été suivi dans cette voie par M. Jacques de Bougé, qui a commencé la publication et l’explication de toute une série de textes géographiques, recueillis pendant la dernière mission française. Les dieux de chaque nome y sont énumérés ainsi que les principales circonstances de chaque culte; les jours de fête et les noms spéciaux des prêtres et des prêtresses de chaque région figurent également dans cette statistique reli-

1 Voy.M. de Rouge, \oticc sommaire, Ægyptens , U I, 1867; l. Il, 1 858 et

elc. page ion. 18G0.

* Brtigscli , Die Géographie des allen

ARTS, LITTÉRATURE, MOEURS. RELIGION, gieuse, gravée sur les soubassements des principales salles et des galeries du temple d’Edfou

La participation des femmes au sacerdoce est aujourd’hui un fait avéré pour presque toute la surface de l’Egypte, et M. de Rongé a constaté, dans son Mémoire sur les si.c premières dynasties, que les reines et les princesses du premier empire étaient toutes revêtues, comme h l’envi , des premières dignités sacerdotales. On a même pu établir que, dans le second empire, les familles royales thé— haines avaient constamment conservé le sacerdoce féminin d'Ammon comme une marque du sang royal et des droits héréditaires à la couronne 5 . Ce trait important des mœurs égyptiennes, qui se lie à la condition élevée accordée aux femmes dans la société égyqitienne et avec leurs droits à la succession royale, parait avoir été méconnu par Hérodote.

La persistance des types divins dans chaque localité est un autre fait très-considérable qui a été mis en lumière d’une manière éclatante par toutes les fouilles sans exception. Les temples furent toujours rebâtis ou restaurés en l’honneur des mêmes divinités, et souvent aux mêmes lieux où d'anciens sanctuaires étaient tombés en ruines. La tâche qui incombe aujourd'hui à la srience consistera à définir, à l'aide du dépouillement des textes, quelle était la physionomie particulière de chaque école religieuse, et à quels symboles elle avait particulièrement confié ses doctrines. Quant aux publications qui ont commencé l’inventaire de la mythologie égyptienne et débrouillé avec succès quelques-uns de ses chapitres, on peut citer la dissertation de \L Lepsius sur le premier cycle des dieux égyptiens 5 . La dissertation de M. Mariette sur le culte rendu aux taureaux sacrés et sur le rôle divin attribué à la vache, mère d'Apis, doit également être signalée à l’attention des

1 Jnrqut’s de Rongé, Textes grogm- > année 1 865 , Monte. de Thèbes,

jtJiifjuex du temple d’Edfou , Reçue archéo- ’ 1 Lopsitis, Eviter den ersten Gôtlcrkreis ,

logique p iHfi.j, i 8 GG, 18 G 7 . de. l85l.

* Jacques île Roii/jé, Rerue tirchrolo-

savants. M. Chabas a, tle son côté, fait de bonnes recherches sur le culte d'Osiris, en traduisant un hymne à ce dieu 1 . La notice sommaire des monuments égyptiens du Louvre contient un résumé substantiel des notions acquises sur chaque groupe divin*.

Au milieu de cette foule de personnages mythiques empruntés à tous les nomes et à toutes les fictions, c’est l'honneur de l’archéologie d'avoir su distinguer et mettre en lumière deux points fondamentaux qui restèrent constamment en honneur, et qu’on peut considérer comme la nuée lumineuse qui ne cessa de guider les croyances égyptiennes au milieu des divagations populaires et sacerdotales : I unilé <1 un Dieu suprême et Timmorlàlité de l'âme. Suivant la doctrine résumée par M. de Rongé’, le Dieu suprême de l’Egypte est bien tel que le décrivait Jamblique mm, existant par lui-même, éternel et créateur de tout ce qui existe, n

L'idée de l’émanation divine servit à concilier celle unité suprême avec le polythéisme le plus développé. M. de Rougé fit voir le premier anneau de cette chaîne dans le mystère de la paternité divine telle que l’exposaient les textes sacrés de l’Égypte. L’inscription de la statuette naophore du Vatican, décrivant sommairement l’initiation de Cambyse aux doctrines de Neith, à Sais, fut pour lui l’occasion de réunir les textes fondamentaux qui montrent le Dieu suprême se reproduisant perpétuellement lui-même cl se montrant successivement sous les caractères de père et de fils, sans cesser toutefois d’affirmer son unité. C’est le un de un, dit un hymne du Musée de Leyde; Jamblique dira plus tard, le premier de premier. L’espace céleste jouant le rôle du sein maternel pour celte mystérieuse et éternelle génération devient la déesse mère, Neith à Sais, Mauth à Thèbes. Toutefois le personnage du fils se dédouble promptement, au moins pour le vulgaire, et le produit divin est manifesté au monde : à Sais, le soleil fta est le fils de Neith; à Memphis, c’est aussi le soleil qui reçoit pour père

’ Revue arch. 1 85y. — 5 M. do llotijd. Notice sommaire, monuments religieux . —

* Xodce sommaire, jwjjo io3.

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