ARTS, LITTÉRATURE, MOEURS, RELIGION
Tanen, un des noms de Plah créateur; à Thèbes, le fils prend le nom mystérieux de Chons et s’identifie à la lune. Dans le sanctuaire de Karnak, Ammon est qualifié mari de sa mère, et l’on voit que, dans celle première légende, le père et le fils restaient unis dans la même personnalité.
Le plus important des textes religieux connus et expliqués jusqu’ici est sans contredit le chapitre xvu du Rituel funéraire', qu’on a caractérisé à bon droit comme s le formulaire de l’initié, n Chaque point de la doctrine y est exposé par des formules, souvent fort obscures, et sur lesquelles le défunt est censé subir une sorte d’interrogatoire. 11 répond à chaque verset par une explication, quelquefois aussi obscure que le premier texte, souvent aussi plus intelligible pour nous. Au milieu des ambages cl des symboles de toute espèce, on peut néanmoins saisir avec certitude les principaux traits de la doctrine sur le mystère du Dieu suprême, sur les ténèbres primordiales, sur l’apparition première du soleil et le commencement du monde, enfin sur l'immortalité et le but final de l’âme.
Le recueil de textes sacrés que l’on trouve avec les momies et auquel Champollion a donné le nom de Rituel funéraire est particulièrement consacré A cette dernière partie de la doctrine, qui parait intimement liée avec le culte d’Osiris. On a pu constater que ce culte était répandu par toute l’Egypte, et que les reliques matérielles de ce Dieu étaient vénérées dans diverses cités 3 éparses dans toute la vallée du Nil. Osiris, par sa vie supposée, par sa mort funeste et par sa résurrection, était le type de l’homme et revêtait spécialement pour l’âme le caractère de Dieu sauveur. Tout le Rituel montre l’âme justifiée s’identifiant à Osiris pour ressusciter et s'immortaliser avec lui. Son cuite est extrêmement ancien en Égypte. Celui de son antagoniste. Set ou Typhon, ne l’est pas moins. M. de Rougé a fait remarquer que, dès la iv e dynastie,
1 Voy. M. île Rongé , bludessnr le Rituel * Jacques du Rongé , Rerue arehéol q-
funernire, Rerut archéologique, 1860 [ ) r ‘ r } tif > *866,
Set était le représentant de la souveraineté de la Basse-Egypte, comme Horus, vainqueur de Set à son tour, personnifiait la royauté de la Haute-Egypte. Le cycle d’Osiris, qui comprend Isis, Set, Neplilhys, Horus, Thoth et Anuhis, était complet dès l’origine de la monarchie pharaonique; il joue le premier rôle dans les doctrines funéraires. L'ensemble de ces doctrines a été connu des anciens, et, en général, Champollion en a bien saisi l'esprit dès ses débuts. La publication du papyrus Cadet, contenant un bon exemplaire du Rituel funéraire, fut suivie de celle, du grand rituel de Turin, mis entre les mains des savants par M. Lepsius; c'était le premier pas fait dans d'immenses études qui défièrent longtemps les efforts de l'interprétation.
Nous avons dit que ces textes étaient aujourd’hui abordés avec succès. M. Brugsch a publié les invocations qui composent les premiers hvmnes, et divers autres chapitres ont déjà trouvé des interprètes; toutefois, c'est une moisson dillicile et à laquelle les ouvriers les plus intrépides pourront travailler pendant de longues années. Les hymnes du Rituel sont les Véda» de I Egypte, et il serait très-intéressant de déterminer l'antiquité respective des divers morceaux réunis dans ce livre. MM. Lepsius et AV. Gooduin ont appelé l'attention sur cette question. Plusieurs fragments importants ont déjà été reconnus dans les monuments de l’ancien empire. C’est ainsi que le chapitre xvu, oà se trouve le formulaire que nous avons expliqué plus haut , existait déjà, dans scs principales parties, avant la xu e dynastie. Le chapitre lxiv, qui contient un bel hymne consacré à l'immortalité de l ame, est également d’une haute antiquité. Il est donc permis d'affirmer que les deux grands dogmes sur lesquels nous avons insisté, parce qu’ils attestent l'unité divine et la dignité humaine, appartenaient à la race égyptienne depuis son berceau. On ne peut les présenter ici ni comme le fruit tardif d’une civilisation plus développée ou d'un âge plus littéraire, ni comme le produit d’une importation étrangère. L'expression Dieu est familière à Plah-hotep, l’auteur de notre plus ancien papyrus, et il
ARTS. LITTÉRATURE, MOEURS, RELIGION, se réfère à Dieu connue à la source de tout précepte moral. La science qui peut déjà apporter un tel résultat à l’histoire antique a le droit de dire que les travaux les plus pénibles sont déjà récompensés.
FIN
UES KTl'UES ÉGYPTIENNES.