‹ Progrès et bonheur; philosophie, morale et science du progrès et du bonheurChapitre 10 sur 30 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Religiosité eomme Ueteor do Bonhear

La foi est un suprême bienfait pour les âmes. Sans elle, la vie devient incolore, sinon triste et son intérêt s'évanouit. L'indifférence et l'ennui envahissent notre conscience. Peu à peu elles préparent un terrain propice où grandit le mécontentement. La vie nous devient à charge. Nous nous sentons malheureux comme le serait un homme condamné à séjourner dans l'obscurité. C'est la foi qui triomphe de nos misères, de nos découragenients, de nos faiblesses. C'est elle qui embellit la vie, en lui donnant un idéal; c'est elle qui la fortifie, en lui assignant un but ; c'est elle aussi qui nous permet de vivre toute notre vie, " en promettant aux existences les plus moroses des récompenses joyeuses, comme couronnement de leurs efforts. Quel que soit son objet : Dieu, patrie, famille, science ou humanité, elle donne un parïum enivrant à la vie. Une conscience sans ta foi est une demeure froide et ténébreuse. Elle précipite la perte de celui qui s'y trouve enfermé.

Le sort de la foi fortement atteinte désole et rend mornes nos contemporains. On a tenu à la proscrire comme opposée aux intérêts de la vie réelle. On a •tenu à l'attaquer sous prétexte qu'elle n'est point con- . forme aux méthodes scientifiques en vigueur. Enfin,

FiNOT. — Progrès el Bonheur. 8

ni PROGRES ET BOMIEIR

en i'idenli fiant avec ta religion, on a su en détacher ceux qui ne se rOsignent pas à marcher dans les ornières tracées par les Eglises.

Conspuée, humiliée ou abandonnée, la foi déserte nos âmes, et avec elle s'évanouissent fous les enthousiasmes qui embellissent et forliflenl la vie. Les religions, elles-mêmes, en souffrent, car au lieu de vrais croyants, animés par la foi, elles n'ont plus souvent que des calculateurs qui les acceptent comme des nécessités sociales ou des moyens politiques.

Or, la foi est une des sources les plus vives et les plus éblouissantes du bonheur. C'est en son nom qu'il faut l'émanciper de la tutelle de ses ennemis.

Sans elle, la vie deviendrait impossible. Car qu'estce que le devoir lui-môme, qui soutient les individus, les patries et l'humanité, les hommes religieux et surtout ceux qui ne le sont point, sinon un article de foi mystérieux, insaisissable, qui se passe de toute raison et de tous les arguments ? On a beau décomposer le devoir, on a beau l'expliquer : audessus de toutes ces explications plane, souveraine, la foi qui l'illumine de ses vertus. C'est elle qui lui procure le cachet de nécessité inévitable. Le devoir s'évanouil, si la foi cesse de lui tenir compagnie.

On a tort de ne pas voir dans la foi, sous toutes ses formes, un pendant de la religion. Toutes deux s'enchaînent et s'identifient. La religion est impossible sans la foi, tandis que toute foi sincère équivaut à une religion. Leurs objets peuvent varier, mais leur

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essence est la même. Envisagées à ce point de vue, la i-eligion et la foi deviennent des attributs de l'homme conscient. Leurs formes multiples subissent des modifications radicales, mais leur principe élémentaire surnage toujours. Nous ne concevons pas une humanité future sans la foi, comme on ne conçoit pas celle d'aujourd'hui sans la religion. La religion et les religions, à mesure qu'elles évoluent, se dissolvent dans une sorte de religiosité, domaine uo loi vague où les dogmes perdent leurs contours nets et prennent la forme des aspirations indéfinies. La foi et la religiosité ont existé de tout temps ; les religions sont de création plus récente. Ce n'est qu'à la suite de Bouddha, Confucius, Zarathoustra, Moïse, J ésus-Christ ou Mahomet, que les religions dogmatiques apparaissent. Les prélendues religions de la Grèce n'avaient point de dogmes obligatoires. Elles ne connaissaient et n'imposaient aux citoyens que des rites extérieurs. La divinité suprême des philosophes grecs n'était que la raison. Aristote mettait la natufe elle-même bien au-dessous de la raison, qu'elle ne pouvait égaler.

Plusieurs conditions manquaient aux Grecs pour transformer leur mythologie en religion : un révélateur, un livre sacré et un système tbéologique. Pas uu Grec n'avait osé se mettre entre l'Olympe et les simples mortels, en qualité d'intermédiaire; pas un aussi n'avait rédigé des livres sous la dictée des dieux. La Grèce n'avait pas non plus une théologie spéciale, codifiant le sacerdoce et les façons de célébrer les dieux. La volonté et le caprice des individus ne cessaient de régler les cérémonies. La religion des

Grecs n'était qu'une imagerie des poètes. Leur génie en avait fourni la base et les ornements. Les tentatives des pythagoriciens de donner à la foi grecque un cachet plus stable des religions révélées n'ont jamais abouti. La crédulité grecque, libre dans ses mouvements, n'a lait que peupler de variantes infinies, les cadres des poèmes, légués par les aïeux.

On méconnaît le passé et l'on tait bon marché de l'avenir, si l'on considère l'humanité comme impossible sans religion dogmatique.

Fions-nous à l'âme humaine. Elle est plus vaste que toutes les religions et plus profonde que toutes les écoles philosophiques. Elle les abrite et les crée. Toutes se résolvent en elle et naissent, en elle. La faillite d'une religion ou d'un système philosophique ne veut point dire la faillite de notre âme. Dans sa marche vers les étoiles, celle-ci a surmonté toutes les crises passagères des rehgions et de la raison.

L'histoire des relations de la science et de la religion n'est qu'un grand cimetière où se trouvent enterrées les conceptions les plus opposées. La raison qui incarnait la science, et l'émotion religieuse qui prenait la forme de religions diverses, se trouvaient tantôt fondues en un seul bloc, tantôt séparées sous un régime de dépendance et d'égalité, ou bien en lutte ouverte et finalement enfermées dans des pays aux frontières nettement limitées. Que de doctrines disparates ! Que de religions dissemblables !

Dans la lutte de la pensée libre contre les dogmes, les chances de la victoire ne sont point du côté de ces der-

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niers. Les conquêtes de la science, vulgarisées par l'insfruction laïque rendue obligatoire, minent de plus en plus les dogmes religieux. .Tout le mondç avoue que les religions perdent du terrain. Personne n'ose pourtant concevoir leur retour offensit. Cela paraîtrait illogique, comme le serait un mouvement en arrière. Les religions, pour subsister, doivent pactiser avec la pensée indépendante. Or, celle-ci, en s'infiltrant dans le domaine religieux, détruit toutes ses bases principales. La. croyance au paradis ou à l'enter, principe essentiel de toute religion dogmatique, s'évanouit à mesure que la science fait reculer les limites des cieux et augmente le nombre des mondes. L'homme d'aujourd'hui sait que les diverses espèces animales vivant autour de nous dépassent deux millions et que les espèces de plantes, enregistrées par les botanistes, atteignent environ trois cent cinquante mille. La science a infligé des blessures mortelles à l'orgueil enfantin de l'homme. Il n'ose plus se croire le seul privilégié au milieu des myriades de mondes et d'êtres dont la plus grande partie échappe encore à sa compréhension. Convaincu que la terre n'est qu'une goutte de boue dans la vaste économie de l'Univers, l'homme moderne ne 'se pose plus en enfant unique d'une combinaison divine. Son ambition démesurée se détourne du ciel qui l'humilie. Il cherche un apaisement de ses inquiétudes sur la terre, qui lui sourit davantage. Ce mouvement s'accentue. Les rehgions, qui comprennent les bénéfices de l'opportunité, ouvrent les portes à leur adversaire séculaire. Le modernisme sous toutes ses formes pénètre l'Eglise et les églises. Prises entre deux feux,

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l'invasion du dehors et la révolution du dedans, les religions jettent du lest. Elles se débarrassent des éléments qui, après les avoir fait vivre pendant des siècles, ne pourraient aujourd'hui que les faire mourir. Elles se spiritualisent, et approchent ainsi de la religiosité qui est et sera de tous les temps.

On a créé une confusion rcgreltable entre la religion et la religiosité. Or, la première reste incompréhensible en dehors d'un culte, d'un ensemble de dogmes formant une religion positive. La religiosité n'est qu'une qualité particulière de notre conscience. Elle vise les sentiments de l'au-delà, en dehors de tout culte, de tout dogme. Un homme qui ne professe aucune religion peut avoir de la religiosité. On a beau ne pas être catholique, musulman ou juif, on peut quand même croire à la Raison divine des choses, dont l'humanité n'est qu'une simple manifestation. Les savants les plus sagaces font souvent bon marché de cette différence. Dans leur égarement, ils vont jusqu'à demander à la science de devenir religieuse, et à la religion de devenir scientifique.

C'est ainsi que Huxley nous dira que : " la vraie science et la vraie religion sont des sœurs jumelles et leur séparation serait la mort certaine des deux. La science prospère autant qu'elle e.st religieuse et la religion fleurit en proportion exacte de la profondeur et de la solidité de la base scientifique. >■ — « La vraie science, prétend Herbert Spencer, est essentiellement religieuse. »

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La religion étant basée sur l'autorité, et la science sur le libre examen et l'expérience, on ne conçoit pas facilement la possibilité et les avantages de leur accouplement. Comment réconcilier ces deux extrêmes? Comment surtout réconcilier ces deux principes, qui paraissent s'exclure mutuellement ? A force d'avoir mal choisi le terrain d'entente, on risque de brouiller davantage les deux adversaires. Pourquoi ne pas les abandonner à la logique de leur sort? Leur antagonisme se réduit au caractère de l'esprit qui les anime. Il y a un esprit scientifique. Il y a, en outre, un esprit religieux. Tous les deux régnant dans des domaines divers, peuvent continuer à y agir, sans se troubler mutuellement. Toute la question est là, selon la belle remarque de E. Boutroux : l'esprit scientifique qui, chez certains de ses représentants, se donne pour la négation de l'esprit religieux, l'exclut-il en effet, ou en laisse-t-il substituer la possibilité?

Si l'on admet que l'esprit religieux n'est, dans son expression élevée, que là religiosité qui se perd dans l'empire sans bornes des mystères éternels et insolubles, allant de la complexité des mondes et des choses vers l'au-delà qui nous trouble et nous attire depuis le séjour de l'homme sur la terre, la réponse ne peut pas être douteuse. Oui, il y aura toujours une zone vaste et neutre. La philosophie des religions y rencontrera la philosophie des sciences. La pensée religieuse pourra y fraterniser avec la pensée scientifique dans une émotion sublime de l'Inconnu, en marche vers l'Inconnu.

Car l'évolution religieuse qui embrasse toutes les

croyances, sous l'influence de la mentalité moderne, dégage de plus en plus les principes moraux et ruine les dogmes cultuels et les rites. Elle fait plus : elle enlève aux dogmes leur cachet d'absolu et les force à se mettre d'accord avec la pensée indépendante.

Les cultes et les dogmes, en se modifiant, s'achemineront vers cette religiosité ' dans laquelle communiera l'hunjanilé de demain. Elle sèmera sur sa route les erreurs et superstitions qui divisent les âmes, pour ne garder que les vérités qui les rapprochent.

La civilisation et le progrès social démontrent la nécessité et les bienfaits de l'union des humains. Les croisements des peuples et des races augmentent tous les jours. La science et les littératures deviennent communes. Les lois internationales élargissent leur domaine. Comme le timbre de l'union postale, il y a une pensée qui domine toutes les divergences d'idées et d'intérêts. Les religions doivent, comme toutes les institutions humaines, se conformer à la loi des vivants. Il faut qu'elles se soumettent, en premier lieu, aux conditions d'existence du milieu ambiant. Elles ne subsisteront qu'en restant d'accord avec la pensée et les sentiments humains. Loin de travailler pour la division des consciences, elles tendront vers leur rapprochement.

1. Faute d'un mot plus propre, noua nous servons du terme: TfUijiosité , dont le sens a été souvent dénaturé et violé. Il aurait peut-être mieux valu inventer un mot nouveau, mais le risque d'être tout à fait incompris serait alors plua grand que celui d'être insuffisamment eompria.

PHILOSOPHIE DU BONHEUR Ht

Les religions pourront ainsi coexister longtemps, les unes à côté des autres, en présence de la religiosité, propre à tous les hommes. Les patries subsistent de même à côté de l'humanité, patrimoine commun de tous les êtres conscients. Un jour viendra sans doute, où les diverses alluvions des rites et des dogmes qui obscurcissent la conscience humaine disparaîtront à leur tour. Alors éclatera dans toute sa beauté l'essence divine de toutes les religions, la religiosilé, principe universel , et indéracinable. Source éterneUe, elle a donné naissance à toutes les religions. Elle pourront expirer à leur tour, dans l'endroit même où elles avaient pris naissance...

Ainsi s'en iront les cultes et les dogmes, cédant leur place à la religiosité, domaine d'aspirations indicibles, communes à tous les hommes.

n serait toutefois injuste de considérer toutes les religions^ dogmatiques comme des ennemies de notre bonheur. Lorsqu'elles n'abaissent pas la conscience des croyants par un fanatisme dégradant et des articles de foi indignes, elles exercent une influence bienfaisante. Pour comprendre cette réserve, il suffit de rappeler l'état de sauvagerie créé dans le passé par certaines rehgions. Le présent, du reste, ri'en est point exempt. Ne voyons-nous pas encore aujourd'hui la plupart des religions régler la conduite de leurs fidèles sur les bases d'une comptabilité double avec le Seigneur ? Avec une irrévérence rare, on réduit la Divinité à n'être qu'un homme médiocrement juste. Nos actions sont tarifées. On les récompense ou on nous les fait payer. On achète les bonnes grâces du Seigneur par des offrandes et de bon-

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nés œuvres. Après avoir longuement péché, on se réconcilie avec lui à l'aide de formules magiques ou grâce à l'intervention de ses ministres favoris. Tout en y croyant, le fidèle rougit pourtant loi-squon le lui fait observer. C'est déjà beaucoup.

Les spectacles les plus cruels que nous offrent les religions sont ceux des persécutions au nom de la foi. Mais il suffit que l'esprit de tolérance et de compréhension humaine pénètre dans le domaine religieux pour en faire un facteur de sérénité et de bonheur.

Les amoureux de la pensée libre et indépendante ne devraient point l'oublier : Eu voulant persécuter la religion et les croyants, elle deviendrait encore plus odieuse que ne l'est le fanatisme religieux. Car les religions ont des excuses qui manquent à la librepensée.

Croyances mensongères, dira-t-on. Rien ne les justifie. Rejetons-les au nom de la vérité I Or, c'est précisément la vérité philosophique qui nous enseigne la circonspection suprême. Nous savons les erreurs de notre connaissance. Son étendue el sa profondeur n'enlèvent rien à la fragilité de ses principes. La science ne cesse de progresser, mais les routes par où elle nous mène ne sont pas toujours infaillibles- Si dans chaque vérité, il y a une parcelle de mensonge, dans chaque mensonge, il y a une parcelle de vérité. Au point de vue scientifique, rien n'autorise la logique de l'esprit sectaire rejetant avec violence tout ce qui n'est pas conforme à sa compréhension.

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Nous oublions les avantages qu'olïre souvent l'illusion. Oui oserait assumer la cruauté monstrueuse de dire à un père qui adore son enfant, que cet enfant est le fruit de l'adultère? On a beau en détenir une preuve incontestable, on se lait quand même. Entre la vérité qui aurait brisé le cœur de l'homme Irompé et le mensonge salutaire, le doute n'est pas possible. L'homme le plus juste s'incline alors devant le mensonge. Il fera même le nécessaire pour boucher les fissures par où la vérité pourrait s'échapper.

Après tout, pourquoi enlever à l'homme la possibilité de voir les choses telles que son bonheur l'exige? Rappelons-nous l'exemple de Marc-Aurèle, le plus vertueux des Romains. Faustine le trompe indignement. Ses amours sont multiples. L'impératrice les choisit surtout dans les professions méprisées. Des bruits scandaleux courent sur sa honte et ?es trahisons. Les comédiens nomment en public les amants de Faustine. Sur la scène, on désigne Marc- Aurèle comme le mari le plus Irompé. L'empereur ne veut pourtant rien voir, rien entendre. Pour lui, Faustine reste toujours la bonne et fidèle épouse. Il ferme les yeux bénévolement. Peu à peu, la certitude rentre dans son ame. Il ne doute môme plus de son honneur conjugal, car il croit foncièrement à la vertu de celle que tout Rome accable de reproches.

Elle est délicieuse, cette prière de Marc-Aurèle que l'empereur adresse sur tes bords du Gran aux

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dieux immortels ! Il les remercie, dans la sincérité de son âme, de lui avoir donné une femme bonne, fidèle et affectueuse...

Que l'exemple de cet homme de bien reste troublant ! Pourquoi déchirer le voile qui couvre le bonheur si, détrôné, il devait céder la place à l'infortune ? On n'a que le bonheur qu'on sent, qu'on comprend, et surtout le bonheur qu'on veut avoir. Pourquoi violenter le rêveur lorsque son rêve, sans nuire à personne, lui procure une douceur visible î La vérité est d'essence divine. Raison de plus pour ne pas faire souffrir en son nom. Raison de plus pour ne pas s'en attribuer la possession exclusive.

Oui, des âmes chères à notre conscience vivent d'illusions. Pourquoi les leur enlever? La science peut continuer son chemin librement, sans s'efforcer de briser les choses qui n'entravent point sa route. Elle n'a besoin ni de persécution ni de prosélytisme. Ses conquêtes envahissent la mentalité contemporaine. Par la force naturelle des choses, elles y élimineront tout ce qui n'est pas conforme à ses vérités précises. Or, la philosophie spiritualiste n'est point incompatible avec la méthode scientifique. Témoins Pasteur, Darwin et tant d'autres savants si pénétrés « de religiosité i>.

Les religions dogmatiques ont également tort de vouloir lutter contre la morale laïque. Celle-ci se substitue à la morale religieuse quand l'autre faiblit ou disparaît. L'harmonie sociale exige leur respect réci-

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proque. L'humanité ne peut subsister que sur des bases morales. A quoi bon discréditer celles de la science et de l'expérience, si une partie de la nation doit vivre de ces dernières ? De même, il devient dangereux de vouloir détruire la morale religieuse, si le terrain n'est pas propice pour accueillir les semences de l'autre. Toutes les deux ont de quoi se respecter mutuellement, u Le faux, l'absurde même a toujours joué un si grand rôle dans les affaires humaines, dit avec raison Guyau, qu'il serait assurément dangereux de l'exclure du jour au lendemain. »

D'autre part, la morale libre et indépendante n'est, en somme, qu'une morale basée sur les intérêts sociaux et moraux de l'homme. Son but est celui du bonheur de l'individu et de la collectivité. Comment alors ne pas se sentir désarmés devant ses tâtonnements, tendant à notre profit, à notre bonheur?

Les religions n'ont qu'à considérer l'océan de larmes où elles ont failli noyer l'humanité pour être indulgentes envers la morale de la pensée hbre qui essaie à son tour de guider la destinée de l'homme. Quoi que nous tassions, rien n'empêchera l'avènement d'une morale de plus en plus rationnelle, d'une foi de plus en plus expurgée des données simplistes ou barbares, si au-dessous de l'homme de nos jours. L'essentiel, c'est que l'évolution se fasse sans occasionner de souffrances inutiles.

L'histoire n'est qu'une transition incessante. On

Hli PROGRES ET BONIIEIR

passe de certaines condilions de l'existence morale et matérieUe à d'autres conditions morales et matérielles. Ce changement constitue l'essence du progrès. On s'y accommode facilement, lorsque le passage se fait d'une façon imperceptible.

Mais il y a aussi des crises aiguës. Sous une poussée interne des événements on se précipite, en toute hâle, vers des quartiers paisibles.

Le misonéisine, ou la haine du nouveau, dort insoupçonné dans la conscience humaine. Réveillé, il se défend par tous les moyens se trouvant à sa portée. On s'enferme dans de vieux logis. On en replâtre les murs, on rebouche même les trous, par oii la lumière nouvelle menace de fdtrer. Des habitants plus conciliants tâchent par cojitre de repeindre leurs maisons, conformément au goût du jour.

Ce sont <ies époques de grands et petits bouleversements. Les consciences s'obscurcissent. Elles cherchent vainement leur chemin. La bataille aigrit les esprits et les rend haineux et implacables. Peu à peu, la lumière éclate, car la vérité a une force de pénétration sans pareille. C'est ainsi que les monarchies acceptent l'intervention du peuple dans le gouvernement, et les religions celle de la raison dans les dogmes...

Faut-il entraîner de force les esprits récalcitrants vers la nouvelle demeure î A quoi bon si la maison irrémédiablement condamnée doit les obliger tôt ou tard à la quitter. Une lutte à outrance ne pourrait qu'augmenter la douleur. Laissons les consciences travailler librement et le progrès s'opérer par la force de la vérité.

Prêchons le calme et la réconciliation, car les passions humaines {ont et feront quand même leur œuvre. Elles précipitent la victoire imminente des idées, par la souffrance. C'est aux esprits nobles d'en diminuer l'étendue et l'amertume, car la tolérance, cette patience raisonnée, est la vertu exclusive des sages.

Tout porte à croire que ces luttes se feront, de plus en plus, dans des conditions d'estime réciproque. L'indulgence, fruit naturel de la compréhension, adoucira tout ce qu'il y aura d'excessif dans l'ardeur des combattants. Elle consolera les vaincus et enseignera la bonté compréhensive aux vainqueurs. Les esprits les plus représentatifs de la pensée libre nous ont offert eux-mêmes l'exemple de la modération. Kant n'a point osé placer son « impératif catégorique )> en dehors de la vie future. » Comme un simple vicaire savoyard, obser\'e Paul Stapfer, il concluait que l'accord de la vertu et du bonheur, n'étant point réalisé ici-bas, doit s'offrir dans le ciel à notre espérance. » Ernest Renan raillait les illusions de la morale indépendante. « A force de chimères, nous diral-il, on avait réussi à obtenir du bon gorille un effort moral surprenant. » Mais il ne voyait pas comment " sans les anciens rêves, on réussirait à rebâtir les assises d'une vie noble et heureuse. » — « Il faut maintenir, nous dira-t-il ailleurs, à côté de la patrie et de la famille, une institution, où l'on reçoive ta nourriture de l'âme, la consolation, les conseils, où

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l'on trouve des maîtres spirituels, un directeur, cela s'appelle l'Eglise. >>

Le souvenir du séminaire parle probablement par la bouche de Renan. Son imagination, nourrie par les charmes enivrants de l'Eglise, ne concevait point la vie sans son concours. Sans elle, prétendait-il <> la vie deviendrait d'une sécheresse désespérante, surtout pour les femmes ». Herbert Spencer cherchait le salut dans la réconciliation de la religion et de la science. « C'est de leur mariage harmonieux, enseignait-il, que pourrait naître une vie spirituelle de demain. »

L'illusion de Spencer est celle de la grande majorité des penseurs de toutes les époques. On se l'explique facilement. Notons d'abord que l'origine de la science et de la religion paraît être la même. Toutes deux doivent leur naissance à la réaction du monde sur notre pensée, noire âme : toutes deux ont pour objet des principes incompréhensibles, inconnaissables et impensables. La religion a l'absolu ; la science a, entre autres, l'espace et le temps.

L'histoire de la philosophie n'est qu'une série d'essais tendant à réaliser l'accord entre la science et la religion. Depuis les Grecs qui croyaient apercevoir la même raison divine opérer dans les deux domaines, en passant par les doctrines scolastiques, qui prônaient l'identité de leurs buts et de leurs méthodes, et en finissant par les philosophes de nos jours, qui croient à l'harmonie inévitable entre la science, produit de l'intelligence et la religion, produit du sentiment, que d'écoles et de penseurs travaillant i préparer, à expliquer et à réaliser l'entente amicale

entre l'une el l'autre ! Et pourtant cette entente est loin de se conclure.

L'effort d'Auguste Comte est sans doute un des plus caractéristiques. En voulant faire de ia religion la couronne de la science, et ériger son royaume fier et puissant, en regard de celui de la science, il n"a fait que rétrécir les (imites des deux. La religion el la science en sortent singulièrement défigurées et étriquées. Tueurs frontières se trouvent désignées et violées par l'arbitraire. La science se voit livrée à la domination du sentiment el tombe au niveau d'une province conquise par la religion.

Quant à la religion, elle devient à son tour victime, sinon esclave de l'humanité, qui est pour Comte la mesure et la fin de tout. Pauvre ombre errante, elle s'en va de l'utile au réel el du réel à l'utile, ce ciel et cette lerre promise de ia philosophie positiviste.

Plus près de nous, W. James, avec sa doctrine pragmatiste ou de l'expérience religieuse, a essayé également de réaliser cet accord. Il est allé plus loin que ses devanciers. Ne revendique-t-il pas pour le^ religions, le caractère d'une science ? La connaissance, dictée par le cœur, a pour lui le même poids que la connaissance résultant de l'expérience. Après tout, la religion est aussi une expérience. Aidé par une dialectique chaude et ingénieuse, James s'efforce d'identifier le sentiment, principe subjectif des religions, avec l'expérience scientifique, d'où la personnalité est bannie.

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Les mâthémalicieus n'étudient-ils pas les mêmes faits par la voie du calcul infinitésimal et celle de la géométrie analytique ? Pourquoi ne pourrait-on pas étudier, se demande James, les phénomènes qui nous entourent par la méthode scientifique et la mélhode religieuse ?

Le philosophe américain oublie qu'une démonstration scientifique veut dire la démonstration d'une vérité visible et saisissablc par tout le monde, placé dans les mêmes conditions. Une expérience ou une vérité religieuse reste toujours personnelle. En admettant leur objectivité, il faudrait en même temps bannir les principes sacrés de la tolérance. La vérité religieuse devenue impersonnelle, devenue une vérité objective, il faudrait l'imposer à tout le monde. On n'aurait pas, en tout cas, le droit de respecter la prétendue vérité ou le mensonge des autres.

Or, ce qui sauve l'expérience religieuse, si expérience il y a, c'est précisément que, produit du sentiment ou de la sensation individuelle, elle n'est point démontrable. Elle lie celui qui la voit d'une certaine façon, sans troubler le repos de ses voisins.

James croit pourtant lui avoir trouvé une base scientifique réelle. En s'appuyant sur le moi subliminal, cette seconde conscience, que comporterait, d'après Myers, chaque âme humaine {le double), H prétend que l'homme, grâce à cette conscience supplémentaire, se trouve en relations avec un autre monde et d'autres êtres supérieurs à ceux que nous avons sous les yeux. Et cette sphère d'action basée ainsi sur un fait positif serait réservée à l'a refigion.

On voit combien celte science est peu scientifique.

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Les phénomènes décrits par Myers accusent d'ailleurs souvent et bien nettement les caractères de troubles pathologiques. Les plus significatifs cités par l'auteur de la Personnalité humaine rentrent dans la catégorie des faits observés par des psychologues, sous le nom d'automalisme phijchologique. Cet automatisme ne crée point de synthèses nouvelles, autrement dit : il n'est que le résultat d une activité psychique qui avait déià existé et qui l'accompagne presque toujours. Maints phénomènes qui enflamment l'imagination de James ont été enregistrés et étudiés par les aliénistes. Nous les connaissons encore assez mal et, en tout cas, pas assez pour leur confier la direction exclusive de l'empire religieux \

William James continue néanmoins à troubler les modernistes et une grande partie de la jeunesse intellectuelle des deux mondes. Sa doctrine prêche aux âmes la beauté et la vérité de la vie intégrale, dont est as.soiffée la conscience moderne. Il attire par son vernis quasi-scientifique et désarme par son désir ardent de faire découler la paix et le bonheur, de la religùm.

Mais le pragmali>'me cessera bientôt d'agir, semblable à une musique enivrante, qui, après avoir pro-

I. Rappelons ce fait constaté maintes fois. Tandis i^iie 1^8 savants et les philosophes comme Richet, Lombroso ou Myers partftie-nt <iii spiritisme à In. recherche du <i moi multiple », les psychologues y arrivaient ^alenie.nt on droite ligne, en étudiant le somnambulisra© naturel ou artificiel; les médecins en examinant les névropathes et les hystériques, et les aliénistee, la dêeagr^atioii de la personnalité. Le morbide et le mystère qui l'accompagnent envahissent ainsi le champ de la conscience subliminale, Il devient hasardeux, au point de vue scientifique, et inconvenant au point do vue religieux, de vouloir ériger uniquement une religion scientifique sur un terrain aussi incertain...

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fondement agité noire conscience, s'évanouit sans laisser de souvenir.

Et plus on réfléchit sur tant de tentatives avortées, plus on s'aperçoit de l'inutilité de ces efforts. On a voulu réconcilier des choses irréconciliables. Les religions, en somme, nées d'un besoin éternel de l'âmo, restent inattaquables, tant qu'elles s'y trouvent enfermées. Les religions à l'état de religiosité n'ont rien à craindre et rien à attendre de la science. Transformées en religions dogmatiques, elles subissent forcément les hasards de l'évolution religieuse. Après avoir grandi pendant des siècles et avoir erré à travers le monde, les religions dogmatiques, allégées de dogmes et de rites, reviendront vers leur berceau. Elles se résoudront, tôt ou tard, dans la religiosité qui leur a donné naissance. La science n'aura alors qu'à s'incliner devant les principes qui les animent e( le domaine qui lui resie naturellement fermé. La concorde n'aura pas besoin d'être prêchée. Elle se fera d'elle-même et rien ne pourra la troubler.

D'ici là, les religions dogmatiques et la science peu^ vent vivre dans une union de raison et d'intérêt, en dehors de toute tentative théorique de réconciliation de leurs principes irréconciliables.

Lorsqu'un esprit avisé s'arrête devant toutes ces hésitations, il comprend combien il serait injuste de

perséculer les vieux dogmes. Si erronés qu'ils soient, ils ont été les compagnons séculaires de l'homme. Ils lui ont coûté beaucoup de Souffrances, mais ils lui ont procuré maintes joies. Ils ont fait pcul-èlre plus : ils lui ont valu les vérités dont il est si fier. Semblables aux vieux parents que l'âge avancé a rendu déments ou ramollis, ils onl quand même droit à notre respect. Nous n'écoutons plus leurs conseils, nous nous émancipons de leurs sanctions, mais il serait injuste de les maltraiter ou de les rejeter avec mépris.

Aprè.^ tout, la mort est leur sort et leur droit. Lorsque le fruit atteint son degré de maturité, rien ne peut l'empêcher de se séparer de l'arbre, qu'il importune par sa présence. La sève montante de la science et du bon sens évite ainsi la nécessité de torturer les branches se pliant sous le poids de l'absurde.

Soyons indulgents pour les vieux préjugés ou les dogmes mourants et ouvrons nos âmes aux vérités nouvelles.

Soyons respectueux pour les religions qui s'en vont et confiants dans la religiosité, qui pourra les remplacer un jour. Les temps sont proches où l'humanité, unie dons la religiosité, y puisera des raisons de paix et de bonheur. Car les religions dogmatiques se flésagrègent. Pour voir jusqu'où elles peuvent aller, il suffit d'observer l'esprit de rénovation qui les nnime. Il faut escompter le progrès moral non par unité d'années, mais par unité de générations. Lorsqu'on pense aux aspirations qui remuent les entrailles de toutes les confessions organisées, depuis le premier Congrès des Religions, on se croit autorisé à faire Ips .suppositions les plus hardies. Oui, les

iU fltOGRES ET BOXJIELR

religions perdenl do plus en plus, sur la route de leur évolution, les dogmes et les rites qui les séparent. Elles se purifient el se divinisent, en sacheminant vers la religiosité, domaine commun de tous les hommes qui ne peuvent el ne pourront se dispenser de qucsfionnei- la nature sur des choses que la science n'éclaircira iirobablemenl jamais.

Résumons-nous.

Qu'est-ce. que la religiosité? Elle se réduit aux iapporls indéfinis de notre moi avec l'infîni. La religiosité est forcément individualiste. Ne pouvant pas être enchaînée d'avance dans des dogmes, ni dans des rites, la religiosité ne comporte ni églisi;, ni doctrine, ni sacerdoce. Dans son sein vaste, comme l'est celui de l'univers, peuvent se rencontrer, dans le respect réciproque, toutes les âmes conscientes du mystère éternel et en rapporis avec l'Infini. Le contenu de ces rapports n'est rien, le ïail primordial de leur existence est tout.

La religinsité se trouve en harmonie avec toutes les religions sincères qui insensiblement se résolvent en elle. La religiosité est dans chaque rehgion. On peut remuer les pieds sans courir, mais on ne peut courir sans remuer les pieds. Il est impossible d'être vraiment religieux, sans avoir de la religiosité ; mais on peut avoii- la religiosité sans être affilié à aucune religioB. Ainsi comprise, la religiosité contribuera au bonheur de l'humanité pensante de demain, comme elle le procure d'ores et déjà aux hommes qui pensent de nos jours.

PHILOSOPHIE DU BfCVHEUR 135

Nous avons quelqiio peine à concevoir notre avenir s»i'.s cet ii*i>ecl. liic hiunaniU' dont les racmk-es ne se feront ftas jnnluollenienl souffrir et saigner à cause (le la -divergence de leurs senliuieiits religieux, nous paraît ininiaginahlii. Ce serait sans doute marcher vers un véiùtable Afiçe d'or. Cela nous étonne, d'autant plus que nous croyons à tort que l'âge d'or est derrière nous, mais non pas devant nous. Les efforts humains seraient pourtant inconcevables, sinon siupides, si nous ne devions pas aller vers un bonheur de plus en plus vaste et intense. Or, nos malheurs, uns luttes et nos souffrances préparent la naissance d'un homme nouveau. Comme le bronze qui s'exiK-ime en beauté, au milieu des flammes et scorie;; de la fonte, la roligiosilc, nous n'en doutons point, se dégagera, pure et majestueuse, des griffes séculaires des dogmes et des religions.

Les religions pouiTont ainsi s'affaiblir. Elles pourront mémo dispairaître, mais la religiosité, c'est^-dire l'aspiralii*n v«rs fes rhoses qui ne sont pas toujours de ce Miiande, resItTa le compagnon étemel de Vêtre penfiant. La soif de l'idéal est inhérente à l'homnae. Et une âme normale ne peut s'en passer, de même qu'un corps normal ne peirt vivre en dehors d'une -œrtaine quantité d'oxyg^e.

L'homme, d'après la remarqiie de Boutroux, est .un être bien étrajige qui aspire à se dépasser. Il rentre dans le dtemiii de la religiosité dès que sérieusement il tend à le faire

Ce qui nous facilite oetle ascension en dehors de

nous-même et bien au delà des limites de rsolre corps, c'est l'âme, c'est l'esprit qui est précisément une force qui rend « plus qu'elle ne contient et rend plus qu'elle ne reçoit, et donne plus qu'elle n'a », dira à son lour, Bergson.

Nous mettons exprès en regard ces deux affirmations émanant des deux coryphées de la philosophie contemporaine pour montrer combien les esprits influents d'aujourd'hui sont unanimes à justifier les aspirations et le bien-fondé de nos spéculations religieuses.

Le malérialisme philosophique lui-même est devenu idéaliste. La matière n'est point concevable sans l'esprit, pas plus que le corps sans l'âme vivante. Nous comprenons de plus en plus que le royaume divin est en nous. Comme toutes les sources réelles du bonheur, il est à la disposition de tout le monde. La conscience humaine agrandie et approfondie nous ouvre le paradis si longtemps rêvé. Nous saisissons de mieux en mieux que tous nous détenons en nous la divinité, comme la divinité nous détient tous. Les poissons qui nagent dans la mer ont la mer en euxmêmes. Nous vivons dans la divinité et un dieu intérieur est en nous tous.

11 y a des âmes qui végètent ou dorment, et ce dieu reste également endormi au fond de leurs consciences. Mais il suffit d'avoir une âme pensante pour y voir séjourner un dieu. Respectons-le chez les autres afin qu'on respecte celui qui est en nous. C'est la condition essentielle de l'évolution paisible vers le bonheur par la religiosité, abri commun et naturel de toutes les consciences humaines.

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