Essais, voir la Monadologie, etc
poi-te à l'essence de l'âme. Car nous sentons, nous éprouvons que nous sommes éternels.
Les sciences occultes, qui suivent comme une ombre fidèle et infatigable la marche des sciences positives, en tirent également des arguments en faveur d'une existence autonome de nos âmes.
Le progrès, qui devait logiquement amener la mort des croyances spiritualistes, n'a fait ainsi, que contribuer à leur résurrection ou plutôt à leur rénovation.
Nous comprenons de mieux en mieux que notre Intelligence n'est pas toujours à sa place lorsqu'il s'agit d'étudier des phénomènes dont l'étendue et le caractère restent pour elle impénétrables. Sa méthode de continuité la rend impuissante à comprendre le discontinu, de même que ses horizons limités à l'expérience empêchent de comprendre tout ce qui échappe à cette dernière. L'intuition et l'instinct qu'on s'efforce de substituer à la raison, doivent éclairer les obscurités toujours persistantes que la Raison n'a su ni toucher, ni éclairer.
Dans l'attente des conquêtes futures de l'Intuition réhabilitée, on n'ose plus nier ce qu'on se promet de découvrir.
D'autre part, la science elle-même, de plus en plus protonde est devenue, par cela même, plus modeste. Elle commence à douter, là-même où elle nous offrait des certitudes absolues.
Le monde de l'au-delà a bénéficié ainsi de toutes les erreurs, de toutes les incertitudes, de même que de toutes les conquêtes de !a science et de l'expérience religieuse de nos jours. La liberté de la Foi,
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qui s'épanouit de noire temps, permet d'entreprendre de nouvelles explorations. La crainte du bûcher et des persécutions disparue, les esprits se lancent allègrement vers le monde des mystères, qu'on évitait plus par la crainte des humains que par l'effroi des terreurs qu'ils étaient censés incarner.
Les débats autour de la survie et la croyance à la survie ne furent jamais aussi ardents et aussi intenses que chez nos contemporains.
L'entrée triomphale de la spiritualité dans la vie moderne a quelque chose de rassurant et de consolant à la fois. Elle enhardit les plus timorés à suivre la piste autorisée par la pensée la plus rigoureuse. Nous avons en vue, exclusivement, ceux qui ont abandonné les ornières de la foi. Ils n'ont plus à rougir ni à nier. Les phénomènes qu'ils s'obstinaient à ne pas voir, parlent de plus en plus à leurs âmes inquiètes, et appellent leur pensée, qui évoluait loin d'eux. 11 s'ensuit une pénétration réciproque des esprits, qui promet d'affaiblir, sinon de détruire les côtés outranciers de la foi excessive ou du scepticisme injustifié. La Religion n'est plus enfermée dans une Eglise ou dans des Eglises. On saisit de mieux en mieux qu'il n'y a point de religion vraie en dehors de l'expérfence personnelle.
Sur le canevas offert par ces deux doctrines primordiales, les philosophes et les moralistes ne font
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que broder dés variantes plus ou moins complexes ou attrayantes. On a tait un sort brillant à celle de Kant. Elle se présente sous un aspect bien plus original, quoique inspirée par Leibniz. Le fameux devoir impératif lui en fournit la base et les éléments. Le devoir exige notre perfection morale. Or, celle-ci est impossible dans notre vie actuelle. Comment alors peut-on y arriver? Vu l'insuffisance de notre vie sur la terre, il faut admettre une autre vie infiniment plus durable, l'existence dune personnalité indéfinie, de même que celle d'un temps indéfini...
D'autre part, qu'est-ce que le monde, sinon un phénomène, créé, conçu et pensé par l'imagination humaine ? Or, en dehors des phénomènes et indépendamment de ceux-ci, il y a le nouméney la chose en soi, qui n'a rien de commun avec l'imagination et la raison humaine,
f,e phénomène peut disparaître ou mourir, mais le noumène persiste et l'âme peut rester immortelle dans le monde des noumènes, tandis que le corps meurt et disparaît.
Après avoir rejeté toutes les preuves de la Rai-v son, qui ne nous enseignent rien en ce qui concerne les attributs de notre âme, Kant retrouve les .baseg de l'immortalité dans la notion de la vertu, du Bonheur, et surtout dans celle du Devoir, d'où découlent les principes suprêmes de notre vie.
Son argumentation trop spécieuse ressemble un peu à ces bâtiments gothiques qui provoquent notre admiration, mais qui ne nous engagent aucunement à venir les habiter. Le froid qui s'en dégage, le dédale infranchissable des portes et des couloirs nous
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remplissent d'appréhension et nous font douter de leurs charmes salutaires.
Une autre doctrine, celle de Jean-Jacques Rousseau, est, bien moins métaphysique, mais, par contre, bien plus humaine. Elle parle au sentiment et. par cela même, attire, réconforte sans se donner la peine de trop prouver. Basée sur ia justice divine, elle s'empare de notre cœur, laissant de côté le raisonnement spécieux de notre intelligence ; c'est l'itnmortalité de l'àme au bénéfice des littérateurs et des poètes. Maints partisans de l'école romantique y ont puisé des consolations et des motifs de croire.
Le chapitre des discussions sur cette matière est loin d'être clos. Chaque nation a ses philosophes, et chaque philosophe ses données nouvelles, qui lui font croire qu'il a rajeuni la doctrine. Illusion inlassable de notre pensée ! Mais si notre raisonnement n'arrive pas à retrouver de nouvelles bases de croire oti de nier, notre sensibilité qui évolue avec les modifications de notre vie, prête à notre foi des nuances variées à l'infmi.
La résignation désespérée de renoncer à tout jamais à l'examen des questions de l'au-delà, qui a inspiré le positivisme de Comte, a été, par suite, doublement injustifiée. Nous ne savons pas ce que l'avenir nous înénage. Et dussions-nous même être condamnés à une ignorance élernelle, il eût été cependant regrettable d'abandonner ces recherches, qui, en elles-mêmes, contiennent des trésors d'apaisement et de félicité.
L'immortalité impersonnelle ou individuelle, voilà les deux frontières extrêmes de notre foi. L'étendue qui sépare ces deux cimes de notre pensée est si vaste qu'elle peut abriter dans son sein toutes les nuances et toutes les formes de l'immortalité, préconisée par les religions et les philosophes. Dans ce domaine si étendu peuvent se rencontrer fraternellement les opinions les plus extrêmes et en apparence les plus contradictoires.
Notons pourtant que les progrès de notre pensée semhlent opérer un rapprochement entre les systèmes les plus divergents. Les croyances en l'immortalité prennent un air de parenté étroite. Les articles les plus éloquents que contenait, pour la pen-i sée affranchie, le dogme de l'immortalité ihdividuelle commencent à perdre de leur force. Les fidèles les plus convaincus n'admettent plus avec la même facilité la résurrection brutale des corps, avec la persistance de la mémoire terrestre ou l'exercice d'une comptabilité double du Seigneur avec ses ressentiments ou ses joies d'arbitre suprême ; les adeptes d'une survie impersonnelle conçoivent souvent, à leur tour, que celle-ci ne se borne pas exclusivement à une sorte d'éternité de la matière. Les deux courants s'ennoblissent et se spiritualisent, car tous deux voient en l'homme la personnification de la divinité. Cette étincelle céleste qui est en nous et ne demande qu'à se manifester, voilà le postulat sublime commun à tou-
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tes les morales et à toutes les religions. Il autorise non seulement la recherche de l'au-delà, la foi en sa possibilité, mais nous procure aussi une des raisons les plus protondes, les plus durables et les plus humaines de notre bonheur.
Car l'au-delà lui-même a varié. Au lieu de le chercher extérieurement, nous le cherchons de plus en phis en nous-mêmes. Cet au-delà intérieur, qui embrasse les plus nobles et les plus mystérieux côtés de nos fîmes, nous fournit et fournira les moyens d'in- .vestigation les plus attrayants pour atteindre le royaume des cieux.
L'Evangile ne nous a-t-il pas enseigné que « le royaume de Dieu est au-dedans de nous » ?
L'au-delà extérieur reste souvent réfractaire à notre intelligence et à nos sensations.
La science ne s'en accommode point. Elle ne connaît que les faits et les lois. Ou les faits rentrent dans ses lois, Qp ses lois doivent être modifiées pour englober les faits. Le surnaturel n'est point dans son domaine. Nous ne pouvons pas non plus chercher cet au-delà dans noire expérience habituelle des faits et des choses. Nous n'avons alors devant nous que les phénomènes, dont la nature est identique el dissemblable du noumène, où réside l'au-delà. Les phénomènes peuvent varier, mais tout en variant, ils ne changent qu'au point de vue formel. Leur qualité reste la même. Or, l'au-delà doit être d'une essence autre, différant radicalement de la qualité de phénomènes qui rentrent dans le rayon de notre expérience el de notre observation.
Comment alors parvenir dans une région toute dif-
férenle comme qualité, dans laquelle les données de notre expérience habituelle ne viendraient point troubler notre visioin des choses et des idées, ni transfigurer nos sensations ?
Plus on y réfléchit, plus on se convainc qu'il n'y. a qu'à rentrer en nous-même et à rechercher la vérité peu commune par des moyens aussi peu communs. Laissons de côté notre raison et notre conscience de surface et suivons celle que chacun de nous porle dans les profondeurs de son être. Orj au-dessous de notre moi défini, il y a un autre moi, plus vaste, dépassant de beaucoup notre conscience, plus grand que notre moi saisissable. Ses pouvoirs et ses capacités sont virtuellement supérieures aux données immédiates de notre conscience. Cet être qui est en nous est plus grand que nous. Des expériences nombreuses et autorisées en ont constaté et consacré 1'e.xistence. Ce mot baptisé du nom de subliminal parait non seulement renfermer en lui nos appétits des mystères de l'au-delà, mais aussi des indications relatives aux routes pour l'atteindre. Son existence est prouvée et son fonctionnement se manifeste dans noire tendance à se développer.
Le moi subliminal fait miroiter devant nous celte étoile éloignée. Son essence n'étant pas identique à celle de la Raison, son expérience sera, par cela'. mOme, d'aulre nature. Elle nous permettra peut-être d'entrer en relations avec d'autres êtres, d'autres entités et de saisir ainsi ce qui reste insaisissable pour nos moyens d'investigation vulgaires.
Il y a quelque chose d'infiniment attrayant dans cette image du royaume intérieur, faubourg attitré du
royaume des deux. Son symbole s'éclaircit pour nous d'une façon visible. Il faut avant tout embellir et enrichir notre moi intérieur. Plus il sera beau et I^arfait, plus sûrement nous pourrons nous acheminer vers l'Idéal suprême.
Nous ne concevons point sa forme concrète. Qu'importe? II s'en dégage une clarté et un rayonnement divin, qui remplit nos âmes d'une grande félicité. Semblable au buisson ardent de l'Ecriture, on n'en distingue point les contours, mais on se sent pourtant réchauffé et amélioré par son spectacle.
Et quand même l'au-delà extérieur se serait effondré, pour nous servir des paroles de Gœthe, il faudrait s'en consoler...
(i Puissant fils de la terre, nous dit le poète, tu a& brisé de Ion poing destructeur ce ciel splendide qui éclairait, enveloppait et vivifiait notre monde... Reprends courage et reconstruis ailleurs un au-delà plus beau : reconstruis-le dans ton propre sein. »
Ce royaume intérieur persiste dans la pensée de tous les hommes d'élite, sorte de soleil intime qui éclaire et réchauffe. Les philosophes et les créateurs des religions l'admettent au même titre. Dans sa puissance incommensurable et illimitée, peuvent et doivent se dissoudre toutes les contradictions partielles et tous les antagonismes de la pensée et des espérances reHgieuses.
Le royaume de l'au-delà intérieur incarne la communication la plus élevée et la plus générale des âmes humaines. Il fournit en même temps le symbole le plus expressif de la fraternité et de l'égalité des fils de Dieu.
Tous, nous avons la possibilité de rechercher, de recréer et de retrouver dans les profondeurs de notre moi, les liens qui nous unissent à l'Infini, comme tous BOUS avons en nous, la parcelle du divin qui nous fait participer à l'Eternité.
VU
L'expérience ne cesse de nous apprendre que la bonté et l'amour sont les moyens les plus sûrs pour établir, dans le fond de notre moi, le royaume tant désiré. I^a route vers le salut offre le salut lui-même. Les efforts pour conquérir le ciel nous en procurent d'avance toutes les jouissances.
Dans cet au-delà intérieur se réconcihent et se pénètrent les systèmes de la survie les plus opposés de la philosophie et des religions. Car la vraie philosophie et la vraie rehgion, comme enseignait Ravaisson, se rencontrent d'une façon harmonieuse. Bien plus : tous les systèmes philosophiques notoires de nos jours, semblent être d'accord au point de vue de la rehgion, comme devant se résoudre dans une expérience personnelle. Le Gemuth d'un Eucken, l'expérience de James, la contingence de Boutroux ou la philosophie de la durée réelle de Bergson, ne sont, à vrai dire, que les expressions différentes de la même « vie de l'esprit •>, avec sa création incessante.
Ce besoin de l'au-delà ainsi compris, reste aussï bienfaisant qu'indispensable et inévitable. Exception faite pour des matérialistes grossiers ou sectaires, plus rattachés à la bannière qu'à la vérité de leurs
doctrines, les esprits les plus indépendants se laissent aller docilement vers le royaume mystérieux' qui dépasse les préoccupations immédiates de leur science ou de leur existence quotidienne. Les plus grands parmi les positivistes deviennent, sous ce rapport, de simples spiritualistes et idéalistes. Darwin, Tyndal, Huxley ou J.-Stuart Mill, Pasteur, Taine, ou Auguste Comte lui-même, tous trahissent la même nostalgie de leur pensée, qui les emporte loin des limites du devenir.
Car, tous, nous portons en nous le désir d'élargir notre existence. Une conviction, plus forte que tous les raisonnements, de l'insulfisance de la vie, limitée au réel tangible, remplit nos âmes. Les philosophes et les moralistes incrédules y arrivent tôt ou tard, menés par leur pensée, qui souvent, à son déclin, leur montre un paradis oublié et jamais entrevu. Les simples d'esprits en ont d'ordinaire la notion directe, que rien n'obscurcit.
Les biologistes pourraient même conclure de l'universalité de cette fonction ù la réalité de son contenu. N'allons pas aussi loin, car l'assimilation de cette aspiration spirituelle à une loi biologique, paraît excessive.
L'insuffisance de la vie saisissable constitue l'article capital des religions principales de la terre,comme le christianisme, le mahométisme, le bouddhisme, le brahmanisme et le judaïsme. Les neuf dixièmes de l'humanité agissent sous la domination de cette idée-force qui enveloppe et anime leur existence. Peu importe la forme que prend chez eux cette idée souveraine. L'essentiel, c'est son universalité. Sa manifestation
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générale et permanente, planant au-dessus de notre instruction ou de notre valeur, en fait un attribut de l'homme réfléchi. On aurait tort de ne pas compter avec cette donnée idéale qui paraît surtout distinguer l'homme de tous les autres êtres organisés. Que ce soit l'effet d'une évolution lente, qui a derrière elle des millions ou des myriades d'années, chose après tout probable ; ou l'effet d'une grâce spéciale du ciei, hypothèse difficile à admettre, la conséquence à en tirer reste toujours la même.
L'élargissement de la vie par la voie de notre conscience subhminale reste, par sa généralité, un fait humain. La vie de l'esprit, ranimée par ce besoin d'élargissemenf, est à la fois un fait et une poussée invincible ; une quiétude et un mouvement ; une action jamais arrêtée et une félicité sans bornes ; une créatrice de réalité originale et imprévue, raisonnée et intuitive.
Certains esprits superficiels ou même élevés font semblant de l'ignorer. Mais il suffit qu'ils rentrent dans la demeure de leur conscience et, conduits par leur pensée, ils y retrouveront le palais divin que tous nous possédons en nous-mêmes.
Ainsi se justifie cette religion intérieure, qui, sans églises, sans cultes et sans cérémonial, constitue le véritable royaume de l'âme humanitaire et humaine. La foi qui nous vient du-dedans au lieu de venir du dehors ; le christianisme et l'aclivité de Jésus ressuscitant en nous comme une expérience personnelle au lieu de n'être qu'un enchaînement de dogmes mécaniquement imposés ; la religion ranimée et vivifiée par la pensée, pleine de spontanéité, toujours
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créée et recréée ; la religion rehaussée au degré de lattribul de l'âme, au lieu de n'être souvent que le protluit irréfléchi de l'habitude et de l'imitation ; la religion devenant la véritable rédemption des consciences et se présentant à nous avec sa majesté imposante en dehors de toutes les superstitions du péché primitif ou du déterminisme dégradant, parce qu'il étouffe notre liberté et étrangle nos mérites; cette religion qui aidera l'homme à s'élever et en fera une parcelle consciente de Dieu, quelle source plus abondante du bonheur intense, de la vertu, de l'amour et du paradis infini, de plus en plus rapproché des humains !
La religion intérieure équivaut à un jaillissement incessant de la vfv: ; elle nous fait conquérir la grâce par les efforts du dedans au lieu de nous l'octroyer en gros, toute faite, étrangère ou superposée à nos âmes; elle nous pénètre en même temps de la grandeur de l'Infini et de l'homme qui le pense. Au lieu d'aller vers le ciel, foudroyé ou diminué dans sa dignité, l'homme s'y achemine librement, poussé par l'idée de sa propre grandeur. Il est d'autant plus rempli d'amour pour l'Etre suprême, pour l'Ame universelle, qu'il a conscience d'en faire partie vivante, autant qu'il vit intérieurement pour le bien et l'amour des autres. Et tout cela répand par ricochet sur sa vie le parfum d'un bonheur noble et durable.
La religion intérieure ou ce que nous appelons la religiosité peut s'accommoder de toutes les religions, tant que celles-ci planent au-dessus d'un anthropomorphisme grossier. Elle est surtout l'apanage de ceux qui, libérés des formules stables et figées, ne peuvent se réconcilier qu'avec une foi résultant d'une
IJÎ PROGRÈS ET BONHEIR
expérience personnelle. Sa manière d'être et d'agir , reste, en principe, conforme à ce qui a caractérisé tous les créateurs des religions, leurs véritables précurseurs et leurs vrais saints.
La religiosité moderne dans le plus noble sens de ce mot, est celle du juste de l'Evangile. Elle ne fait qu'aider à se dégager et triompher la vie de l'esprit. La divinité de l'univers éclate ainsi dans notre conscience. Et par là-même, l'homme s'élève à la conception et à la conquête de la divinité.
\ou5 y puisons la foi et la fierté des êtres humains.
I,es croyances sectaires e}. les dogmes étroits n'ont fait que diviser et faire souffrir les hommes; les simples aspirations de la foi, qui découlent, indépendantes et libres, des besoins de notre âme, les rapprochent intimement et les font grandir en commun.
f-.oin donc de vouloir bannir les préoccupations de la survie du royaume du bonheur, il faut plutôt les accueillir avec allégresse. C'est dans le spectacle incessant de notre conscience, qui aspire à l'éternité, et dans celle de nos prochains, qui reflète au même titre la divinité de notre être, que nous pourrons puiser les sentiments de la dignité et de la grandeur humaines, sources d'orgueil et de noble joie pour la pensée et pour la vie.