Discours de la méthode
in PROGRES ET BONHEUR
ïêr des moindres détails de notre existence. Il lui est aussi impossible de les guider que d'apprécier et d'aoalyser leur contenu. Et Descartes se rejettera sur la conscience de la nécessité universelle, autrement dit, la volonté et l'intelligence de Dieu. Elle nous fera comprendre, que ne pouvant rien changer aux circonstances extérieures et aux lois implacables, nous devons cbanger nos désirs et nos passions.
C'est en pensant aux nécessités du monde,que nous nous débarrasserons le plus facilement des désirs et àes passions funestes.
Sans vouloir s'attarder à discuter cette morale un peu risquée du plue influent parmi les penseurs modernes, nous nous bornerons à souligner l'importance iu Bonheur dans les spéculations morales de Deseartes. Qu'il nous suffise de dire- que s'il n'a pas su l'annexer à son système, il l'a! au moins ardemment aimé. Le problème du bonheur amme l'ensemble de la morale de Descartes et croule en entraîsanl avec lui la chute de son hygiène de l'âme et de sa domination fictive de nos passions.
Il serait fastidieux de s'arrêter à toutes les doctrines morales, qui eurent le bonheur pour base et pour but. Il nous aurait fallu, en ce cas, examiner Fhistoire de la morale dans son ensemble. Tous ceux qui ont touché à la morale s'étant aperçu bien vite de l'impossibilité où ils se trouvaient d'écarter le bonheur de leur chemin, l'ont choisi sinon pour mobile, au moins pour fil conducteur de leurs systèmes.
Et ce fut ainsi.jusqu'à Kant, qui a pensé pouvoir bannir le bonheur de son royaume, en livrant ce dernier dans son intégralité, à l'autocratie pleine et entière du Devoir,
La doclrine de Spinoza est parmi celles qui continuent à impressionner profondément la pensée philosophique.
Avant donc d'aborder le salut par ie devoir, il nous faudra examiner de plus près le spinozisme. Celuici ne cesse, à travers tant d'écoles qui essayèrent de le remplacer, d'alimenter, d'influencer, et de diriger les esprits les plus pondérés de l'époque moderne.
Spinoza, comme tant d'autres maîtres de la morale, qui l'avaient précédé ou l'ont suivi, fait de la perfection de l'homme, de son ascension vers Dieu, le but de la morale. La science fournit le moyen d'y, arriver et constitue, par cela même, la base de cette perfection.
Parvenu à ces sommets, l'homme se trouve heureux, car entre le bonheur et la vertu, il n'y a point de contradiction.
Parcourons avec Spinoza le chemin, qui mène vers cette suprême connaissance, s' identifiant, pour lui,** avec la vertu et le Bonheur.
On connaît le déterminisme fatal qui pénètre toute sa philosophie, son éthique y comprise. Il y a une universelle nécessité, plus forte que toutes nos volontés. C'est elle qui fait déclancher nos mouvements, DOS actes, nos passions, nos sentiments. Il serait absurde de croire à un libre arbitre quelconque. Celuici n'existe que dans notre imagination.
Le méchant n'a pas le choix de ses méchancetés.
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comme Ihomme vertueux celui de ses actes de vertu. Tout ce qui est, est nécessaire. Et tout ce qui est nécessaire, se réalise dans le monde. Au point de vue de l'absolu, toute distinction entre le bien et le mal, n'est qu'une simple invention humaine, qui n'a rien de commun avec la réalité.
Nous punissons, il est vrai, les méchants ; nous nous débarrassons des criminels. Car c'est le seul moyen de sauver et de préserver l'ordre établi.
Un homme enragé n'est pas, sans doute, coupable d'avoir reçu le virus de la rage, mais la société se voit obligée de le supprimer, dans la crainte de voir la rage se multiplier parmi ses membres.
Alors, dira-t-on, il n'y a que l'universelle nécessité, la Raison suprême ou le Dieu qui porte en lui la cause de tous les crimes et de toutes les fautes commises sur terre ? Spinoza rejette avec énergie cette conclusion logique de son déterminisme.
Il a recours à une parabole plus pittoresque que convaincante pour prouver que Dieu n'est pour rien dans la faute des hommes.
(( ... Nous sommes en sa puissance comme l'argile est entre les mains du potier. Ce dernier tire de li» même matière des vases destinés à un noble usage, et d'autres qui ne servent qu'à un usage vulgaire... Un cercle serait mal venu de se plaindre de ce que le Dieu lui a refusé les qualités de la sphère... De même rhomme ayant reçu une âme incapable de résister au mal, serait mal venu de se plaindre de n'avoir pas eu en partage la force, la vraie connais.sance et l'amour de Dieu. » {Lettres à Oldenbourg.)
La logique absolue n'est pas de ce monde, de même
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que le Bien ou le Mal absolu.Et Spinoza, tout en niant le libre arbitre et n'admettant pas la distinction entre le crime et la vertu, croit quand même possible d'établir la gradation des choses et des qualités, conformément à leurs propriétés de nous rendre plus ou moins parfaits et, par conséquent, de nous rapprocUer de l'universelle nécessité de Dieu lui-même, eu de nous en éloigner. Partant de là, Spinoza établit une hiérarchie des biens,
Les plaisirs, sources de la joie, sont souhaitables, car ils nous rapprochent de l'âme étemelle. Plus ils sont élevés, mieux ils valent au point de vue de notre perfectionnement. La liberté forme le bien su-» prémc, car elle nous permet de maîtriser les passions. L'esclavage, c'est le mal, car il nous en rend dépendants. Avec la liberté, nous réussissons à vivre conformément à la sagesse, que la raison conquiert à notre usage.
Un homme qui vit selon la liberté, en maîtrisant «es i>assions et en conformant ses actes et ses pensées à l'ordre du monde, se rapproche, par cela même, de Dieu,qui lincarne et le personnifie. L'homme libre et sage connaît ainsi mieux Dieu. Il participe à sa grandeur et à son immortalité. Tout ce que nous pensons s'identifie à la pensée elle-même, donc lapensée est identique à son objet, enseigne Spinoza - On conçoit aisément les conséquences qu'il faut en tirer. Plus nos pensées sont élevées, plus l'homme s'élève à son tour. Il pense à l'immortalité et il devient immortel. Il pense à la grandeur de l'univers, et l'homme devient grand à son tour. II pense aux. lois de la nature, et il se rapproche de la nature im-
mortelle. li pense à Dieu et il devient une parcelle de la Divinité. Il arrive un moment, où il ne fait qu'un avec Dieu, avec la nécessité universelle des choses.
Or, cette nécessité qui remplit et régit l'univers, a rattaché le bonheur à la vie, issue de la Liberté et <le la Raison.
A mesure qu'on s'élève de plus en plus haut ; à mesure qu'on comprend mieux la nécessité universelle; à mesure qu'on se rend plus indépendant des passions et que l'on s'identifie davantage avec la Raison; à mesure que l'on comprend et aime mieux Dieu, et que l'on saisit bien la portée des choses qui nous entourent, on devient aussi de plus en plus heureux.
Le Bonheur reste donc le couronnement de la vie, comme une belle fleur qui s'épanouit au bout d'une tige.
La morale de Spinoza, malgré ses côtés désolants qu'elle emprunte au déterminisme, a cependant un aspect riant. L'horizon de Bonheur infini qui s'ouvre, dans la pensée du philosophe, pour les enfants de la Liberté et de la Raison, s'illumine ainsi d'une joie douce et sereine. Le domaine de sa morale restera éternellement attrayant, car le bonheur qui le pénètre et le vivifie, lui procure une beauté d'autant plus touchante qu'elle reproduit toutes les faiblesses et toutes les espérances des humains...
La dialectique humaine est innombrable, mais les
principes directeurs de notre vie ne dépassent pas le chiffre des doigts d'une de nos mains. Les arguments
pour faire triompher un quelconque de ses principes varient à l'infini. Avec ceux-ci varient également les prétendues doctrines qui leur servent d'abri. Mais il suffit d'en rejeter les formes éphémères, pour dé «ouvrir dans leur fond, les dogmes exploités et connus. C'est ainsi que derrière notre analyse des systèmes de morale multiples, un observateur circonspect a pu découvrir le même bonheur, qui ne cesse ■ de les alimenter. Ses ornements varient, mais son être essentiel reste toujours présent.
Sa jeunesse éternelle lui prêle une élasticité incommensurable. Il se plie aux besoins du moment et supporte avec aisance' la mentalité positive ou mystique de ceux qui les manient. Mais, derrière toutes les formes qu'on essaie et réussit à lui donner, il reste plus vivant que jamais.
Et lorsque nous le reverrons, dans les nombreuses ■doctrines utilitaires, il aura un aspect encore bien plus vigoureux.
Le bonheur de liobbes rappelle ses vieux aïeux de chez Aristippe, Platon ou Epicure, avec un sourire mélancolique en plus. Car si pour Aristippe, il n'était que dans les plaisirs et dans l'art de s'en servir ; pour Epicure, dans l'absence des souffrances ou ■dans l'art de ne point trembler ; ou pour Platon, dans les plaisirs de l'Intelligence, combinés avec les plaisirs concrets de la vie, le bonheur de Hobbes dérivera purement de l'intérêt personnel. Désabusé sur le •compte de l'humanité, il ne la voit pas se guider autrement que par l'amour de soi, principe unique de la conduite des mortels. Cet intérêt personnel traverse tous les champs de notre activité. Le bien n'est
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que le plaisir. Le plaisir, à son tour, n'est qu'un mouvement favorable aux fonctions de la vie. Qu'est-ce que le plaisir? Ce n'est que le désir. Ce dernier définit la valeur des choses. La possession n'est rien devant le désir, dont tout découle. Il est plus fort que le plaisir, car celui-ci, même assouvi, ne détruit point le désir. Le plaisir dont nous jouissons, n'est, en dernier lieu, que le désir toujours vivant.
La domination du plaisir amènerait sans doute des • conséquences fâcheuses, si les plaisirs ne devaient point dépendre de leur utilité. Car c'est là que gît le principe qui les différencie, leur donne de la valeur et nous permet de les graduer. Comme les humains ne sont que i< des loupslesunscontrelesautres ",nous arriverions facilement à <i la guerre de tous contre tous », n'était l'intelligente recherche de l'utile, qui nous préserve de cette catastrophe.. Tel plaisir n'est boa qu'en vue des résultats qu'il nous procure. Tel autre s'évanouit totalement ou diminue d'importance devant les conséquences fâcheuses, qu'il nous offre. L'état de nature, cette guerre de tous contre tous, se trouve modifié par l'état policé. En examinant la valeur de ces deux phases au point de vue des plaisirs qu'elles nous offrent, nous voyons facilement ce que nous avons gagné en fait et en sécurité. La prétendue indépendance et la possibilité des abus individuels pâlissent singulièrement devant les conquêtes ainsi réalisées.
De cet amour de soi, Hobbes fera sortir même l'amour des autres, car on peut aimer ses prochains en pensant au bien qu'ils nous procurent. On peut aussi pour la même raison se dévouer pour eux. N'est-ce
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pas un plaisir réel que de se sentir assez fort pour faire le bonheur d'aulrui 7
Mais tous les mouvements de nos âmes, bons ou mauvais, descendent en ligne directe de l'amour de soi. Tous sont provoqués par la recherche du plaisir et ne tendent que vers notre bonheur.
Les philosophes qui s'engageront dans la voie utilitaire, préconisée par Hobbes, ne pourront que suivre, de près ou de loin, ses commandements de bonheur.
Helvétius, Bentham ou John'Sluart Mill, pas un ne pourra se dégager des Heiis despotiques dont le Bonheur les aura entourés. Sous forme d'un vautour ou d'une douce colombe, sous les traits redoutables du cruel amour de soi, ou affiné et attendri, ce sera toujours le même Bonheur, oracle et chef suprême de ses fidèles.
L'intérêt personnel s'entourera, chez. Helvétius, dt> charmes irrésistibles. « Un pot, nous dira-t-il, porte des sottises, comme un sauvageon des fruits amers... -Mais l'homme vraiment humain est celui pour qui la vue du malheur d'autrui est un spectacle insupportable, et qui, pour s'arracher à ce spectacle, est j)our ainsi dire, forcé de secourir les malheureux. » \ous sommes ainsi bons ou méchants par nature. Rt comme il y a, outre l'intérêt individuel, l'intérêt de la communauté, il faut avoir recours au,\ lois et à la mo raie pour faire marcher le troupeau humain. Il y a aussi l'estime de l'entourage, l'admiration ou la gloire, qui viennent à la rescousse des lois positives. Faijes disparaître ces récompenses purement morales et l'héroïsme se perdra à son tour. A côté des
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IqIs, il y a la morale et tous les deux, le moraliste et le législateur, ont mutuellement besoin de leur appui. Une société ne peut pas être parfaite, sans que la législation -puisse compter sur l'appui de la morale et la morale sur celui de la loi. La loi, c'est la force ; la morale, c'est la raison. Il s'agit donc de l'action réciproque de la force et de l'Intelligence. La force a comme sanction le châtiment; la raison, l'opinion publique. La forme de leur activité diffère, mais au fond, l'une et l'autre agissent souvent avec la même vigueur. Elles provoquent, règlent et influencent l'activité humaine.
.'Vvec l'Arithmétique morale de Bentham, nous verrons l'idée du Bonheur se dégager davantage des nuages qui l'obscurcissent chez ses devanciers. Oui, dira Bentham, nous n'agissons que par le désir de jouir d'un plaisir et d'augmenter le nombre de nos plaisirs. Une action en dehors de tout calcul de plaisir est insensée et indigne d'un homme qui pense. Alors, il suffirait de bien calculer et d'obtenir le résultat d'un acte, sous forme de plaisir, pour le rendre, par cela même, digne et moral. Parfaitement, dira Bentham. JVIais les plaisirs ne sont point égaux. Pour arriver au bonheur, si relatif qu'il soit, il faut encore calculer et peser les plaisirs en vue et les plaisirs réalisés. C'est pourquoi Bentham établit, son Arithmétique morale, qui reprend les plaisirs à leurs origines et les suit comme développement et réalité.
Les plaisirs doivent être envisagés au point de vue de leur intensité, durée, certitude, proximité, fécondité, et leur pureté. Mais le plaisir n'a pas seulement une valeur objective, une valeur per se, mais aussi
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une valeur subjective, en dépendance directe de celui qui doit ou devra l'éprouver. Or, comme la sensibilité de l'homme dépend d'une quantité de facteurs, il faut également les faire rentrer dans notre calcul.
Comment, par exemple, négliger dans cet ordre d'idées, l'âge ou le sexe ; le climat ou la situation sociale ; le tempérament ou le caraclère. Il y a aussi un élément qui domine tous ces calculs. Il doit non seulement les accompagner, mais surtout les précéder. Cet élément n'est autre, que l'intérêt de la société, dont l'individu qui recherche le plaisir, ne constitue qu'une infime partie. Sans l'existence de cette société, sans son fonctionnement moral, la plupart des plai-' sirs deviendraient impossibles et irréalisables. Le bonheur individuel dépend du bonheur social et se confond souvent avec lui.
L'individu a donc tout intérêt à respecter l'intérêt de la société. Il doit subordonner ses calculs et ses recherches du plaisir aux intérêts impérieux de la société.
Que de données rentrent ainsi, d'une façon inévitable, dans le calcul de l'homme, allant à la rechercfie de ses plaisirs. Il doit être non seulement très sensé pour savoir apprécier d'avance sa durée et son intensité et tant d'autres qualités qui constituent sa valeur. Il lui faut connaître, en outre, plusieurs sciences, dont les lois et les indications deviennent indispensables pour pouvoir apprécier la répercussion fâcheuse ou bienfaisante de son plaisir sur les intérêts ou les plaisirs de la communauté. Comme la loi codifie certaines de ces généralisations, il lui faudra connaître avant tout les lois positives. Il y a ensuite la psycho-
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logie et l'économie politique, la logique, et comme couronnement de tout son savoir, il lui faudra apprendre la sociologie. Or, le malheur veut, que très incomplète du temps de Benlham, elle l'est encore davantage de nos jours. La suprême science n'est souvent que la conscience de notre ignorance. Or, le progrès de la connaissance nous démontre combien les lois dites sociologiques restent encore inconnues et incertaines.
Comment s'orienter dans le labyrinthe de ces lois, qui ne dépendent que des prescriptions formulées par tant de sciences adjacentes, qui en font partie. Or, ces dernières ne cessent de crouler ou de changer d'assiette.
L'économie politique, une des principales branches de la sociologie, ne nous apporte que des généraHsations faibles et vacillantes. Il en est de même de la science des finances, de la législation comparée cl surtout de l'histoire, base essentielle de la sociologie.
Cette arithmétique morale prend ainsi la foi^nc d'un rêve, qui se dérobe à toute formule, à toute théorie précise. Il est impossible de sculpter dans l'impalpable. Il est de même impossible de canaliser les plaisirs, de les peser et de les codifier et de s'en servir comme d'une base morale et légale des sociétés en marche. On aurait, en tout cas, tort de vouloir leur confier la responsabilité lourde et exclusive de maintenir notre bâtisse morale. Colle-ci s'eiïondrerait. Elle écraserait même dans sa chute les plaisirs eux-mêmes, dont la pratique serait, par cela même, rendue bien difficile, sinon tout à fait impossible.
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Non, ce n'est point l'amour de soi et l'égoisme qui guident nos actes et peuvent nous mener vers ie bonheur. C'est, au contraire, la sympathie qui remplit nos âmes, s'écrient Shaftesbury, Hutcheson, Humer,- Smith et tant d'autres idéalistes à leur suite. Tous ces moralistes à l'eau de rose, attribuent à l'homme un sens inné du bien, qui lui permet de le découvrir et l'oblige à le pr'Sjiicr, comme son œil distingue la lumière et le mène vers la lumière. Us varient à l'in fini la chanson de l'homme essentiellement bon. Et, prenant la contre-partie des systèmes utilitaires, ils n'apprécieront comme bons et vertueux que les actes dictés par la bienveillance et le désintéressement > Ceux-ci répondraient, d'après eux, au sens moral, qui gît caché, mais vivant, au fond de notre conscience. Pour Hume, nous avons même un penchant précis, qui nous fait désirer et aimer le bonheur de tous les humains. On n'a qu'à suivre cette bienveillance innée, cet instinct du bien, pour réaliser les actes (jui seront utiles pour tous.
-Vdam Smith ne fera que renchérir sur ce leii-moliv sentimental. Hypnotisé devant la contagion des sentiments de tristesse, de douleur ou de joie, gagnant tous ceux qui assistent au spectacle de la souffrance ou du bonheur de nos prochains, Smith en conclura à la sympathie comme principe directeur de notre vie. C'est elle qui domine nos relations. C'est elle aus.si qui rend les humains, solidaires les uns des autres. D'autre part, la même sympathie est une source de plaisir. Nous la recherchons et nous la pratiquons donc avec délices. Dans ces conditions, il ne s'agit que de classer les actes d'après la valeur FiNOT. — Progrès et Boiilieur. 15
et les mobiles de cette sympathie, pour obtenir la gradation des actes moraux. Ceux inspirés par la sympathie universelle, seront, par cela même, les plus purs, les plus élevés et les plus méritoires, tandis que les actes accomplis, sous l'influence d'une sympathie restreinte, celle que nous éprouvons pour nos enfants, nos parents ou nos amis seront, d'une essence moins noble et moins niLiii^ir".
Lorsque, à la sympathie pour les contemporains, s'ajoute encore celle pour la postérité, lorsque même au risque d'encourir le blâme el les persécutions de l'humiinilé immédiate, on accomplit un acte en vue . et au profit de l'humanité future, on s'élève alors au sommet de la sympathie ou de la vertu,d'après Smith. Pour avoir un critérium de la valeur morale de nos actes, il suffit de concevoir par l'imagination, l'accueil que leur feraient les humains, mis au courant de nos mobileset de nos réalisations. Indépendamment de ces juges extérieurs, nous avons un juge en nous 'mêmes. Nous jugeons nos propres actes. Nous sympathisons avec ceux qui sont d'accord avec nos consciences et réprouvons ceux que nous considérons comme indignes ou blâmables.
Passons aux deux représentants les plus illustres des doctrines basées sur le bonheur.
Il s'agit, en premier lieu, de John Stuart Mil], dont la doctrine ' tient peut-être le plus compte de In valeur essentielle de nos penchants naturels et acquis. Lui aussi, de même que ses devanciers, admet la morale de l'intérêt ou du plus grand bonheur « pos-