‹ Progrès et bonheur; philosophie, morale et science du progrès et du bonheurChapitre 17 sur 30 · VIT · texte numérisé non relu

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Lorsqu'on réussira à enraciner dans notre conscience les avantages, pour notre bonheur, de la bonté et de la solidarité, ITumianilé deviendra bonne et belle, de même qu'elle s'achemine vers la paix depuis

qu'elle conprend de mieux en mieux les malheurs de la guerre.

Oh ne saurait jamais insister assez sur la force de la suggestion. Il suffit souvent, comme nous l'avons vu plus haut, de considérer comme réelle une illusion de nos sens, et cette illusion prend la force de la réalité.

Quoi de plus insuffisant, au point de vue de la beauté abstraite, que notre organisme? Mais, à force de le croire parfait, nous n'en apercevons point les défauts.

Notre corps n'est pourtant, aux yeux des anatomisles expérimentés, qu'une ébauche inachevée. Des ruines sans nombre, vestiges d'un passé depuis longtemps disparu, l'encombrent dans tous les sens. Tels de ses organes restent tout à fait inutiles ; tels autres, sans charme et hors d'usage, jurent avec l'harmonie de l'ensemble.

A quoi sert lépiphyse du cerveau ou la glande pinéale? Elle n'est qu'une survivance inepte de l'œil cyclopéen des sauriens. Il en est de même des muscles extrinsèques, de l'oreille ou de la caroncule lacrymale, héritage légué par la troisième paupière des mammifères. D'aprè-^ Widersheim, l'homme aurait jusqu'à cent-sept de ses organes héréditaires avortés, qui survivront peut-être encore pendant des milliers de siècles, contrairement aux règles de l'utilité et de la beauté.

L'homme n'en a cure. Il est tellement convaincu de la perfection de son organisme que ces défauts n'ont sur lui aucune action. Le dogme de la beauté féminime nous ofTre un exemple plus frappant. La structure de

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la femme est contraire aux règles du canon tout-puis- .^ant. El pourtant la femme, encore plus que l'homme, nourrie par les suggestions de tant de siècles, ne cesse de voir dans ses formes l'incarnation de la beauté suprême.

La pensée domine nos actes. Elle domine aussi notre sensibilité et par cela même notre bonheur.

Il suffit de la priver ou de la nourrir de certaines suggestions et elle impressionnera à son tour notre façon de voir et de sentir les choses, en un mot, elle ta<;onnera notre bonheur.

La morale n'est qu'une conception partielle de noire pensée. Nous pouvons la former et déformer, d'après les éléments qui composent son contenu. On calomnie la morale, en la disant exclusivement innée. Si cela était vrai, la religion et la pédagogie deviendraient d'une inutilité égale et l'on pourrait fermer en même temps les églises et les écoles.

Or, le bonheur dépend surtout de nos sentiments moraux. L'intelligence et le bonheur suivent souvent deux lignes parallèles, qui paraissent analogues, tout en n'étant pas identiques. L'intelligence n'agit sur le bonheur que d'une façon indirecte, en aiguillonnant notre vie de son côté, en influant sur notre morale et nos aspirations. Mais le bonheur a ses racines enfoncées dans le domaine moral. On chercherait en vain ses raisons ailleurs. L'homme qui n'a pas réussi à les implanter dans sa conscience, ne les trouvera ni dans la richesse, ni dans les honneurs, ni dans les plaisirs.

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Les circonstances extérieures peuvent tout : elles peuvent même nous antianlir. Elles ne peuvent pourtant pas nous donner le bonheur, si notre morale ne les y aide point. C'est elle qui donne !e prix à la vie. Sans elle, le bonheur se refuse à naître, comme sans le soleil, ni les fleurs, ni. les fruits ne viendraient égayer notre œil.

Ah ! quelle est jolie, cette légende persane sur l'homme parfaitement heureux t

Un roi, très puissant et très fortuné, consulte ses astrologues. « Que faut-il faire pour être heureux ? » Et ceux-ci, après de patientes recherches, ont trouvé le mot de l'énigme. « Roi tout-puissant, il faut que tu te résignes à porter la chemise d'un homme parfaitement heureux, d On cherche longtemps et on trouve enfin un pauvre paysan parfaitement heureux. C'était un déguenillé qui n'avait point de chemise...

Augusie Comte a tait ressortir cette influence de la morale sur le bonheur, dans des pages d'une lucidité parfaite :

<i La vraie félicité humaine, dit-il, dépend encore plus du progrès moral, sur lequel nous avons aussi plus d'empire, quoiqu'il soit plus difficile. Il n'y a pas d'amélioration intellectuelle qui pût, à cet égard, équivaloir, par exemple, à un accroissement réel de bonté et de courage '. "

Ailleurs, Comte formulera l'action du progrès moral sur le bonheur, d'une façon encore plus précise :

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