Sermon sur l'amour det plawrs
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les enseignements des conducteurs religieux de nos jours, s'est partout élargie. Sa forme ascétique boudant le monde et se perdant dans des rêveries souvent plus enfantines que sublimes, se meurt à nos yeux.
Il en est de même des doctrines laïques du Bonheur. Le progrès de la vie et de la solidarité des êtres lui a fourni également un nouveau contenu. Il a cessé d'exprimer les appétits et les tendances rigoureusement, égoïstes.
Envisagé au point de vue philosophique, moral ou psychologique, le vrai Bonheur n'a rien de commun avec la satisfaction immédiate de nos instincts bas ou pervers. On ne peut même plus assimiler le bonheur à une satisfaction des désirs égoïstes, ce qui constituait par essence, le bonheur du passé. Car le bonheur identifié avec la satisfaction des désirs est sa propre négation. Chaque désir satisfait, disparaît par cela même et détruit à sa suite le bonheur. Il s'agirait donc toujours d'un bonheur mort-né. Bien plus, comme la jouissance qu'il devrait procurer ne répond pas d'ordinaire à l'attente, le Bonheur ainsi obtenu apporte en dernier lieu une pointe de désillusion et d'amertume.
On n'arrive ainsi au vrai bonheur, durable et solide, que lorsqu'on le rattache humainement et inlelligemmenl à celui de la communauté. La vie de même que le Bonheur y gagnent également en élévation et en profondeur. Batlaché au sort des prochains, le Bonheur y trouve des motifs de croire, d'espérer et d'agir. Il devient par cela même, plus visible et plus accessible, car il nous touche d'une
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fai;on plus directe sous une multiplicité des formes.
Il rend, en outre, à chaque individu pensant, la possibilité de contribuer à son triomphe et d'en jouir.
Le vrai bonheur demande ainsi, avant tout, un but élevé et partant, une solidarité ressentie avec ses prochains- -associés au sort des humains, nous y puisons des stimulants et des joies inépuisables car toujours renouvelables. Chose plus importante : il s'agit là précisément des joies sur le point d'être satisfaites, mais jamais comblées, le bonheur social n'étant qu'un devenir perpétuel.
Cet enchaînement affectif à la collectivité demande, d'autre part, une pensée réfléchie et conapréhensive, donc une vie intérieure élargie.
Sur cette base fondamentale, naissent les raisons essentielles qui aident à l'éclosion et a l'élargissement du bonheur. L'effort intégral de nos personnahlés devient, par cela même, néi:essaire. Et comme l'enort est surtout le fruit de notre santé physique el morale, on voit de quel poids ces deux conditions pèsent sur l'évolution de notre félicité.
Ce n'est que grâce à la santé physique qu'il nous est possible d'exercer librement et pleinement nos facultés ; ce n'est que grâce à la santé morale, que nous pouvons diriger intelligemment nos efforts vers Je mieux de nos semblables, qui se lie d'une façon aussi étroite à notre propre bonheur.
L'altruisme el l'égoîsme se rejoignent ainsi et se dissolvent dans leurs intérêts communs et solidaires.
Leur prétendu antagonisme est basé sur leur ntauvaîse compréhension; leur harmonie, par contre, découle de la vérilè, qui préside à leurs relations.
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Celte vérité, fruit de la réflexion el des éludes, demande à être enseignée. C'est ce qui explique la nécessité et les bienfaits d'une science du bonheur. Nous en concluons également qu'il y a un devoir d'être heureux, car le boaheur raisonnable des individus constitue la condition essentielle du bien-être, du progrès et du bonheur de la colleclivilé.
Tâchons de dérober aux différentes causes du bonheur individuel les conditions qui le font naître et durer. Notons, avant tout, que le bonheur se façonne d'après noire âme, variable à l'infini. Plus il est élevé, plus il est durable. El ces deux qualités: l'élévation el la durée forment les attributs du bonheur idéal. Mais il ne suffit pas de vouloir un bonheur élevé, il faut encore le mériter. Comme certaines plantes de qualité rare, le bonheur ne pousse que daus les endroits qui lui sont favorables. Il faut une âme bien aménagée pour pouvoir le recevoir et le garder. Pour jouir du bonheur d'un Platon, il faut avoir vécu en Platon. II faut surtout avoir pensé à la vie el conçu la vie à la façon de Platon.
La définition du bonheur d'un Socrate ne sera pas non plus celle d'un jouisseur dépravé ou d un pessimiste endurci. Pourtant, les conceptions des hommes de bien ont beaucoup de chances de se rencontrer. Cet accord exige néanmoins une entente préalable, relative à l'étendue et à l'essence du bonheur. Car la plupart des penseurs et des philosophes font une confusion regrettable entre le bonheur et le plai-
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sir, le bonheur et la félicité et même, comme l'avait déjà constaté Voltaire, entre le bonheur et le bonheur.
Le bonheur proprement dit, n'a qu'une durée éphémère, tandis que la félicité présuppose un état relativement stable, sinon permanent.
D'après le dictionnaire des encyclopédistes, le bonheur vient du dehors. C'est originairement une bonne heure, très limitée dans le temps. On peut ressentir un bonheur, sans être heureux.
Le bonheur ainsi limité se rapproche du plaisir, dont le poids est encore plus léger. Car le plaisir peut durer l'espace d'un moment et s'en aller avec la rapidilé d'un éclair.
Il y a ensuite le bonheur, comme conséquence d'événements heureux, et un bonheur limité à un fait
Le bonheur, lorsqu'il plonge ses racines dans notre vie intérieure, se transforme en félicité. C'est le bonheur le plus stable, le plus durable et le plus facile à conquérir. C'est nous-mêmes qui en sommes les créateurs, et c'est nous qui en restons les maîtres. C'est un état quasi permanent. Il assune l'équilibre de notre ûme et lui garantit une harmonie difficile à trouver et encore plus difficile à anéantir. Tel que nous l'avons envisagé au cours de cet ouvrage, 'il forme le droit de l'individu. Il s'impose en même temps comme un devoir à accomplir. L'individu a le droit d'être heureux, mais il a aussi le devoir de l'être pour le plus grand profit de la communauté. L'homme vraiment heureux est celui qui jouit d'une sérénité d'âme dont les raisons découlent de sa vie intérieure.
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Plus celle-ci est profonde, plus les mobiles qui la dirigent sont élevés, plus le bonheur qui en dépend sera beau, intense et durable.
Descartes ' distingue dans cet ordre d'idées, « l'heur )> de la v béatitude ». « Le premier ne dépend que des choses qui sont hors de nous, tandis que la béatitude consiste en un parfait contentement d'esprit et une satisfaction intérieure que n'ont pas d'ordinaire ceux qui sont les plus favorisés de la fortune, et que les sages acquièrent sans elle. » Et Descartes ajoute à sa définition cette remarque ingénieuse : « Il me semble qu'un chacun peut se rendre content de soi-même et sans rien attendre d'ailleurs. » Et, tout en le disant, Descartes n'a fait que formuler en d'autres termes la vieille définition d'Aristote, si souvent mise à contribution par les sages de tous les temps :
H Le bonheur est quelque chose de parfait, car il se suffit à soi-même... Il est accessible à fous, puisqu'il n'est point d'homme, pourvu qu'il ne soit pas disgracié de la nature au point d'être incapable de foute verlu, qui ne puisse l'obtenir avec des soins ou de l'élude. i> En un mot, dira Aristote, <( te bonheur est un emploi de l'activité de l'âme, conforme à la vertu.»
Il ne faut point confondre la sérénité d'âme avec l'inactivité ou la contemplation passive du Nirvana. La vie c'est le mouvement, et le bonheur, qui n'est que l'aspiration sublime de la vie, ne peut se trouver que dans l'action, dans l'épanouissement de nos