‹ Progrès et bonheur; philosophie, morale et science du progrès et du bonheurChapitre 4 sur 30 · Dietionn. philo!opkîqv.e. Article: Caractère. % Emile · texte numérisé non relu

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î'tlILOSOPHIE DU DOiNHELJR »

reste dans le monde réel, dans celui de lespace et des temps, immuable. Il nous est impossible de le modifier si peu que ce soit, car tl demeure entièrement fatal dans son développement '.

El pourtant Kant lui-même a écrit ce fameux Traité de Pédagogie, où il vante les efïels de l'édueatinn. Il y prêchera la nécessité d'améliorer nos dispositions naturelles et de s'efforcer de devenir meillem". Bien plus, toute la morale kantienne s'évanouirait et perdrait ses bases si l'bomme était réduit à rester le prisonnier, pour la vie de son caractère nouménal.

Que deviendrait, dans ces conditions, le Devoir impératif lui-même ?

Une fatalité logique ou plutôt illogique pèse sur tous les contempteurs de l'éducation. Après avoir proclamé son impuissance radicale et irrémédiable, ils se tournent vers elle pour lui demander la réalisation de leur idéal éthique.

Schopenhauer compte parmi les plus affirmatifs en ce qui concerne l'immobilité de nos caractères et la nécessité inéluctable de tous nos actes. Pour lui, l'éducation est capable, au plus, de nous apprendre à cacher- hypocritement nos vices, sans pouvoir aucunement influer sur la volonté qui restera toujours perverse, criminelle et, en un mot, immorale. Nos actes extérieurs peuvent changer et tromper notre jugement, mais i'homme n'a point changé pour cela sa valeur morale, c'est-à-dire sa volonté, qui seule a voix au chapitre.

Poussons plus loin, cette exagération à grand effet,

1, Critique de la raison pure et critique de la raison pratigue.

et nous nous apercevrons bien vile que l'éducation, loin de nous apprendre exclusivement l'iiypocrisié el le ■ mensonge, a néanmoins son utilité indispensable. D'après l'auteur des Fondements de la Morale, si la valeur des actes de l'homme, ainsi éduqué, ne se modifie aucunement, il n'en est point de même en ce qiii concerne leur valeur sociale. Et il admet que l'exercice de notre intelligence, fruit de l'éducation, a pour résultat de réfréner notre appétit inconsidéré du pouvoir, et corrige notre attitude morale habituelle en nous poussant à s'adapter au milieu social dans lequel nous vivons. Cette adaptation n'est, en somme, autre chose que le perfectionnement moral.

Ailleurs il nous dira qu'en fournissant à l'intelligence des armes, sous forme de gains réalisés par l'expérience, on enseigne à l'égoïste les avantages du sacrifice ; à l'être pitoyable une façon plus utile de diriger sa pitié et en ce sens, conclut-il, il y a une morale qui améliore « insensiblement ».

On peut apprivoiser la bête et c'est l'essentiel. Faire de la sorte que l'homme recule devant les crimes, c'est déjà beaucoup. Mais, d'autre part, la société elle-même, gagne à ne pas être sapée dans ses bases, La sécurité de tous, provoquée par l'abstention raisonnée des méchants ! Le gain ainsi obtenu, grâce à l'éducation, ne serait point mince. Et comme l'habitude devient notre seconde nature, il ne faudrait point désespérer des elïels de cette renonciation aux mauvais penchants. Ce déterminisme si mal compris pourrait ainsi, à la longue, subir le contre-coup de l'éducation si décriée. Celle-ci, non seulement procurerait un mode de salut à la société en lui faci-

PHILOSOPHIE DU BONHEUR in

litant la réalisation de ses fins, mais réussirait aussi à améliorer, à perfectionner et à changer, au cours des générations, notre valeur morale intrinsèque.

Il ne faut, du reste, point confondre la volonté avec ie désir, comme l'a prouvé Locke. Ces deux termes qu'on identifie souvent, ne sont point conformes.

Nous avons le pouvoir de suspendre nos désirs, de les fortifier, de les affaiblir ou de les exaspérer. En opérant ainsi, nous agissons sur notre volonté. L'homme se montre, par cela même, libre. Grâce à cette liberté, il peut s'opposer à l'entraînement de ses désirs. La connaissance des causes, donc la liberté, influe sur son désir et détermine son choix. On dirait par conséquent que le déterminisme est le produit de la liberté, conformément à la thèse qui fut si chëre à Taine.

Locke, ramenant cette idée directement dans le domaine du bonheur, nous dira même que " le soin que nous devons avoir de ne pas prendre pour une félicité réelle celle qui n'est qu'imaginaire, est le fondement nécessaire de notre liberté ' »■

Cette croyance n en l'immutabilité du caractère » est, comme le dit si justement M, Payot, le résultat de notre paresse de l'esprit. Hypnotisés par le mot « caractère », nous admettons volontiers que celui-ci constitue une entité impossible à entamer. Il se présente à notre imagination comme un bloc qu'on ne peut atteindre,et le croyant tel,nous ne nous donnons aucun mal pour l'exposer à la réaction de notre activité. Or, le caractère pur n'existe pas à l'état primitif

1, Essai sur l'entendement humain.

Fi\oT. — Progrès Cl Bonheur. *

SO PROGRES ET BONHEtiR

dans la nature. Il s'agit d'un produit secondaire, fabriqué de toutes pièces par la vie et sous l'influence des causes multiples qui forment le milieu ambiant.

N'oublions pas, du reste, que la notion de responsabilité et de toutes les punitions n'est point basée exclusivement sur la nécessité sociale. Le sentiment de justice y entre pour beaucoup. Celui-ci résulte tout entier, de cette supposition que le criminel aurait pu agir autrement.

Cette opinion nous est presque innée.

La foi au libre arbitrt;, s'écrie Nietzsche, constitue un progrès social, et lui, l'élève de Schopenhauer, taxera son maître d'absurde, parce qu'il ose faire de cette tbéorie un crime à ses prétendus « auteurs •>, les juifs, que l'auteur du Monde comme Volonté accuse de l'avoir formulée et répandue à travers le monde.

Nietzsche aurait pu répéter, à cette occasion, les mots mémorables d'Epicure, « qu'il vaudrait encore mietix ajouter foi aux fables sur les dieux, que d'être asservi à la fatalité des physiciens. » La fable nous laisse l'espoir de fléchir les dieux en les honorant, mais on ne peut fléchir la nécessité. Heureusement, l'ananlié moderne se laisse entamer facilement.

Est-ce à dire, comme l'avaient prétendu Descartes ou Helvélius, que nous venons tous au monde avec des (< tables rases », sur lesquelles l'éducation et l'instruction n'auront qu'à gi'aver leurs désirs? Peut-on admettre la doctrine par trop , simpliste d'Helvétius, 'I que l'inégalité d'esprit entre les hommes dé- '■ pend autant du gouvernement sous lequel ils vi- « vent, du siècle plus ou moins heureux où ils nais-

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l'HILOSOPUIË DL~ DOKIIBDR . . SI

« sent, que de l'éducation meilleure ou moins bonne « quils reçoivent... '. »

Les génies peuvent-ils réellement pousser comme les belles plantes, sous l'influence de^ soins que leur procurera le jardinier ? Il suffit de s'arrêlei- un instant sur les résultats disparates que le même système d'éducation, appliqué par le même pédagogue, guidé par les mêmes préoccupations et animé par les mêmes dé:?irs, obtient des eafants nés sous le inême toit et entourés des mêmes sollicitudes familiales et de conditions sociales identiques.

L'éducation peut faire, sans doute, beaucoup, mais elle ne peut pas faire le tout. Xous venons au monde avec certaines dispositions intellectuelles et morales. Le génie ne s'enseigne pas, et la précocité extrême de certains hommes exceptionnels ne laisse aucun doute à ce sujet. Mais cette réserve, que nous apportons en naissant, peut être utilement développée ou bêtement gaspillée. Le génie intellectuel et moral lui-même a besoin d'une certaine éducation et d'une certaine instruction. Sans ces apports du dehors, les meilleurs dons de la nature se fanent et meurent. L'humanité a, sans doute, perdu de la sorte, cent fois plus de génies qu'elle n'en a compté durant sa longue existence.

Que d'hommes exceptionnels disparus avant d'avoir rien fait, faute de soins des éducateurs ! Que de génies, morts ou déviés, parce que leurs dons naturels n'ont pas eu la chance d'être préservés de la chute par des maîtres clairvoyants !

Nous débutons dans la vie avec un passif

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