De resprît
&-2.' . PROGRÈS ET BOMIEEJR
naorai ou intellectuel. Cette réserve léguée par des aïeux sous forme de mauvaises dispositions morales ou de l'insuffisance cérébrale, demande à être combattue, diminuée, et transformée. On nous dit qu'il n'y a pas moyen de l'extirper, que ce capital reste intact et impossible à entamer, quoi qu'on fasse. Cette affirmation catégorique nous fait sourire. Elle parait en tout cas improbable. Les expériences quotidiennes lui infligent des démentis incessants et une observation attentive des caractères dits immuables, qui évoluent autour de nous, démontre le contraire. Les modifications des dispositions dites innées, s'opèrent sans cesse devant nos yeux. Sous l'influence des cir constances de la vie, les hommes violents deviennent modérés, les cruels deviennent doux, les audacieux deviennent timides, les modestes orgueilleux, les bons deviennent des malveillants, et les criminels endurcis se rangent parmi les honnêtes gens. Ces transformations ne se font sans doute pas brusquement. Elles suivent souvent des pentes imperceptibles et revêtent toutes couleurs et toutes formes. Mais le fait de leur modification reste indéniable.
L'intelligence humaine a, sans doute, sa part de responsabilité dans le grave malentendu survenu entre la réalité immédiate et le problème du libre arbitre. Tout ce que Henri Bergson reproche au fonctionnement défectueux de l'intelligence, se trouve amplement illustré dans le cas complexe de nos âmes réagissant sous l'influence des causes extérieures. L'erreur des philosophes de toujours fut de vouloir résoudre e;ïclusivement par l'intelligence des cas complexes, qui demandent surtout d'autres outils d'inves-
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tigation. u L'impuissance de la raison spéculative, telle que Kanl l'a démontrée, n'est peut-être, au fond, que l'impuissance d'une intelligence asservie à certaines nécessités de la vie corporelle... Notre connaissance des choses ne serait plus, alors, relative à la structure de notre esprit, mais seulement à ■ses habitudes superficielles et acquises... En défaisant ce que nos besoins ont tait, nous rétablirions l'intuition dans sa pureté première et nous reprendrions contact avec le réel '. »
Notre intelligence développée pour engendrer et seconder notre activité, s'applique surtout à nous faciliter la prise de possession de la matière. Tout en se pliant aux nécessités de l'action, elle y a contracté ses vices et ses défauts. Grâce au langage, l'inlelligence, destinée originellement à s'occuper de la matière brute, a élargi son activité en y faisant rentrer le monde intérieur, y compris la conscience. Mais elle y . a transporté également sa méthode propre, qui, bonne et utile pour la matière, reste insuffisante, étant appliquée au monde vivant, à notre vie intérieure. El alors <( ne pouvant penser, nous dira le même philosophe, la continuité vraie, la mobilité, la compénétration réciproque et pour tout dire, cette évobition créatrice, qui est la vie, elle résout l'organisé en inorganisé ». En vain poussera-t-elle k vivant dans toutes sortes de cadres ! Ceux-ci craquent, laissant apercevoir la brutahté et l'imperfection de notre intelleci, qui fausse le sens essentiel de ta vie.
Sans vouloir contresigner l'acte d'accusation intégral que le fondateur de VEvoiuiion créatrice a
1, H. Bergson. Maliire et Mimotre.
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dressé contre l'Intelligence, il est hors de doute que les méthodes intellectuelles appliquées trop rigoureusement dans le domaine complexe de la conscience en ont altéré radicalement le sens.
La méthode d'intuition, préconisée par cette nouvelle philosophie, pourra peut-être, tôt ou tard, redresser certaines erreiirs inévitables, que nous valent les procédés exclusifs, appliqués à l'étude de ia conscience. L'analyse logique à l'excès, don souvent funeste de l'Intelligence, couvre de ses formules les nuances imperceptibles et les « fluidités » de notre vie intérieure, qui s'échappe des formuler scoiastiques, où l'on ne cesse de la renfermer.
Or, dans l'état de notre conscience, tout est créalion continue, im-ention, progrès. La liberté résulte précisément de nos actes, qui indéterminables rf imprévisibles, sont vivants et spontanés. Comment, alors, d^inir la liberté ? Elle est. à vrai dire, rebelle à toute définition. Elle consiste dans le rapport du moi concret à l'acte qu'il accomplit. Or, comment enchaîner, dans un cadre quelconque, ce rapport, puisque nous sommes libres ?
Pour l'auteur de L'Essai sur les données immédiales de la conscience, dès qu'on essaye de définir l'acte libre, on tombe sans le vouloir, dans le déterminisme. On réduit alors les actes de la conscience à des données mathématiques, en identifiant la durée créatrice d'un acte à l'espace, à l'étendue.
Et M. Bergson conclura que tout acte est libre, parce qu'il est l'image de nous-mêmes, parce qu'il est l'émanation de notre moi, de noire sensibilité, de noire être, de noire spontanéité.
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Cette liberté ne suit peut-être pas tout à tait exactement les sinuosités de la pensée ingénieuse de M. Bergson. El le déterminisme qu'il exclut de son domaine, fonctionne probablement à l'état d'ombre, qui accompagne la lumière. Mais la lumière ne cesse pas de vivre et de nous éclairer, parce qu'un domaiiie ténébreux la guette et l'accompagne.
Le dogme de la fixité fatale de nos caractères et, par conséquent, de l'absence de tout libre arbitre, nous vient surtout de l'emploi d'un mot impropre. Celui-ci cache et dénature la vérité. Il ne s'agit, en somme, que d'une simple causalité, qui, aux yeux des advei-saires du libre arbitre, empêcherait la possibilité d'un choix quelconque. Et l'on a eu gi-andement tort de vouloir identifier celle causalité avec la fatalité. L'enchaînement des causes qui ont produit notre caractère est tel, qu'il nous est sans doute impossible d'agir autrement que nous l'avons fait ou faisons dans un moment donné, mais on peut agir sur les causes et les modifier, tandis qu'il nous est impossible de modifier la fataHté-
De cette causalité, on a fait une nécessité. Et J. S. Uill ' a raison de dire « que l'application d'un mot comme celui de « nécessité », lorsqu'il s'agit du caractère humain, est un des exemples les plus frappants en philosophie, de l'abus des termes ». La question du libre arbitre ne pourra jamais être bien comprise, tant que ce terme impropre n'aura pas été supprimé. Et pour cause.
La « nécessité » appliquée à la volonté, veut dire