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De la contingence âei loi» de la nature (F. Alcan

PHILOSOPHIE DU BOMHEUR

sur une incompréhension profonde de tout ce qui rapproche nos pensées à travers leurs manifestations d'une richesse illimitée.

Les conceptions les plus contradictoires de la divinité se réduisent à quelques expressions, qui se rapprochent par leur base, Il y a d'abord le monothéisme, il y a ensuite le panthéisme. Mais le monothéisme élevé, lorsqu'il ne s'embourbe pas dans une sorte d'anthropomorphisme plat et matérialiste, se confond dans le panthéisme. Le Dieu personnel et tout-puissant des monothéistes doit être partout et animer toute la nature, de même que la divinité panthéiste, qui, par son essence même, remplit l'univers. Et ce Dieu, au sens particulier et élevé de ce mot que Socrate a eu l'honneur de révéler, sert de point de ralliement entre les deux théodicées opposées, qui groupaient et groupent autour d'elle, la plupart des humains. On conteste plutôt ses attributs, mais non point sa réalité. Quel que soit notre désir d'éviter toute spéculation ontologique, nous admettons la cause première avec les mystères qui l'entourent. Peu importe alors le nom et les définitions plus ou moins arbitraires ! L'essentiel, c'est que nous ne pouvons logiquement nier ni son existence, ni son activité initiale. Tous, nous ressemblons tantôt à Platon, qui s'élève à Dieu par l'ascension dialectique, c'est-à-dire par l'échelle des idées ; tantôt à Aristole, qui y parvient par l'ascension de la nature, c'esl-à-dire pai*

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l'ocheUe des perlecUons ; mais nous y arrivons toujours.

Qu'importe la variété des preuves de l'existence de Dieu, les chemins et les sentiers multiples qui mènent vers son foyer, si nous admettons que celui-ci s'aEfirme, nous pénètre et nous enveloppe partout.

Nous croyons aussi tous que la divinité ou la <:ause première doit être acceptée, d'après la vieille dé monslration de Xénophane, si chère à Aristote: « Si Dieu est ce qu'il y a de plus puissant, il doit être un ; car s'il était deux ou plusieurs, il ne serait pas ce qu'il y a de plus puissant. )> Les panthéistes n'ont même point besoin de parler de la toute-puissance du principe, pour proclamer son unité. Il leur suffit de penser que, sans celle-ci, il n'y aurait plus ni lois, ni harmonie de l'univers.

Derrière la grande poésie religieuse des anciens ■(irecs, les initiés retrouvent des symboles vivifiants, qui animent les croyants de nos jours, de même que derrière maints articles de toi de notre temps, on pourrait reconnaître facilement certains aspects de la toi la plus élevée des théologiens grecs. La religion réfléchie d'un Platon ressemble totalement à la religion révélée de l'Eglise chrétienne. N'a-t-on pas, pendant longtemps, attribué à Platon le privilège d'avoir eu communication des Saints Evangiles?,,. La plus savante des preuves de l'existence de Dieu, la preuve du premier moteur, celle qui prévaut encore dans la Ihéologie chrétienne, nous vient d'un païen, comme Aristote; et ce sont les panthéistes qui nous ont appris les formules les plus touchantes pour invoquer et glorifier un Dieu providentiel... Jamais un juif n'a chanté.

plus éloquemraent la grandeur de Jéhovah ou un mystique chrétien celle de Jésus-Christ, qu'un Cléanthe celle du Jupiter. « C'est le devoir de tout mortel de te prier, car c'est de toi que nous sommes nés... Je ne cesserai de chanter ton pouvoir... », nous dit l'auteur de YHymne à Jupiter...

Un Platon ne voit point en Dieu, il est vrai, un créateur, mais un simple architecte. Mais son Démiurge est tellement beau et grand, que devant lui s'effacent les Providences célébrées par ses héritiers philosophiques et religieux.

Lorsqu'on parcourt les vastes champs de la spéculation métaphysique et religieuse, qui, après tout, a donné sou empreinte ineffaçable même aux religions révélées, on se sent pénétré de la beauté ressemblante de toutes les pensées inspirées par l'existence et la puissance divines. Ce qui désunit surtout les humains, c'est la déformation capitale de leurs pensées directrices et les déviations qu'on leur fait subir.

Les maîtres suprêmes, les prophètes et les créateurs des religions, qui planent en aigles au-dessus des doutes, restent toujours d'accord. Un air de parenté les unit. Mais voici venir leurs élèves et leurs fidèles. Leur incompréhension ou leurs passions dénatureront les vérités reçues et creuseront entre les ■édifices qui se touchent des fossés profonds.

Les pensées, belles et harmonieuses, deviendront méconnaissables. Violentées oa prostituées, souillées de mensoitges et de (rimes, elles en sortiront abaissées et dégradées-

Suivons parallèlement les doctrines primitives des

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religions révélées. Captées à leur première source, elles accusent une identité de traits et de beautés. Ce n'est que plus lard, lorsqu'elles auront passé par des filtres de passion et d'intérêt, qu'elles deviendront dissemblables entre elles et même opposées aux principes qui leur auront prêté la vie.

Les dogmes, de même que la morale de toutes les religions qui ont droit à cette appellation, se réduisent,' dans leur forme pure, à quelques constatations laconiques que tous les esprits droits dans leur jugement et respectables dans leur façon de vivre, peuvent signer des deux mains. Le noyau, ainsi dégagé sera celui de toutes les religions positives et de tous les systèmes ontologiques dignes de ce nom.

Et, de même que la formule ; aime Ion prochain comme toi-même, constitue la quintessence de toutes les morales, de même l'admission d'une cause première fournit la base et le principe de ralliement pour les mille et une religions et systèmes ontologiques qui nous divisent. Comme il -devient impossible à notre morale ou à notre foi d'échapper à cette contingence de notre pensée, tous les êtres intelligents arrivés à un certain degré de culture, se trouvent, par cela même, rapprochés et confondus dans le même domaine des aspirations morales et religieuses.

Chose plus consolante. Les aspirations religieuses des philosophes représentant les courants les plus contradictoires de la pensée moderne, paraissent rentrer dans un domaine commun. Il suffit d'examiner la théodicée, telle qu'elle s'affirme, définitivement chez les maîtres les plus autorisés, pour constater leurs liens de sympathie et de parenté, sinon ceux d'unité

absolue. Chez tous triomphe l'idée que Dieu n'est qu'uQ- esprit se trouvant partout, autrement dit, c'est le monothéisme panthéiste où la marche vers la suprême réconciliation.

Lorsque les monothéistes admettent l'esprit divin et que les panthéistes, comme aussi les prétendus athées ajoutent que le même esprit agit en-dehors et en-dedans de notre conscience, il devient clair que les intelligences les plus dissemblables et parties des points les plus divers,se rencontrent à la limite de leur pensée et de leur foi. Leurs croyances et leurs doctrines forment le patrimoine commun de l'humanité. Dans le monde divinisé (panthéisme), le Dieu a pu se révéler et ne cessera sans doute de se révéler. Notre conscience devenue divine, est, donc, une partie de la divinité. Elle en porte le sceau indubitable et nous rehausse vers sa grandeur et sa beauté. On n'a point besoin de s'inscrire sur les registres d'un culte pour en apprécier la vérité et la vertu ; de même qu'on n'a point besoin de souscrire à tous les dogmes, — invention des humains, — pour communier dans celui qui plane au-dessus de tous : l'universalité et la grandeur divines.

Les sauveurs, les démiurges ou le divin Jésus deviennent, dans ces conditions, la gloire et le bonheur commun de tous ceux qui pensent et aiment et non point la propriété exclusive de ceux qui se les approprient, parce qu'ils les exploitent ou interprètent faussement.

Leurs principes une fois rentrés dans les citadelles impénétrables de nos consciences, celles-ci les possèdent, comme ils les possèdent à leur tour.

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Dans cette contrée extrême, qui renferme notre audelà intérieur, nous finissons par trouver une généralisation dans laquelle communient la raison et la foi. Et pourtant toutes les deux restent bien séparées et bien distinctes. Notre esprit, effarouché de l'autorité à laquelle l'enchaînent la scolastique et la théologie, évolue indépendamment. C'est en réfléchissant librement qu'il est arrivé à concevoir la présence d'une cause suprême d'où est sorti l'univers.

Aujourd'hui, de même qu'au temps du grand éclectisme néo-platonicien, qui s'est efforcé de réconcilier les quatre branches philosophiques embrassant aussi bien Aristole que Platon, Zenon et les doctrines d'Orient, nous sommes également arrivés à une conception de « l'Un, qui est toutes choses, et n'est aucune de ces choses », C'est en l'Un, c'est-à-dire dans la nature, que nous sommes et que nous subsistons.

Cette pensée, présentée sous des dénominations différentes, pénètre toute notre métaphysique^ de même qu'on la retrouve à là base de toutes les doctrines théologiques et religieuses. La liberté dont jouit notre esprit nous permet de broder indéfiniment sur ce canevas et de ne point suivre servilement certains développements qu'on déduit dé cette donnée suprême. Mais telle quelle, son essence remplit les aspirations de nos âmes et autorise un rapprochement de principe entre les croyances et les hypothèses, en apparence les plus opposées. C'est ce qui a permis aussi aux esprits directeurs de la science moderne, à des Pasteur, à des Huxley ou à des' Darwin, d'admettre avec les âmes simplistes, l'existence d'un Principe spirituel'qui traverse et anime le monde.

pmLosoraiE su sonasur is

Ce refuge inévitable de notre pensée cache pour nous une joie indicible. La raison, venant continuer l'extase de fa foi, nous fournit une affirmation consoianle. Dans cette solution que noire raison eiiemême découvre casuelle et, par cela même, animée, il nous est loisible de la remplir et vivifier par les conceptions conformes à notre mentalité et à la valeur de nos âmes. La ruison ou l'imagination, en bénéficiant du privilège inappréciable dont jouit la conscience moderne, peut s'y adonner avec l'ivresse joyeuse d'un démiurge. Nous faisons ainsi descendre en nous le divin ou le projetons en dehors de nous-mêmes. Dans celle vie remplie d'émanations suprêmes, nous nous sentons des parcelles de la divinité ellemême. Notre dignité d'homme monte vers des hauteurs inattendues. Nous y puisons avec le tmnheur individuel le respect et l'amour pour la personnalité humaine. Notre bonheur individuel et collectif se trouve de la sorte rattaché aux bienfaits de la foi. Lorsque celle-ci" se dégage de toutes les superslilions qui divisent, elle ne se présente à nous que sous forme d'un principe spirituel, commun à toutes les intelligences. Celui-ci rapproche davantage les hommes et crée un lien de solidarité et de fraternité de plus.

On aura beau faire; derrière les préoccupations matérielles du bien-être et du bonheur par les choses, le souci et le désir d'être heureux par nos âmes restent vivants et inhés chez l'homme. Rares sont ceux '<jui peuvent leur échapper. Le « pourquoi » définitif des phénomènes ne cessera de troubler ceux qui pensent. Ils peuvent sans doute endormir pour an temps

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ses lourments, mais ils ne sont pas en élat de les détruire à tout jamais.

Alors, pourquoi repousser le trésor de félicité que nous offre la certitude qu'il y a quelque absolu derrière l'écoulement éternel des choses.

Il y a des âmes heureuses, qui s'accommodent, en outre, d'une poésie forte, enivrante ou simplement adorable, des conditions complémentaires, dans lesquelles on fait vivre et évoluer la Raison première. Tout ce que notre imagination avait de plus séduisant, elle l'a tait reporter sur les spéculations dans le domaine de l'au-delà.

Il y a d'autres organisations mentales qui ne peuvent se résigner à s'approprier le plus beau des rêves: l'AhsoIu, fait à l'instar de l'homme, le meilleur et le plus puissant des hommes. Affaire de tempérament ou d'incapacité organique, d'éducation ou d'une forme spéciale de la pensée. Qu'importe ! Ceux ,qui ont la Croyance plus facile et sont, par cela même, plus heureux, ne peuvent qu'entourer de leurs sympathies ceux qui leur paraissent au-dessous de leur foi. Peut-on mépriser, détester ou persécuter les gens plus pauvres que nous? Si la foi intégrale doit nous assurer un au-delà, plein de délices, de quel droit faisons-nous souffrir ceux qui en seront privés ? Car la foi ne s'impose pas. Elle est souvent comme le génie qui souffle où il veut.

Les incrédules sont mal venus également de vouloir plaindre ceux qui croient. II est probable que ces derniers ont bien plus de chance de jouir d'un bonheur complet.

PHILOSOPIIfE: DU BONHEUR »

Au lieu donc de se quereller en pensant aux vérités secondaires qui les divisent, les hommes ne devraient avoir en vue que le coin de l'Absolu où tous se rencontrent, pleins de respect et de gravité devant la cause suprême toujours aussi mystérieuse que générale, le principe d'où nous sommes sortis, et qui constitue en même temps le terme auquel nous tendons.

Dans cette vaste région qui nous englobe tous, il y a plus de raisons de bonheur et de fraternité humaine que de motifs de se chagriner parce que nous avons mal compris les enseignements des sauveurs, des maîtres ou des prophètes.

B. — AuTOUii DE l'ame humaine.

Nous nous accommodons plus facilement de l'existence d'un principe éternel, qui pénètre la nature, que de notre éternité personnelle. Le problème de l'âme impérissable laisse la plupart des humains sceptiques. Ceux-là mêmes qui s'y accrochent désespérément, ne semblent pas en être totalement convaincus. Autrement, au lieu d'essayer de vivre le plus longtemps possible, ils s'efforceraient de franchir le pliK rapidement les étapes de l'existence. L'amour de la vie et l'instinct de la vie constituent sans doute les plus grandes forces qui animent et guident les humains. Passe encore pour les heureux de ce monde I , Mais les infortunés, qui surtout, grâce à la mauvaise compréhension des principes élémentaires du Bonheur, se trouvent voués à une existence terne ou dou-

« l-KOCREIS KT BOiNIItlift

loureuse, pleine de souSraDces que leur cause t'amour-propre toujours blessé, et jamais satisfait, des junbilions irréalisables ou un lendemain mi^aaçaBt ou incolore, comment expliquer leur attachement à la vie d'iei-bas et leur répugnance de jouir des délices êe rimmortalitc?

J'ai démontré ailleurs ' combien cette a[^réhension de la mort empoisonne toute notre existence. Bien rares sont ceux qui lui échappent ; philosophes, moralistes, artistes ou littérateurs, tous s'agitent douloureusement devant la menace, suspendue sur nos tft*es, de disparaître tôt ou tard du monde des vivants.

Le jour où l'humanité aura la preuve certaine . que notre vie n'est qu'un prologue insignifiant d'une existence céleste se déroulant à l'infini, devra être considéré sans conteste comme le plus heureux et le plus important dans la marche infatigable vers la lumière etla vérHé.

Y arriverons-nous jamais? Tout en le souhaitant, on iL'ose l'affirmer. C'est qu'une sorte d'incrédulité innée paraît s'opposer à toutes les affirmations de ïa ioi.

Notons, du reste, que presque toutes les religions ont eu recours à cette existence de l'au-delà, pour maintenir dans la voie de la vertu leurs fidèles. Les deux grandes religions en ont fait la pierre angulaire de leurs doctrines. C'est ainsi que plus de 400

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