‹ Progrès et bonheur; philosophie, morale et science du progrès et du bonheurChapitre 8 sur 30 · Voir ma PhUosopRif. de la Longévité · texte numérisé non relu

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PH1L080PHIB DU BONHEfJR «

millions de chrétiens, de même que 200 mllions de musulmans, <ionc environ 600 millions de croyants, ne se lassent de répéter depuis des siècles, leur credo en la vie future. Les formes variées de leur immortalité importent peu, car le dogme reste entier. Les fidèles ne cessent de l'invoquer ; ils se plongent même avec extase dans ies délices de cette vie infinie ; ils en célèbrent les douceurs et les beautés et proclament tout haut les joies de ce reluge divin, au seuil duquel s'arrêtent les douleurs et les malheurs.

La perspective une fois entrevue de vivre en Dieu, de participer à sa justice et à sa bonté et surtout de se dissoudre dans une félicité éternelle, ne devrait plus quitter un vrai croyant. Et pourtant, aussitôt sa prière ou sa méditation finie, il se replonge dans la vie d'ici-bas, oublie totalement son credo et fait peu de cas du » royaume des cieux » et de ses trésors de félicité inépuisable. Cette croyance se montre, en outre, souvent étrangère à notre conscience. Celle-ci évolue indépendamment de ce dogme, qui devrait en former toute l'essence. Car, sérieusement et sincèrement adopté, il aurait dû fournir le plu^ puissant levier pour la transformation morale des humains. Le monde aurait pu réaliser le plus grand perfectionnement moral et faire de la terre une succursale du paradis, si le dogme de l'immortalité s'était enraciné dans les consciences.

Quelle est la raison qui arrête son passage dans les couches les plus profondes de nos âmes ?

Voyons, avant tout, sur quoi se basent les afârmetions des philosophes, qu'on retrouve dans les religions révélées.

C'est à Phérécyde, le maître de Pythagore, ou plutôt à Heraclite, que la Grèce antique doit les premières notions de l'immortalité de nos âmes. Car, qu'estce que « les dieux » ? enseignait Heraclite, sinon des hommes immortels, tandis que " les hommes ne sont que des dieux mortels ", Une fois trépassées, nos ftmes trouvent « ce qu'elles n'espèrent point et ce à quoi elles ne croient point n. La doctrine de Pythagore est bien plus explicite encore. On y reconnaît toutes les données du Paradis et du Purgatoire, telles qu'elles triompheront plus tard dans la religion chrétienne. Pourtant, l'enseignement philosophique de l'immortalité ne date que de Socrate. Le Phédon de Platon ne paraît que résumer les enseignements chers à Socrate lui-même, tout en les enrichissant des arguments propres au génie dialectique de son disciple. La plupart des preuves nombreuses, accumulées par l'auteur du Phédon, sont rentrées plus tard intégralement dans les doctrines théologiques de la chrétienté. Il y en a de troublantes. Il y en a d'autres, qui, purement logiques ou formelles, nous laissent hésitants ou indifférents. Voici les plus essentielles : la vie et la mort alternent et se succèdent sans cesse. Si ta mort succède à la vie, il s'ensuit aussi que la vie succède à la mort.

L'âme étant faite pour la vertu, celle-ci consiste à s'affranchir des passions du corps. Elle est une sé-

paration anticipée de l'âme et du corps. Sa destinée est donc de vivre séparée du corps '.

La vérité demeure dans nos âmes; or, la vérité est étemelle, donc, notre âme doit l'être également.

L'essence de l'âme, c'est la vie, donc, elle est et reste vivante.

Lorsqu'on pénètre dans la pensée de Platon, od se sent profondément ému devant son désir de croire et de briser toutes les objections que la vie jette sur la route de son raisonnement. Le poète-philosophe se console en consolant les autres et se rassure lui-même tout en essayant de rassurer les autres. Finalement, de guerre lasse, devant les contradictions que soulève son enseignement, il se réfugiera dans la doctrine des deux âmes: k L'une est mortelle et engendre nos affections violentes, comme le plaisir et la douleur, et l'autre immortelle, mère de l'intelligence. La première réside dans la poitrine; l'autre, dans noire tête... »

Arislote, plus positif, nous laisse, par cela même, bien plus perplexes.

Ses arguments sont tantôt contradictoires et tantôt vagues.

Un scepticisme subtil, comme à contre-cœur, s'en

dégage. Y croyait-il au moins? Les historiens de la

philosophie se trouvent, là-dessus, bien divisés. Les

Averroistes, qui admettaient la foi dans l'immortalité

de l'âme d'après Aristote, avaient peut-être autant de

raisons que les Alesandristes, qui ne cessaient de la

nier.

1. Voir à oe sujet A. Fouiu.^: Za phUoiophie de Platon; P. Janbt et G. Siaiuis: Histoire de la Fhilotophie ; 3. QiBâBD: Le tentiment religieux chez lei Grées, etc.

90 l>ROGRES ET BONHEUR

Après tout, l'immortalité d'Aristote n'est point personnelle. Elle est réservée à notre intelligence pure, «onçue comme uae entité abstraite el commune à tous les hommes.

il en est de même des stoïciens, ils ne nient pas -et ils n'alfirment pas non plus. Eux aussi, ils penchent du côté des bienfaits de la foi, mais n'osent s'y lier, tellement elle leur parait contraire à la vérité. Lorsqu'on cherche les preuves positives de leurs ■croyances, on les retrouve dans les phrases des rhéteurs, comme Sénèque, qui s'en sert pour consoler les mères inconsolables '. Mais un Marc-Aurèle nous dira que les âmes périssent et s'enflamment, absorbées dans la puissance génératrice de l'univers. Epictèle, encore plus décisif, parle de notre retour à la nature, qui nous reprend par bribes. Il s'agit d'une immortalité des corps dispersés dans l'économie de l'univers, mais non point de ceUe de l'âme ressuscjlée sous une forme impérissable. Chose superflue, ^lu reste. Comme le bonheur et la vertu sont identiques, le sage étant l'homme vertueux, il a joui du ionheur, et celui supplémentaire qu'on tient à ajouter pour son âme, devient, par cela même, excessif et inutile.

Parmi les philosophes de l'antiquité, les néoplatoniciens ont été peut-être les plus catégoriques. Ils renchérissent encore sur les arguments fournis par Phédon. Appuyé sur la doctrine de la métempsycose, Plotin se joue de toutes les difficultés que soulève

1. Con»olatit3 ad Mardam: n C'est l'image de ton fib qui a -péri; lui-même «st deveau étcfoel, d^ouilM de tout «e qui ^'4t&it pas lui... )i

PHllOSOPHIE m BONHEUR SI

le proHème de la survie. Il enverra se fondre en Dieu ies âmes les plus vertueuses et immigrer dans )es ■corps d'animaux celles qui ont mené ime vie indigne sur la terre. Il y en aura qui se changeront en étoiles ; il y en a d'autres qui reprendront l'écorce terrestre et revivront dans des corps humains. Les mauvais riches redeviendront des mortels, mais pauvres ; les maîtres méchants se changeront en simples serviteurs.

Les exagérations de cette doctrine, faite de poésie et de eroyances naïves, ont bercé l'humanité de tout temps ; elles se retrouveront, plus tard, chez maints rêveurs occultes, qui, inconsciemment, arrivent aux formes analogues de l'immortalité.

ni

C'est avec l'éclosion de la religion chrétienne que se pose d'une façon définitive le problème de l'immortalité de l'âme. Il sort des prémisses vagues et se cristallise sous forme d'un dogme positif de résurrection. Si la naissance du christianisme tut l'évé^ nemenl capital dans l'évolution de l'humanité, gon explication relative, du lendemain de nos âmes, constitue un de ses actes les plus éclatants. Ce qui facilita une solution provisoire du problème le plus complexe qui se soit jamais imposé à l'attention des humains, c'est l'esprit primesautier de Jésus-Christ, dégagé de toute métaphysique, de tout système préconçu. La simplicité de sa foi fut sa force suprême ; sa conviction que des relations familières lient

m PROGItËS ET BONHEUR

l'homme à Dieu, lui inspira l'ensemble de la plus touchante et de la plus insinuante des conceptions de notre esprit, de ce " royaume des cieux ■>, qui attend les fldèles à leur sortie de ce monde. Les enseignements juifs étaient muets, en ce qui concerne les récompenses et les punitions supra-terrestres, chaque individu étant solidaire de sa tribu, participait, par cela même, à l'immortalité d'Israël, à travers ses destinées. Pourtant, le spectacle des injustices de ce monde, n'a pu échapper aux yeux des hommes avertis. A une époque contemporaine de Jésus, les pharisiens commençaient à enseigner la nécessité et les bienfaits d'une résurrection. Les illuminés juifs prédisent l'avènement des temps messianniques et les pharisiens parlent ouvertement du triomphe des justes, qui revivront après leur mort, pour être rois et juges. Mais toutes ces conceptions sont bien troubles. Les espérances illimitées qui entraînent l'homme vers l'au-delà trouvaient leur contre-coup dans les doctrines figées d'Israël, qui avait toujours passé à côté de la survie. Et celle-ci, ne pouvant s'appuyer sur la lettre des écrits, prend dans l'imagination juive les formes les plus diverses. Les uns croient à l'immortalité exclusive des justes; les autres, à une nouvelle Jérusalem, réservée au peuple élu.

L'idée était sans doute dans l'air. Mais il a fallu l'âme ingénieuse de Jésus pour la revêtir de cet attrait qui eut raison des doutes et annonça ce royaume délicieux accessible à tous les fils de Dieu. Parce que, hommes, tous tels que nous sommes et d'où que nous venions, quelle que soit la couleur de notre peau et !à situation qui nous a été réservée ici-bas, nous âvoos

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notre place dans la demeure de notre père. Cette croyance consolante et réjouissante devait facilement triompher de tous les scepticismes et de tous les sarcasmes. L'idée que le pauvre et le juste auront tôt ou tard leur jour de récompense ; qu'un bonheur d'essence éternelle et divine les dédommagera de leurs souffrances et de leurs vertus ; que, rentrés dans le sein de leur Père, ils y goûteront une félicité sans bornes, devait embraser l'humanité d'une ardente espérance. L'absence de toute hésitation dans cette promesse du royaume des cieux, la certitude surhumaine qui l'avait inspirée, ne laissait de place à aucune des réflexions qui assiègent d'ordinaire tout être en proie aux angoisses de la pensée. Tous les cœurs endoloris devaient ainsi aller vers Jésus, qui disposait de la vie éternelle. Et quel est l'homme qui soit indemne des souffrances et qui n'ait besoin d'espoirs et de consolations ? Une foi divine aussi riche de récompenses futures et aussi forte par la certitude qui l'animait, devait engendrer des millions de martyrs et de prosélytes. Devant elle, pâlirent les superstitions païennes, et les contours vagues et nuageux, qui se dégageaient de la religion juive et de maints systèmes des philosophes de tous les temps.

La représentation concrète de celle survie, qui serait devenue puérile dans la bouche d'un autre mortel, s'enveloppe, chez Jésus, d'une poésie adorable et irrésistible. L'imagination conquise et fascinée suivit docilement son inspiration simpliste. Elle sut planer au-dessus des doutes de tous les temps. Quel principe spirituel pourrait jamais dépasser le commandement de Jésus : « De nous aimer les uns

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îeei autres, comme il nous a aimés. » (Saint-Jean, XV.) Et moi, je vous ai dit : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient, afin que vous soyez les enfants de voire Père. » {Saint-Mathieu, V.) Sa conception "de la dignité humaine ne tut jamais dépassée. 11 osa déclarer, le premier, non seulement que tout homme porte en soi le royaume de Dieu, mais aussi que chacun le crée à Son tour, par la vraie conversion des cœurs. Il osa affirmer quelque chose de plus : une communion directe entre le Père céleste et la plus humble de ses créatures, sans passer par des intermédiaires ; car la vraie religion de Jésus est une religion pure, sans Eglise, sans intermédiaires attitrés, sans pratiques. El c'est pourquoi on trouvera difficilement une intuition religieuse qui saurait l'égaler.

Les révolutionnaires et les anarchistes de la Foi, de même que tous les créateurs de sectes et de confessions nouvelles ne pourront désormais s'élever, dans leurs conceptions les plus humanitaires, au-dessus des quelques principes proclamés par Jésus. Mais il faut les envisager dans leur pureté primitive et non point tels que les docteurs de l'EgHse grecque, la casuistique et la scolaslique ultérieures, de même que les passions, les intérêts et les superstitions grossières réussirent à les transformer ou les défigurer.

Les contempteurs du véritable enseignement de Jésus oublient souvent qu'ils s'attaquent non point à ce qui fut et devrait être sa doctrine, mais à une sorte de parodie. Victimes de l'éternelle illusion, nous croyons percevoir les tons de la musique céleste, là où il n'y

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S pins que des échos désatorés p&r le choc des résonnances répercutées à travers des siècles.

La doctrine de Jésus ne fut jamais dogmatique, et le Sauveur ne songea jamais à la rédiger ni à la faire rédiger. Il suffisait de l'aimer pour être des siens. Et l'aimer, cela voulait dire, partager ses espérances et son amour de Dieu et des hommes et croire en son royaume de Dieu.

Le christianisme est devenu une religion presque universelle, parce qu'à ses origines, il n'avait ni dogmes ni symboles. Ce n'était qu'une aspiration divine, comme son fondateur n'était qu'un initiateur divin. Il a réalisé un grand idéal de vie, de même que sa doctrine incarnait une perfection rare, accessible aux humains. Jésus a été et restera le guide d'une spiritualité de haute envergure, qui devrait être la base et le couronnement de notre vie. Et il est difficile à la conscience humaine d'imaginer nue règle plus vertueuse, plus idéale que celle résumée dans les mots si simples du Christ. Sous son aspect immaculé, le royaume de Dieu fournit l'expression ia plus poétique de la survie. Exaspérés devant la pensée de la mort, les humains ne peuvent trouver une solution d'immortalité plus douce, plus attrayante que celle promise par le Sauveur.

Mais l'esprit critique qui fait cortège à notre pensée ne s'accommode pas toujours des charmes et de la beauté d'une chose. Même conquis et apaisé, il se révolte et cherche à percer ce qu'il croit être le mirage de nos sens ou l'illusion de notre pensée. Et tes doutes émis devant la conception d'immortalité que les pères de l'Eglise ont fait prévaloir plus tard, ve-

Bâ PBDGRËS BT BONBEIR

naient souvent de ceux-là mêmes qui nourrissaient pour les enseignements de Jésus une piété touchante.

C'est surtout la matérialisation de ce royaume ei la comptabilité toute humaine des mérites et des péchés, qui ne cessèrent de troubler les philosophes et les penseurs. Au sein même de l'Eglise, les esprits ardents se sont mis à douter. Ce n'est pas ici la place de discuter les données de la survie chrétienne. Elle est devenue, avec le temps, la préoccupation prépondérante des fidèles, car en elle se résume l'affaire du salut. L'idée du péché et du mérite, du Paradis ou de l'Enfer, des récompenses célestes ou des tourments éternels, voilà la gamme des sensations, des joies et des espérances entre lesquelles se trouve placée l'âme chrétienne.

L'Eglise catholique a, -du reste, introduit un terme moyen pour calmer certaines inquiétudes et stimuler certains zèles. Ce fut le Purgatoire, contrée limitrophe entre la joie céleste et les peines éternelles. Le protestantisme, plus rigide, rejeta cette atténuation de la justice divine, et poussant plus loin son opposition, brisa, par sa branche calviniste, le mérite des œuvres, en renfermant rigoureusement le salut dans la foi...

Glissons sur les distinctions plus ou moins profondes qui séparèrent et séparent encore les fidèles entre eux d'abord, et ensuite les fidèles de tous ceux qui évoluent en-dehors des bases primordiales du salut. Constatons, par contre, que la survie chrétienne avait rencontré de tout temps, des contradicteurs aussi sincères qu'impuissants à mettre d'accord leur science et leur conscience avec un royaume de Dieu matéria-

l'KlLOSOPHIE DU BONHEUR

liste, sophistique, peuplé de formules, de dogQics arrêtés, de distinctions subtiles, de préceptes métaphysiques et de symboles déconcertants.

L'anthropomorphisme de l'immortaUté avait, du reste, de quoi effrayer les esprits indépendants qui tendaient à recréer la survie d'après leur propre conception de l'univers. L'histoire de la philosophie nous offre ainsi des centaines d'hypothèses s'ef- (orçant d'arracher le voile du mystère impénétrable qui gît en-dehors des frontières de notre vie.

D'un côté, les matérialistes nient toute possibilité de survie, l'àme étant en tout dépendante de nos organes. Ceux-ci ne fonctionnant plus après la mort, l'âme perdrait en même temps sa raison d'être et ses moyens d'existence.

Les spiritualistes, par contre, affirmaient et affirment avec une autorité toujours grandissante, la survie de l'âme. Aux arguments métaphysiques viennent s'ajouter ceux puisés dans les données fournies par la physiologie biologique.

D'autre part, les matérialistes les plus endurcis et les sceptiques les plus réfractaires aux croyances spiritualistes, admettent une sorte d'immortalité réservée, tantôt à notre pensée impérissable, tantôt aux molécules de notre corps, indestructibles et éternelles.

Parmi les solutions métaphysiques, qui, sous leur forme pure ou appHquée, rencontrent aujourd'hui '« plus d'adeptes, en-dehors de la foi chrétienne, domi- FiNOT. — Progrès el Bonheur. 1

os PHOGRES ET liUMIEIJR

nent surtout celles oiïerles par Spinoza et Leibniz.

Toutes nos croyances à la survie, hormis celles enfermées dans un grossier matérialisme ou un agnosticisme voulu, se résument soit dans une immorlalilé personnelle, soit dans une immortalité impersonnelle. Aucun système philosophique ne peut sortir de ce dilemme. Leibniz incarne l'une de ces deux formes capitales de notre foi ; Spinoza a formulé d'une façon la plus précise, celle de l'impersonnalité.

Ni l'un ni l'autre ne se préoccupent d'une forme définie de la survie. Ce qui imporle, c'est la persistance du principe, mais non point la forme concrète de sa manifestation. Où irons-nous après la mort ? Ouclle étoile ou quel monde mystérieux nous sei"viront alors d'abri ? Ni Spmoza, ni Leibniz n'en ont cure.

Pour Leibniz, chaque animal est un composé d'autres animaux, qui tous, ont une enlélcchic dominante, une monade. Cette monade est, à vrai dire, ï'ôme enveloppée par le corps. Une sorte de métamorphose, mais non point celle de la métempsycose, représente nos destinées. On peut en saisir le fonctionnement en obser\^ant une chenille qui devient un papillon. « Ce que nous appelons généralion n'est, en réalité, qu'un simple développement et qu'un accroissement, comme ce que nous appelons la mori n'est qu'un enveloppement et qu'une dimiiiution. »

L'Sme n'est donc pas toujours accompagnée du même corps, mais elle en change peu à peu et par gradation.

Une vie vient d'une autre vie et en ceci Leibniz est un précurseur de Pasteur. Il ne croit pas à la géné-

PHILOSOPHIE DU BOMlEUIl Kl

ration spontanée ni à celle engendrée par la putréfaction. Un animal ne peut venir que des semences où il y a déjà une préformation. La vie se succédant ainsi, il n'y a pas de mort, dans le sens propre de ce mot. La monade qui vit dans les corps, persiste à travers les formes de ces corps. La différence de la vie et de la mort, nous dira Leibniz, n'étant jamais que du plus ou moins, du plus ou moins parfait, ou à rebours, ce qui rend leur état passé ou à venir aussi explicable que celui d'à présent ; un saut d'un état à l'autre infiniment digèrent ne pouvant être naturel '.

En ce qui concerne tout spécialement l'âme humaine, comme l'infini est partout, la monade humaine incarne, par cela même, l'infini et la Divinité. Elle en est l'image et le miroir... *.

On voit ainsi comment, par gradation, et par la méthode du progrès, Leibniz nous ramène vers la conception de la monade ou de l'âme impérissable,

Deux théorèmes fondamentaux de Spinoza restent en apparence inconciliables avec la spiritualité et l'immortalité de l'âme. L'âme, nous dira-t-il, ne peut rien imaginer ni se souvenir de rien, en dehors 4m corps et tant que celui-ci existe. D'autre part, l'âme n'a point de durée dans le temps, en-dehors de celle que lui prête le corps. Mais *'est dans sa conception de Dieu que Spinoza retrouve les postulats de sa doctrine d'éternité panthéiste. En effet, il y a Dieu en qui s'exprime l'essence du corps humain sous le caractère de l'éternité, et cette éternité se rap--

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