‹ Progrès et position actuelle de la Russie en Orient;Chapitre 5 sur 12 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

GoBséquenoes du tnité de Goulistan. ->- Expukion des cbefs mah^méCaB» dans les nouvelles doquieitions de la Russie» — Vexations exercées envers les autres classes des habitans. -^ Guerres contre les montagnards du Gau* case. -«- Disputes avec la Perse sur la question des frontières. — Mission du prince Menzikoff. — Rupture entre la Perse et la Russie.

Lb rétahlissement de la paix entre la Russie et la Perse n'avait eu lieu cpi'au prix de sacrifices énormes de la part de cette dernière puis-* sance. L'établissement de la Russie au sud du Caucase portait à la Turquie et à la Perse un coup que rien ne pouvait compenser^ et d'aiUenrs cet établissement fut accompagné d'un démem^ brement de l'empire persan . Par lé traité de Gonlistan^ la Perse cédait à la Rœsie fai Géorgie > rimérétie, la Mii^^Ke^ Derbend^ Bakou ^ h Daghestan, le Skirvan^ lie Skéki^ le Ganja^ le Karabaugh y et une partie de Mogban et de Ta-

(99) liscb. Les'treÎÀpreniâères de ces firbtinees étaient liidiitëe» principalement par des durétiena du rit. afméfiîe» en géorgien* La poptiatk» de Kara'-*^ boiogh ëtail tnoitié chrétienne , nuottié mahomé^ tatie f celle des autres pa js acqais par la Russie ^, presque exehisrrement mahcymétanè. Chacune de ces proTiuces obéissait à un chef dont la di^ gnké ét^ héréditaire <hnB sa ËnniHe y et dont les relations avec l'autorité suprême et les populations soumises à ses tob ressemblaient à beaucoup d'égale à eellei^ d'uA baron féodal en Eiirope. Un paï^il chrf jomssarit d'un pouvoir presque absolu dans son propre khanat ou baronnie, entiieteimt uti certain noml»*e! de troupes pour la di^nse dOf fSLys, pajraît un tribut fixe à la cou»«

ronney foomissait un: conîii^nt déterminé' de eavaUersou dé &nfiâss»is à son souverain y et devait se tenir prêt à se ranger soiss ses drapeaux en personne au premier appeU A lamm^t du chef^ son bÀrilier se rendait à la cs^itale^ s'il n'y résidait pas déjà halntueUemenl^et recevait l'inve»tkure des main» du motiarqpe. La succession en ligne droite se trouvait par fois dérangée par des

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discussions de famiHe, des usurpations locales, des intrigues de cour ou des oonquétes étiaiigères, comme cela eut lieu lors de rinvasiôn des Turcs en Perse; mais la &mille tout entià*e était fort rarement déplacée , et en cas de mutinerie ou même de résistance ouverte contre le gpuvemement^ on remplaçait le chef rebelle par un autre membre de la même lignée. Sous l'empire de ce système y les khans plus puissans ou plus éloignés du centre gouvernemental comâiettaient souvent des actes d'insubordination, et profitaient de la faiblesse du monarque et de» discordes qui travaillaient le pays pour se déclarer indépendans y sans avoir cependant assez de forces pour conserver cette indépendance. Flattés dé la haute idée de Leur propre importance et deM'exercice d'un pouvoir illimité sur leurs domaines , ils considéraient k faiblesse du shah comme une condition de leur propre force , et profitaient des invasions ou du voisinage de» gouvernemens étrangers, hostiles à la Perse, pour secouer leur dépendance envers le shah et le contraindre à se concilier par des concessions et

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des largesses l'appui qui lui devenait indbpensable pour la sûreté de* ses. états.

La Russie tira un grand profit de cet éfôt de

choses. Au milieu de la confusion qui suivit la

mort dé Nadir Shah, les khans des provinces sep-

, tentrionales avaient acquis une réelle indépen-.

dance. Lorsque Aga Mahmed Khan eut établi soi^

autorité dans les autres parties du royaume, il

tourna son attention vers la Géorgie et les contrées adjacentes, et procéda systématiquement à lès réduire à l'obéissance^ L'intervention de la Russie dans les affaires de la Géorgie y suscita de formidables ennemis au shah , et plusieurs des chefs espérèrent assurer leur indépendance en se jetant dans les bras du puissant voisin dont ils croyaient être en état dé se débarrasser dès qu'ik se seraient émancipés de la suzeraineté de la Perse. A la manière de tous les Asiatiques,, ils étaient prêts à courir les chances quelconques d'un danger éloigné pour se soustraire seulement au péril du moment, et ils e^ssuyèrent le sort de tous les peuples qui ont. cherché les secours de l'étranger contre un ennemi domestique. Us nq

sr'aperçuretil; ipue trop it^rd de la fiiute qu'4k avaient commise y et prives ^ pat suite de €ett;e mêtjoe indépendants k|a% avaient tmt con'viûitée^ d'un Uan ràêiproqued'iiaaionet de confiaxtoe^ ap lien d^of^oser une rési^tanoe ooad>iiiée et une masse compacte d'oppositioû y ils sucoom* , bèrenfc un à »n dematnti la BiUssie , dont ils avaient

si pial »{^réciê les, vues i^ Les fpr^s^ et dopt

ib ne pouvaient, plus même espérer désoruDis de secouer le jOug. .

' Ces khans y une £bis soumis ', furent pencbuit i^elque temps ti^ités^avec égards par iears nouiveaux maîtres. Il eonserTOiient leur influence et leur autorité héréditaires ^ en tant que ceUesH^i pouvaient devenir utiles au gouvernemeiit rcisse | on leur laissa des revenus suffîsans pour soutenir leur rang, sinon nveo édat, au moins avec dà* cence^ et on leur distril)i:Ki largement des grades militaires russes ainsi que des décorations d^othdreS<Arétiens. Mais dès qu^ le nouveau gouwirnement se fat ajffmni, le système changea par degrés ; ils subirent la mortification de voir kur autorité sapée par les officiers russes , ils eurent

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à âCKiÉBfir de lear part des offenses^te mâme des imultes ; ils devinrent le jouet d'imeigties et de complots qmi, peut-être même à Tinsu du gQU-» ^raraement, q virent pour but de les exciter à la râ^ellion et de les engagera la fuHe par crainte des ciiâtîmens dont on les menaçait poiu; des crimes imaginaires % jusqu'à ce qu'enfin tous

' L^histoire suivante peut servir d'échantillon de cette con- ' dnite des ttitorités russes, «c Mehdi KouK IQian, chef héré- «Staire éef Karabai^fa , avait conservé les posse^ionl de 9011 père , et voulant s'assurer durant sa vie le tranquille exercice de son pouvoir, il adopta le général Madatoff (commandant russe de sa province), en le déclarant son héritier au préju^ dice d'un frère et de ses autres parens; comine cependant il contiuuint de vivre plus leng^-temps qti\>n ne se l'était promit de sa vie irrégulièrq et de sa mauvaise santé, on résolut de s'en défaire. Une querelle s'était élevée enti*e lui et Jaffer Kouli Khan , autre seigneur de Karabaugh. Ce dernier fut attaqué dans un voyage par des malfaiteurs qui le blessèrent à la main. On accusa Mehdi Kouli Khan de ce goet^apenseoiitiio Jaffisr^ et il eut beau protester; de s<Ma ipoocfuce, offi:^ de rechercher et de saisir les coupables , on parvint tellement à Pintimider, que, de l'avis de son héritier désintéresse le général , il se décida à fuir en Ferse. Des faits postérieurs sem- Hent .pleinement établit l'innocence de Mehdi Kouli Khan. »

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les chefs «aiifiioméUiiis se tixmiièroni chassés de leurs possttBÎoiis et obligés de chercher un refageeûPerae.

Jusqu'ici les paysans n'avaient pas heaucoup perdu à ces changemens^ p^it^étre niième y sous un gouvernement plus juste et plus équitable^ l'éloignement des chefs jurait-* il pu profiter aux classes inférieures , et des améliorations matérielles auraient pu leur faire oublier la difiere^çe des cultes, des col;it^mes et des. préjugés. Mais la Rusâe, avec sa tolérance relî^euse tant vantée y est une souveraine bigote, et son gouvernement n'est certes pas doux, malgré toutes ses prétentions à la modération • Se^ employés civils,^ au moins ceux des grades inférieurs, sont généralement coilt>mpus et ignorans, parce qu'ils sont tirés d'une classe de la société où ils n'ont pu acquérir ni vues > çclairées , ni principes élevés ; leurs appointemens , d'autre part, sont trop modiques; ils ont fréquemment le pouvoir de faire le mal et ne savent guère résister à cette tentation. Lé seivice civil est d'ailleurs peu considéré ; tous les honneurs sont pour

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Tarmée. Quant à cettedêrnièi^y on ne vok dans sesrangs.en Géorgie y à quelques eicoeptions près, que des officiers .de basse prigint^ et sans éduca-ticm ; le service dans cette armée est envisugé. oommemi<e punition par tout homme qui a de- ¥wt lui quelques espérauces : aussi sont-ce pour la plupart des homnies durs^ insolens et cruels. Âyec des officiers ^ubalteiTies de cette sorte, quel est le gQuvQrneoient qui prétendrait à la popularité et k une bonne administration ?*et quel peupie se troublerait tranquille ou content^ lorscpie de ppireils agens représiçntent l'autorité?

h^ cUffif^ de l'impôt prélevé dans ces provinces jd'^^t. pas exorbitant^ mais le mode de la perceptian y a toujours été onéreux. Le paysan , qui paye au gouven^ement upe paprtie dç son impôt en grains , ^t souvent contraint c^.les transporter à se^ £rais à un magasin fort éloigné qui se trouve duns: le cas d'exigé un approvisionnement^ et se voit obligé d'attendre plusiqurs jours, de se ruiner en dépenses pour son entretien et celui de ses bétes de somme , jusqu'à ce qu'il plaise ^u inagasinîer de recevoir ses denrées, tandis que du-

raiittMitceieiiip»9es traYauxâgricolea&e trouvent néoessairement suspendus à son grand pr^udice* Le passage des troupes^ so^dans h casde goen^e^ sok; par suite de la mnlalion des oorpa d'armée, impose pu paysan l'ol^ijgiition de mettre ses moyens de transport au âervioe itea bagages ix^ litaires, quelleque^oit la saisod de Tanaéeei; queique roiiieux qiie cela deviemie peut* sa ferme. Des soldats d-iine croyance religieuse di^Sb^^nte viennent loger éams sa maison, et violent l'impénétrabilité de son inlérieur de ftiiaâUe* On hu demande des services que le gouvemmnent n'a pas ménie ordonnés , mais dont on veut lui fiiire payer reitemption« B ne peut se transport» d'un

village à ija^ autre sans passe-pwt^ il ne l'obtient pas sans perte dé te^iips-ou d'aorgçnt^et qudque part qu'il se tourne,^ il ne rencontre qu'une gws^ sièt^ soldatQsquei» dont les habitudes et les ma^ nières indécentes le blessent dans toutes sea s^ fections et lui font toujours craindre, des insultes.

On s'était déftiit d^ <àefs; restait la petite noblesse. Son influence s'évanouit nécessairement

( 107 ) au{n:*è$^a.iiQuteau pomoir^ îwec IstpiéL «Ue m

681» €em iimsé^ à» IWra§anee ei <fe la SMférâo»lité çiffedëâ par kacffieiei» nbces; : mtpd mohlmat se Tk donc «BOtiacée d'une ruîiiç :tot&fl6 01^ ca»^fonflhie sans^ remède avee la ipaae da pei^ile.

Le service russe restait^ à la v«dté^ aocessilile aux jeunes nobles ^ tsôsA qaelqiiQs^mtô d'entre eux profitèrent de iâôt|;e gi^cieuie j^epumîon; mais Igùbc f^rilaMe importai^ce^ ne s'a||ackak guère qu'à leur ^ uatal^ «t ne sefondait queaur Forttaehemi^t deieurs^ubo]daQnë&. Pour ^stv^p* au si^tice'itisse tsift fffualité de oatdet » il leur fidf^lait abandonner .>c0i, avantagea p6ur s'amalganiv arria^ une race kâïe , i^enoneer ftux usà^ et soiiVef)^ même mx ordyasioes religieuses du pays, çt vtvï»^ awc les 9Utre$ olSci^s sur d^^ tmnes qu'mi ne |)oiii^it don^iUer avec la con^ servatioti dé^ anciens pt4n<»ped. Les chrétiens eux-mêmes de la Géorgie et de l'Arménie avaient itifson de se plaindre de la rigueur que les autorités mettaient à exiger qu'ils se conibr-

( ioS) massent aox moaurs russes y et ils voyaient avec peine que leurs épouses et leurs filles ne pou<- ▼aient conserver leurs usages nationaux et leurs Gostames sans donner ombrage au gouverne* ment ^ et que pour lui complaîre y il fallait qu'ik les affiiblassent. de chiffons achetés chez les modistes, de Moscou 9 et qu'ils, leurs apprissent à walser avec les officiers russes*

Les datants de l'administration civile auraient pu encore, à la rigueur, être tolérés, 0t la iiou* VeHe génération , ne connaissant pas de temps meilleurs et ne se trouvant plus stimulée par les souvenirs d'une ancientie influence et grandeur^ aurait pu se souiviettre à la longue à une autorité qui n'avait été destructive que pour leurs pères, s'il n'eût existé une autre espèce de mal plus grand, ou du moins plus poignant. Dans la plupart de ces provinces , les mahométans avaient été les maîtres, et les chrétiens Meurs sujets. Lorsque le pouvoir russe s'y fut comohdé , les chrétiens se virent naturellement favorisés; Us traitèrent par conséquent 4eurs anciens maîtres avec insplence , tournèrcftit leurs rites

iieligieuK en dà4siôii , et allèreni ^jusqu'à trou-* bler parfois ieui^ eérémonies les plus sacrées. Le musulman vit une de ses mosquées changée en écurie^ ufie autre en eabaret^ et se trôu«-. ▼ait encore rsôllé pgr les Arméniens à l'oc* cffi»ion des insultes préméditées que subissait son culte.

Les mollahs avaient beaucoup perdu de leur ancienne importance ^ et leurs revenus s'en étaient ressentis. La forme du gouvernement s'opposait à leurs intérêts^ ils devinrent donc nécessairCTQtent les ennemis de ce gouvernement. Gomme on avait négliger de les ménager y ils employèrent le seul moyen qui leur restait pour regagner leur pouvoir ou en conserver les restes , en. tâchant de réveiller les sentimens religieux chea^ leurs ouaille». En agissant ainsi , ils ne pouvaient qu'inspirer de la haine contre le gouvernement qu'ils regardaient comme mécréant et par conséquent- infâme. La honte de subir le joujg des*étFangers infidèles devint le thème favori de leurs déclaioations. Chaque outrage fait aux mahométans , chaque incident qui blessait

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leHTs sentimefis oa pi^éjiigés', élait représeiilé par eÉix eoontme là smfé d'âne» attaque systé^ ntatique dir^eoontre la foif^ ecla coiidciib^des offloifers russes, dei» Utot^^ séus iÉifr& orércs et du gouverneiaent lài-^nénte, a ébdt pus toujours de nature à réfuter ce» rsiioiineRiiem* Le» péle^ rins qui fréquentaient les tombaux die Kerbefcie et é% Ntijjif y poMaiieitt dès. réeks exagérés des i^nix et des dangers que couraient; lés dkc^pics de l'blam sous le joug moscovite^ et soulevaient ainrî les inquiétudes du chef religieiiK de5slm!les. La presque totale extîffiatflpn du mBismoébet^ ttisme en Grimée servait d'exemple et de prenve pdur justifier ces alarmes.

D«m cet état èe éhodes, k gnmfre éclatait de temp^ eu temps dansr les montagnes et devenak toujom-s pour les montagnards ot^diométans Utie affaire de religion. Les h^tilités étaimt marquées, de patt et d'auitiftvde la plus féroce barbarie. Un soldat russe s'avisait-*il de dépasser ses ligMs , bientôt on Ite voyait assassiné et son corps inufilé et déchiré ; de petits délacbemiens se>trouvaiènt écrasés et taillés en pièces; Le gé-

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