‹ Progression ascendante du nombre des avortements et ses causesChapitre 14 sur 19 · ANT ES · texte numérisé non relu

ANT ES

L'industrie des allumettes, malgré les propriétés abortives bien connues du phosphore, serait, d’après Courtois Suflit (chargé du service médical des usines de Pantin-Aubervilliers), exempte d’inconvénients, en dehors de cas de nécrose phosphorée ou d’anémie, ou d’albuminurie, observés particulièrement chez les feinmes et cela surtout depuis l’emploi de la nouvelle pâte phosphorée de MM. Sevène et Cahen, qui n'aurait donné dans les manufactures aucun cas d’intoxication. (Courtois-Suffit. - Bul. acad. méd., 27 déc. 1894).

Nous venons de voir que pour une faible part, nous devons faire entrer les intoxications dans notre progression. Mais sans quitter la partie pathologique de notre étude, nous croyons que les maladies vénériennes doivent compter pour une part beaucoup plus importante. La syphilis sévit aujourd’hui sur toutes les classes de la société et de jour en jour les victimes deviennent plus nombreuses. Elle était encore rare même dans les grandes agglomérations au XVIII: siècle et nous savons comme elle est répandue aujourd’hui, même dans les campagnes. Et nul n’ignore à quel point la syphilis est une cause fréquente d’avortement.

« Il est bon nombre de femmes syphililiques, dit le professeur Fournier, qui ont une grossesse pénible, accidentée, laborieuse, fréquente en troubles locauæ et généraux; aussi n'est-il pas rare — je me irompe — aussi est-il fréquent, très fréquent, que lourmentée de la sorte, la grossesse ne se continue pas, n'arrive pas à son lerme, c’est-à-dire aboutisse soit à l'accouchement prématuré, soit surtout à l'avortement. »

Nous croyons avec beaucoup de médecins, que l’avortement serait beaucoup moins fréquent chez les femmes syphilitiques, si le traitement était mieux appliqué et surtout sur des patientes plus dociles.

OBsERvaTION : Femme de 24 ans, mari syphilitique depuis deux ans : ne s’est pas soigné régulièrement. Cinq mois après leur mariage, premier avortement ; un traitement sérieux est ordonné. Dix mois plus tard nouvel avortement de 3 mois. Le mari avoue n’avoir pas suivi l’ordonnance. Au début d’une troisième grossesse, on prescrit de nouveau un traitement rigoureux, suivi cette fois par le mari et la femme. Accouchement après huit mois d’un premier fœtus macéré

nettement syphilitique, puis d’un autre à neuf mois bien YP » P

portant. (Dr Prunac).

Nous trouvons dans la syphilis une nouvelle cause de progression, dans ce fait que ce mal est toujours considéré comme une maladie honteuse et d'autant plus dangereuse qu'il est caché. Les malades n’osent se décider à consulter et viennent le plus souvent le faire lorsque les lésions sont devenues irrémédiables.

En consultant les observations de la clinique Beaudelaque, nous avons été surpris du nombre considérable de métrites chez les femmes qui avortent, allant jusqu’à 25 et 27 °/, au cours de plusieurs mois de l’année 1909. La métrite chronique que nous savons être bien souvent d’origine blennorrhagique par extension du gonocoque, de la muqueuse vaginale à la muqueuse utérine, est une cause classique d’avortement pathologique. Nous aurions voulu prouver par quelques chiffres recueillis dans des consultations de maladies vénériennes, l’augmentation du nombre des consultants blen-

norrhagiques. Ces services malheureusement ne tiennent pas de statistiques ; nous avons dû nous en tenir à ce que nous avons pu constater nous-même, à la consultation de Ricord et à l'affirmation que nous y avons recu, que le nombre des blennorrhagiques augmente.

Nous pouvons considérer les maladies vénériennes comme une cause moins considérable, il est vrai, que celles que nous verrons tout à l'heure, mais comme une cause appréciable cependant de l'augmentation du nombre des avortements. |

La pathologie peut donc nous expliquer un certain nombre d’avortements et, tout détail devant être pris en considération dans un mal qui ronge à un tel point notre société actuelle, nous croyons qu’un petit résultat appréciable assurément, pourrait être obtenu d'une part en réglementant avec plus de soin le travail des femmes dans les ateliers ; en faisant connaître d’une façon particulière à ces mêmes femmes les dangers plus grands encore pour elles de l’alcoolisme, et il faut bien le dire de livrognerie ; en faisant observer plus attentivement les lois de l'hygiène dans les usines et ateliers. D’autre part, il serait important de vulgariser les dangers des maladies vénériennes mal ou insuffisamment soignées. [Il faudrait montrer combien c’est un danger social de dissimuler des maladies qui, cachées, ne peuvent faire que des victimes et qui, sérieusement traitées peuvent être presque toujours absolument anodines.

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