POIDS ET MESURES
Les systèmes de poids et mesures actuellement en usage chez les différents peuples ne sont pas les uns avec les autres dans de simples rapports numériques, et la transformation ou réduction des valeurs exprimées par l'un, en formules d'un autre système, est généralement une opération longue et fastidieuse. On ne pourrait donc imaginer un système commun, qui ne serait point avec les systèmes admis, ou avec la plupart de ceux-ci, dans le même rapport de commensurabilité inexacte que ces systèmes entre eux. Et, toutefois, il n'existe guère de transactions appartenant à la vie pratique, qui n'impliquent des questions de poids ou de mesures, ou des deux à la fois; et telle est la constitution de l'esprit humain, qu'il lui est impossible de se former des idées nettes de quantités quelconques, s'il ne peut se référer à des unités de valeur que l'éducation ou le long usage lui a rendues familières. 11 importe peu que nous nous soyons mis, plus ou moins compjlétement, au courant des poids et mesures employés par d'autres nations, que nous ayons tenté plus ou moins sérieusement, par l'étude des types visibles placés immédiatement sous nos yeux, d'acquérir la faculté de concevoir directement des valeurs positives, lorsqu'elles sont exprimées au moyen de ces types : l'expérience nous enseigne que des notions, ainsi acquises, continuent longtemps à être vagues et inexactes; et que pour les rendre définies, intelligibles et satisfaisantes, nous cherchons involontairement à les transformer par des réductions fondées sur des rapports qui, s'ils ne sont pas exacts, sont au moins approximatifs, en des valeurs qu'une Icngue habitude nous a appris à associer directement avec des quantités déterminées des objets évalués. Dès lors la substitution en tous lieux, au système actuellement en usage, d'un nouveau système fondé, comme il devrait l'être pour pouvoir devenir un système commun et international, sur une base qui ne présenterait point un rapport numérique simple avec les systèmes existants, imposerait à une génération entière de tels embarras et une telle gêne, de nature à se faire sentir tous les jours et à toute heure, que, pour justifier cette substitution, il faudrait la démonstration bien claire que les avantages, dont elle serait la source, compenseraient amplement ces très sérieux inconvénients. Or, il y a beaucoup d'esprits pour lesquels la considération d'un grand intérêt public, ou même d'un grand avantage particulier qui ne serait qu'en pei;spective, sera de peu de poids en présence d'un mal beaucoup moindre, mais actuel et personnel. Il est donc inévitable que toute proposition, tendant à l'unification des systèmes des poids et mesures en usage dans le monde, quelle que soit la base proposée pour le nouveau système, et quelle que soit sa simplicité théorique, rencontre de beaucoup de côtés une vive opposition.
Mais l'inconvénient ci-dessus mentionné, et qui consiste à troubler des
idées établies et enracinées par la coutume, n'est pas le seul qui résulte nécessairement de l'abrogation d'un système de poids et mesures depuis longtemps en usage, et de son remplacement par un système nouveau, lors même qu'il serait beaucoup meilleur. Cet inconvénient ne peut être que temporaire, et ne peut atteindre, au plus, qu'une seule génération. Abolir tout d'un coup le système métrique des poids et mesures en France, aujourd'hui, ce serait forcer le peuple français à passer une seconde fois par ces luttes pénibles avec des associations d'idées établies, qui ont marqué son introduction à l'origine.
Mais, à part cela, tout système de poids et mesures, depuis longtemps en usage, se mêle et s'incorpore plus ou moins avec les opérations commerciales et ]es intérêts matériels des hommes, à ce point qu'il constitue à la longue un élément de l'évaluation actuelle d'un grand nombre d'espèces de propriétés. Le désavantage qu'entraînerait, à raison de cette circonstance, l'abolition du système, est d'une nature plus permanente, et indépendamment de sa permanence, d'une nature plus sérieuse, que celui qui résulterait d'une simple violence faite à des associations d'idées.
Les divisions artificielles de la propriété territoriale figurent parmi les choses les moins susceptibles de changements ; et les lignes terminales qui marquent ces divisions sont naturellement exprimées, dès que la chose est possible, en nombres intégraux de l'unité de mesure employée. L'introduction d'une nouvelle unité n'ayant point un rapport simple avecl'ancienne, rendrait toutes ces quantités fractionnelles. L'importance de cette considération croît en raison de la petitesse des dimensions de ces divisions, et de la valeur absolue delà surface mesurée. Ce sont là les conditions dans lesquelles se trouve la propriété immobilière dans les villes : et ces conditions y existent aussi bien pour les bâtiments que pour le terrain sur lequel ils ont été édifiés.
Observons encore que les dimensions des chemins de fer, des locomotives, et autres matériels roulants employés pour les chemins de fer, ont été déterminées conformément aux systèmes actuels de mesurage : et que tous ces chiffres deviendront fractionnels si le système est changé. La même chose se présentera pour toute espèce de fabrication mécanique; les objets produits, aussi bien que les machines par lesquelles ils seront produits, cesseront avec l'introduction d'un nouveau système d'avoir des dimensions qui puissent être exprimées en chiffres entiers. Lorsqu'on considère dans combien de détails de l'industrie manufacturière, les mesurages les plus précis entrent comme éléments d'une importance vitale, et lorsqu'on réfléchit en même temps aux capitaux énormes qui ont été placés dans les divers genres de la production mécanique, et dont la fructification a été rendue dépendante de la stabilité des systèmes en vigueur pour le mesurage, on comprend que l'introduction subite d'autres systèmes, et leur extension immédiate à toute espèce d'industrie et de commerce, causeraient un dommage sérieux à quelques-unes des sources les plus importantes de la richesse publique et privée.
Si toutefois, sans perdre de vue les conséquences qui peuvent et doivent résulter de la substitution d'un système des poids et mesures uniforme pour toutes les nations, aux systèmes nombreux, divers et discordants actuelle-
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mont en usaj^e, il ap{)araît (|Uo co cljan^'ernfnt |jrrM,urorait à l'hurnaniU* des avantaR:(?R porinanontH et durahlcs, .sufllKarits pour contrebalancer les inconvénients temporaires et la confusion possible qui en proviendraient, on devra reconnaître qu'il y aurait lieu de pn;ndre des mesures pour assurer l'introduction d'un tel système, aussitôt r|U'on jxmrra le faire, en tenant raisonnablement compte de la ténacité avec laquelle les hommes se cramponnent aux usages établis, et des intérêts matériels ({ui |,(iurraient en être affectés.
Sui)posons maintenant (jue cette première «question soit résolue affirmativement, et que l'on admette universellement l'utilité d'un commun système des poids et mesures, susceptible de servir entre toutes les nations, il restera à résoudre une autre question qui ne présente guère moins de difficulté'-. C'est de choisir entre les divers systèmes qui pourraient être proposés, celui qui réunit la plus grande somme d'avantages, et qui par cela même est intrinsèquement le meilleur. Et ici il faut observer que beaucoup des systèmes existants sont si absolument mauvais, si arbitraires quant à la détermination des unités sur lesquelles ils reposent, si variables quant à la valeur absolue de ces unités dans des provinces ou districts différents d'un même pays, et souvent si inconsistants dans leurs détails, qu'ils exigeraient une réforme, ne fiit-ce que dans l'intérêt des peuples qui s'en servent, et sans égard même aux relations de ces peuples avec les autres nations. Comme donc aucun système de poids et mesures, qui pourrait être proposé pour l'usage international, n'aurait de chance d'être accepté à moins dêtre manifestement un bon système, il s'en suit que beaucoup des arguments qui pourraient être invoqués en faveur de l'adoption d'un système international seront des arguments sérieux en faveur du système même, indépendamment de son caractère international.
Les désavantages qui résultent du grand nombre et de la diversité des poids et mesures en usage, sont trop évidents pour qu'il faille les démontrer longuement. Ils se font sentir à quiconque s'occupe d'échanges internationaux, parle labeur écrasant des calculs adthmétiques dont ils encombrent leurs opérations. Ils se font sentir aux hommes d'État et aux statisticiens, par les difficultés qu'ils en éprouvent dans leurs recherches, relativement aux ressources et à la richesse des nations. Les ingénieurs, mécaniciens et manufacturiers en souffrent, par le travail beaucoup plus considérable que cette variété de systèmes leur impose, lorsqu'ils cherchent à s'enquérir des progrès des sciences de la construction, ou, à un point de vue plus matériel, lorsqu'ils veulent s'établir dans d'autres pays pour augmenter leurs bénéfices. Les voyageurs et les touristes en Sf^uffrent à leur tour, par les obstacles qu'elle oppose à ce qu'ils se fassent une idée exacte de ce qu'ils voient et entendent, relativement aux pays qu'ils visitent, et par la responsabilité qu'ils encourent en recevant des impressions erronées, lesquelles par la publication de leurs observations sont souvent transmises à d'autres. Et, en ce qui concerne toute espèce de recherches historiquees et archéologiques, non seulement la diversité des poids et mesures actuels, mais leur instabilité dans le passé, et l'extrême incertitude qui marque toute tentative à l'effet de fixer leur valeur absolue à une époque quelconque d'une antiquité lointaine, répandent sur une foule de questions du plus haut intérêt, une obscurité, que les recherches les plus patientes ne parviennent point à dissiper.
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Le fait qu'il serait désirable d'établir un système uniforme des poids et mesures, qui puisse servir à l'usage commun de l'humanité, est trop clair, pour qu'on puisse différer d'opinion à ce sujet. S'il est nécessaire qu'entre deux individus quelconques, pour un échange d'objets matériels, ou pour un échange d'idées, il y ait une formule ou des formules de valeur admises par tous deux, la même chose est vraie, à un plus haut degré, lorsqu'il s'agit de grandes sociétés d'êtres humains ; et par une extension du même raisonnement, la chose est vraie aussi de l'humanité entière. Il faut observer toutefois que cela n'est tout à fait aussi exact de l'humanité entière, que si l'on suppose l'existence de relations fréquentes commerciales sociales et intellectuelles, entre toutes les branches de la grande famille humaine. C'est pourquoi la question n'a pas toujours eu dans le passé l'importance qu'elle présente actuellement ; et elle n'a pas non plus à notre époque l'importance énorme qu'elle est destinée à avoir dans l'avenir.
Des écrivains ont essayé de découvrir l'origine des poids et des mesures, dont l'usage prévaut actuellement parmi nous. Ils nous apprennent que dans l'état primitif de la société, les hommes trouvèrent dans les dimensions de leurs propres corps ou de leurs membres, les prototypes des mesures linéaires primitives. Deux raisons se réunissent pour indiquer cette dérivation comme naturelle. Tout d'abord le premier usage que l'être humain non civilisé a pu faire des mesures, a dû avoir pour objet la construction de son habitation, la confection de ses vêtements, des grossiers instruments qu'il employait pour faciliter son travail, ou des armes au moyen desquels il se livrait à la chasse. Ces mesures devaient évidemment avoir certaines proportions de dimensions, appropriées à la personne qui voulait s'en servir pour son propre usage. En second lieu l'idée d'une échelle ou d'une règle artificielle et matérielle, pour le mesurage des objets, est une idée qui suppose des procédés de létlexion et d'abstraction auxquels l'homme primitif n'avait pas encore appris à avoir recours ; tandis que sa propre personne physique, avec ses divers membres, lui était toujours présente, non seulement comme mesure, mais comme la chose même à laquelle il s'agisait de fournir et de proportionner les constructions les plus primitives dont le mesurage devait être fait. Lorsque dans le cours du temps des comparaisons plus nombreuses deviennent nécessaires, les mêmes étalons de mesurage sont naturellement appliqués pour y procéder.
S'il s'agit de mesurer des distances, une autre idée se présente d'ellemême, et jaillit également de la condition et des habitudes de l'homme primitif. Avant que l'homme n'eût appris à soumettre les animaux à son service, ses seuls moyens de locomotion étaient ceux qu'il possédait en commun avec les animaux eux-mêmes ; et, pour estimer les distances modérées entre sa demeure et le lieu jusqu'où il prolongeait ses marches journa- Uères, rien ne pouvait se présenter plus naturellement à son esprit que de compter ses pas. De là surgit l'unité fondamentale de mesure itinéraire, unité plus ou moins encore employée pour des indications approximatives, c'est-à-dire le pas.
Dans l'état social que nous supposons ici, chaque homme sera son propre moyen de comparaison. Et, bien que les personnes physiques des divers individus diffèrent sensiblement dans leurs dimensions, ces différences
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n'auront ^uèro d'importanco dans les transaftions qui pouvant fie pré- Rontor entre les membreB d'une Boeiété Bi tiarbare. On l'admettra surtout facilement si l'on considère qu'une série de mesurapeg successifs faits par le même individu, au moyen de mesures si imparfaites, ne pourrait elle-même préK(!nter qu'une éf,^^lité approximative. A mesure que la civiljsation Be développe, que la société s'organise d'une manière plus parfaite, que les échanges se multiplient, et (pie les hommes, visant autre chose que la satisfaction de leurs besoins journaliers, s'appliquent à accumuler des richesses, la nécessité d'une plus grande uniformité et de plus d'exactitude dans les mesurages se fera sentir, et l'on adoptera de commun accord un type constant et artificiel pour remplacer le type naturel et variable ; mais ce type nouveau portera encore le même nom (le pied par exemple), que le type remplacé, et sera censé désigner sa valeur moyenne *. De pareilles conventions ne s'étendront d'abord que dans des cercles territoriaux limités, et des districts différents auront des mesures différentes portant le même nom, et s'accordant approximativement, mais seulement approximativement en valeur. C'est ainsi que l'on vit naître de bonne heure dans divers pays de l'Europe et dans des provinces différentes de ces paj-s, plus de cent unités de mesures différentes portant toutes le nom pous, pes, pied, pié, pé,fuss,/od,Joûj fouie, ou foot, lesquelles représentent toutes également une mesure dérivée de la longueur moyenne du pied humain, tout en dépassant dans beaucoup de cas cette longueur (comme en Angleterre et dans les États-Unis), et parfois (comme dans le Portugal et dans beaucoup d'États italiens) dans des proportions très-fortes. Le plus grand nombre de ces mesures discordantes ont disparu, à la suite surtout de l'extension du système métrique qui prévaut aujourd'hui en France, en Belgique, en Hollande, en Italie, en Espagne, en Portugal et en Grèce. Néanmoins, à l'exposition des poids et mesures de Paris, qui eut lieu en même temps que l'exposition universelle industrielle de 1867, on exposa treize ** unités de mesure comme étant alors en usage sous le nom de pied (ou sous le nom équivalent dans d'autres langues), parmi lesquelles il y en avait huit représentant des longueurs absolues différentes. L'histoire de l'origine des poids et mesures existants est intéressante, en ce qu'elle fait partie de l'his-
* Il se peut ciue l'unité linéaire, au lieu d'avoir été prise à sa valeur moyenne, ait été fixée d'après la stature physique de quelque individu remarquable. C'est ainsi que la mesure grecque, appelée le pied olympique, a été, dit-on, établie d'après le pied d'Hercule et le pied du roi français semble, d'après son nom, avoir une origine du même genre. On dit également que le yard anglais a été fixé d'après la longueur du bras de Henri I^r^ en 1101 ; la longueur de cette mesure, antérieurement à la conquête normande, dépassait légèrement celle du mètre moderne.
** Les mesures mentionnées ici provenaient de la Prusse, de la Bavière, du Wurtemberg, de Baden, de la Hesse, de la Suisse, de l'Autriche, du Danemarck, de la Suède, de la Norwège, de la Russie, de la Grande- Bretagne et des États-Unis. Les pieds employés comme mesures dans la Grande-Bretagne, dans la Russie et dans les États-Unis sont identiques. Ceux de Prusse, du Danemarck et de Norwège le sont à peu jDrès.Les autres sont plus ou moins différents de chacun de ces jDieds ; mais les mesures que l'on appelle ainsi dans le duché de Baden, la Hesse, et la Suisse, représentent des valeurs métriques.
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toire de la race humaine. Mais elle est sans influence aucune sur la question de savoir, quelle mesure devrait être adoptée par des hommes arrivés à un haut état de civilisation. Toutefois la mesure consistant dans le pied a eu de chauds partisans, même de notre temps, lesquels faisaient ressortir que c'était une mesure naturelle, suggérée par une sorte d'instinct, et dont l'universalité est attestée par le fait qu'elle a existé presque partout. Mais l'homme a dans la raison dont il est doué un guide supérieur à l'instinct, et il n'est pas plus rationnel d'exiger que la société humaine, dans la maturité de son développement intellectuel, se règle d'après les instincts de son enfance, que de vouloir que les caprices du premier âge servent de loi à l'homme mûr.
Il n'existe nulle part de système de poids et mesures assez peu défectueux, à l'exception du système métrique, pour ne pas exiger une réforme sous plusieurs rapports particuliers, et dans l'intérêt des peuples mêmes qui s'en servent, à part la question de l'uniformité internationale. Prenons par exemple le système qui est en vigueur dans la Grande-Bretagne et dans les États-Lnis. Le pied est sans doute une mesure de longueur convenable pour des distances modérées. Il serait une mesure de longueur convenable, et se rapprocherait davantage de la longueur moyenne du membre dont il tire son origine, s'il était réduit d'un sixième. Un pied de douze pouces de longueur peut être le pied moyen de quelque race géante d'antroj)ophages aborigènes, mais ce n'est pas le pied moyen de l'homme civilisé des temps modernes *.
Le pied est beaucoup plus exactement représenté par le quart d'un mètre, que par le tiers d'un yard anglais ou américain. Ce pied véritable, dont on ne se sert pas, est, du reste, aussi bien que le pied artificiel ou supposé dont on se sert, une unité de mesure convenable pour les distances modérées ; mais il est loin d'être la seule.
C'est une mesure qui, malheureusement, est, sans nul doute, trop petite pour être d'un usage très grand; toutefois, comme le pied artificiel aune existence établie, et est devenu partie intégrante de toute idée de grandeur matérielle parmi les jDeuples qui s'en servent, l'infériorité qu'il présente, quant à l'usage qu'on peut en faire, ne serait pas un motif suffisant pour le rejeter comme mesure de longueur, si son usage était déjà universel, ou s'il y avait quelque possibilité qu'il le devînt. Mais cela n'est pas plus conforme au fait qu'aux probabilités.
Une unité de longueur que nous trouvons mentionnée dans les plus anciens écrits, par exemple dans les livres historiques de l'ancien testament, et qui était en usage dans les temps antédiluviens, aussi bien que
* On trouvera certaines données intéressantes sur les dimensions de longueur du pied humain de l'adulte dans l'ouvrage intitulé : Investigations in the Military and Ântropological Statistics oj American Soldiers, par le T)^ B. A. GouLD. Cet ouvrage a été publié dans les Mémoires de la commission sanitaire des États-Unis. On a mesuré les pieds d'environ seize mille individus de différentes races et nationalités, parmi lesquels environ onze mille blancs. Le D^ Gould dit que la longueur moyenne ne dépassait pour aucune nationalité 10 pouces 24/100, qu'elle n'était inférieure pour aucune à 9 pouces 84/100 et que pour l'ensemble elle était de 10 pouces 58/1000,
MC) PROJKT
j)luH tard che/, Ick Ilôbroux ci los É^^yptif^nH, était la coude; ou la roudée, nu3Suro plus ^n*and(j quo In piod,f;^alt;, dan» cortains cas, à environ la nnoitié d'un yard anglais et dariH d'autrns à plus d'un demi mètre *. Le yard qui reprôsonto trois fois la Umfj^ucur du piod est auRsi en usage chez nous pour mesurer tous h'S produits textiles, et les laines filées, fils, échevaux et autres produits des filatures. Les longueurs de ces unités, la coudée et le yard, sont empruntées comme celle du pied, au corps humain : la coudée étant la longueur de l'avant-bras, mesuré extérieurement depuis le coude jusqu'à l'extrémité du doiffi annulaire tendu; et le yard, la longueur entière du bras étendu y compris la main ouverte, mesurée toutefois non à partir (le l'épaule, mais à partir du milieu du visage, ou bien (là où ce mode de mesurage est encore actuellement en vigueur), depuis l'extrémité du nez, — trait du visage qui fournit un point de repaire très-bien défini. On trouve dans le fait mentionné, en dernier lieu, une explication très-plausible de l'usage qui a restreint, en pratique, l'emploi du ^ard au mesurage des objets légers, portatifs et généralement d'une nature flexible, à l'exclusion des objets non mobiliers et solides **. Le sauvage pouvait dérouler le long de son bras la corde destinée à tendre son arc, et la porter à l'extrémité de ses lèvres; il pouvait mesurer à l'aide de ses pieds, le terrain sur lequel il devait construire son wigwam, et appliquer son coude aux murs; mais il lui eût été plus difficile de mesurer sa corde à son pied, ou à son avant-bras, et il n'aurait pas sans répugnance appliqué son visage contre une surface solide ou contre terre. C'est pour cette raison que le yard si supérieur au
* On trouve dans la collection des ouvrages du professeur John Greavfis,
d'Oxford, éditée par Thomas Birch, M. A., et publiée à Londres en 1737, une
[( i,;i ! Dissertation sur les coudées, par sir Isaac JSenton, originairement écrite en
latin, et indiquant les résultats de ses recherches, relativement à la longueur des anciennes coudées comme suit :
Pieds anglais. Pouces.
Coudée de jUemphis (de l'extérieur de la Grande-Pyramide) . 1,732 20.784
» » (delà Chambre du Roi dans » ) 1,719 20,628
» » (de la Galerie » » ) 1,717 20,004
Coudée de Babylone à peu près 2,000 24,0o9
Coudée royale de Perse 1,7663 21, 1950
Coudée sacrée de Moïse pas plus de 2,0782 24,9S89
>) » pas moins de . . 2,0605 24,7362
» » valeur probable 2,0629 24,7552
Coudée des Eomains l,45o5 17,4060
Coudée des Grecs probablement 1,5109 1 8,1308
Coudée actuelle d'Egypte A. D. 1737) 1,8240 2i,8880
La dissertation, dans laquelle ces chiffres sont puisés, a été réimprimée par le capitaine C. Piazzi Smyth, dans le second volume de son ouvrage « Vie et travaux à la Grande Pyramide «. Edimbourg, 1867. •
** M. Adams dans son rapport, cité plus loin, dit que le yard est une mesure saxonne, dérivée de la circonférence du goith ou du corps (en ^axon, gyrdan, ceindre où entourer». Si telle est sa dérivation, elle appartient à une époque plus récente que celle à laquelle les hommes se servaient de leur corps même ou d'une -partie de leur corps, d'une manière directe, comme mesure. Mais, quelle que soit sa dérivation, le moyen le plus commode de déterminer la longueur du yard en l'absence d'une mesure artificielle, et dès lors de l'employer pour mesurer des objets légers et flexibles, serait de le rapporter au bras.
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point de vue de l'utilité pratique au pied, pour les usages auxquels il sert actuellement, et auxquels son emploi ne semble avoir été limité que par les accidents de son origine, ou par son usage primitif, n'est point devenu l'unité de mesure générale au grand désavantage des âges subséquents. Le yard est supérieur au pied pour le mesurage pratique, en ce que tout en étant assez petit pour être entièrement compris dans une étendue de longueur des plus modestes, assez court pour être aisément porté à la main sous forme de règle, il permet d'exprimer des dimensions considérables en nombres que l'esprit saisit facilement, tandis que les mêmes dimensions exprimées en pieds dépassent les limites numériques dans lesquelles il est possible de se faire une idée nette des quantités. Pour démontrer la vérité de cette assertion, nous nous bornerons à faire appel à l'expérience. Que l'on essaie de se faire une idée nette d'un nombre considérable quelconque Ae pieds d'étoffes de soie ou de tapisseries, par exemple quatre-vingt-sept, et on ne parviendra guère à se faire une idée nette de cette quantité qu'après l'avoir réduite à la forme plus simple de vingt-neuf yards. On trouverait le même avantage dans l'application de cette unité aux dimensions des bâtiments, de quartiers de villes et de toutes autres choses dont les dimensions ne peuvent s'exprimer que par un grand nombre d'unités, si ce n'était qu'une longue habitude a considérablement réduit, en pareil cas, l'effort mental que l'usage de l'unité plus petite exige.
En ce qui concerne les dimensions moindres que le yard, elles sont, en fait, très-aisément fournies au moyen des subdivisions binaires de cette unité, et elles le seraient d'une manière tout aussi satisfaisante, au moyen d'une subdivision décimale. Mais, comme en pratique l'emploi du yard est d'une application fort restreinte, les petits mesurages se font généralement aujourd'hui en subdivisions duodécimales du pied, et en subdivisions binaires du pouce. On affirme communément, et cela d'une manière si dogmatique que l'on semble repousser toute discussion à cet égard, que les subdivisions duodécimales de mesure et de poids sont nécessairement, et par leur propre nature, préférables à toute autre. Quelle que soit la vérité de cette assertion, au cas où nous aurions un système duodécimal ou binaire de numération arithmétique, elle ne peut être admise qu'avec beaucoup de réserve dans l'état actuel de ce système. Car, il est de fait que, dans beaucoup de cas, la division du pied en pouces et du pouce en moitiés, quarts, huitièmes et seizièmes, est un désavantage si certain, qu'actuellement cette division est habituellement écartée, en faveur de la division décimale que le système ne comporte point. Le charpentier et le menuisier continuent, il est vrai, de se servir du système duodécimal et binaire dans tous ses détails. Mais, le dessinateur, le constructeur de machines et l'ingénieur mécanicien, tout en employant le pied et le pouce, écartent la subdivision binaire du pouce et y substituent la division décimale. L'ingénieur civil va plus loin et, dans ses travaux géodésiques, écarte le pouce et emploie la subdivision décimale immédiatement à partir de l'unité fondamentale, c'est-à-dire, du pied lui-même. Enfin, le géomètre, tout en employant une unité multiple, ou chaîne, présentant avec l'unité type le rapport absurde de soixante-six à un, subdivise cette unité d'après le système décimal, de manière, que sa subdivision, la plus petite celle d'un chaînon {link), repré-
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sente soixante-six centièmes d'un pied, ou sept f)0uce8 et vinj^l-neuf centièmes de pouce.
Immédiatement au-dessus du yard, dans le mesurage linéaire ordinaire, 86 place la verge représentant cin(j yards et demi ou seize pieds et demi. Pour éviter des chitlres fractionnaires nous dirons que deux verges sont égales à onze yards ou à trente-trois pieds. On pourrait défier l'ingéniosité humnine d'imaginer un raj^port plus incommode dans l'usage de nombres si peu considérables. Au-dessus de la verge vient se placer la mesure appelée furlong, qui constitue une dénomination inutile, puisqu'on ne s'en sert jamais. Au-dessus (\\xfu/'lonfj se place le mille, unité ordinaire de mesure itinéraire, et au-dessus du mille la lieue, dénomination qui a également ces.sé d'être en usage d'en certains pays. Nous avons donc une série de dénominations de mesures linéaires qui se trouvent l'une à l'égard de l'autre, dans les rapports successifs exprimés par les nombres suivants, savoir :
12, 3, 5 ^, 40, 8, 3 ; de telle sorte : 1 lieue = 3 mille = 24 furlongs = 960 verges = 5,280 yards = 15,810 pieds = 190,080 pouces.
Ce système qui est mauvais, dans sa base, est donc beaucoup plus mauvais encore par les rapports de ses dénominations. Si l'on avait imaginé ce système avec le dessein prémédité et méchant de détruire toute connexion d'idées, entre les mesures les plus élevées et les mesures les plus basses, et d'imposer à plaisir un surcroît de labeur à ceux qui doivent y recourir, on n'aurait pu réussir plus complètement. Ce qui estvraidusj'stème des mesures linéaires est également vrai des mesures de surface de corps solides et de capacité qui en dérivent; mais, après ce qui précède, il n'est guères nécessaire de suivre celles-ci dans toutes les inconséquences de leurs détails. Nous avons pour les mesures de surface le pouce carré, dont on se sert beaucoup dans les sciences mécaniques et physiques, et dans le génie dynamique; le pied carré que l'on applique aux bois, aux terrains à bâtir, aux métaux en feuilles, etc. ; le carré des charpentiers contenant cent pieds carrés et employé pour le lambrissage, la pose des toits et des planchers; le yard carré au moyen duquel les peintres de bâtiments, les plâtriers et les paveurs calculent leur ouvrage; la verge carrée; la chaîne carrée contenant seize veiges carrées; la roo^ contenant quarante verges carrées, et l'acre qui en contient cent soixante, ou quatre roods, ou dix chaînes — dénominations anomales et arbitraires qui toutes servent au mesurage du sol. Et enfin nous avons le mille carré contenant six cent quarante acres, que l'on emploie pour mesurre la superficie des villes et des terrains plus étendus. Les rapports qui existent entre ces diverses dénominations sont les suivants. Il suffit de les indiquer. Ils n'ont pas besoin de commentaire.
Pour les mesures des corps solidf s nous avons les cubes du pouce, du pied, du yard et de la verge, lesquels sont dans les rapports suivants :
avec une mesure spéciale pour le bois à brûler, dont l'unité de mesure est la corde, consistant en cent vingt-huit pieds cubes.
Le rapport qui existe entre les mesures ordinaires de capacité des Etats-
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Unis, et les mesures des corps solides n'est pas un rapport simple. Il y a deux sortes de mesures de capacité, l'une pour les liquides, l'autre pour les substances non liquides. Leur origine, leur histoire, et la raison des différences qu'elles présentent ont été très savamment exposées par M. John Quincy Adams, dans son rapport bien connu sur les poids et mesures présenté en 1821 à la Chambre des représentants des États-Unis; mais, quelque intéressantes que soient ces matières, elle ne le sont pas assez pour compenser l'état de choses anomal auquel les circonstances indiquées par M. Adams ont conduit. D'après M. Adams, le gallon de liquide ou de vin a été fixé de manière à contenir exactement huit livres de vin de Gascogne, aujourd'hui connu sous le nom de Claret et Bordeaux. Ces livres contenaieût quinze des onces qui, au nombre de douze, représentaient la livre de la tour, du règne de Henri 111, cette dernière étant l'équivalent en poids de quarante ^^^w«^5 d'argent du même règne.
La mesure sèche, ou le gallon de grains, était déterminée de manière à contenir le même nombre de livres de grains déterminées de la même manière. M. Adams nous apprend en outre que le poids spécifique du vin susdit était évalué à 0,9935 (sans que la température fût constatée), et son poids par pouce cubique à deux cent cinquante grains ; et que le rapport des poids spécifiques du blé et du vin était de 143 à 175. Le poids d'un penny était ainsi équivalent à vingt deux grains et demi. Nous en concluons que le gallon de liquide contenait deux cent seize pouces cubes, et le gallon sec ou le gallon de blé 264,34 pouces cubes ; c'est-à-dire que le boisseau de huit gallons contenait 2114,68 pouces cubes, ce qui est de beaucoup inférieur au boisseau de Winchester du règne de Henri VII (2146 pouces cubes), ou au boisseau de Winchester tel qu'il est établi par l'acte plus récent de Guillaume III, aujourd'hui le boisseau des États-Unis (2150,42 pouces cubes), ainsi qu'au boisseau impérial établi en Angleterre en 1824 ^ 2218, 19 pouces cubes). M. Adams a montré par une étude patiente et laborieuse de la législation confuse et contradictoire de plusieurs siècles successifs, comment le gallon d'Henri III était devenu successivement égal à 217,6 pouces cubes, à 219,43 pouces cubes, à 244 et enfin, comme à l'époque présente, à 231 pouces cubes ; tandis que le boisseau de substances sèches était devenu à la longue le boisseau de Winchester de 2150,43 pouces cubes — perdant ainsi, en même temps, le rapport proportionnel de 175 à 143, qui existait originairement, et qui aurait exigé un boisseau ne contenant pas moins de 2261,54 pouces cubes.
Il semble que M. Adams ait caressé avec prédilection l'idée qu'il devrait y avoir deux unités diff'érentes de capacité, ayant entre elles le même raj)port quant au volume, que la gravité spécifique moyenne des liquides vendus à la mesure avec celle des blés et autres grains également vendus à la mesure : de telle sorte que des quantités dissemblables de ces articles différents, tout en portant les mêmes noms, puissent avoir des poids différents. Il appelle cela une uniformité de proportion, par oi^position au rajDport d'égalité qu'il appelle une uniformité d'identité. Mais il est évident, sans qu'il faille le démontrer, que cette uniformité de proportion ne peut, en aucune manière, constituer une uniformité d'exactitude^ si ce n'est sous la condition qu'il y ait autant d'unités de capacité que de gravités spécifiques
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(listincteH dans Ich objets à mcsuror, M. Adarns roproche au gouverneiuent français, d'avoir, tout en prétendant établir une uniformité d'identité, prescrit néanmoins i)ar une ordonnance du fi Décembre 18fi8, approuvée par le ministro de l'intérieur « que les ventes d'huiles, opérées au détail à Paris, auront lieu au poids, dans des mesures contenant cinq hectogrammes, un double hectogramme, un hectogramme, etc.. Et ces mesures «, ajoute l'ordonnance, « consisteront dans des cylindres d'étain, marqués de lettres initiales indiquant que l'une est pour l'huile fine, l'autre pour l'huile de lampe. « 11 y a donc, continue M. Adams, deux mesures de capacité, bien que cela soit en désaccord avec le nouveau système : elles diffèrent entre elles de dimensions cubiques, quoiqu'il ne s'agisse que de mesurer un seul et même objet, l'huile, et toutes deux diffèrent du litre. Elles se rattachent au nouveau système par le poids, mais elles constituent l'abandon complet des prétentions de ce système à l'unité de mesure, et rentrent dans l'ancien principe consistant à adopter la mesure au poids.
Ce reproche serait fondé, si le gouvernement français avait décrété que la vente s Tait faite à la mesure, et non au poids. Mais que dirons-nous d'un système qui, tout en étant expressément fondé sur le principe de l'identité de proportion, et tout en prétendant que ses mesures identiques en nom, mais non pas en volumes, sont identiques en poids, n'ctablit pas même deux mesures différentes de capacité pour l'huile fine, et pour l'huile de lampe ?
Nos mesures de capacité ne peuvent pas être plus mal proportionnées qu'elles ne le sont. Leur seul mérite est que, tout en étant mauvaises, elles sont fixées et définies, et que, par un long usage, elles nous sont devenues familières.
Notre système de poids se rattache à nos mesures de capacité, par ce rapport fort incommode, qu'un pouce cube d'eau distillée, à la température de 62° Fahrenheit, le baromètre étant à 30 pouces du mercure, pèse 252 j^ grains, ce qui, étant donné que 457,5 grains représentent l'once avoirdupoids, est équivalent à 997 onces l^^^ par pied cube *.
La livre avoirdupoids de 7,000 grains est l'unité de poids du commerce; mais il y a une autre livre, appelée la livre de Troie, de 5,760 grains, dont on se sert pour les métaux précieux, et aussi, mais sous un autre nom, et avec une subdivision différente, pour les drogues et médicaments. La livre commerciale se divise en seize onzes, l'once en seize drams. Ses multiples sont le quartier = 25 ou 28 livres, le cent = 100 ou 112 livres, et la tonnes 2000 ou 2240 livres.
La livre de Troie se divise en douze onces, l'once en vingt poids penny {jpennyweights)] et \e poids penny en vingt-quatre grains.
La livre des apothicaires se divise en douze onces, l'once en huit
* On dit généralement, que le pied cube d'eau pèse 1,000 onces ou 62 livres avoirdupoids et -j^ ; cela est suflSsamment près de la vérité pour les calculs de grosses quantités; mais, quand l'exactitude est nécessaire, l'incommodité de la relation qui existe actuelUment entre le poids et la capacité, augmente dans une forte mesure le travail qu'exigent les calculs.
d'un code international. 351
drachmes; le drachme en trois scrupules (scruple); et le scrupule en vingt grains.
De ces diverses subdivisions, celle de l'avoirdupoids est la meilleure, bien qu'il n'y ait rien à alléguer en faveur de ce que l'on appelle le grand cent de 112 livres, ni de la grande tonne de 2240 livres : et ces dénominations tombent, petit à petit, en désuétude. La livre est une unité convenable qui équivaut à peu près à un demi kilogramme. Les poids inférieurs à la livre sont habituellement indiqués par des fractions telles qu'une demi livre, un quart, de livre etc., et les grains sont rarement mentionnés. Les subdivisions de la livre de Troie, et de celle des pharmaciens sont arbitraires à l'extrême. Les subdivisions de la livre de Troie sont absolument passées d'usage à la Monnaie des États-Unis; et, dans les étalons préparés au bureau des poids et mesures àWashington, pour être remis aux gouvernements des Etats de l'Union, l'once est divisée d'après le système décimal jusqu'à la dix-millième partie; on n'a fourni ni poids penny ni poids en grains.
On a prétendu pour les poids comme pour les mesures, qu'il y aurait de grands avantages à admettre des dénominations, inférieures à l'unité, et ce d'après le principe de la subdivision binaire ou duodécimale. Mais ces avantages, pour peu qu'ils existent, ne se présentent évidemment que pour le commerce de détail. Lorsqu'il s'agit de transactions importantes et nombreuses, les subdivisions de l'unité, d'après tout autre système que le système décimal, ne sont qu'une source d'embarras en accroissant le travail du calcul. La question de savoir, si dans de petites opérations commerciales, qui sont généralement des affaires d'achat et de vente, un système de subdivision vaut mieux qu'un autre, dépend tout autant de l'accord ou du désordre de ce système avec celui qui régit les dénominations monétaires que de toute autre circonstance. Si une livre d'un objet déterminé coûte vingt-cinq cents, ce qui est le cas pour beaucoup d'objets, il est beaucoup plus avantageux de diviser la livre en cinquièmes et en dixièmes, qu'en moitiés, quarts, et huitièmes de livre. C'est ici que l'identité de principe devient une uniformité de proportion qui a véritablement de la valeur, et c'est ici que l'avantage de la division binaire dont on parle tant se résout en désavantages positifs. Mais l'usage de la division décimale des poids, pour la facilité du calcul (et sous ce rapport elle a pour conséquence une énorme économie de travail], n'exclut en aucune manière, comme on le suppose communément, l'usage de la subdivision binaire, chaque fois que l'on trouve avantageux d'y recourir pour les besoins pratiques de la vie. Le fait que les deux systèmes peuvent très-bien fonctionner ensemble, est attesté par l'exemple de notre propre circulation et du système monétaire français. Bien que la loi dise que dix-millièmes font un cent, et que àin-cents font un dîme et que dixdîmes font un dollar, il ne nous est nullement interdit par la loi ou par la morale de nous servir du quart du dollar ou du demi dollar si cela nous plaît. Il y a, parmi ceux qui combattent le système décimal des mesures, certaines personnes qui semblent admettre que les nations, qui adopteront ce système, se priveront par cela même, à partir de ce moment, du droit de diviser une chose quelconque par deux, par quatre, par huit, ou par tout autre nombre que dix. Cela est évidemment une absurdité. Lorsqu'il y aura quelque avantage pratique à se servir de la subdivision binaire, dans les
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allaires de pou d'importance, cette Kubdi vision aéra évidemment employée même par ceux qui admettent le système métrique. Ils ne devront pa« pour cela empiéter sur le système décimal, mais ils se serviront simplement de l'autre système en pareil cas comme système supplémentaire. Beaucoup de personnes qui vivent encore se rappellent le temps où nous avions à la fois non seulement le demi dollar, le quart de dollar, mais le huitième et le seizième do dollar représentés réellement en pièces de monnaies légales. Les monnaies d'argent qui avaient alors cours chez nous, étaient principalement fournies par la Monnaie espagnole. Nous avons pris le parti d'exclure les monnaies divisionnaires inférieures, formées par la subdivision binaire, et d'admettre, à titre permanent, lés monnaies importantes en les frappant nous-mêmes; mais le fait que toutes ces monnaies fractionnelles ont existé, pendant quarante ans et davantage après la création de la circulation fédérale, et que quelques-unes existent encore, sans qu'il en résulte un trouble dans le système monétaire, démontre que les divisions binaires et décimales peuvent fonctionner en même temps, et être poussées très-loin, d'une manière parallèle, sans inconvénients sérieux, lorsqu'il y a un bénéfice important à les maintenir toutes les deux. Il est vrai que le huitième et le seizième d'un dollar donnent des fractions de notre plus petite monnaie le cent. Mais nous aurions pu émettre des demi-cents et des quarts de cents, ainsi que nous l'avons fait pendant un certain temps, pour la première de ces monnaies, et le quart de cent n'aurait pas été plus petit que le centime français. La vérité est que ces petites monnaies espagnoles ont été exclues, parce que le dime et le demi-dime se rapprochent assez de leur valeur pour les rendre inutiles. Sans cela, on aurait pu les conserver comme le dollar et le demi-dollar, et cela n'aurait nullement empêché que la détermination de toutes les valeurs, et les opérations de calculs n'eussent lieu en monnaies fédérales.
On n'a pas oublié que les petites monnaies espagnoles, dont il est ici question, présentaient des rapports définis avec quelques-unes des diverses monnaies, qui avaient cours dans les Etats-Unis avant la révolution, et qui ont subsisté pendant plus ou moins longtemps dans plusieurs de ces Etats après cette époque. C'est ainsi que le huitième d'un dollar représentait neuf pence, dans la Nouvelle Angleterre, et un shelling à New- York. La simplicité de quelques-uns de ces rapports, notamment du dernier, devait tendre à favoriser l'usage de l'ancienne monnaie d'appoint coloniale ; mais partout, sauf à New-York, dans la Caroline du Nord, et même dans une large mesure dans ces derniers Etats, on a généralement employé la monnaie fédérale dans la tenue des livres, bien avant que la circulation des petites monnaies espagnoles complètement usées ait fini par être prohibée *.
* On trouve un exemple frappant du degré auquel la rectitude de jugement des hommes les plus intelligents peut être altérée par l'éducation et l'habitude, dans le passage suivant extrait du savant rapport de M. Adams, fréquemment cité ci-dessus :
" Le dollar espagnol se subdivise non seulement en dixièmes, mais en demi dollars, en quarts, cinquièmes, huitièmes, seizièmes et vingtièmes de dollars. Nous avons les demi-dollars, les quarts et les vingtièmes, et nous pourrions avoir les cinquièmes de dollars : mais le huitième constitue la
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Il résulte donc d'un examen détaillé du système des poids et mesures actuellement en usage dans la Grande-Bretagne et dans les États-Unis, que ce système ne peut se défendre que par un seul motif, et ce motif est qu'il existe actuellement. S'il ne présentait cet avantage, si, en d'autres termes, les hommes d'Etat de ces deux nations, si grandes et si éclairées, avaient aujourd'hui, pour la première fois, à résoudre la question de savoir quel système de poids et mesures devrait être adopté, en l'absence d'un système de poids préétabli, on pourrait affirmer, avec certitude, que le système existant n'aurait aucune chance d'être accepté, aussi bien en ce qui concerne sa base ou ses bases, qu'en ce qui concerne les détails de ses rapports dénominatifs. Remplacer un système établi est toutefois une mesure d'une telle gravité, qu'on ne doit jamais la prendre, et qu'on ne la prendra jamais à la légère. Il n'y aurait pas d'avantage, par exemple, à recommander aux nations américaine et anglaise d'adopter une nouvelle unité de longueur, si ce n'était dans un but aussi important que celui de mettre en harmonie tous les systèmes discordants, aujourd'hui en vigueur dans le monde civilisé. Mais, il y aurait lieu de leur recommander, à part ce grand objet, dont les effets seraient si étendus, d'apporter dans leur propre système, toutes les améliorations qui, sans changer ses unités fondamentales, pourraient être réalisées en substituant à ses multiples actuels si anormaux, et aux subdivisions de ses unités, d'autres multiples et d'autres subdivisions établis d'après un principe vraiment scientifique, et préférable à tous autres : le principe décimal.
Mais lorsque le but poursuivi est de trouver le moyen d'unir toutes les nations civilisées dans l'adoption d'un système commun des poids, mesures et monnaies, ce but est d'une importance assez sérieuse pour justifier un changement beaucoup plus radical que celui dont nous parlons. Et, pour arriver à un résultat aussi grand et aussi désirable, il ne faut rien de plus aujourd'hui, que l'acceptation par les nations pariant la langue anglaise, et par l'empire de Russie, du système métrique introduit en France, vers la fin du dernier siècle, et adopté depuis par les populations de la moitié de l'Europe, d'une grande partie de l'Amérique du Sud et du Mexique.
fraction du cent, et le seizième une fraction du mille. Ces huitièmes et seizièmes forment une partie très-considérable de notre circulation métallique ; et bien que le huitième, ne divisant le cent qu'en moitiés, s'approprie sans inconvénient au système, la fraction du seizième n'est pas aussi pratiqueelle est aussi admise dans la circulation et le petit change comme représen; tant six cents, bien que sa valeur représente six cents et un quart : et il y a en conséquence dans sa circulation une perte de quatre pour cent entre l'acheteur et le vendeur. Le huitième et le seizième de dollar figurent comme nos monnaies les plus utiles pour toutes les transactions du commerce de détail; et bien que nous n'ayons jamais frnppé nous-mêmes ce genre de monnaies, nous aurions souffert de leur ab.sence, si elles ne nous avaient été suppléées par le monnayage espagnol. »
Et cependant depuis que ce paragraphe a été écrit, une génération entière s'est développée sans jamais avoir connu le huitième ni le seizième de dollar comme monnaies, et elle est si loin d'avoir souffert de leur absence, qu'elle considérerait leur reintroduction comme un mal positif.
.'^51 l'It().IKT
Los KtatH (mv()it(''<'.nH * qui ont aHoptô ]o. Kystôrno Kont : la France, la Hollande, la Bol^n(|iie, l'Esi)a^ai('. h; l'ortii^^Ml, l'Italie, Ja Grèce et la Confédération de l'Allennap;ne du Nord. Cette dernière et importante adhésion au Kystènic a eu licMi par une loi du Reiclista^', i)rornul^Mjéo par le roi Guillaume de Pruss(; au nom de la (Confédération, le 17 Août 1808, loi f|ui entrera en vi<^ueur le 1er. Janvier 1872. Depuis cette promulgation, la Confédération a été remplacée par l'Empire, et l'on ne peut {^uère douter que lorsque la date fixée dans la loi sera arrivée, l'Allema^^ne du Sud aussi bien que l'Allemag-ne du Nord ne soit soumise à son application. Sur la population totale de l'Europe, qui s'élève approximativement à deux- cent-soixante millions d'habitants environ, cent trente-cinq' millions d'hommes ont accepté le système métrique et, à dater du l^r Janvier prochain, ce sera le seul système des poids et mesures légalement admis parmi eux. Certains autres Etats ont adopté quelques éléments du système métrique, notamment le principe de la multiplication et de la division décimales. C'est le cas, pour la Suisse **, qui a adojDté, comme unité de longueur, trente centimètres, et comme unité de poids, cinq cents grammes (la moitié du kilogramme français). Outre les multiples et sous-multiples décimaux de poids, la Suisse continue à permettre encore l'usage des anciennes subdivisions.
La Suède *** a adopté l'échelle décimale sans adopter les unités métriques de longueur ou de poids. Son unité de longueur est le pied = M. 0,297 (le pied anglais est de M. 0,3045), et son unité de poids ^ K. 0,42 [la livre anglaise est de K. 0,4536).
Le Danemarck **** a adopté comme la Suisse le demi kilogramme à titre d'unité de poids, ainsi que l'échelle décimale. Mais il a maintenu le pied comme unité de longueur, et, dans ce pays, le pied représente M. 0,3139.
L'Autriche ***** emploie depuis 1853, dans ses bureaux de douanes, une livre égale à un demi kilogramme avec subdivisions décimales.
Avant la mesure décisive du Parlement de l'Allemagne du Nord, mentionnée ci-dessus, plusieurs des États Allemands avaient fait quelques pas vers l'introduction du système métrique. C'est le cas pour la Prusse, pour le Grand-Duché de Baden, pour la Hesse, pour le Wurtemberg et pour la Bavière : tous ces États avaient adopté l'échelle décimale, ainsi que des unités de longueur et de poids, présentant des rapports simples et définis avec celles en usage en France.
Dans la Grande-Bretagne depuis 1864, et dans les États-Unis pour 1836, l'usage des poids et mesures du système métrique a été rendu légal mais non obligatoire. La loi de 1866 du congrès des États-Unis disposait que des étalons de poids et de mesures, conformes au système métrique, seraient préparés au Bureau des poids et mesures de Washington, et fournis aux auto-
* Jiopp07't du professeur De Jacobi à la Conférence internationale des poids et mesures de Paris ^ 1867; Peigné, Conversion des mesures , monimies et poids, Paris, 1867.
** Idem.
*** Idem.
**** Rapport de M. De Jacobi ci-desus mentionné.
***** Idem.
d'un code international. 355
rites executives de tous les États de l'Union ; elle a prescrit aussi l'emploi de poids et balances métriques dans tous les bureaux de poste, pour peser les lettres, et décrété que le poids d'une lettre correspondant au port simple serait de quinze grammes, au lieu d'une demi-once comme auparavant *.
Le système métrique a été adopté dans l'Amérique du Sud par le Brésil =^ * (pour entrer en vigueur en 1873), par la République Argentine ***, par l'Uruguay ****, par le Chili ***** et par la Nouvelle-Grenade ******^ et, dans l'Amérique du Nord, par le Mexique.
On voit, en somme, que le système métrique des poids et mesures est aujourd'hui le système légalement prescrit, pour environ cent soixante millions d'habitants du monde civilisé, qui n'en admettent pas d'autre. On voit, de plus, que ce système est légal, sans être obligatoire, pour soixantedix millions d'habitants d'autres pays civilisés (les populations des États- Unis et des Iles britanniques) ; et, si l'on y comprend les dépendances de la Grande-Bretagne, dans toutes les jjarties du monde, pour environ deux cent cinquante millions d'autres êtres humains. En outre, ce système est de plus en plus apprécié partout ; et de toutes les puissances qui composent le monde chrétien, il n'en est qu'une, la Russie, qui n'ait point, sous une forme quelconque, manifesté son approbation des principes de ce système. Il y a des raisons de croire que cette grande puissance même ne gardera pas longtemps cette attitude exceptionnelle. Dans aucun pays de l'Europe, les hommes éclairés qui se sont dévoués à la science ne montrent un sentiment plus vivace et plus actif de l'importance de cette grande réforme pratique, qu'en Russie, et il n'y en a pas un, où ils déploient un zèle plus ardent pour plaider en faveur de la mesure, et affirment plus
* Les dispositions de cette loi, en ce qui concerne le poids des lettres, ont été presque immédiatement après sa mise en vigueur, dépourvues d'effet par une inadvertance législative sans exemple, ou par une naïveté étrange commise dans l'interprétation de la loi. Il y avait, à la même époque, un autre projet de loi présenté au congrès dans le but de régler^le port international des lettres; et comme la législation antérieure des Etats-Unis avait fait de l'once avoir du poids, le poids maximum d'un port simple, ce projet de loi disposait que dans la fixation des ports de lettres expédiées dans les pays étrangers « une demi-once avoir du poids serait considérée et admise au point de vue postal, comme étant l'équivalent de quinze grammes de mesure métrique ». Cet acte devait être voté avant l'autre, mais par suite de quelque erreur de classement, l'ordre fût interverti et il ne passa que le jour suivant. L'administration des postes s'est, par suite, crue autorisée à appliquer la disposition que nous venons de citer à l'interprétation de l'acte du jour précédent. 11 en résulte qu'on a fait dire au Congrès une ineptie, son premier décret portant que le port simple des lettres ne sera dorénavant plus une demi-once, mais quinze grammes, et son secoi.d que les quinze grammes, de mesure métrique, ne constitueront qu'une demi-once avoir du poids : en d'autres termes que les lois postales subiront un important changement sur un point déterminé, avec la disposition qu'elles n'en subiront absolument aucun.
** Jacobi.
*** Peigné, cité ci-dessus.
**** Idem. Système métrique, en usage dans l'Uruguay, mais non excUisivement.
***** Jacobi.
****** Idem,
do confianco dans un surcôs profliain. Il y a,d'aillr'urH, dfH liornmoK d'État, dans cefîrand ern])ire, qui sont parfaitrunent /-apatjlos d'apprr-cier la grandeur des avantages qui doivent jaillir de l'adoption d'une mesure si féconde, aussi bi(;n qu(! toutes les difTlcultôs (jui doivent en aeeomjiagner l'exécution et les ernl>aiTas inséparables de la période de transition : nous pouvons attendre avec confiance, de leur sagesse et de leur sagacité, une solution sntisCaisante, quoi(iue pesée avec maturité, du grave problème qu'un changement de cette nature soulève aujourd'hui inévitablemeut.
On peut ajouter à cet aperçu de l'état présent de la question, considérée comme une question politique ou pratique, que la plupart des sommités de la science ont partout accordé, depuis longtemps, leur suffrage au système métrique des poids et mesures. Les corps représentatifs les plus illustres et les plus savants, composés de cette classe de personnes, ont exprimé publiquement et solennellement leur opinion favorable, relativement au mérite de ce système, et cela dans des pays où il n'est point encore en vigueur. L'Académie nationale des Sciences des États-Unis, l'Association anglaise pour le Progrès de la Science, la Société royale de Londres, l'Académie impériale des Sciences de St-Pétersbourg et beaucoup d'autres de ces assemblées régulières, qui sont reconnues comme constituant les autorités scientifiques les plus hautes des pays auxquels elles appartiennent respectivement, figurent parmi les réunions de savants qui se sont prononcées dans ce sens. Nous ne mentionnons pas les associations similaires de France, de Belgique, d'Allemagne, des Pays-Bas et d'Italie, parce que ces pays, ayant déjà adopté le nouveau système, elles lui sont évidemment favorables.
Beaucoup de ces associations (ou pour ainsi dire toutes) recommandent et prescrivent d'indiquer les poids et mesures d'après le système métrique, dans les écrits scientifiques qui leur sont offerts par leurs membres, ou imprimés dans les recueils de leurs travaux ; et les personnes qui écrivent IDOur les journaux scientifiques de la Grande-Bretagne, de l'Autriche, de la Russie, duDanemarck et des États-Unis (pays qui tous repoussent jusqu'ici le système métrique, au moins comme système exclusif), ont pris de plus en plus l'habitude de n'en pas employer d'autre. Le monde scientifique s'est mis si rapidement d'accord sur ce point, que, sans avoir à compter sur l'action des pouvoirs politiques qui est souvent timide, et qui, dans une matière de cette importance, a le droit d'être lente, il aura dans très-peu de temps créé, pour son usage, un système des poids et mesures qui, en pratique, sera universel.
On peut déduire de ce coup-d'œil jeté sur la situation actuelle, en ce qui concerne la grande question de l'unification des poids et mesures, deux conclusions qui paraissent pleinement justifiées par les faits. En premier lieu, il y a une impossibilité morale palpable à effectuer cette unification, si grandement désirable à tous les points de vue, sur une autre base que celle du système métrique. Lorsqu'un peuple s'est soumis à tous les embarras inséparables du renversement d'un système, avec lequel ses conceptions intellectuelles se sont, pour ainsi dire, fondues, et lui a substitué un autre système n'ayant pas un seul -point de contact avec celui qu'il a remplacé, lorsque ces embarras ont été rendus plus intenses encore, comme c'est le cas pour le peuple français, par la précipitation furieuse avec laquelle le
changement lui a été imposé, à l'une des périodes les plus sauvages de son histoire remplie d'événements, espérer que ce peuple, après une pareille expérience, se décidera à perdre le fruit heureux de cette souffrance, rejettera son nouveau système, après s'être familiarisé avec lui, et bien qu'il ait été reconnu comme parfait dans sa méthode scientifique, comme simple au-delà de toute mesure, et comme aussi commode que possible dans ses aj^i^lications pratiques, pour les remplacer par quelque chose de nouveau dont aucune logique ne parviendra à lui démontrer la supériorité, c'est une espérance qui ne saurait être nourrie par quiconque a la moindre connaissance de la nature humaine. Et lorsque tel autre peuple a entrepris il y a trois ans, cinq ans ou quinze ans, de propos délibéré et avec conviction, de s'habituer aux détails du nouveau système, avec l'intention de l'adopter plus tard, et en prenant de sages précautions pour éviter les inconvénients qu'a produits en France l'introduction subite et instantanée de ce nouveau système, s'attendre à ce que ce peuple abandonne ses convictions, et relègue à l'écart sa législation combinée d'une manière réfléchie, pour essayer de quelque chose de meilleur que le système métrique, après avoir acquis la certitude, par une étude prolongée pendant des années, qu'on n'en saurait imaginer de meilleur, ce serait se livrer à des espérances non moins extravagantes, et tout aussi sûres d'être déçues. Si donc les nations réussissent jamais à s'entendre pour adopter un système commun des poids et mesures, ce système commun sera le système métrique : et si le système métrique n'est point universellement accepté, il n'y aura jamais de système commun.
La seconde des conclusions à tirer de l'état actuel de la question que le monde a à résoudre, c'est qu'il ne faut qu'un effort persistant et un mouvement actif en faveur de cette mesure, pour entraîner les nations dont le concours à l'adoption du système métrique est encore nécessaire afin qu'il devienne universel, à suivre l'exemple de celles qui l'ont déjà adopté. Le progrès qui a déjà été accomph jusqu'ici dans le sens de ce but, si éminemment désirable, l'a été en l'absence de toute action combinée ou organisée aux fins d'agir sur l'opinion publique, et n'a été que la conséquence des mérites manifestes du système lui-même. Ce progrès a cependant été tel que l'on doit s'en étonner presque autant que s'en réjouir : car il est certainement surprenant qu'un changement affectant tous les intérêts matériels des hommes, touchant à leurs actions, à leurs idées, à leurs habitudes de tous les jours et de tous les moments, restreint d'abord à un seul peuple de moins de quarante millions d'àmes, imposé à ce peuple avec aussi peu de préparation, et avec un mépris assez absolu de la puissance de l'habitude, et de la nature de l'esprit humain, pour exciter parmi les gens peu éclairés une résistance et une lutte prolongées pendant près d'un demi siècle, il est réellement merveilleux, nous le répétons, qu'un tel changement ait été ensuite graduellement et spontanément accueilli avec faveur par d'autres peujDles, auquels nulle pression politique ne l'a imposé ^ ; si bien qu'un quart
* Le fait que les Français ont essayé d'imposer par la force leur système a ux peuples qu'ils ont subjugués, pendant les guerres du premier empire,
.*>r)S rUOJKT
(In Hiôclo i)lnK tard, on constato l'oxtonKion do co fiyHtème à la moitiô doK habitants du mondo civiliHf^ et clirétien, et Bon admJKKion comme Bysténne légal, sinon exclusif, par la plus grande partie des autres habitants de cette portion du globe. Dans ce résultat qui a été atteint avec tant de calme, et avec aussi i)eu de bruit, et qui l'a été ccjjendant si rapidement, si nous comparons le temps qu'il a fallu i)Our cela à la marche générale du dévelop- ])oment historique, il y a quoique chose do j)lus qu'encourageant : il y a (juchpio chose de proi)hétiquo, (t une certitude pour l'avenir. Nous pouvons dire dans un autre sens que ne Ta dit Salomon « ce qui a été, sera, et ce qui a été fait sera fait. » jusfju'à ce (juo, pour les poids et mesures, il n'y ait plus de diversité sous le soleil. Mais l'a\ènement de cette ère d'heureuse harmonie entre les nations présageant, comme elle le fait sans aucun doute jusqu'à un certain point, l'acceptation finale de la théorie plus haute de l'universelle solidarité des peuples, pourrait être grandement hâté par le concours de toutes les influences, que pourrait exercer sur les intelligences humaines l'action combinée et organisée de tous les amis du progrès dans le monde entier. Cette considération justifie ici une énumération brève des caractères par lesquels se distingue le système métrique, et qui lui donnent droit à la préférence générale qu'il a déjà obtenue, et à l'adoption universelle à laquelle ii est manifestement destiné. Il importe, pour le même motif, d'examiner loyalement les objections variées qui ont été faites à ce système, et cela quelquefois par des hommes d'une capacité éminente et reconnue, comme M. A dams et Sir Joht Herschel.
Le système métrique, s'il était universellement accepté, présenterait nécessairement tous les avantages inhérents à tout système commun de poids et mesures, par ce seul fait qu'il est commun; c'est ce que l'on accordera sans contestation. Il n'est pas sans intérêt de porter d'abord nos regards sur ces avantages.
Les avantages d'un système commun à raison de sa communauté même, se font sentir dans toutes les matières auxquelles les nations ont un intérêt commun, telles que les affaires de commerce, la fixation et la perception des droits de douane et l'échange des idées sous une forme quelconque, personnelle, postale, télégraphique ou diplomatique. Dans les opérations commerciales faites entre peuples dont les étalons de poids et de mesures diffèrent, et dont les systèmes monétaires sont généralement différents en même temps, tout échange efïèctué implique une transformation laborieuse des formules de valeur d'un système, en formules de l'autre système. S'il s'agit d'opérations importantes l'embarras qui en résulte est énorme, et ne se fait pas seulement sentir par le travail qu'il impose, mais aussi par la
n'enlève rien à l'importance de cette observation : car partout, excepté dans les Pays-Bas, ce système a été rejeté après la chute de l'empire. Bien plus, l'effet naturel de cette tentative hasardée par un pouvoir ennemi et détesté, eût dû être de créer des préjugés contre le système, et l'on aurait pu s'attendre à trouver ces peuples aigris contre cette théorie par des motifs purement politiques Cette considération ne fait que rendre plus remarquable l'acceptation subséquente du système par ces mêmes peuples, et démontre que sa prédominance a été la conséquence du triomphe de l'intelligence sur la passion, non moins que sur l'habitude.
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perte de temps considérable qu'il implique. L'augmentation inutile de travail implique de plus, et nécessairement, une augmentation inutile et correspondante de frais. En fait, on juge indispensable dans toute maison commerciale fortement engagée dans le commerce étranger, d'employer pour ce genre de travail des calculateurs spécialement dressés à cet effet, et qui n'ont pas d'autres fonctions. Mais t( ute dépense faite dans l'opération, qui consiste à transmettre des produits d'un genre quelcon({ue, du producteur au consommateur, finit par être représentée dans le prix de vente de ce produit ; la diversité des poids et mesures, existant dans le monde, force donc les consommateurs d'articles importés dans un pays quelconque, à maintenir un immense état-major de calculateurs pour accomplir une besogne qui, d'après la nature des choses, ne devrait être nullement nécessaire ; les salaires de ces derniers n'en sont pas moins payés, au moyen d'un prélèvement 'prorata sur chaque olijet consommé. Il y a plus : le temps qu'absorbent ces calculs retarde, dans une certaine mesure, l'accomplissement de toute opération ; et, sous se rapport encore, elle constitue une espèce de taxe sur les bénéfices en maintenant le capital improductif.
Un système commun des poids et mesures est en outre favorable au commerce honnête. Le public qui consomme le produit de pays étrangers n'a généralement, en l'absence d'un système commun à cet égard, non seulement aucune connaissance actuelle de la valeur relative des denrées, dans le pays où il les achète et en pays étrangers, mais il n'a même guère le moyen de la connaître. Et dans les fluctuations de valeur qui surviennent continuellement sur les marchés étrangers, il n'y a que des gens très-experts qui puissent apprécier exactement les effets légitimes Cj[ue ces changements devraient produire sur les prix courants du pays. Avec un système commun des poids, mesures et monnaies, les occasions que l'on trouve de faire des bénéfices extravagants par de faux renseignements, ou de maintenir les prix au-dessus de leur juste niveau, lorsque dans le cours naturel des choses ils devraient baisser, seraient grandement diminuées, et ce résultat se produirait d'une façon d'autant plus décisive que le système commun serait plus simple dans sa forme, et plus scientifiquement méthodique dans ses principes. Nous arrivons donc ici à un des points sous le rapport desquels le système métrique, s'il venait à prévaloir partout, serait particulièrement précieux. Ce système ne rendrait pas seulement chose possible, mais chose aifée, pour l'humanité entière, de connaître les modifications du marché; il rendrait, en grande partie, inefficaces ces artifices du commerce qui sont si fréquents, grâce à l'ignorance des cours du marché, et dont tant de personnes souffrent d'une manière si continue.
L'avantage d'un système commun des poids et mesures est surtout considérable, pour tout ce qui a rapport à la fixation et à la perception de cette partie des revenus des nations, qui consistent en impôts prélevés sur leur commerce étranger. L'existence d'un système commun permettrait, sous ce rapport, l'usage des factures originales, sans qu'il faille modifier les formules au moyen desquelles les quantités sont exprimées, afin de fixer le montant des droits à percevoir. Il n'y aurait plus place pour ces erreurs ou ces inadvertances dans les déclarations des importeurs, il n'y aurait plus
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à ci-furidn! ces iiinlcnlr-ndii.s qui sont Bouvent cnuse rlo retards dans lo8 livraisons de marchandises, et do saisicH parfois opérées sans cause. Mais, en l'nhsonce d'un système commun, on doit i)rocédcr à toutes ces transformations (jui ont dcjà été mentionnées comme encombrantes pour le commerce; il en résu]t(î (ju'fîn j)ia(i(|U(; ce. lourd Jîilifiir de calculs arithmétiques doit êivo. accompli deux (Viis. Le ^'•ouvernement doit avoir ses calculateurs, afin de l)Ouvoir veiller à l'intérêt puldic, et l'importeur, de son côté, doit avoir les siens pour être sûr de ne pas subir d'injustice. Beaucoup d'employés sont ainsi continuellement occupés à des travaux qui n'ajoutent rien à la richesse, ou au bien-être des hommes, mais qui sont nécesisaire.s par suite de ditférences qu'ont engendré l'isolement primitif, ou les rapports réciproques trop restreints de différentes races ou communautés d'hommes. Avec la disparition de ces différences disparnîtrail la nécessité de ce travail inutile, et l'on recouvrerait ainsi, pour l'utiliser d'une manière pdus avantageuse dans d'autres sens, un trésor de capacités et d'énergie aujourd'hui gaspillées.
En ce qui concerne les communications mutuelles, et les échanges d'idées entre individus appartenant à des nationalités différentes, un système commun des poids et mesures est de la plus haute importance pratique, f^ans un pareil système il n'y aurait pas moyen de comprendre les constatations même les plus simples relativement aux affaires de la vie, si ce n'est en recourant à des tables ou à des calculs qui rendent les relations fatiguantes, et prolongent d'une manière intolérable les explications les plus élémentaires. Et comme, dans les communications orales, on a rarement l'envie ou l'occasion de vérifier minutieusement les résultats, le danger des malentendus est dansces circonstances excessivement considérable. C'est ce qu'à pu constater, par expérience personnelle, quiconque a eu l'occasion de parconrir successivement des pays, dont les systèmes monétaires diffèrent beaucoup entre eux, mais ne diff'èrent pas tous également de celui de son pays. Un américain sera aussi peu exposé en France, du premier jour de son arrivée, à se tromper en ce qui concerne les valeurs des sommes exprimées en francs et centimes, que si elles l'étaient en dollars et cents. Mais il en est autrement, lorsqu'il se rend en Allemagne, et n'entend plus parler en fait de monnaies que de thalers, de silbergroschen et de pfennigs.
L'absence d'un système commun des poids et mesures est encore un sérieux désavantage, au point de vue des rapports diplomatiques. Dans beaucoup de cas elle rend nécessaires de doubles constatations dans le même document, les quantités et dimensions devant être exprimées en formules familières aux deux nations intéressées : et il en résulte j^our chacune d'elles, la nécessité de vérifier si les doubles formules sont équivalentes.
11 y a, au point de vue des communications internationales postales et télégraphiques, d'autres désavantages encore qui naissent de l'absence d'étalons communs de poids, mesures et monnaies. Le tarif postal est en général basé sur les poids, mais il l'est aussi, dans certains cas, à la fois sur les poids et sur les distances ; et les taxes postales sont payables en monnaies ayant cours soit dans le pays où la lettre est mise à la poste, soit dans le pays de la destination. Il en résulte des difficultés dans la fixation des tarifs mêmes, et des embarras, des possibilités d'erreurs dans la perception des frais faite d'après ces tarifs. La limite de poids établie
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pour un simple port, quand on l'exprime en mesures usitées dans deux pays différents, ne saurait être rapportée à un chiffre fractionnel uniforme par l'une ou l'autre des nations intéressées, ou par toutes les deux, ce qui serait nécessaire pour garantir une identité parfaite, les poids devant être de part et d'autre des unités ou des fractions simples d'unités familières aux habitants du pays. Il y aura donc certaines lettres, dont le poids sera inférieur à cette limite dans le bureau où elles seront déposée?, supérieur à cette limite dans le bureau qui les recevra. Et l'auteur d'une lettre, après s'être convaincu qu'elle ne dépasse pas le poids légal, tel qu'il e.st entendu dans le pays où son correspondant réside, la fera frapper d'une double taxe par le bureau auquel il est obligé de la remettre. L'absence d'harmonie dans ces détails a pour effet tantôt des retards dans les correspondances, tantôt la suppression de certaines lettres comme insuffisamment affranchies. Il pourra arriver qu'un fonctionnaire consulte l'échelle des poids admis par les règlements postaux du pays, auquel la lettre est destinée, et que, si l'affranchissement y est conforme, il laisse passer la lettre, bien que, d'après ses propres poids, elle soit surchargée. Si telle est la règle qu'il suit en pratique, il devra se rapporter de temps en temps à des systèmes divers de i^oids et mesures, outre celui qui est admis dans son pays. L'adoption d'un système international ne l'obligerait à en consulter qu'un seul : ce serait autant de gagné, alors même que le système national serait maintenu pour les affaires intérieures.
Les dépêches télégraphiques sont généralement taxées d'après la distance. Les lignes télégraphiques internationales étant jusqu'ici peu nombreuses et limitées, les compagnies pourront en pratique dresser et faire imprimer des tables, lesquelles serviront de guide aux agents, employés par les différents bureaux établis pour la réception et la transmission des dépêches. Mais aussi longtemps qu'il existera des systèmes différents de mesures de longueur et de monnaies, dans les différents pays, ces tables devront être dressées sous autant de formes différentes qu'il y a de variétés de systèmes ; et, avec l'extension des lignes, on verra renaître incessamment le trouble qu'entraînent la révision de ces diverses tables et la nécessité de les développer en raison de cette extension. Tous ces embarras disparaîtraient par l'adoption d'étalons communs.
Les avantages que nous avons indiqués jusqu'ici, comme dérivant d'un système commun des poids et mesures, seraient le résultat nécessaire de l'adhésion universelle des nations à un système commun quelconque. Mais si cette adhésion universelle avait lieu en faveur du système métrique, il en résulterait des avantages d'un ordre très-élevé, ayant leur source dans la nature même de ce système. Les plus saillants de ces avantages sont ceux qui proviennent des usages professionnels, pratiques et scientifiques, auxquels servent naturellement les étalons servant de mesures de quantités.
Le premier et le plus évident des avantages de ce système, comme instrument pédagogique, résulte du fait, qu'il ne présente qu'une seule forme d'expression pour des valeurs numériques de toute espèce, et établit absolument les mêmes règles d'opération pour les nombres abstraits et pour les nombres concrets.
L'un des labeurs les plus ardus imposés à l'esprit de l'enfant dans l'étude de l'arithmétique élémentaire, consiste dans la complication de la règle qui
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rôfîitlog cniciils, portant Kiir (•(; f|iio l'on appelle; « \ch nombres cornpoKf'K n. Ce labeur disparaît comme par ma^ie, lorsqu'aux subdivisions anomalc'S (les poids ot mosuros, qui nous ont été léj,'uéfîS par \(;h temps barbares, nous substituons les dénominations du système métrique. Ce cliangement répand la lumière, là, où tout était obscurité et ténèbres, et le jeune élève poursuit avec j)laisir une tâche qu'il avait trouvée d'abord fastidieuse et rebutante.
L'expérience de l'humanité entière ])rouve, que le système décimal de numération est le i)lus simple de tous les systèmes imaginables, pour exprimer des nombres considérables. Il l'est même parmi les peuples qui sont à peine assez sortis de la barbarie pour savoir compter jusqu'à cent. Ces peuples doivent invariablement calculer par dixaines, comptées sur leurs doigts, et quelquefois en même temps sur leurs doigts de pied. Chez les peuples civilisés, les enfants apprennent généralement la valeur des dix chiffres arabes, avant d'apprendre les procédés artificiels, au moyen desquels ces dix caractères suffisent j^our exprimer des nombres quelconques. Et ce système est si simple en lui-même, qu'on apprend à le connaître, pour ainsi dire, sans efïbrt sensible. Viennent ensuite ces procédés élémentaires que l'on appelle généralement les règles fondamentales de l'arithmétique, procédés dont il faut se rendre maître tout d'abord, quels que soient les systèmes de nombres concrets auxquels l'élève ait, plus tard, à appliquer ses connaissances arithmétiques. Mais, quand on a appris cela, on a appris tout ce que demande le système métrique, tandis que le travail de celui qui a affaire à des quantités exprimées par des poids et mesures de tout autre système, n'est pas même encore commencé.
L'extension de la méthode décimale aux fractions de l'unité n'exige qu'un effort légèrement plus grand, que l'effort nécessaire pour apprendre à calculer avec des nombres entiers. L'identité des principes rend la chose aisée. C'est un travail que l'élève doit, d'ailleurs, toujours faire, qu'il s'agisse ou non du système métrique; et le fait que, dans les divisions visibles du système métrique, il a des exemples palpables de cette extension, fait de ce système une espèce d'instrument pédagogique, de nature à lui inspirer plus facilement des conceptions exactes des abstractions arithmétiques.
Si le système métrique présente un avantage d'une grande importance, en ce qu'il permet de supprimer dans les livres élémentaires en usage dans les écoles un amas de choses oiseuses, et d'épargner aux maîtres et aux écoliers un labeur aussi inutile et ingrat que sec et pénible, il en présente un autre, très considérable aussi, en économisant matériellement un temps notable, non seulement dans l'enseignement de l'arithmétique, mais dans celui de toutes les branches de l'instruction qui ont rapport à des objets matériels. La simplicité des expressions métriques, pour désigner les quantités, facilite si sensiblement la compréhension et le souvenir nets des faits de la science physique et chimique, de l'économie politique, de la géographie statistique, et d'autres matières connexes, elle abrège tellement tous les calculs qui sont nécessaires, en ce qui concerne ces divers objets, que le bénéfice qui en résulte pour le professeur a été estimé par des personnes de bon jugement à au moins un tiers du temps ordinairement consacré à
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l'éducation *. Cette estimation peut être considérée comme excessive, mais, que l'avantage soit grand, c'est ce qui est trop évident pour admettre la discussion.
Après les avantages pédagogiques qui doivent résulter de l'adoption du système métrique, nous devons mentionner ses avantages i)ratiques. Le premier consiste dans l'extrême facilité avec laquelle, dans les affaires commerciales, tous les calculs peuvent être opérés à l'aide de ce système, soit par le commerçant, soit par le fabricant. L'avantage qui en résulte est triple. L'effort mental nécessité par l'opération est moindre, le temps qu'elle absorbe est moins considérable, et le danger d'erreur est matériellement plus petit que lorsqu'on se sert de poids et mesures, entre lesquels il n'existe point de rapport décimal.
Il y a plus, dans les arts mécaniques, et particulièrement dans toutes les constructions, pour lesquelles il est essentiel que les diverses parties de l'ouvrage s'adaptent exactement les unes aux autres, les mesures de longueur usitées, là où le système métrique n'a point encore été adopté, sont trop défectueuses, dans la délicatesse de leurs subdivisions, pour répondre aux besoins de l'ouvrier; et elles ont été, en conséquence, écartées, ainsi que nous l'avons fait remarquer plus haut, en faveur de la division décimale. C'est un aveu tacite des mérites du principe sur lequel les rapports métriques sont basés, et cela indique combien seraient grands les avantages pratiques, que produirait l'adoption de la division décimale, pour toute espèce de dimension linéaire.
Nous avons vu la même tendance se manifester, en ce qui concerne les poids qui doivent être calculés avec une exactitude minutieuse. Les joailliers d'Angleterre et des États-Unis peuvent avoir maintenu la division en grains et en pennyweights, mais la Monnaie des États-Unis a remplacé ces dénominations par des dixièmes d'once, et les chimistes s'occupant d'analy.-ie se servent partout exclusivement de grammes et de milligrammes.
Mais l'un des plus importantes avantages pratiques, qu'offre le système métrique, consiste dans le rapport qui existe entre le poids et la mesure de capacité cubique. L'unité de mesure de capacité est le décimètre cube, et s'appelle un litre. Le litre d'eau constitue l'unité de poids commercial qui est un kilogramme. Le litre contient mille centimètres cubes. Un centimètre cube d'eau pèse donc un gramme.
L'eau est en outre l'étalon de repère pour la gravité spécifique, c'est-àdire que sa gravité spécifique est L Par suite, comme le volume d'eau, en litres, est le poids de cette même eau, en kilogrammes, et commp le volume d'eau en centimètres cubes est le poids de cette même eau en grammes, de même le volume de toute autre substance en litres (décimètres cubes), multiplié par la gravité spécifique de cette substance, constitue le poids de cette même substance en kilogrammes, et le volume de toute autre substance en centimètres cubes, semblablement multiplié, constitue le poids de cette substance en grammes. L'argent, par exemple, a une gravité spécifique de 10 .j par suite 10 .^ kilogrammes d'argent formeraient un corps solide égal au
Rapport de M. de JacoU cité ci-dessus.
coriloriu d'un (Uîcimètro cuho. Et un rontiriiôtre cubo d'argent pèse juHt^î dix grammes et demi. I)'ai)rès ce i)rincij)e les poids de tous les corps solides sont réduits en valeurs métriques, avec une grande facilité, étant donnés leurs volumes et leurs gravités spécifir|ues; et leurs volumes sont semMablement et avec la mémo facilité déduits de leurs poids. Or, ce sont là des problèmes, que l'on ne peut résoudre qu'au moyen d'un grand nombre de formules, impliquant diverses multij)lications et divisions successives, et ce généralement avec des nombres incommodes, quand on emploie tout autre système de poids et mesures que le système métrique.
Les avantages que procure à la science l'usage de ce système ne sont pas moins importants. Le premier qu'il y ait lieu de signaler, est une conséquence naturelle du fait, que ce système est, en lui-même, un des plus complets et des plus admirables types possibles de méthode scientifique.
Combiné de manière à s'accorder exactement avec les principes de l'arithmétique abstraite, il permet d'utiliser pour ses calculs toutes les tables qui ont été dressées au point de vue .seulement des propriétés des nombres abstraits. Par conséquent, il ne réduit pas seulement le travail, mais il augmente la puissance du mécanisme au moyen duquel ce travail est accompli. Le raj^port entre le volume et le poids que nous venons de mentionner, comme procurant des avantages si fréquents à l'homme pratique, est aussi un avantage plus grand encore pour l'homme de science ; il constitue en luimême une idée strictement scientifique, aussi admiral)le par son ingéniosité que par sa simplicité scientifique. L'artisan et le constructeur peuvent n'avoir l'occasion d'utiliser cette propriété du système qu'à des intervalles considérables, mais le chimiste et le physicien s'en servent chaque jour et à toute heure.
Le système métrique est devenu même presque une nécessité pour le monde scientifique, afin que les savants puissent se comprendre mutuellement. Beaucoup d'ouvrages scientifiques produits dans la première partie du siècle actuel, et dans les siècles antérieurs, sont presque sans utilité pour les lecteurs de notre époque, par suite du fait que toutes leurs énonciations de quantités, de quelque nature qu'elles soient, sont formulées en dénominations qui ne sont intelligibles que dans des localités déterminées. Il esta l^eine nécessaire de dire que, dans la science, l'exactitude est tout : et ces ouvrages manquent, dès lors, d'une condition à laquelle leur valeur effective est subordonnée. Un savant doué de patience pourrait, il est vrai, par la transformation laborieuse des expressions employées, les réduire à une forme qui permette de les comparer aux résultats obtenus ailleurs : mais il n'arrive pas toujours que les valeurs de ces dénominations soient exactement connues. M, Peigné, dans son sommaire des poids, mesures et monnaies usités dans le monde, publié en France en 1867. parle du travail qu'il a entrepris, comme d'un travail « hérissé de difficultés nombreuses et parfois insolubles, quelles que soient la conscience et l'obstination que l'on déploie pour l'accomplir. »
Opérer ces transformations n'est donc pas seulement une entreprise laborieuse, c'est en outre un travail dont les résultats ne sont pas toujours aussi exacts qu'ils devraient l'être, pour servir de base à des déductions scientifiques certaines.
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Dans les dernières années de notre siècle, il est devenu d'usage si général, que les écrivains scientifiques constatent les poids et mesures au moyen de dénominations du système métrique, qu'une littérature scientifique vraiment cosmopolite en a jailli. On a donné en même temps une extension si considérable au champ des recherches sociales et scientifiques, que l'usage du système métrique n'est plus pour cet objet une affaire de choix mais une affaire de nécessité. Il y a maintenant à peu près vingt ans* que, sur l'invitation du gouvernement belge, une conférence s'est réunie à Bruxelles, sous le nom de « Premier congrès international de statistique. »
Cette assemblée se composait de deux cent trente-six membres, se répartissant à peu près également entre la Belgique et des pays étrangers, trentecinq de ses membres étant des délégués nommés par des gouvernements. Cette première réunion qui a eu lieu en 1853 a été suivie de six autres ; la seconde a eu lieu à Paris en 1855, la troisième à Vienne en 1857,1a quatrième à Londres en 1860, la cinquième à Berlin en 1863, la sixième à Florence en 1867, et la septième à la Haye en 1869. L'esprit qui animait ces grandes assemblées internationales est exposé dans le court extrait, qui suit, du rapport présenté par M. S. B. Ruggles de New-York délégué des États-Unis** à la conférence de 1869 à la Haye, récemment publié par ordre du sénat des Etats-Unis. «Les promoteurs distingués du premier congrès de Bruxelles » dit M. Ruggles « connaissaient assez la politique moderne pour savoir que le gouvernement des nations, dans leur présent Etat de progrès matériel, ne peut-être sagement poursuivi sans une connaissance parfaite des quantités, et que la constatation systématique et la combinaison philosophique des quantités nécessaires pour exposer la situation générale des nations, était une condition préliminaire à toute recommandation par un congrès international de mesures quelconques destinés à augmenter la prospérité générale. »
« Le rapport officiel (ou compte -rendu) du congrès de Bruxelles démontre que, conformément à cet esprit, ses travaux ont été grandement consacrés à l'analyse scientifique des quantités à employer, comme base d'un système uniforme d'enquêtes, dans le but de constater actuellement les faits nécessaires, en ce qui concerne des matières intéressant toutes les nations. » De même tous les congrès suivants se sont appliqués avec ardeur à colliger toute espèce de constatations possible, en ce qui concerne la richesse, les productions naturelles et artificielles, l'état de l'industrie et du commerce, le caractère des institutions sociales, et autres matières présentant un intérêt analogue, relativement aux diverses nations dont se compose la population du globe. Les résultats de ces enquêtes ne pouvaient être utilisés, qu'à la condition que toutes les quantités, ainsi constatées, fussent réduites à une
* Ce paragraphe et les paragraphes suivants relatifs au congrès international de statistique, et à l'influence probable des actes de cette assemblée sur les progrès de la réforme métrologique, sont empruntés à un mémoire lu devant l'assemblée de l'Université de l'Etat de New-York, lors d'une session tenue à Albany, le l^ Août 1871, et publié dans Vargus d'Albany du seize du même mois.
** M. Ruggles a aussi représenté d'une manière distinguée les Etats-Unis au cinquième congrès à Berlin.
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IbriiK! (•(jiiiiniirK! fini porrnît <]c los <'f<rnparer entre elles, c'est-à-dire oxprimées en formule» d'un même «ystème des poidK et mesures; en conséquence tous c(;s conj^TÔR ont Kîcoiiimandé d'une manière pressante, que les renseif^mciruïnts statisticiues (pli leur seraient communiqués fussent exprimés d'après le système métrique. Le septième et le plus récent de ces congrès a de i)lus pris l'initiative d'un travail, qui, s'il est poursuivi avec succès, sera admirablement en harmonie avec la grandeur de l'idée sous l'empire de laquelle ont été institués ces congrès dos nations. Voici comment ce travail est indiqué par M, Ruggles :
« Le dernier jour de la session, le D"" Engel, l'éminent directeur du bureau de statistique de Prusse, présenta au congrès réuni en assemblée générale un projet d'une grande importance et d'une vaste étendue, projet bien mûri, après discussion complète dans la section qui avait à s'en occuper, et après des conférences avec la plupart des délégués gouvernementaux. Ce projet a pour but d'organiser une enquête complète et systématique, dans tout le domaine de la science statistique internationale : et ce domaine est divisé à cet effet en vingt-quatre différentes sections, dont chacune doit former l'objet d'investigations spéciales par les délégués ou membres des nations choisies, et embrasser les statistiques de toutes les nations sous ce rapport. Ce grand travail, s'il est intégralement accompli, fournira, dans une forme encyclopédique convenable, une série systématique de rapports, soigneusement rédigés, sur un grand nombre de sujets du plus haut intérêt pour les hommes d'États et les législateurs des différentes nations. Chaque rapport doit être publié en volume in-octavo, à deux mille exemplaires au moins, d'après les indications prescrites par le projet qui a été unanimement adopté par le congrès, avec les marques les plus vives d'approbation. »
Sans le système métrique, l'énorme amas de renseignements recueilhs ainsi serait sans utilité : l'encyclopédie serait inintelligible à la lecture. Ce système est donc devenu quelque chose de plus qu'un simple instrument au service de la science statistique; il fait partie intégrante de cette science. Et les deux sont désormais si intimement unis, qu'on ne saurait les séparer.
Le congrès international de statistique peut actuellement être considéré comme une institution établie. Sa huitième réunion aura lieu probablement vers 1871, et à St-Pétersbourg. Déjà l'influence de ses délibérations, des résultats publiés de ses travaux, et du large esprit politique qu'il tend à inspirer et à entretenir, commence à se faire visiblement sentir ; elle se fera sentir avec une puissance croissante dans chaque période décimale suivante, en faisant l'éducation de Pintelligence des peuples, et en modelant les résolutions des gouvernements, de manière à ce qu'elles soient en harmonie avec le grand principe : cjuc les nations ne consultent que leurs intérêts les plus véritables, en consultant les intérêts communs de l'humanité.
L'idée primitive de cet agent de progrès qui a fini par se développer jusqu'à devenir une puissance capable d'influer, et destinée à influer si grandement sur l'avenir de l'histoire de l'humanité, se trouve en germe dans le rapport de M. Adams à la Chambre des représentants des États-Unis, rapport fait en 1821, et déjà cité dans cette note. Bien que ce rapport fût défavorable à l'adoption du système métrique par le congrès, et bien que l'argumentation de l'auteur, ait eu indubitablement pour effet de convaincer
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l'esprit populaire de l'imposibilité d'introduire ce système dans les Etats américains, l'auteur n'en était pas moins aussi profondément pénétré d'admiration pour ce système, considéré comme création scientifique, que ses plus chauds partisans ; et nul n'a compris mieux que lui quel grand bien résulterait, pour l'humanité, de l'adoption universelle d'un système uniforme des poids, mesures et monnaies. Sa vaste intelligence d'homme d'État a vu une grande partie des difficultés, qui entravent les relations internationales, jaillir de ces législations égoïstes et étroites, qui n'aperçoivent que les intérêts ou les avantages immédiats de communautés particulières, et relèguent à l'écart les intérêts de la grande famille humaine. Pour lui toutes les nations et toutes les races sont sœurs consanguines, et la terre est leur commun patrimoine ; et bien que, dans l'état actuel de l'humanité, il soit nécessaire de maintenir les lignes artificielles qui séparent les États les uns des autres, il est éminemment désirable qu'on les oublie à autant de points de vue que possible. Il proposa en conséquence que ]e président des États-Unis fût autorisé à inviter les gouvernements des divers États, en relations diplomatiques avec les États de l'Union, à nommer des délégués à un congrès international, qui délibérerait sur les mesures de nature à contribuer à la prospérité générale, et avant toutes choses sur la possibilité d'établir un système depoids et mesures commun jDOur l'humanité entière. Si cette importante proposition n'a pas produit de résultat immédiat, M. Ruggles en attribue la cause, apparemment avec raison, à la situation politique de l'Europe dans la première moitié de ce siècle, et en particulier à cet accord des chefs politiques dans le but de supprimer les idées libérales, et d'étouffer toute liberté de discussion politique, accord auquel les grands événements de l'histoire contemporaine sont venus porter une rude atteinte, et qui est connu sous le nom de Sainte- Alliance. On a vu cependant enfin, pour nous servir du langage énergique de M. Ruggles « le germe de convention générale, qui avait été déposé dans le sol par la clairvoyante sagacité de M. Adams en 1821, et qui avait sommeillé sous la surface pendant une génération, se développer et fructifier en 1853, lorsque la première grande assemblée des nations représentées par les délégués de leurs gouvernements, assemblée réellement internationale j)ar son objet, se réunit à Bruxelles.
De cette époque date une ère nouvelle dans l'histoire de la législation du monde. La compréhension plus large des devoirs réciproques, aussi bien que des vrais intérêts des nations, qui donna naissance à ce grand mouvement général, est destinée à agir de plus en plus complètement, par le fait de sa mise en pratique, sur les institutions humaines, jusqu'à ce que les codes particuliers cessent enfin d'être des monuments d'ignorance, de préjugés ou de basses jalousies, et que le but de toutes les législations soit le plus grand bien du plus grand nombre. L'action de ces congrès a déjà produit un résultat des plus importants, en faisant du système métrique des poids et mesures un système d'une nécessité universelle, pour la science de la statistique, ce qui équivaut à dire, pour que l'administration gouvernementale produise d'heureux résultats, et en rendant la connaissance intime de ce système indispensable à tout homme d'État, à tout publiciste, à tout professeur ou élève dans la science de l'économie politique, à tout législateur éclairé dans le monde entier.
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11 ne nous reste (|ii'ù «xarninor Bomrnairftmont quolquoB-unes des objections ({uo l'on a f'iovôes contre ce système, et que l'on a alléguées pour ko montrer peu favorable à son extension dans les jjays qui ne le possèdent ])as encore. Ces objections peuvent 8e diviser en deux catégories : les premières concernent les défauts du système même, et les secondes les motifs qu'il y aurait pour considérer comme impossible son extension ultérieure. L'expression " extension ultérieure », qui signifie son extension ultt^neure dans une direction quelconque, est ici essentielle : car les difficultés que l'on énumère sous ce rapport existent, au même degré, dans tous les pays où les poids et mesures métriques n'ont pas encore été admis.
On a objecté à ce système, au point de vue purement théorique ou scientifique, que la baf^e sur laquelle il repose n'est pas bien choisie. Le mètre est, en théorie, la dix millionième partie du quart du méridien terrestre. Sa longueur est, dès lors, aussi inaltérable que les dimensions de la terre même; et il est impossible que, par un accident ou une complication d'accidents quelconque, la notion en soit irrémédiablement perdue. Il n'e.-t pas plus vrai, quoiqu'on en dise généralement, que, dans le cas où tous ses types visibles viendraient à se perdre, chose à peine concevable, il faudrait nécessairement procéder au mesurage à nouveau du grand arc du méridien passant par la France, dont il a été déduit originairement pour le recouvrer. Car, à moins que tous les actes constatant cette grandiose opération ne soient simultanément anéantis, à moins que tous les monuments qui ont servi à marquer les points importants de la grande triangulation ne soient disparus, la détermination nouvelle d'une des lignes quelconques qui relient ces points suffirait à cet effet, les valeurs métriques de toutes ces lignes étant aujourd'hui parfaitement connues *. L'objection est toutefois que tous les méridiens terrestres ne sont pas égaux. Le mètre n'est donc, s'il a été exactement déterminé, que la dix millionnième partie du quart du méridien d'après lequel le grand arc français a été mesuré. L'objection a été faite avec une insistance très sérieuse par sir John Herschel **, qui cite la discussion, insérée par le général de Schubert, dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de St-Pétersbourg, des principaux mesurages de méridiens effectués jusqu'ici, discussion dont l'auteur conclut que l'équateur est une ellipse et non un cercle, son axe le plus grand ayant l'une de ses extrémités en longitude à 41 degrés à l'Est de Londres, tandis que l'autre tombe au milieu de l'Océan pacifique ***. L'ellipticité à laquelle ces observations
* Il suffirait de mesurer à nouveau les lignes de bases sur lesquelles la triangulation reposait, les extrémités de ces lignes ayant été déterminées par des monuments durables.
** Une conférence intitulée « Le Yard, le Pendule et le Mètre examinés au foint de vue du choix d'un Etalon de Longueur, « lue à la Société Astronomique de Leeds, le 27 Octobre 1863, par Sir John F. "W. Herschel. Publiée dans un volume des " Conférences familières sur des sujets scientifiques. r> Londres et New- York. 1866-.
*** Essai dune deti-rniination de la véritable fgure de la Terre. Par T. F. DE Schubert, ^t-Pétersbourg, 1859. Un résumé des particularités importantes de cette discussion a été fait par Madler, pour la Revue hebdomadaire du prof. Uelss sur l'Astronomie, la Météorologie et la Géographie. (N'os, 51
semblent conduire, est très-légère (un peu plus d'un neuf millième), et la différence entre l'axe majeur et l'axe mineur est de moins d'un mille. La différence est toutefois suffisante pour infirmer la donnée admise par la commission scientifique de 1799, sur l'avis de laquelle la base du système
et 52, 21 et 28 Dec. 1859), extrait qui a ensuite été traduit par C. A. Schott, membre du corps des ingénieurs hydrographes des Etats-Unis, et publié dans le Journal américain de la Science, vol. XXX, seconde série, de Juillet à Novembre 1860.
M. Air^, astronome royal d'Angleterre, a publié à son tour dans les Notices mensuelles de la Société royale d'astronomie, en Janvier 1860, un examen général de la méthode du général de Schubert, et de ses résultats, émettant l'idée qu'en généralisant encore plus cette méthode, on arriverait probablement à des résultats plus satisfaisants. Cette suggestion du professeur Airy a conduit le capitaine A. R. Clarke, de la Direction britannique de l'artillerie, à un nouvel examen très-minutieux de la question de la forme de la terre et de ses dimensions, et il est arrivé à des conclusions un peu différentes de celles du général de Schubert, et tendant à démonirer que l'inexactitude apparente du mètre est un peu plus considérable.
La publication du mémoire du général de Schubert marque certainement une ère nouvelle dans l'histoire des recherches géodésiques ; mais les données constatées jusqu'ici, par un mesurage direct, sont loin d'être suffisantes pour devoir faire admettre l'application satisfaisante, en pratique, de cette méthode, ou de la méthode plus générale du capitaine Clar\e. La vérité de cette assertion résultera manifestement des observations qui suivent :
Les géodésistes ont jusqu'ici admis comme constant : lo que les méridiens de la terre sont des ellipses, 2^ que l'axe de rotation est l'axe le plus petit de ces méridiens elliptiques. S» que les méridiens terrestres sont tous égaux. D'après cette hypothèse, il n'importerait point d'examiner la différence des longitudes, dans lesquelles les différents degrés de latitude seraient mesurés : ils devraient toujours, s'ils étaient comparés, donner les mêmes valeurs pour les diamètres polaires et équatoriaux du sphéroïde, et pour la compression des pôles. En fait les résultats que donnent ces comparaisons sont trèsdiscordants.
Le mémoire du général de Schubert commence par une série de comparaisons de cette nature. Pour effectuer la comparaison, il choisit huit différents arcs : le grand arc russe de 25» 20' de longueur ; l'arc indien, 21» 21' ; l'arc français (étendu jusqu'à Fermentera), 12» 21'; l'arc sud africain (de Maclear et Henderson), 4» 37'; l'arc péruvien, 3» 7'; l'arc anglais, 2° 5' (étendu depuis jusqu'à 10» 13'); l'arc prussien, 1» 30', et l'arc pensylvanien, 1° 29'. Cinq de ces arcs diffèrent beaucoup moins de longitude qu'on ne pourrait le désirer, étant compris dans un espace de moins de trente degrés. Les arcs indien et péruvien diffèrent de longitude de près d'un demi cercle, mais l'arc péruvien est très-court. L'arc pensylvanien est à peu près à la même longitude que l'arc péruvien, et semble avoir été inclus dans ce travail de comparaison, non comme ayant une grande importance, mais occasionnellement.
En comparant entre eux ces divers arcs, l'auteur obtient vingt-huit systèmes d'éléments présentant entre eux de grandes discordances. Les maximuni et minimum de valeurs obtenus pour les semi-axes diffèrent de plusieurs milles, et les valeurs qui en résultent, quant à la compression, sont également différentes. Le général de Schubert en conclut que la terre ne saurait être un solide de révolution ; mais il persiste à admettre que les méridiens sont elliptiques, et il en infère conséquemment que la véritable manière d'établir la figure de la terre consiste à comparer des parties différentes de chaque arc, avec d'autres parties du même arc ou avec l'arc entier.
.'570 l'IlOJET
m(''l,riquo a ôtô établie, c-'ost-à-diro la .suppo.-iton rjue la tcrro o.st un 8phé" roïde rogulier, aplati vors Iob polnR, dont Ioh Heotions, form<^e8 par <]m plan» l)assant par l'axe do révolution, Hont é^alcH et HernhlableH. Dans cette hypothèse la dix-millionième partie d'un quart de méridien quelwjnquo
On voit toutefois, lorsqu'on est arrivé à cette conclusion, combien les matériaux à utiliser pour l'application de cette méthode ont peu d'importance. L'arc russe dépasse lén^èrement un quart de méridien en ion^'ueur, (ît l'arc indien est inférieur à ce quart dans la même proportion environ.
L'arc français(étendu jusqu'à Fermentera) re])résente environ un septième d'un quart de méridien. Ces arcs sont assez étendus pour permettre d'opérer entre eux des comparaisons qui méritent quelque confiance : mais on doit écarter sous ce rapport tous ceux qui composent le reste de la liste.
L'auteur, divisant ensuite ces trois arcs principaux en parties approximativement égales, obtient de l'arc indien et de l'arc russe des valeurs de Taxe j)c)laire ditlerant seulement d'environ quinze cents pieds : mais la diflerence entre les valeurs do ces éléments, telles qu'elles sont déduites des arcs indien et français, est plus de dix fois aussi grande, et dépasse quinze mille pieds. L'auteur rejette en conséquence l'arc français pour la détermination de l'axe polaire, et limite ainsi sa base d'opération à l'arc indien et à l'arc russe seuls, attribuant en même temps arbitrairement à l'arc russe une importance double de celle qu'il accorde à l'arc indien.
A l'aide du semi-axe ainsi calculé, et en mesurant la longueur du degré du Pérou, il obtient le rayon équatorial dans la longitude de l'arc péruvien; et ce rayon, avec les rayons équatoriaux indien et russe, lui sert à déterminer l'excentricité de l'équateur considéré comme une ellipse, et la situation de ses axes majeur ei mineur. Pour trouver la longueur d'un quart de méridien dans une longitude quelconque, il faut ensuite calculer (ce qui est facile avec les données ainsi acquises), la longueur du rayon équatorial dans cette longitude. Cette longueur est le semi-axe majeur de l'ellipse méridionale, et le semi-axe polaire de la terre est le semi-axe mineur de cette ellipse. Le principe de cette méthode est excellent, mais elle repose sur des données qui ne sont qu'approximativement vraies, et elle exigerait que des mesurages plus nombreux fussent faits, avant qu'elle puisse être appliquée d'une manière satisfaisante. Elle suppose que les méridiens sont tous elliptiques, mais aucun ne semble rigoureusement tel. Elle suppose que l'équateur soit une ellipse, tandis que les diamètres équatoriaux déduits séparément des divers arcs de méridiens ne prêtent guère d'appui à cette hypothèse. Le capitaine Piazzi Smith, astronome royal d'Ecosse, exprime l'opinion (« Our Inheritance in the Great Pyramid, p. 38), qu'ils paraissent plutôt être " un triangle curvilinéaire irrégulier ». La théorie du général de Schubert sur la forme de la terre implique de plus une difficulté mécanique: c'est celle d'expliquer comment une planète dont la surface est, pour trois quarts, et la conférence, à concurrence d'à peu près cinq sixièmes, fluide, pourrait avoir la forme d'un ellipsoïde de trois axes inégaux.
Le professeur Airy, examinant les résultats auxquels était arrivé le général de Schubert, a suggéré, ainsi que nous l'avons dit plus haut, que l'on arriverait mieux à utiliser les matériaux dont on dispose, en n'essayant point de déterminer d'avance la valeur de l'axe polaire de la terre, ou de l'un quelconque de ses rayons équatoriaux, et en laissant les trois semi-axes de l'ellipsoïde aussi bien que la longitude des semi-axes équatoriaux indéfinis ; on déterminerait ensuite par la méthode des plus petits carrés quelles seraient les valeurs attribuées à ces derniers qui représenteraient le mieux toutes les situations de toutes' les stations astronomicalement et géodésicalement établies, sur les divers arcs mesurés. Telle a été la méthode employée par le capitaine Clarke, dans le travail approfondi qu'il a présenté à la société royale d'astronomie en 1860, et qui a été publié la même année dans le vingt-neuvième volume des mémoires de cette dernière. Le capitaine
d'un code international. 371
est la dix-millionième partie de tout autre ; et, à quelque point que se trouve un homme sur la surface de notre planète, il a sous ses pieds l'étalon naturel, sur lequel repose le système des poids et mesures destinés au monde. Mais comme cette hypothèse semble pouvoir être, et est même probablement inexacte, nous n'avons plus le droit de considérer la dix-millionième partie du quart d'un méridien comme représentant une quantité qui soit partout la même. Un mètre calculé d'après le grand arc de méridien russe serait un peu plus grand que celui qui serait déduit de l'arc péruvien. Le mètre actuel, en supposant qu'il représente exactement la dix-millionième partie du quart de méridien français, représenterait environ la moyenne de longueur des deux précédents, puisque, d'après de Schubert, le rayon de l'ellipse équatoriale situé dans le plan de l'arc français, est à peu près exactement le rayon équatorial moyen ; tandis que les rayons similaires, correspondant aux méridiens péruvien et russe, ne sont pas éloignés des semi-axes équatoriaux*. Cette découverte, s'il convient d'appliquer ce terme à ce qui n'est encore qu'une hypothèse plausible, impose la nécessité de modifier la définition du mètre, et de dire que cette unité est la dix-millionième partie non pas d'un quart d'un méridien terrestre quelconque, mais du quart d'un méridien terrestre déterminé. Quoique agréable que puisse être dès-lors à l'imagination "^l'idée d'un étalon de longueur em-
Clarke choisit quarante stations sur les lignes des arcs indien, russe, français, anglais et péruvien, et il s'attache à déterminer quelles sont les valeurs des éléments variables mentionnés ci-dessus, d'après lesquelles les carrés des erreurs de latitude de ces stations seraient le moins considérables. 11 constate ainsi une plus grande excentricité dans l'équateur, que le général de Schubert, et un axe polaire plus petit, ainsi qu'une excentricité plus grande du méridien de Paris, et une erreur plus considérable dans la détermination du mètre. Le capitaine Clarke a plusieurs fois modifié ses calculs lorsqu'il a eu des motifs pour rectifier les latitudes de quelques-unes de ses stations, il ne semble, en aucune manière, convaincu que l'équateur soit vraiment une ellipse et non un cercle. Voici comment il s'exprime luimême à cet égard : « Quelle que soit la véritable forme de la terre, si en faisant nos recherches nous supposons qu'elle soit un ellipsoïde, il est absolument évident que les calculs arithmétiques doivent nous révéler qu'elle est un ellipsoïde de telle forme ou de telle autre; et l'ellipsoïde s'accorderait mieux, en somme, avec toutes les latitudes observées qu'un sphéroïde quelconque de révolution. Néanmoins il ne serait guère exact, d'après moi, de dire que nous avons prouvé que la terre n'est point un sphéroïde de révolution. Pour le prouver il nous faudrait des données que nous ne possédons pas encore actuellement; notamment divers arcs de longitude. En attendant il est intéressant de constater quel est l'ellipsoïde qui représente le mieux actuellement les mesurages effectués.
* Les situations de ces axes sont néanmoins très-imparfaitement constatées, si toutefois l'hypothèse entière de l'ellipticité de l'équateur n'est ellemême erronée. Le mémoire du capitaine Clarke cité précédemment déplace le sommet de l'ellipse équatoriale de 41» longitude Est à 14» longitude Est, Cela conduirait à attribuer au méridien de Paris une longueur pour ainsi dire maximum, au lieu d'une longueur moyenne. Dans ses calculs rectifiés, publiés en 1866, en appendice à un volume de la Direction de l'Artillerie contenant des « Comparaisons des étalons de longueur usités en Angleterre, en France, en Belgique, en Prusse, en Russie, dans l'Inde et en Amérique » il déplace de nouveau cette ellipse de 14^ Est à 15» 34' Est.
pruniô (liroctomont à uno dimonsion part/jut idontiquo, ot partout ô^aloment déterminablo, du ^lobe où nous vivons, cette idée doit être abandonnée. Cette considération aurait sans aucun doute été fatale, aux yeux do la commission scicntififiuo do 1709, à la prétention de faire admettre le méridien comme l)aso d'un système de.s ])oids et mesures, si l'on avait connu l'irrégularité de la forme de la terre, au moment où il a été choisi à cet effet; car la commission a rejeté la proposition d'adopter le pendule comme base, par la raison que les indications de cet étalon auraient également manqué d'uniformité dans les différentes latitudes et dans les différentes longitudes. Il est toutefois évident, que la découverte de l'irrégularité de l'ellipsoïde terrestre n'a pour effet que d'enlever au mètre quelque chose de sa perfection idéale, au point de vue scientifique. Cette circonstance est sans aucune importance pratique. Si l'étalon choisi eut été quelque dimension naturelle, à laquelle des individus isolés ou les efforts combinés de plusieurs individus auraient pu facilement se reporter, sans que la chose exigeât un grand travail ou une grande dépense de temps et d'argent, la découverte du fait, que cette dimension n'est pas partout identique, serait grave. Mais il n'en est pas ainsi du quart du méridien. Les auteurs du système métrique n'ont pas dû prévoir que l'énorme opération du mesurage d'un grand arc de méridien serait jamais recommencée, dans le seul but de vérifier la longueur du mètre, ou de la recouvrer en cas de perte accidentelle. On a pourvu à cette dernière éventualité, en décrétant que le mètre serait rétabli, dans le cas de destruction du prototype déjjosé au palais des archives, au moyen de son rapport de longueur bien connu avec la longueur du pendule vibrant par secondes à Paris. Mais il n'est pas probable que l'on recoure même à cette méthode relativement expéditive, des expériences de pendule d'une telle délicatesse étant difficiles, et étant elles-mêmes sujettes à quelque incertitude. Il est plutôt probable que le prototype du mètre serait remplacé en cas de perte de la même manière que l'a été l'étalon du yard anglais, après sa destruction par suite de l'incendie du palais du Parlement en 1834, c'est-à-dire jDar la comparaison des copies de ce prototype faites avec le plus grand soin avant sa destruction : il existe en effet aujourd'hui un nombre considérable de ces copies. La législation anglaise prescrivait à cet égard, comme la législation française, que cette reproduction fût faite en consultant le pendule de secondes : mais depuis le renouvellement de l'étalon, cette disposition a cessé d'être en vigueur en Angleterre. Si l'on envisage donc la question à un point de vue pratique, on peut dire .,^ v^: que le mètre est la longueur d'une certaine barre de platine, à laquelle on a
1^^ «il donné, lors de sa construction, une longueur présumée exactement semblable
à celle d'une dix-millionième partie du quart du méridien terrestre passant par Paris ; cette longueur ayant été déterminée par un mesurage minutieux d'environ un neuvième (9» 40') de ce quart. La raison dominante qui a fait adopter originairement cet étalon, est que cette unité aurait été aussi invariable que le globe lui-même. Elle présente ce caractère d'invariabilité tout aussi complètement, en tant que dérivée d'un méridien spécial, que si tous les méridiens étaient égaux. Le fait, que le mètre représente seulement la jjJijjJH dix-millionième partie d'un quart déterminé, n'est regrettable qu'en ce
''" ^ ' qu'il enlève dans une certaine mesure au système sa beauté idéale.
Mais on objecte que le mètre actuel n'est pas même exactement en somme la dix- millionième partie de ce quart déterminé. On dit qu'il est trop petit, d'une fraction très-minime sans doute, mais appréciable néanmoins. Cette objection qui n'est vraisemblablement pas sans fondement, a paru à certains esprits une raison suffisante pour rejeter le mètre, comme base d'un système des poids et mesures. Ces esprits, pour être logiques, devraient également rejeter toute base qui serait prétendument une partie déterminée d'une dimension donnée quelconque de la terre, soit d'un méridien, soit de la circonférence équatoriale, soit de l'axe polaiie, soit du diamètre équatorial ou moyen, à moins que cette dimension ne soit, ow. jusqu'à ce qu'elle soit démontrée absolument exacte. Tel n'est certainement point le cas actuellement, pour aucune des dimensions que nous venons d'indiquer. S'il est une chose qui résulte, avec évidence, de l'examen détaillé de toutes les grandes opérations géodésiques qui ont été effectuées pendant les deux cents dernières années, c'est que la terre a une forme trop irrégulière pour être regardée comme un ellipsoïde de trois axes, ainsi que le supposeraient le général de Schubert et le capitaine ClarTie, plutôt que comme un sphéroïde aplati aux extrémités : et cependant ces deux auteurs prétendent démontrer l'inexactitude du mètre en comparant le quart de méridien passant par Paris, théoriquement supposé un quart d'un ellipsoïde de ce genre, avec le même quart de ce méridien, tel qu'il a été déterminé par le mesurage effectif de sa neuvième partie. Or, il est certain que cet arc mesuré ne faisait pas partie d'une ellipse régulière. S'il en avait été ainsi, les degrés successifs mesurés auraient donné, en allant du Sud au Nord, un accroissement régulier et graduel de longueur. On a observé un accroissement, mais cet accroissement n'était nullement régulier. L'arc entier, divisé en trois parties approximativement égales, a révélé dans sa section méridionale un accroissement moyen de 12 toises ^, dans sa section intermédiaire un accroissement de 32 toises Vo, et dans sa section septentrionale un accroissement de 5 toises j^ seulement. Lorsque l'arc a été étendu plus tard vers le Nord, jusqu'à la latitude de Greenwich, et, vers le Sud, jusqu'à l'île de Fermentera, de manière à représenter en totalité 12o 48' 43'', 89, ou très-près d'un septième du quart du méridien, on a divisé pareillement cet arc en cinq parties (celle du Nord étant toutefois moins considérable que la moyenne des autres). Et l'on a constaté dans la section méridionale une diminution en allant vers le Nord, en contradiction directe avec l'hypothèse d'un sphéroïde. Voici l'ordre de succession des valeurs qui furent alors constatées : pour la section de l'extrême Sud, une diminution de deux toises par degré dans le sens du Nord; pour la section suivante, un accroissement de 12 toises ^ ; pour la troisième, un accroissement de 32 toises ~ ; pour la quatrième, un accroissement de 8 toises ^ ; et pour la cinquième, un accroissement de 7 toises ^g. Il est donc évident que la diminution de courbure était le moins rapide au milieu de l'arc, et qu'elle était plus rapide à la fois au Nord et au Sud de ce point, ce qui n'est point le caractère d'une courbe elliptique. La commission scientifique, qui a fixé la longueur du mètre, n'a pu consulter d'autre mesurage antérieur que celui qui avait été effectué du mont Jouy à Dunkerque, de 9» 40' 45", 67. Deux éminents géomètres, membres de la commission, Laplace et Legendre, trouvèrent par la comparaison des différentes sections
do cet arc, uno ellipticité rie y^ et de ~; mais en comparant l'arc entier avec l'arc do méridien du l'érou, ils n'arrivèrent plus qu'à une ellipticité
do ,^,,,. Belamhre qui, «avec M&.hain^ avait fait le mesura^'e, trouva en faisant une comparnison semblable avec l'arc péruvien, une excentricité de ^J- , et ensuite de ,J,,. D'après l'arc étendu de Fermentera à Greenwich, il fixa l'excentricité fmalemont à ,'„. La commission fixa le m<^;tre à 443 j^, li^^nr-s françaises; mais Delambre conclut des derniers résultats qu'il avait obtenus, que sa véritable lonp'ueur devrait être de 443 f^"„ lignes françaises : si cela était vrai, il en résulterait que le mètre admis par la commission serait trop court d'environ —^^ d'un pouce an^dais.
Les degrés mesurés aux mêmes latitudes, dans différentes parties du monde, diffèrent parfois sensiblement. La longueur de degré constatée par Liesganig en Hongrie est réellement moindre que celle constatée à la latitude correspondante en France. Celle constatée par Mason et Dixon, en Pensylvanie, est aussi considérablement moindre que celle des géodésistes français, de Fermentera au mont Jouy, à la même latitude de 39". Le mesurage de Lacaille, au Cap de Bonne-Espérance, accuse une anomalie très-extraordinaire; il constate, à la latitude de 33» S., une longueur de degré plus grande que celle constatée en France à la latitude de 45o. Cette constatation, comparée avec l'arc péruvien impliquerait, dans l'hémisphère méridionale, la déi^ression extrême de yâ *•
Tous les mesurages, quelque soit le lieu où ils ont été faits, accusent, lorsqu'on les compare, des différences quant à la compression des régions polaires : et l'on constate ces différences aussi bien en comparant diverses sections du même arc, qu'en comparant divers arcs. Le colonel Everest, dans son rapport sur l'examen de la section septentrionale du grand méridien de l'Inde, a ainsi établi des comparaisons entre douze arcs combinés de quarante-deux différentes manières ; et de chacune de ses comparaisons il a déduit une ellipticité différente, et des attributions de valeurs différentes aux diamètres polaires et équatoriaux **. Parmi les arcs qu'il a mesurés ainsi figurent l'arc indien, l'arc russe, l'arc français, l'arc suédois et l'arc péruvien. La moitié septentrionale de la section nord de l'arc indien, comparée avec la moitié méridionale de la même section, indique une excentricité de yIij tandis que la moitié méridionale, accuse une excentricité de g^u environ la moitié de la première.
* On attache peu d'importance au mesurage de Pensylvanie, ce mesurage ayant été fait sans triangulation et seulement avec la chaîne. Le général de Schubert calculant d'après son sphéroïde supposé, estime que la longueur accusée est de 675 pieds, en\ïvou \m. furlong (201 m. j^), trop courte — la longueur totale mesurée étant d'environ 102 milles. Les opérations plus exactes de Maclear et de Eenderfon ont démontré en outre que le mesurage àe Lacaille présentait une erreur très-considérable d'excédant.
"* Nous avons mentionné plus haut des résulats également discordants, obtenus plus tard par le général de Schubert par des comparaisons entre huit arcs mesurés. Certaines personnes pourront prétendre que les résultats du colonel Everest, qui vont suivre, n'ont plus guère de valeur: mais la question de savoir si les anciennes méthodes géodésiques doivent être entièrement rejetées, n'est pas encore décidée.
Les . remarques suivantes * du colonel Everest démontrent combien il serait vain d'entreprendre, dans l'état présent de la science, de constater, avec quelque précision, les véritables dimensions de la terre par un mesurage géodésique. « En choisissant «, dit-il, " les arcs les plus propres à servir d'instruments de comparaison, on doit absolument désespérer d'échapper au reproche d'avoir fait ce choix d'une manière arbitraire, par la raison toute simple que ce qui plait à une personne satisfera rarement aux vues d'une autre. Si toutefois les éléments des calculs à opérer sont exactement déduits, si leurs constants fonctionnels sont correctement calculés, le choix des arcs ne saurait être que de peu d'importance, pourvu que l'on se trouve en présence d'un exposé complet : car ces éléments et ces constants faciliteront matériellement la tâche de ceux qui préfèrent d'autres arcs quelconques à ceux qui ont été choisis, ii Et il ajoute plus loin : « Comme chaque comparaison l'ait attribuer une valeur indépendante, ou différente, à l'axe majeur de l'ellipse ou de la compression, il en résulte une difficulté analogue à celle que nous venons de signaler, celle de déterminer la meilleure méthode à suivre pour fixer le résultat moyen le plus probable ; et nous ferons, à ce sujet, la même observation que ci-dessus, c'est que tout géodésiste est libre de se servir de celle qui lui parait la meilleure, pourvu qu'il en donne une explication complète, et laisse à d'autres la liberté d'utiliser ces données de la manière qui leur parait préférable. »
La conclusion à laquelle toute cette discussion nous conduit, c'est que si le mètre est probablement une erreur, l'importance de cette erreur est incertaine, et que lors même qu'il serait exact, nous ne pourrions nous en convaincre. Le remarquable géodésiste Delambre, dont les travaux ont si grandement contribué à établir la base sur laquelle la commission internationale de 1799 a fondé la détermination du mètre, évalue le défaut de longueur de cette mesure à environ ^|o de pouce. Sir John Herschel, calculant d'après les données fournies par Airy, Bessel et de Schubert, estime ce défaut de longueur à -^^^ de pouce. La même autorité, calculant d'après les résultats du capitaine Clarlie, élève l'erreur d'^g à —^ de pouce. Et le capitaine Clarke lui-même dans son dernier calcul publié en 1866, dans un volume édité par la direction de l'artillerie, lui attribue le chiffre un peu réduit d'^3 de pouce. Enfin l'examen direct du mesurage géodésique français lui-même donne à penser, ainsi que nous le démontrerons maintenant, que ces évaluations pourraient être toutes exagérées. Mais ce qui est hors de doute, c'est qu'il n'y a pas deux géodésistes, qui, en partant des mêmes faits, arrivent jamais aux mêmes résultats, que toute addition aux données doit modifier toute déduction formée antérieurement, et que le temps n'arrivera probablement jamais où la longueur d'un quart de méridien quelconque pourra être connue avec une exactitude parfaite.
On comprendra nécessairement, et il a déjà été observé : que pour arriver à une détermination quelconque de l'importance de l'erreur supposée, il faut
* Compte-rendu du mesurage des deux sections de l'arc de méridien de VInde etc., par le lieutenant-colonel Everest. Londres 1847. Les citations de la page 425.
comparer la valeur calculée d'un arc do cercle hypothétique d'un ellipsoïde h trois axes .suppoK(!rofru]ior,avecla lonf,'urMir d'un rjuart do môridion offcctif de la terre elle-même, telle qu'il est déterminé par le mesura{,'e direct de sa neuvième partie. Or, on constate que l'arc français, sur le rnesurage duquel le mètre se base, est situé de telle manière qu'il fournit à peu près exactement la longueur du degré moyen, c'est-à-dire d'un degré qui n'est presque pas modifié par l'elli])ticité ])lus ou moms grande du méridien. Les latitudes extrêmes sont le mont Jouy, 41», 22', 42", 4, et Dunkerque 51°, 2'. 9", 7, dont la somme ne dépasse un quart de méridien que d'environ deux degrés et un tiers. Si la somme avait été 90» juste, l'influence de l'ellipticité sur la longueur du mètre aurait été inappréciable en pratique. La substitution de l'ellipticité constatée par le général de SchvJjert, à celle admise par la commission scientifique, n'aurait pas même modifié cette longueur d'une cinqmillième partie. Les possibilités d'erreur, qui existent toujours dans la proportion d'une ou deux secondes, et qui existent inévitablement pour des fractions de secondes, dans les latitudes des stations terminales, peuvent amener une plus grande mesure d'incertitude que celle-ci, incertitude qui diminue toutefois, à mesure que l'arc est plus étendu.
L'erreur doit donc, si elle existe, être attribuée au procédé de mesurage. D'après le calcul de Sir John Eerschel, opéré suivant les données du général de Schubert, la commission internationale a fait son quart de méridien trop court de 4008 pieds anglais. Il déduit des résultats constatés par le capitaine Clarke l'erreur plus considérable de 5124 pieds ; mais le capitaine ClarTie lui-même indique la longueur du quart du méridien passant par Paris, comme étant de 1472 mètres ^ supérieure à dix millions de mètres, ce qui équivaut à une erreur de 4831 pieds anglais. En conséquence le mesurage originaire doit présenter une erreur de 445 pieds (la neuvième partie de 4008), si nous adoptons la première conclusion, ou de 537 pieds (la neuvième partie de 4881) si nous préféronsla seconde. Or on peut trouver une preuve de l'exactitude de ce travail géodésique, tel qu'il a été effectivement opéré, dans le fait que la base de vérification à Perpignan présentant 6006 toises ^^, telle qu'elle avait été déterminée au moyen d'une chaîne de trente-cinq triangles à partir de la base de Melun qui est distante de 33,000 toises, fût constatée avoir la longueur de 6,006 toises j-f^ de telle sorte qu'entre la longueur ainsi mesurée, et la longueur calculée, il n'y avait qu'une différence de seize-centièmes de toises. Comme le chiffre de 33,000 contient cinq fois et demi 6000, cette erreur indique une erreur cinq fois et demi plus grande comme possible, pour la distance entière entre les bases, c'est-à-dire environ ~§^ de toise. Et comme l'arc entier mesuré représentait 551,485 toises, ou dix-sept fois 33,000, l'erreur totale sur toute la distance pourrait avoir été de 15 toises ce qui équivaut à près de quatre-vingt-seize pieds. Les probabilités sont donc que la longueur du méridien, telle qu'elle a été déterminée par Mechain et Deîambre, ne présente pas une erreur de plus de 860 pieds environ, si elle atteint ce chiffre, et que l'erreur possible du mètre en platine des archives, au lieu de s'élever à ^ de pouce, ne dépasse pas j-^êô *•
* M. Lelambre qui arrive par un différent mode de raisonnement au même
d'un code international. 377
La question cle la valeur de cette petite fraction ne présente d'ailleurs aucune importance pratique. Il ne peut y avoir de doute, que tout nouveau mesurage du méridien n'amène les géomètres, à faire de nouvelles constatations; et il n'est pas probable que l'on parvienne bientôt à établir la longueur exacte d'un méridien quelconque. La conférence de Sir John Herschel, dans laquelle on trouve ces critiques sur l'exactitude des observations françaises mentionnées ci-dessus, fournit elle-même une preuve de l'instabilité de ce qu'on appelle les constants de la forme de la terre. Le texte original de cette conférence indique, à la date du 30 Septembre 1863, un état des valeurs de l'axe polaire; les semi-axes de l'ellipse équatoriale, et les situations de ces semi-axes; l'ellipticité du méridien français, et l'erreur du mètre que l'on en infère ; et un appendice du 11 Octobre en fournit un autre état complet ; tandis qu'un postcriptum de l'appendice, sans date, nous renseigne des modifications plus récentes encore de ces dernières déterminations *.
L'idée émise par sir John Herschel que l'axe polaire de la terre aurait été plus heureusement choisi que la longueur d'un méridien quelconque, ou que toute autre dimension quelconque, comme base d'un système métrique, ne sera probablement contestée par personne. Cette dimension est absolument unique, et elle est véritablement universelle, puisque cet axe est l'axe commun de tous les méridiens. Mais, si l'on tient à une exactitude complète, on ne la trouvera pas plus dans cet axe que dans les méridiens, bien que l'importance de l'erreur probable puisse être moindre. Sir John Herschel indique lui-même sept déterminations différentes; l'une d'après Airy,\nie autre d'après Bessel, trois d'après de Schubert, une d'après lui-même, et une d'après Clarke, La différence qu'elles présentent du maximum au minimum est de plus de 15,000 pieds. Le colonel Everest, ainsi que nous l'avons dit plus haut, en a trouvé quarante-deux, en comparant différents arcs deux à deux. 11 a ensuite combiné de différentes manières ces résultats pour arriver
résultat, c'est-à-dire à quinze toises d'erreur possible, fait observer que l'on devrait prendre la moyenne entre les résultats de l'observation et ceux du calcul, soit 7 toises yô ce qui réduirait l'erreur probable du mètre à j^ mettons ^^ôô ^'^^ pouce. Tous ces raisonnements cependant, aussi bien que ceux de MM. de Schubert et Clarlie, reposent sur la supposition que les quarts de méridien terrestre sont, sinon égaux, au moins réellement elliptiques de courbure. Mais telle ne paraît point être le cas pour quelques-uns ; de telle sorte que le meilleur moyen d'arriver à une certitude absolue, en ce qui regarde la longueur d'un méridien quelconque, serait de le mesurer d'une extrémité à l'autre, ce qui est manifestement impraticable.
* Les chiffres cités sont ceux du capitaine ClarTie déjà mentionné. Sir John Herschel, comme le professeur Piazzy Smith et quelques autres, semble avoir caressé l'espoir que l'axe de la terre mesurerait exactement 500,500,000 pouces anglais. 11 en a fixé lui-même la longueur à 500,497,056 pouces. Les premiers calculs du capitaine Clarlie ont réduit ce chiffre à 500,490,432; et il lui a été agréable dès-lors de pouvoir annoncer que ces dernières rectifications avaient pour effet d'attribuer à l'axe polaire une longueur plus voisine encore du chiffre de 500,500,000 pouces. Mais ses derniers calculs l'en éloignent plus qu'aucun des calculs précédents, et estiment cette longueur à 500,482,296 pouces.
378 l'ROJKT
k un rôsultat moyon : lo nombre dfR rr-sultats omployf'8 pour obtenir un Roul r^^sultat moyen, variant de einti k neuf. La difrérence, entre le maxiiniiiri et le rniriinium df!S dim^nsioiis moyennes ainsi obtenues, est de près de 19,000 pieds. Les maximums d(! lonf^Mieurs difrêrent beaucoup plus entre eux que ceux trouvés par de Schicbert.
Bien qu'il soit à rc^'-retter que l'axe de la terre n'ait pas été choisi, à l'orij,nne, comme base du système universel des poids et mesures, ce re^^ret ne doit être éprouvé qu'au point de vue de la beauté idéale, de la simplicité et de la perfection scientifique d'un système fondé sur une pareille base, plutôt qu'au point de vue des désavantaf,'eR pratiques du système effectivement adopté. Quels que soient les chiffres au moyen desquels on exprimera dorénavant la longueur de l'axe de la terre ou de ses méridiens, le mètre sera toujours la longueur de la barre de platine qui le représente, ainsi que l'a nettement déclaré la commission internationale scientifique de 1799.
Outre les objections faites au fondement scientifique du système métrique, on en a fait d'autres, à un point de vue j^lus pratique, à quelques-uns des caractères de ce système. Celles-ci ont toutes été réunies dans le rappjort complet de M. Adams déjà cité, et nous pouvons les examiner ici brièvement dans l'ordre où elles sont présentées.
M. Adams fait d'abord des objections à la longueur du mètre, comme étant trop grande pour être commode comme unité de mesure. «Peut-être,» dit-il, " dans la moitié des cas où un individu quelconque a l'occasion de recourir, dans le cours de son existence, à une mesure linéaire, l'instrument devrait-il, pour répondre à ses besoins, être aisément maniable, et pouvoir être mis en poche. Ni le mètre, ni le demi-mètre, ni le décimètre ne répondent à ces conditions. » Sans nous arrêter à examiner jusqu'à quel point il est plus commode de porter en poche une règle d'un pied qu'un décimètre, nous nous contenterons de faire observer que si une mesure de trois décimètres (ce qui représente à peu près exactement un pied), est considérée comme plus propre à être portée en poche qu'un mètre entier, rien n'empêche que l'on mette en poche une règle de cette dimension ; et la facilité avec laquelle les mesurages, faits au moyen d'une règle pareille, peuvent être convertis en pieds est telle, qu'il est impossible de voir une objection sérieuse dans le fait que cette conversion serait nécessaire. Mais si, dans un intérêt commun, cette mesure continue à être appelée un pied (ou un pied métrique, pour la distinguer provisoirement de l'ancien pied), et si l'on s'abstient de %ire la conversion, on ne voit pas quel dommage pourrait en résulter ; la conversion pouvant être faite immédiatement dès que la chose est nécessaire pour un calcul. On aurait donc tous les avantages du système métrique, sans devoir porter atteinte d'une manière sensible aux habitudes générales. Le nouveau pied ne serait inférieur à l'ancien que de moins de j^ de pouce. La différence est beaucoup moins grande que celle qui existe actuellement entre les pieds, mesures autrichienne et danoise, d'un côté, et le pied anglais de l'autre, le premier dépassant le pied anglais de f§^ de pouce, et le second le dépassant de près de j^ ; ou entre le pied anglais et le pied suédois qui est inférieur au premier de ^; ou entre le pied anglais, et le pied de Francfort-sur-Mein qui est moindre de ~ de pouce. En outre ce nouveau pied s'accorde parfaitement avec le pied suisse, que la loi a assimilé exactement à trois décimètres.
d'un code international. 379
Au surplus, bien qu'il soit évident qu'en pratique on puisse toujours se servir d'une mesure équivalente au pied, et toutefois en harmonie parfaite avec le système métrique, il ne semble nullement que le mètre lui-même ne soit pas facile à porter.
Quoique M. Adams défende la règle d'un pied, en se fondant sur ce que cet instrument est propre à être mis en poche, nous croyons que peu de personnes portent cet instrument, sauf sous une forme flexible : on peut aussi bien porter, et l'on porte en fait le mètre, sous cette forme, avec la même facilité. Il y a plus : comme on a reconnu que le yard est après tout la mesure qui se prête le mieux aux usages ordinaires de la vie, la mesure maniable que l'on trouve le plus souvent dans la poche des gens est un ruban d'une longueur d'un ou deux yards — mesure qui se présente sous une forme beaucoup plus commode qu'une règle quelconque.
Outre le pied métrique de trois décimètres, il est très-possible en pratique, et il doit être licite de se servir d'une règle d'un demi-mètre. Si l'acceptation du système métrique devait avoir pour effet d'empêcher un peuple de diviser dorénavant une chose en deux parties égales, on pourrait hésiter longtemps avant de se soumettre à cette prohibition. Mais il est à présumer que les gens feront ce qu'ils jugeront avantageux de faire, après comme avant l'introduction du nouveau système. Ce système leur donnera toutes les facilités qui naissent de ses rapports décimaux, et tout l'avantage qui résulte de ce qu'il est en harmonie avec le système du reste du monde, sans que l'on perde aucun des autres avantages réels que pourraient présenter d'autres rapports dans les transactions ordinaires de la vie.
M. Adams reproche au mètre de ne correspondre à aucune dimension connue du corps humain; et il en infère que la substitution du mètre à l'unité actuellement en usage dans les Etats-Unis, privera les gens d'un moyen qu'ils trouvent aujourd'hui commode pour vérifier la longueur de l'unité, lorsqu'ils n'ont pas de mesure à leur disposition. Mais on ne peut certainement pas vérifier la longueur du pied, en le comparant à la personne physique humaine, bien que la chose soit, peut-être, possible pour le yard. En général, le yard que l'on trouve en tenant l'une des extrémités d'une corde entre le pouce et le doigt du bras étendu horizontalement, et « en marquant le point où elle touche les lèvres, en regardant devant soi n conformément à l'indication donnée par sir John Herscjiel, sera un yard assez court ; et l'on devrait tourner la figure dans la direction opposée au bras étendu, pour qu'il devienne exact. Mais si au lieu de marquer le point où la corde touche ses lèvres l'expérimentateur prolonge la corde le long de ses lèvres jusqu'à l'angle de sa mâchoire, il aura assez exactement un mètre. Ou bien, si l'expérimentateur tend la corde horizontalement le long de sa poitrine, le point de cette partie de sa personne qui se trouve du côté opposé au bras étendu marquera le mètre. La longueur actuelle du pied n'est évidemment, malgré le nom de cette mesure en Angleterre et dans les États-Unis, qu'un dérivatif du yard dont il représente un tiers. La longueur du pied humain n'est ni un tiers, ni un quart du bras mesuré, comme il est dit ci-dessus, jusqu'aux lèvres, mais plutôt, à très-peu de chose près, le quart d'un mètre; de telle sorte qu'un homme d'une stature ordinaire et de proportions normales "pourrait aisément
.'iSO PROJET
reproduire le métro nvoc une oxactitudo sufTlBanto pour Igh usages ordinaires, eu mesurant simplement son pied nu *.
M. ^^/rtrw,.ç parle de l'antifiuité du pied, comme de nature à prouver que sa lonjîueur présente dos avantaf,'os j)ratiquos inhérents à cette mesure, et n'appartenant à aucune autre. Mais le pied ne semble être que d'une ori^nne comparativement récente, si l'on jette les yeux sur l'histoire entière du monde. La coudée était l'unité de mesure du monde antédiluvien. Le pied était inconnu à Noé^ quand il construisit la quille de l'arche ; à Cht^ops, quand il éleva la grande pyramide de Chizeh\ à Moïse, quand il construisit le tabernacle dans le désort; à Salomon, quand il bâtit le premier temple de Jérusalem ; à Zérubahel, quand il bâtit le second. Il est donc évident qu'il n'y a rien dans la nature des choses qui nécessite le maintien du pied comme mesure. M. Adams considère comme un défaut sérieux du système métrique, le fait qu'il ne fournit qu'une série de poids pour tous les usages, et une série de mesures pour toutes les capacités. Les mesures et poids primitifs de l'Angleterre, que ses colons introduisirent avec eux dans le continent occidental, comportaient, au contraire, de doubles unités de poids, et de doubles unités de mesures, ayant entre elles des rapports semblables à ceux des pesanteurs spécifiques du grain et du vin. Si un vase rempli de vin, mis dans la balance, j^èse une livre avoir du poids, le même vase rempli de grains représentera un poids moindre, et ce dernier constitue la livre de Troie. De même, si le vin contenu dans un réceptacle d'une capacité don-
* M. Adams exagère plutôt l'importance de cette propriété que peut avoir une unité de mesure, de s'identifier en quelque sorte avec la personne humaine. Et l'un des exemples qu'il cite, pour démontrer cette importance, semble prouver une chose à laquelle il n'a pas songé. « Lorsque le général russe Sun-arrow », dit-il dans son ouvrage intitulé : Discourses under the Trigger, « dit à ses troupes : le pas d'un soldat est une archine, il donna à tous les hommes de l'armée russe le type naturel de la mesure de son pays. Nul soldat russe n'a pu se trouver, depuis, en peine de constater l'archine, » Lorsque l'on a le texte des discours sous main, on ne sait pas bien si le vieux et rude général n'avait pas plutôt l'intention de communiquer une idée purement militaire, que de contribuer à l'éducation élémentaire de ses troupes ; c'est-à-dire, l'idée qu'un pas ayant la longueur d'une arcliine est le pas qui rend les hommes le mieux à même de parcourir le plus de terrain, avec aussi peu de fatigue et dans le moins de temps possible, que c'est, en conséquence, un pas de soldat, ou le pas qu'un soldat doit acquérir. Et il est probable qu'il s'est rapporté à l'archine, comme quelque chose que le soldat était présumé déjà connaître, plutôt, que comme une chose qu'il devait apprendre. Mais, si une archine, qui comprend vingt-huit pouces, est un pas de soldat, comment se fait-il qu'un pas de fermier, dans les Etats-Unis et en Angleterre, soit de trente-six pouces ? Le fait est, que le pas, long d'une archine ou d'un bon yard, est un pas artificiel, bien qu'on en parle généralement comme d'une unité naturelle, et qu'on ne peut s'en servir avec avantage sans une certaine habitude. Et quiconque essaiera, également sans habitude, de constater la longueur du yard, de la manière mentionnée dans le ie^Xe, obtiendra des résultats variables et peu exacts.
Aucune des dimensions moyennes du corps humain ne répond parfaitement à des valeurs déterminées quelconques de mesures de longueur en usage; et il est aussi aisé de trouver dans le corps humain des mesures approchant de celles du système métrique que de tout autre.
d'un code international. 381
née, pèse une livre avoir du poids, il faudra un vase d'une contenance plus grande, rempli de grains, pour représenter le même poids. Les avantages que ces opérations comparatives fournissent en apparence, paraissent avoir très-fort impressionné M. Adams : toutefois, il admet qu'en Angleterre la proportion a été perdue, en ce qui concerne les mesures de capacités, et qu'en ce qui concerne le poids, elle est sans usage en pratique dans les États-Unis. Trois ou quatre ans après que son rapport avait été présenté, le parlement anglais abolit les doubles mesures de capacité. Parmi les arguments secondaires produits par M. Adams, en faveur du maintien des unités doubles de poids et de capacité, il en est un assez curieux : c'est que les négociants en détail pourront quelquefois, comme c'est le cas pour les drogues, acheter à la livre avoir du poids, et faire un profit en vendant à la livre de Troie. Les hôteliers pourront de même d'après ce système (et tel était autrefois le cas en Pensylvanie), acheter leur aie à la grande mesure, et la vendre avantageusement en détail d'après la plus petite. « Dans les deux cas » dit-il « la différence de mesure fait partie de la rémunération qui représente le labeur et la science de l'apothicaire, et des bénéfices nécessaires au succès de l'établissement de l'hôtelier. » Un tel argument est de nature à surprendre dans la bouche d'un homme d'État. En quoi la législature a-t-elle à s'occuper de payer le travail et la science de l'apothicaire, ou d'aider l'hôtelier à faire prospérer son établissement? Et pourquoi le commerçant en substances sèches, ne pourraît-il vendre (par un procédé inaperçu du client) quatre yards au prix avantageux de cinq, alors que le droguiste est mis à même par un expédient semblable de vendre quatre livres au même prix que cinq. Le monde actuel ne pourrait évidemment que souffrir de l'existence, côte à côte, de deux systèmes de poids et de mesures, quelque connexion qu'il puisse y avoir entre ces deux systèmes ; il ne saurait y avoir de discussion sur ce point. Lorsque M. Adams ajoute, que les deux étalons de poids se servent mutuellement de moyen de contrôle, leur rapport connu étant de 5,760 à 7,000, de telle sorte, que si l'unest perdu, l'autre pourra servir à le reconstituer, il fait une observation bien peu sérieuse. L'éventualité qu'il prévoit est en dehors de toute prévision jjossible.
M. Adams ajoute encore : que, si le système métrique indique le poids d'une substance spéciale (l'eau distillée), lorsque le volume en est connu, il ne fournit le poids d'aucune autre : tandis que les anciens poids et mesures anglais fournissaient à la fois le poids du grain et celui du vin. M. Adams critique ici un caractère du système métrique qui forme un de ses plus grands mérites. Bien loin de n'indiquer que le poids de l'eau, il fpurnit celui d'une substance quelconque. Cette question a déjà été si complètement élucidée, que nous pouvons nous abstenir de la discuter davantage.
M. Adams reproche en outre au système métrique de n'avoir pas été étendu (et il essaie de démontrer qu'il ne saurait l'être) à la géographie et à la navigation (longitude et latitude), ou à la division du cercle, et fait observer que cette défectuosité du système prouve clairement que ce qui est théoriquement simple peut être assez fréquemment incommode en pratique.
On peut répondre à ce reproche que l'extension du système métrique à ces matières a été effectuée et reconnue avantageuse ; mais qu'il n'a pas paru indispensable, ni même peut-être très important, d'imposer des change-
monts sous co rapport, los co-ordonnéos torrestres et la division du cercle étant précisément les matières (et, sauf les chiffres arabes et les symboles a]}rél)ri(iuoH,l(',s souhjs matièros) sur lf'Kf|Uf'lleK le monde s'était parfaitement mis d-accord avant (pio le système métrique fût inventé. Imposer le changement en ce qui concerne d'autres matières, ce sera faire une chose favorable à l'unité. L'introduire dans les matières en question aurait pour effet de créer provisoirement la diversité. Le temps viendra peut-être, où la division du cercle en cent soixante segments sera remplacée par sa division en cent segments; mais cela n'aura lieu que d'un commun accord, après que le système métrique aura été universellement accepté en ce qui concerne les autres matières. On a établi des tables centésimales des fonctions trigonométriques, et effectué la division centésimale du cercle dans les premières années de la première République Française.
Le fait que ceux qui s'en sont servi les ont trouvées commodes, est attesté par le témoignage de Delambre qui le constate dans les termes suivants : « Trois de nos quatre cercles étaient divisés en grades ou degrés décimaux valant chacun 360» -|- 400 = 0», 9 = 54' ^ 3240. n Cette division est beaucoîip plus commode pour l'usage du cercle répétiteur^ et le serait également pour les verniers de tous les instruments quelconques, n Plusieurs personnes tiennent encore à l'ancienne division par habitude, et parce qu'elles n'ont pas fait encore usage de la nouvelle ; mais aucun de ceux qui les ont pratiquées toutes deux, ne veut retourner à l'ancienne*. Delambre explique ensuite comment on peut se servir des tables ordinaires avec des instruments divisés en parties centésimales, ou des tables centésimales avec des instruments ordinaires; des arcs sexagésimaux, disons plutôt pour l'objet en question nonagésimaux, pouvant être convertis en arcs centésimaux, en ajoutant simplement un neuvième aux expressions numériques de leur valeur : et des arcs centésimaux pouvant être réduits en arcs nonagésimaux, en en soustrayant un dixième. Il semble donc inexact que la non extension du système décimal à la trigonométrie, à la géographie, et à l'astronomie constitue la preuve que ce système ne s'adapte point aux matières qui forment l'objet de ces sciences : cette non extension doit être attribuée d'ailleurs au fait que les méthodes, sur lesquelles reposent ces sciences, sont déjà uniformes en pratique dans le monde entier, et qu'il n'y a guère d'intérêt immédiat à troubler cette uniformité ; et à ce fait additionnel, que le système existant est si intimement lié aux formules de toutes les 'publications scientifiques, qu'on ne pourrait le changer sans des inconvénients presqu'aussi universels, que l'est actuellement la prédominance de ce système elle-même.
L'objection finale faite par M. Adams à l'adoption du système métrique a trait à sa nomenclature. Et cependant il la considère comme admirable, en tant que création scientifique. Son objection consiste en ce qu'il est impossible que le public se fasse à l'usage de cette nomenclature. « La théorie en est )) dit-il « parfaitement simple et magnifique. Douze mots nouveaux dont cinq signifient des choses, et sept des nombres, représentent le système entier de la métrologie : des noms distincts et expressifs sont donnés à tous les poids, mesures, multiples et subdivisions de tout le système ; cette termi-
* Delambrey Base du système métrique décimal.
d'un code international. 383
nologie prévient la pire des sources d'erreur et de confusion dans les poids et mesures, l'application du même nom à des choses différentes ; elle rend constamment présent à l'esprit le principe de l'arithmétique décimale, le rapport de chaque poids ou mesure avec tous ses multiples ou divisions, et la chaîne d'uniformité qui rattache les plus profondes recherches de la science aux travaux d'art les plus accomplis, ainsi qu'aux occupations et aux besoins journaliers dans toutes' les classes et dans toutes les conditions sociales. Toutefois c'est la partie du système qui s'est heurtée contre les obstacles les plus insurmontables en France. La population française a refusé d'apprendre et de répéter ces douze mots. Elle a consenti à admettre un changement total et radical dans les choses : mais elle persiste à les appeler par les anciens noms. Elle adopte le mètre, mais elle entend appeler pied le tiers d'un mètre. Elle accepte le kilogramme, mais au lieu de l'appeler de ce nom, elle appelle livre un demi-kilogramme. Ce n'est pas que le tiers d'un mètre représente un pied, ni un demi-kilogramme une livre; mais c'est parce qu'il ne diffèrent pas beaucoup, et parce que, dans les expressions d'une origine populaire, lanettetéde conception, dansl'usage des termes, s'attache plus intimementà l'emploi habituel qu'à la précision des expressions, n Nous reproduisons cette citation in extenso, parce qu'elle commence par résumer les mérites de la nomenclature métrique en termes si clairs, qu'il est inutile d'y rien ajouter, et parce qu'elle expose ensuite, avec beaucoup de précision, la nature de la difficulté qui fait, dit-on, que le système prête à des objections. On pourrait répondre que les choses sont des choses, et les noms des noms. Ce sont les choses qui sont d'une importance majeure : les noms n'ont qu'une importance secondaire. Si, comme le dit M. Adams, les choses sont acceptées, tandis que les noms sont rejetés, que l'on s'y résigne provisoirement! Le principal est acquis; les noms seront acceptés plus tard. L'exemple que M. Adams tirait de l'histoire de ses concitoyens, en ce qui concerne la manière dont ils ont accueilli le système fédéral des monnaies, et sa nomenclature, pouvait être cité en sa faveur alors ; il peut l'être en notre faveur aujourd'hui, La population connaissait le nom de dollar, mais elle ne savait ce que c'était que des dîmes, des cents, et des mills (millièmes). Les monnaies inférieures étaient les shillings et les pences ; et elle a eu ces dénominations sur ses livres pendant des années après la création de la circulation fédérale; elles ne sont pas même oubliées aujourd'hui. « Il y a actuellement près de trente ans, » dit M. Adams, «< que nos nouvelles monnaies d'appoint, nos dimes etc. ont été établis. Le dollar nouvellement frappé a conservé son nom et sa circulation. Le ce^it est devenu assez familier à la langue, partout où sa circulation l'a rendu familier à la main. Mais le dime ayant rarement été présenté à la population sous sa forme matérielle, et le mill ne l'ayant jamais été, sont restés si complètement inconnus, qu'aujourd'hui lorsque nos feuilles publiques font allusion à l'émission récente des dimes, lorsque leur nom est mentionné, c'est avec une explication ayant pour but d'informer le lecteur que ce sont des pièces de dix cents, et que quelques-unes de ces pièces qui ont pénétré au-delà des monts, grâce à la généreuse hospitalité du pays, ont été reçues pour plus que leur valeur, et ont passé pour un huitième au lieu d'un dixième de dollar, j» Depuis que ce paragraphe a été écrit, la population des États-Unis a parfaitement appris à
o81 r'iio.ii:T
connaîtro lo nom aussi bien quo la forrno rnatôricllo du dimo; et, pendant la mômo i)ônodo la ])oj)ulation françaiso a n^'alornent appris la nornonclaturo de son système des poids et mesures. La tâche a été pour celle-ci particulièrement pénible, et elle a exif,'é beaucoup de temps, p)arce qu'elle lui a été imposée sans aucune préparation préliminaire. Cette précipitation constituait une erreur qui no se renouvellera plus à l'avenir. Tout le rapport de M. Adams démontre que ses répugnances personnelles, à ce que l'on tentât d'introduire le système métrique des i)oids et mesures dans les États-Unis, avaient leur source dans la résistance populaire que les habitants de la France avaient opposé à son acceptation, et dans la croyance, à laquelle il semble n'avoir pas pu se soustraire, que ce système ne serait jamais, ou ne deviendrait pas dans un bref délai, prédominant dans )e pays dont il était originaire. L'état de choses qui existait au temps où il écrivait son rapport, n'étaic pas peu propre à servir d'appui à cette croyance. Il le décrit dans les termes suivants : « le résultat de l'effort le plus étonnant et le plus systématique, qui ait jamais été fait par une nation pour introduire l'uniformité dans ses poids et mesures, a été un conflit entre quatre systèmes distincts :
« lo Celui qui existait avant la révolution ;
» 2o Le système temporaire établi par la loi du l^ Août 1793;
55 3» Le système définitif établi par la loi du 10 Décembre 1799 ;
55 40 Le système usuel perrMs par le décret du 22 Février 1812.
5) Ce dernier décret est un compromis entre la théorie philosophique et des habitudes populaires invétérées. Tout en maintenant le principe de la multiplication et de la division décimales, pour le système légal, il les abandonne entièrement pour les poids et mesures qu'il permet à la population d'employer. 55
Ce « système usuel 55 comportait l'emploi d'anciennes dénominations, et aussi d'anciennes divisions, à la fois binaires et duodécimales. Mais il ne rétablissait point les anciennes choses-, car tous les poids et mesures permis dérivaient des unités métriques. M. Adams écrivait en 1821. La perspective du rapide triomphe du système, même en France, ne lui paraissait alors rien moins que probable. Cependant seize ans plus tard le système usuel était aboli ; et depuis ce temps, c'est-à-dire depuis plus de trente ans, on n'a plus entendu parler de la résistance des populations françaises à se servir des poids et mesures métriques, de leur refus d'en apprendre la nomenclature, ou de leur mécontentement à raison du principe décimal. Toutes choses que M. Adams considérait évidemment comme immuablement établies, et qui excitaient si fort ses appréhensions.
Le remarquable rapport de M. Ada?ns résume et présente avec force toutes les objections matérielles qui aientjamais été faites contre le système métrique, et en lui répondant, nous répondons en même temps à tous ses autres adversaires. Il n'est pas inopportun de citer maintenant son opinion personnelle sur les mérites de ce système, et ses espérances, quant à l'avenir qui peut encore lui être réservé,- en dépit de l'aspect d'après lui peu encourageant des choses, au moment où il écrivait. Voici à cet égard ses observations : « le système français embrasse tous les grands et importants principes d'uniformité, qui peuvent être appliqués aux poids et mesures ; mais ce système n'est pas encore complet. 55
d'un code international. 385
Considéré simplement comme une machine propre à économiser du travail, c'est un nouveau pouvoir donné à l'homme, incomparablement plus grand que celui qu'il a acquis par l'application nouvelle de la vapeur. C'est en soi la plus grande invention que l'imagination humnine ait produite, depuis celle de l'imprimerie : mais comme cette dernière, et comme toute autre invention utile et compliquée, elle n'a pu être parfaite du premier jet. Le temps et l'expérience ont déjà indiqué plusieurs améliorations à apporter à son mécanisme : on pourra reconnaître et l'on reconnaîtra inévitablement la nécessité d'en apporter d'autres dans la suite. Mais ce système renferme tous les principes fondamentaux d'uniformité, et, plus son adoption sera universelle, plus il réalisera toute la perfection qu'il est au pouvoir de l'homme d'atteindre. 55 Par les « améliorations w dont il est ici question on entend sans doute les modifications autorisées par la loi de 1812, loi qui créa le système usuel. L'expérience faite depuis a démontré que ces modifications n'étaient pas nécessaires, et que le système métrique, bien que forgé fiévreusement, était, dès sa création, aussi voisin de la perfection, qu'il est possible de l'être à une création quelconque de l'esprit humain. On doit avoir présent à l'esprit cet enseignement de l'expérience, en lisant, dans une autre partie du rapport en question, l'éloge enthousiaste suivant du système des poids et mesures :
« Ce système « dit M. Âdams, « approche de la perfection idéale en ce qui concerne l'uniformité des poids et mesures, et, qu'il soit destiné à triompher ou à échouer, il répandra une gloire inaltérable sur l'âge pendant lequel il a été conçu et sur la nation qui a entrepris et en partie réussi à le mettre à exécution. Dans la marche qui a suivi son établissement, il a eu à lutter souvent contre les lois de la nature physique et morale, contre l'impénétrabilité de la matière, contre les habitudes, les passions, les préjugés et les besoins de l'homme. Il a subi des modifications variées et importantes. Il devra sans doute en subir d'autres, avant qu'il puisse aspirer à être universellement adopté. Mais si l'homme est un être perfectible, si cette paix universelle qui était l'objet de la mission d'un Sauveur, qui est encore l'objet des désirs du philosophe, des aspirations de philantrope, le tremblant espoir du chrétien, est une bénédiction sur laquelle l'avenir de l'homme mortel a le droit de compter, plus que sur une promesse mortelle; si l'esprit du mal doit voir renverser avant la consommation des siècles l'empire qu'il exerce sur la race humaine, et être enchaîné pendant des milliers d'années, ce qui serait le prélude de la félicité éternelle, dans ce cas ce système d'instruments communs, pour effectuer tous échanges qu'impliquent les relations sociales et amicales, entre les peuples, créera les chaînons de la sympathie qui doit se développer entre les habitants des régions les plus éloignées; le mètre entourera le globe, par l'usage qu'on en fera comme par son extension multipliée : et l'on parlera, de l'équateur aux pôles, la même langue, en ce qui concerne les poids et mesures. »
L'époque si nettement prédite à laquelle le monde entier n'aura qu'une langue, et qu'un idiome, en ce qui concerne une matière qui touche, d'aussi près, aux intérêts journaliers et incessants de ses habitants de toute race et de tout pays, est certainement beaucoup plus proche que ne pouvait l'espérer l'éloquent prophète, lorsqu'il écrivait ces mots. L'opinion « qui » dit-il ail-
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leurs « est In reine du monde, „ dont la voix Cavorablo ost nécessaire àl'acf'oiM])lissemont heureux de toute f^^rando nnesure d'intérêt général, a marché avec une rapidité fju'il ne prévoyait certes pas; et l'uniformité rju'il appelait de tous ses vœux, mais qu'il osait à peine espérer, comme le couronnement du millionième, a été réalisée par à peu près la moitié de la population du monde civilisé et chrétien, et jjromet de régner universellement à une époque prochaine.
Il convient qu'en prévision du temps, où le système métrique sera adopté par les peuples qui ne l'ont pas encore accepté, les gouvernements de ces peuples prennent des dispositions préparatoires en vue de ce changement, afin d'éviter les inconvénients et la confusion qu'a amenés sa première introduction en France. A ces fins, et avant tout, les principes du système seront complètement enseignés dans les écoles destinées à l'éducation de la jeunesse. Qu'une seule génération ait été ainsi instruite, et les obstacles, que ce système pourrait rencontrer dans les habitudes intellectuelles invétérées des hommes, seront écartés en pratique. On pourra ensuite introduire progressivement et successivement les dénominations du système dans différentes branches du service public, en commençant par celles qui concernent les relations internationales, par exemple la perception des revenus de la douane, et le service postal et télégraphique étranger, et en l'étendant ensuite à des matières d'administration interne, par exemple aux travaux publics, à l'administration des chantiers de la marine, des postes militaires, et des mines exploitées par les gouvernements, aux constatations du cens et des bureaux de statistiques etc., de telle sorte qu'à la longue, lorsque la population se sera suffisamment familiarisée avec le système, en ayant sous les yeux des exemples de son application, celui-ci puisse être étendu au commerce et aux transactions ordinaires de la vie privée. Il y aura en outre avantage à adopter en pratique l'usage de spécifier toutes quantités ou valeurs, au moins pendant un certain temps, dans les documents publics, sous une double forme, c'est-à-dire en nombres métriques et en mesures ordinaires. Au moyen de cet expédient tout document de ce genre deviendra une espèce de leçon, et la population se familiarisera avec le système presque sans le savoir. C'est là du reste le plan général que la conférence internationale des poids et mesures, réunie à Paris en Juin 1867, a recommandé, par un vote unanime, à l'adoption des gouvernements de toutes les nations qui n'ont pas encore pris des mesures, pour introduire chez elles le système métrique. Il est à espérer qu'aucun ne persistera à négliger de suivre cette recommandation .
Pendant que ces pages étaient sous presse, nous reçûmes un traité développé du système métrique, élaboré par le professeur Leone Levi, de Londres, secrétaire honoraire du comité métrique de l'association anglaise, et publié en Juin 1871, dont nous extrayons quelques renseignements additionnels, en ce qui concerne les" progrès de la réforme métrologique. Le plus important de ces renseignements se raj)porte à l'Inde anglaise. Cet ouvrage constate qu'en vertu d'un acte passé en 1870, avec l'approbation du gouvernement national, le kilogramme a été adopté comme unité de poids dans
l'Inde, ainsi que le mètre comme unité de longueur; et le gouverneur général dans le Conseil est autorisé à imposer l'usage des nouveaux poids et mesures à tous les bureaux gouvernementaux, corps municipaux, ou com. pagnies des chemins de fer : il est également autorisé à décréter, qu'à partir d'une date à fixer, ces poids et mesures serviront de base à tous contrats ou transactions dans quelque genre d'affaires ou commerce que ce soit.
Le Wurtemberg, la Bavière et Baden ont fait de nouveaux progrès dans le sens de l'adoption de ce système, par les lois proposées ou votées en 1868 et en 1869.
Le système métrique àété légalement établi en Roumanie le 1er Mars 1865.
Sur le continent américain, le système métrique a été établi dans la république de l'Equateur depuis 1856, et dans le Pérou depuis 1863. Dans le Venezuela le gouvernement a proposé au congrès l'introduction du nouveau système dès 1856.
Il résulte du rapport de la conférence internationale de 1867 sur les poids, mesures et monnaies, que la Turcj[uie a donné une valeur métrique à son unité de longueur, l'archine turque ayant été égalée à trois quarts de mètre.
Nous extrayons de l'ouvrage du professeur Lévi, et d'autres sources, les chiffres suivants représentant les populations qui ont adopté le système métrique d'une manière absolue, et celles qui ont adopté des valeurs métriques comme unités.