SYNTAXE
XX. — La syntaxe de cette langue est tellement simple qu'on peut la réduire à remarquer qu'on doit suivre partout les règles indiquées par la nature, sans admettre aucune exception ni anomalie. Aussi les principes de la grammaire générale seront- ils nos guides y indépendamment de la syntaxe de toute langue particulière. Si nous employons le langage et les exemples de la langue latine , c'est pour nous faire mieux comprendre; mais nous ne la prenons pas comme modèle, et nous nous en séparons dans tout ce qu'elle a de peu conforme à l'exactitude philosophique (1 ).
Nous parlerons donc des accords, du régime et de l'ordre des mots dans cette langue.
XXL — Accords. Les accords peuvent se réduire à quatre espèces. Le premier accord est celui des substantifs qu'on appelle d'apposition : ils s*ac-
(1) Cependant nous suivons ordinairement les tournures de la langue latine, parce qu'elles sont généralement connues des personnes instruites dans les pays les plus civilisés, et parce que plusieurs idiomes européens s'y conforment très-souvent. Ces circonstances contribueront à rendre plus facile rasage de la langue du projet.
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cordent seulement en cas et non pas en nombres , avec les substantifs auxquels ils se rapportent (1).
Le second est celui des adjectifs : ils s'accordent avec leurs substantifs ou mots stibstantivés , en nombres et en cas (2).
Le troisième est celui du relatif : il s'accorde avec son antécédent en nombres, mais non en cas. C'est ce qui arrive aussi dans le qui latin.
Le quatrième est celui des verbes : ils s'accordent avec le sujet en nombres et eti personnes. Nous devons remarquer que dans la langue du projet Taccord n'a lieu dans le pluriel que lorsqu'il se rapporte à un pluriel ou à plusieurs singuliers.
On doit donc faire disparaître toutes les autres règles ou plutôt les anomalies que l'usage autorise dans d'autres langues pour les noms collectifs et autres cas exceptionnels.
XXIL — Régime. Pour fixer le régime des diffé-
(1) Exemples pris du latin ». Urhs Roma , S^opo auctorij Tulliœ delieiis nostris, urhis Athenarum; te declaro, fado, inscribo consulem; tenehras appeïlavit noctem , etc.
(2) Nous ne parlons pas de Taccord des adjectifs en genre, parce qu'il ne doit pas y en avoir, et c'est ce qui arrive en anglais et qui a lieu pour les verbes en latin et dans la plupart des langues. Quant aux adjectifs, le français et plusieurs autres idiomes en bfTrent beaucoup dans lesquels le maseulin et le féminin ne diffèrent point entre eux. Le latin mérite en a quelques-uns qui sont indéclinables et un très-grand nombre dont les termltialsons masculines et féitiinines sont les mémies.
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rentes parties da discours, nous parcourons les divers cas où il peut avoir lieu.
Le premier et le principal est celui des verbes actirs transitifs. Uobjet qui supporte Taction du verbe s'appelle régime direct , et on le met à l'accusatif. Lorsqu*on emploie la votx passive, ce régime direct devient le sujet du verbe, et on le met au nominatif. Dans ce dernier cas, celui qui était le sujet et nominatif de la voix active , s'emploie avec la préposition fi (par, français). Exemple : faime Dieu , Dieu est aimé par moi : Saba uceraRbe le Nabe^ la Nabe uceraRuben fi Saba.
Cette règle n'offre aucune difficulté dans les cas ordinaires , mais on peut se trouver embarrassé lorsque les verbes, ayant la même signification, ont un régime direct dans certaines langues et un régime différent dans d'autres. Dans ces cas, la simplicité de la langue universelle demande qu'on préfère le régime direct. Par la même raison, il est convenable de donner ce même régime aux verbes dont la signification admet remploi de la voix active, bien qu'on ne l'admette pas dans les langues plus connues parmi nous. Tels sont les verbes que nous citons au bas de la page (1) et mille autres.
(4) Exemples des verbes latins dont le régime n'estpas direct et qui traduits dans la langue universelle pourraient l'admettre : Studeo, veseor, blandior, utor, opitulor, subveniOf fruor^ officio, resisto, pareo, prxsto^ egeOf indigeo, invideo. Il se présente ici une question qu'on doit examiner,
Le second régime , nous l'appelons indirect. C'est celui qu'on met ordinairement au datif en latin. On le met aussi au datif dans la langue du projet et on remploie avec les verbes, les adjectifs et quelquefois avec les substantifs, si la phrase Texige par sa signification (1). Cela a lieu quand même la langue latine ou toute autre aurait un autre régime, comme il arrive dans les exemples suivants : inierest nosira; interest tua unius; vestra refertj etc., etc.
Le troisième est le régime des substantifs qui régissent d'autres substantifs au génitif. On appelle ce génitif de possession , parce que l'objet signifié par le substantif régissant est propre et appartient à la chose signifiée par le substantif régi. Exemples : Providentia
Bayoir : si Ton doit donner le régime du verbe anx adjectifs et aux substantifs verbaux. Le latin donne ce régime aux participes présent et futur [amans, amaturus Deum). l\ le donne aussi au gérondif actif {amandi, ad amandum^ obligatio amandi Deum); au supin, qui est un substantif (eo emptum servos) ; et anx verbaux en unduf (populdbundus agros). Mais il ne le donne pas aux autres verbaux. Le français le conserve au participe présent et au gérondif (en aimant Dieu , les hommes aimant Dieu). L'espagnol ne le c^inserve qu'au gérondif (amando à Bios, leyendo îibros).
D'après notre opinion , on pourra, dans la langue du projet, employer à volonté le régime direct du latin (amans Deum)^ on Ig génitif objectif des Espagnols {amanie de Dios), et mieux encore, la préposition ^{t, équivalant à ergay conformément à ce que nous dirons sur le régime des génitifs objectifs. De cette manière, la langue aura l'avantage d'une plus grande variété et d'une plus grande richesse.
(I) Remarquez que ce régime peut se trouver dans presque toutes les phrases, indépendamment et abstraction faite de tout autre. Exemples : Tihi soU dêsidero^ eupio, mêtuo, lahoro, non omnibus dormio ; il est tard» il est de bonne heure pour moi; c'est un avantage pour la société.
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Deif liber Peirt, etc.; la Providence de Dieu, le livre de Pierre.
Noie. L'ei^actitude caractéristiqae de la langue du projet exige qu'on fasse une remarque importante. On comprend ordinairement, sous le nom de génitifs de possession, plusieurs autres qui ne le sont pas, bien qu'ils soient des génitifs régis par des substantifs. C'est ce qui arrive dans les exemples suivants : Timor Dei^ timor mortisj odium vitii^ vel viriutU^ Uedium lor boris , remedium morbi , et mille autres. Il est important de faire cette remarque, parce qu'il y a des phrases où le sens est équivoque, telles que : Timor régis j odium hominis. En effet, cette crainte, cette haine peuvent être celles qui se trouvent dans le roi et dans l'homme ou celles qu'ils inspirent. Voilà pourquoi, l'exclusion de toute ambiguïté étant le caractère de cette langue, on doit remplacer ces génitifs par les prépositions convenables (1).
Le quatrième régime est celui des prépositions. Elles régissent ordinairement un substantif. Elles peuvent régir aussi un adjectif, un verbe ou toute autre partie du discours, mais seulement lorsqu'ils sont
(4 ) Oo remarque cette différence dans le latin entre le j^nom personnel au génitif et le pronom possessif, qu'on fait accorder avec le substantif: amor meus, c'est l'amour que j'ai ; otnor mei, c'est l'amour qu'on a pour moi {anu>r erga me}» Timor tu%Ls est la crainte que tu asi tivaor tut est la crainte qu'on a de toi. Le vrai génitif de possession peut s'appeler «ub* jectif et l'autre objectif. Celui-ci admet toujours un autre régime : Timwr Dei ou ergaDeum; odium, remedium peccati ou advenus peccatum.
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mbstaniivés. Dans le latin et dans d'autres langues où Ton décline les noms, le substantif régi prend les cas qui lui conviennent d'après le sens de la préposition : Per Deum^ contra hominem^ in monte, etc. Dans notre langue on n'emploiera pas la déclinaison , parce qu'elle est inutile.
Le cinquième régime est celui de tous les verbes, adjectifs, etc., qui ne sont pas compris dans les cas précédents. Ce point offre de très-grandes difficultés dans presque toutes les langues , à cause des nombreuses variations , anomalies et exceptions (1) que l'usage a introduites. Cet usage est le suprême législateur dans les langues; mais il n'est pas toujours guidé par la raison. En effet, deux verbes dont la signification est tout à fait analogue ont souvent un régime très*différent, tandis que d'autres n'ayant entre eux aucune analogie ont un régime tout à fait semblable. Pour éviter ces inconvénients, ainsi que les embarras et les doutes qui en résultent , nous croyons très-important d'établir une règle générale et très-
{\ ) Voici quelques exemples de ces anomalies : Sum in Gallia, in urhe, Lugduni, Romœ, domiy humi, militiXt helli, apud pairem, ad forum, Eo Lutetiam, — in Galliam^ — ad patrem. = Redeo LugdunOy ex Gallia, a venatione. — Diitat très leucas, tribus leucis. Ces locutions, quoique fondées sur TellipSe ou sur d'autres motifs, n'en sont pas moins des anomalies qu'on doit exclure de la langue du projet.
Il y a eependant un point qui mérite d'être examiné, à cause de la différence qu'on trouve à cette occasion entre la langue latine et plusieurs antres. En latin, le terbe régi par un autre est placé ordinairement à l'infinitif, quand même le premier aurait un sujet différent de celui du
simple, c'est la suivante : dans tous les <^as qui ne sont pas compris dans les cinq règles précédentes, on formera le régime des verbes avec la préposition na (1); celui des adjectifs, avec la préposition ne (2); celui de toute espèce de comparaison, avec ni (3), et les ablatifs absolus avec no. On réserve la préposition nu pour les cas non prévus.
Le sixième régime est celui des verbes qui régissent d'autres verbes à divers modes et à divers temps. Ce point présente dans presque toutes les langues autant et même plus de difficultés que le précédent , puisque les anomalies et les exceptions sont aussi nombreuses et plus embarrassantes que celles que nous avons in-
second. C'est une anomalie qne de mettre le sujet du verbe à Taccnsatif ^ en disant: Credo Deum esse omnipotentem , volo te esse heatum, bien qu'on paisse dire : Credo quod Deus est omnipotens , volo quod sis beatus. Les langues modernes n'admettent pas ordinairement la première tournure, et par là elles évitent l'anomalie dont nous avons parlé ; ainsi elles n'admettent l'inûnitif que dans le cas où le sujet des deux verbes est le même : Je crois que Dieu est tout-puissant; je veux que tu sois heureox; je veux écrire; je désire voyager.
Cette dernière manière nous parait la Feule philosophique et la moins exposée à des ambiguïtés, et, par conséquent, Tunique qu'on doive adopter.
(1) On peut appliquer cette règle à tous les cas du latin : Misereor illius^—Vaco rei,— distat très îeucas,—abundQdivitiiSt-^careopecunia, — floret virtute, — constat tribits assihus,^Lœtory dignor, egeo, m'tor, fungor, fruor, potior, régissent mieux l'accusatif d'après ce qu'on dit an cinquième régime.
(2) On applique cette règle aux adjectifs : atnduf ktiidis, dignus honore,
[II] On applique cette règle à ces locutions : Major fiUo, minorpreMb^tefo, etc.
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diquées en parlant du cinquième régime. Toutes ces anomalies doivent être bannies de la langue universelle ; on doit établir comme règle générale, que le sens de la phrase détermina les temps et les modes qui lui conviennent (1).