PRONONCIATION, PROSODIE, ORTHOGRAPHE ET LICENCES
XXIV. — Prononciation. Nous établissons une règle unique. — Toutes les lettres, sans exception, 3e prononcent toujours de la même manière. Nous proposons de donner à chacune le son qu'elle a dans la prononciation française, quand elle est prise isolément, excepté à Vu qui sera prononcé ou (1).
XXV. — Prosodie. Nous proposons le système suivant : tous les polysyllabes qui, par eux-mêmes, finissent par une voyelle (ce sont tous les substantifs) auront Taccent de la prononciation sur la pénultième syllabe , c'est-à-dire qu'on appuiera la voix sur cette syllabe. Tous les autres polysyllabes finissent par euxmêmes par une consonne, et ils auront cet accent sur la dernière syllabe. Mais les uns et les autres conserveront l'accent sur la même syllabe respectivement, quand même on y ajouterait d'autres lettres ou d'autres [iyllîîbes par la déclinaison ou par la conjugaiâoti,
(!} On nou» a (mipos** uno MijiTtion fondt\i sur la diirérenc^ qui se triiuv»^ il«n» les Amu «[irtm donne au\ ménit'e IcttrcB clifa les diverse» rmlïtm*. Olte ûbjeolion tiu^rlto quelques explication b. Koub en parlerona
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Ou pourrait établir un autre système encore pins sipiple, savoir que Faccent de la prononciation se trouverait toujours sur la pénultième syllabe de tous les mots ) sauf la licence dont on parle au n** 88. Nous préférons le premier système, qui parait plus favorable à rharmonie ; mais les savants pourront trouver le second système plus convenable.
XXVI. — Figures des lettres. Cette langue étant tout à fait nouvelle, nous proposons aussi pour l'alphabet, de nouveaux caractères qui, par la brièveté, la simplicité et la facilité de leur forme , se distingueront de tous les autres. Tout Palphabet est compris dans ces vingt signes très-simples (1) :
i*» SÉRIE. A, E, I, 0, U. — r- "- -J -,
Mais comme le changement subit des caractères des lettres, bien que très-utile en lui-môme, pourrait avoir des inconvénients et des difficultés graves, et
(4) Nous ne parlerons pas ici de TH ni de TE muet , parce qu'on ne les considère pas comme des lettres de l'alphabet ordinaire. On ne les emploie que pour faciliter la prononciation à la volonté du lecteur. Quant à récriture, on ne doit 1^ employer que dans la poésie pour fixer le nombre des syllabes. Cependant il est utile d'admettre un signe pour les représenter, lorsqu'on le croira convenable* Ce signe pourrait être un petit accentaigu pour TH et grave pour Ve muet, ou toot autre faeile à exéenter.
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comme, d'ailleurs, iootes les lettres que nous proposons sont connaes dans les pays les plos civilisés, { nous croyons convenable de conserver, poor le mo- | ment, les caractères actuels; cependant il serait bon d'adopter, dès à présent, les nouveaux caractères, eu égard à leur simplicité et à leur facilité, pour les peuples dont Falphabet diffère essentiell^nent du ' nôtre. La facilité de ces caractères et les avantages I de communiquer avec ces peuples seront des motifs suffisants de généraliser promptement cette écriture.
Noia. Pour les manuscrits, il conviendrait de faire <
quelques petits changements dans la figure des lettres pour faciliter la liaison entre celles qui composent les '
mêmes mots : cela pourrait rendre récriture plus facile et plus prompte.
Figures de certaines lettres. Il est très-important de connaître au premier coup d'œil la qualité de chaque mot, savoir : s'il est substantif, adjectif on verbe, et s'il est dérivé, composé, etc. Cest surtout important pour ceux qui commencent à apprendre une langue. Cela est très-facile dans celle du Projet , lorsque le mot se trouve sans aucune addition , comme il arrive très-souvent. Il n'y a non plus aucune difficulté lorsqu'on n'ajoute que les signes de la déclinaison et du pluriel. Mais les commençants pourront se trouver un peu embarassés : 4* dans les verbes lorsque leur R caractéristique est suivi des lettres qui forment leur conjugaison; 2* dans tous les dérivés, puisque les mots primitifs sont toujours suivis des lettres L , N
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OU R, et d'une syllabe ; S"" dans les mots composés , puisqu'on trouve la lettre S placée entre les deux mots qui les forment. Nous croyons donc très-convenable que ces quatre lettres portent un signe caracté* ristique dans les mots énoncés, au moins si les écrits sont destinés pour les commençants. On pourrait reconnaitre ce signe en employant ces quatre lettres en majuscules, comme nous avons fait pour la pièce imprimée dans cette langue. On pourrait aussi modifier ces lettres en y ajoutant un petit signe.
XXYII. — Ponctuation augmentée. Nous acceptons et nous suivons comme assez rationnelle la ponctuation communément reçue des virgules, points et virgules, deux points, et point final, ainsi que les règles établies pour leur application. Nous croyons cependant qu'on pourrait l'améliorer beaucoup et avec de grands avantages pour la clarté et par conséquent pour la solidité du raisonnement. On sait bien que ce sont les choses les plus importantes de toute langue, mais plus particulièrement d'une langue universelle. Un système parfait de ponctuation serait un des ouvrages les plus utiles pour le progrès de toutes les sciences; mais sa formation exige une intelligence profonde et parfaite de tous les détails et de toutes les délicatesses du raisonnement, et nous sommes très-loin de l'avoir. D'ailleurs, pour faire adopter ce système, on trouverait des difficultés trèsgrandes. Ainsi quand même nous connaîtrions un
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système aussi avantageux, nous craindrions de mettre par là un grand obstacle à Tadoption de la langne du Projet. Nous le i-éserverions donc pour un temps plus éloigné où ces difficultés auraient été surmontées. Cependant nous nous hasardons à proposer un changement qui éviterait une grande partie de ces difficultés 9 et qui donnerait plus de clarté à la phrase et par conséquent plus de solidité au raisonnement. Ce changement consiste à déterminer les cas on Ton emploie un signe, par exemple la virgule ou le point et virgule , parce que la nature de la période et du sens Texige , et à les distinguer des cas où on remploie par des motifs indépendants du sens de la phrase. Ainsi met-on quelquefois une virgule non nécessaire pour le sens , mais convenable pour marquer un repos, et faciliter la respiration. D'autres fois on la met pour séparer des mots ou des phrases qui, sans ce signe, pourraient se rapporter les uns aux autres , ou bien pour établir une gradation plus marquéedans la période, etc., etc. Cette distinction établie , on pourrait employer pour les premiers cas tes signes que réclame le sens d'après Tusage actuel, et pour les seconds les mêmes signes placés dans la partie supérieure de la ligne, ou renversés. Nous nous contentons de faire cette indication sur un point accidentel pour la langue du Projet. Si elle mérite l'examen des savants, nous nous plairons a l'éclaircir et à la développer.
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XXVIII. — Licences qu'on peut permettre dans la langue du Projet {]). Elles ont lieu généralement dans la poésie et dans les discours oratoires; elles peuvent contribuer d'une manière très-efficace, non-seulement à éviter toute espèce de dureté soit dans les mots, soit dans les phrases, mais aussi à donner beaucoup de variété, de facilité, d'élégance et d'harmonie dans tous les discours. — Pour donner plus d'ordre et de clarté à cette matière , nous réduirons ces licences à trois classes principales, savoir : suppressions, additions et substitutions , qu'on subdivisera ensuite.
La condition essentielle et fondamentale de ces licences, et sans laquelle elles ne doivent jamais être admises, c'est de ne pas donner occasion de confondre un mot avec un autre. Cela est nécessaire pour éviter nn sens double et équivoque, ce qui est contraire à la base principale et la plus importante de cette langue.
(4) Ce point est d'ane très-grande importance. D'un côté, ces licences parussent très-convenables et presque nécessaires pour donner de la latitude et de la variété au style; mais d'un autre côté, elles occasionnent souvent des inconvénients et des abus très-graves, spécialement en rendant le sens obscur et équivoque. Nous avons donc fait de sérieuses réflexions sur ce point, et nous avons consulté des personnes savantes; aidé de leurs lumières, nous croyons avoir trouvé le moyen d'obtenir les avantages de ces licences et d'en éviter les dangers et les abus. Ce moyen consiste à en admettre un grand nombre , mais en les soumettant k des principes clairs et positifs. En outre , nous recommandons la sobriété et la réserve dans l'emploi de ces licences. On ne doit s'en servir que par des motifs raisonnables, et il est mieux de les économiser que de les prodiguer.
Suppression de lettres ou de syllabes. On peut admettre les cas suivants : en supprimant 1"" les monosyllabes la et /cw, comme signe du nominatif, c'està-dire, du sujet du verbe de la phrase ; 2° le et les comme signe d'accusatif, c'est-à-dire, du régime direct des verbes ; 3* les voyelles a, î, e, placées immédiatement après rinfinitif des verbes pour indiquer leurs qualités actives, neutres et impersonnelles ; i"" les monosyllabes qui commencent par une consonne et finissent par un r ou un 5, et qui sont employés pour indiquer le sens technique ou métaphorique des mots qui les suivent; B^'les monosyllabes diphthongues ou triphthongues dont nous parlons au n"" 4 4, employées pour indiquer que le mot suivant est un nom propre ou technique de certains pays; 6' les Irois lettres sab qui sont les lettres initiales des pronoms personnels; 7* les signes de l'accord en nombres et en cas des adjectifs avec leurs substantifs (1 ).
(1) L'accord des adjectifs avec leurs substantifs est une question controversée chez les grammairiens. Nous n'osons pas la résoudre en théorie, en nous contentant de manifester notre opinion relativement à la langue du Projet. Nous commencerons en faisant quelques observations sur Fusage des langues les plus connues parmi nous. Les Latins et les Grecs admettent cet accord en genre, en nombre et en cas ; mais cet accord offre un sens équivoque, lorsque les cas et les genres ont la même terminaison. Cela arrive très-souvent, et nous allons présenter des exemples que nous prenons dans la langue latine, parce qu'elle est généralement connue. Ainsi les adjectifs nom, noto, parco, parcis (remarquez encore que ces mots peuvent être des verbes), parca, parcXy brevia, prudentia (qui peuvent être des substantifs }, malOt malts (qui peuvent être des substantifs ou des verbes), et presque toutes les terminaisons des adjectifs peu-
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Additions de lettres ou de syllabes. 1 "" La lettre h peut être interposée entre deux ou plusieurs voyelles pour éviter la dureté de la prononciation. Cet A peut être plus ou moins aspiré à volonté, mais il ne doit altérer ni le sens des mots ni le caractère grammatical de la syllabe y c'est-à-dire qu'on devra considérer cette lettre comme exclusivement destinée à rendre la pro*nonciation plus agréable. S*" On peut interposer Ve muet, plus ou moins sensible à volonté, entre deux consonnes, pour en adoucir la prononciation (1). 3* Dans
vent conyenir à des genres, à des Bombres et à des cas très-différents , et par conséquent, receyoir des accords équivoques. Gela anive à plus forte raison dans les adjectifs qui sont tout à fait indéclinables, tels que frugi, negiMim, ah'guot, etc. Dans les langues qui n'ont pas de déclinaison, telles que le français, l'espagnol et l'italien, on admet ordinairement l'accord du nombre et du genre ; mais il arrive souvent que les terminaisons masculine et féminine sont confondues. Cela étant, nous avons proposé au n» 21 , d'exclure, dans la langue du Projet, l'accord des adjectifs en genre, parce que l'adjectif ne doit pas en avoir; mais en conservant l'accord en nombre et en cas.
La règle que nous avons proposée nous parait bien simple et la plus rationnelle. Cependant de Tracy et d'autres écrivains célèbres soutiennent que les adjectifs doivent être tout à fait indéclinables. D'ailleurs nous voudrions favoriser la variété autant que possible , et nous proposons qu'on laisse la liberté de supprimer toute espèce d'accord dans les adjeclifSy en les employant comme s'ils manquaient de cas et même de nombre. C'est toujours à condition que cette suppression ne produira ni obscurité ni doute dans le sens. En effet , dans quelques pages que nous avons publiées en cette langue, nous avons reconnu que cette liberté est souvent favorable à l'harmonie sans nuire à la clarté.
(1) Ces deux licences sont conformes à la nature des sons. En effet, tout son voyelle , dans la prononciation , est précédé d'une consonne ou an moins d'une aspiration, et tout son consonne est suivi d'un son voyelle $ bien que ce son, ainsi que l'aspiration, soit presque imperceptible
les verbes, après les syllabes qai constituent leur 6onjagaison , on peut ajouter une Byltabe qui commence par B, d'après les explications données au n"" 44. 4"" On peut ajouter aux verbes et aux noms verbaux d'autres syllabes pour indiquer des nuances dans leur signification , comme ou l'explique au mémo n"" 44. Substitutions. 4* On peut mettre l'infinitif des verbes à la place du mode et du temps où se trouve le veii>e qui précède immédiatement. Cette substit«itto4a , nous l'avons employée avec succès dans une pièce imprimée dans la langue du Projet (1). 2' L'accent de la prononciation peut être transféré de la syllabe qui devrait l'avoir, d'après les règles générales, sur une autre syllabe quelconque du même mot. On rend par là très -facile l'emploi des assonances dans les cas où elles sont convenables, et on les évite avec la même facilité dans les cas où elles blessent l'oreille.
à l'oreille et qu'on ne le représente dans récriture par aucune lettre ni par d'autres signes. Hemarquez qu'on peut, à volonté, rendre plus ou moins sensibles Yh et Ve muet. Par là, ces lettres sont d'une ressource admirable , prodigieuse, pour les musiciens, les poètes et les orateurs, et même pour les lecteurs habiles k les mettre à profit, et qui sont doués d'une oreille délicate et d'une voix flexible.
(1) En admettant l'addition de toutes les syllabes qui commencent par B, d'après les explications données au n** 44, la substitution dont nous parlons n'est pas nécessaire. Nous la conservons cependant, *f arce qu'elle est simple et naturelle , et surtout parce qu'elle a l'avantage de rendre les mots plus courts, tandis que Taddition de la syllabe les rend plus longs.
DEUXIÎafE SECTION.
9lidMiBÉt4à ist âvMtJMm de csrra hàsimoR.
Oès le débsA de ila iAdàe que fiô«is tavcHis à remplbr dase oette seoonde «eotion, une pensée pénible fi^empare de notre esprit. Déjà TannoïK^e d'une entreprise aussi colossale que celle d'une langue univer» selle, effraye Timagination et soulève des préventions noint»*eases. On iie conçoit pas sa témérité , son audace de se montrer snbilement terminée dans sa partk grammaticale, et presque entièrement formée dans les détails de son Dictionnaire. Sons Tempire d'une avenue déiance^ ou dans l'impuissance de s'occuper de choses sérieuses et d'un ordre élevé, bien des per* 4S0imes à qui la paresse interdit loirte laborieuse in* vestigation, s'empresseront de la rejeter sansexamai« Mais la triste prévision de ce mal est compensée par le juste espoir d'une conduite plus rationnelle de la part d'hommes sages, qui imiteront les savants distingués dont l'assentiment complet est acquis à notre projet , et qui se sont bien gardés de le condamner sans connaissance de cause. Montrons donc les pro*
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priétés et les avantages de la langue dont il s'agit. Abordons franchement la qoestion, présentons-la sous toutes ses faces, parce qu'elle est de lapins haute im* portance. C'est le champ de bataille sur lequel doit se décider le sort réservé à la langue du projet.
Cette langue possède des propriétés caractéristiques qui ressortent des bases de sa constitution , qui n'appartiennent qu'à elle, qu'elle ne partage avec aucune autre, et qui la rendent préférable à tous les idiomes connus.
Elle possède aussi toutes les qualités que peuvent avoir, jusqu'à une certaine limite, les autres langues; mais elle en jouit dans un degré qui la place infiniment au-dessus d'elles.
Nous allons traiter des unes et des autres.
Nous consacrerons un chapitre spécial au développement de ses propriétés caractéristiques, et nous traiterons dans des chapitres distincts, des nombreuses qualités et des avantages immenses que possède celte langue. Enfin nous parlerons des améliorations qui ne manqueront pas de lui advenir par le concours des savants, des hommes spéciaux qui daigneront certainement s'occuper de son progrès.
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