‹ Projet d'une langue universelleChapitre 16 sur 34 · XXXIV. — Richesse extraordinaire de cette langue · texte numérisé non relu

XXXIV. — Richesse extraordinaire de cette langue

prépositions, des conjonctions et antres modifications, sera très-court (voyez les n"* 10, 11 et 15). Celui qu'il faudra pour apprendre la signification des substantifs et des verbes principaux (que nous appellerons radicaux et qu'on peut placer dans le tableau indiqué) sera de quelques jours. Enfin la connaissance des autres mots , ceux-ci étant subordonnés à leurs radicaux , ne demande que peu de travail et peu de temps.

Pour obtenir ce résultat on doit avoir sous les yeux le tableau synoptique que nous publierons dans une seule feuille. Ce résultat nous paraît tout à fait assuré, si Ton emploie pour les commençants un livre écrit dans cette langue avec une traduction interlinéaire ; spécialement si ce livre est rédigé d'après le système de la traduction de V espagnol sans maître t par M. Soios OchandOy système qui fut très-recommandé par la Société des méthodes d'enseignement de Paris, pour l'étude de toutes les langues. Nous avons préparé cet ouvrage, mais avant de le publier, il faut que le Dictionnaire soit composé et adopté définitivement.

Pour parler cette langue avec rapidité , il faut l'habitude de penser en cette langue , toutefois il faudra beaucoup moins de temps qu'il n'en faut pour apprendre à penser dans tout autre idiome.

LÀNGUè CNITERSELLS. il

Les observations sdivâiltes suffiront pour prouver que sa richesse est d'une supériorité incontestable.

V Là langue universelle aura des mots différents pour désigner tous les objets, toutes leurs qualités, leurs actions , leurs circonstances , et tout ce qu'on exprime dans les autres langues. Pour arriver à ce résultat, on consultera les dictionnaires des peu|)les civilisés i on adoptera des mots qui répondront à tous les mots employés par ces peuples.

2^ Cette langue se distingue plus particulièrement encore des autres par la variété , et même par là profusion et le luxe avec Ifequel elle multiplie les rnodificatifs de toute espèce. On a vu, au ii'' 1 5, que chaque nom peut recevoir huit degrés de comparaison soit en plus y soit en moins ; huit autres de supériorité et d'infériorité ; huit autres degrés soit augmentatifs , soit diminutifs, et dix variations pour la négation et la gradation (1).

y On a dans cette langue des moyens très-simples pour distinguer les sens interrogatif , dubitatif, ironique, admiratif, optatif, ainsi qùë ceux de la sur-

(1) Ici Ton doit remarquer deux choses : 1° Dans le cas où il serait nécessaire ou utile de donner plus d'étendue à ces modifications, nous n'aurions plus à nous occuper de la manière de le faire; il suffirait d'employer les diphthongues, comme nous le disons aux numéros 10 et 11, k propos des prépositions et des conjonctions. T* Si Ton employait les triphtbongues, ces modifications deviendraient encore beaucoup plus nombreuses. Une si incroyable surabondance de modificatifs s*e concilie trèsbien avec la clarté et la simplicité qui caractérisent cette langue.

68 LANGUE UNITERSEUE.

prise , de Tindignation , du mépris, etc. Il suffit pour cela d'ajouter une syllabe aux verbes d'après les règles dont nous parlons au n"" ii. En choisissant cette syllabe avec ordre et discernement y toutes ces nuances dans le sens de la phrase ne produiraient jamais aucune confusion ni aucun embarras.

i*" Cette langue admet tous les noms propres, quelle que soit leur classe : elle donne des moyens pour les distinguer des noms communs ou appellatifs, et pour déterminer la classe à laquelle ils appartiennent ; ce qui n'a lieu dans aucun autre idiome. Voyez cette remarque expliquée au n* 1 4 , et plus développée au n" 39.

5* Elle comprend aussi toute sorte de mots techniques, et donne une grande facilité pour les distinguer et pour connaître leur signification, comme nous l'avons dit au n* 1 6, et comme nous l'expliquerons au n** 39. On en dit autant relativement à la signification des mots pris dans un sens métaphorique.

6"" Dans cette langue il y a une latitude immense pour toute sorte de mots composés : en quoi elle n'est inférieure à aucune autre, et elle les surpasse toutes par la manière fixe et sans équivoque de déterminer leur sens. Voyez la note du n"^ 31 , où cette matière est traitée avec beaucoup plus d'étendue.

T Cette latitude est encore plus grande dans la formation d'un nombre immense de dérivés des verbes, des adjectifs et surtout des substantifs (I). On

(1) Il n'est pas facile de fixer le nombre des dériy4s de chacune de ces

doit remarquer qu'ordinairement l'adjectif et le verbe dérivent du substantif, de sorte qu'il n'y a qu'une seule racine pour ces sortes de mots. Cette circonstance est extrêmement favorable à la simplicité du dictionnaire et à l'étude de la langue.

8' Remarquons une cause vraiment admirable, ou plutôt une source intarissable de richesse pour cette langue; c'est le nombre infini de mots réservés pour les cas imprévus, et dont la signification est préparée et déterminée d'avance, comme on le voit dans l'exemple des diphthongues et triphthongues appliquées aux prépositions et aux conjonctions (Voyez n**' 1 et 1 1); exemple qui peut s'appliquer à toute autre matière (1 ). On peut comparer cette langue à un entrepôt général, qui non-seulement renfermerait tous les instruments nécessaires pour les besoins présents, mais encore pour les besoins futurs que font naître toujours de nouvelles découvertes (2). En effet, les objets ou les

racines. Â la fin du dictionnaire se trouvent ^ pour chaque substantif , plus de cinquante dérivés, bien que tous ne soient pas applicables à tous les substantifs. Si Ton veut en augmenter le nombre, la porte est ouverte pour toutes les nouvelles dérivations qu'on croira convenable d'établir. On pourra dire la même chose de tous les dérivés des adjectifs et des verbes.

(4) Pour preuve de cette assertion, nous nous en référons à l'exemple tiré de la chimie et qui se trouve dans le deuxième appendice.

(2) On pourra croire que c'est une qualité commune à toutes les langues; mais il n'en est pas ahisi. Sans doute, on peut inventer dans chacune d'elles un mot nouveau pour chaque objet nouveau; mais ce sera un mot au moins à moitié arbitraire, et ceux qui Fentendront ou le liront pour la première fois , ne pounont pas se former une idée positive de cet

70 LU'^fvCB onnnsiixi.

idées noavelles qui peuvent sorveoir, doivent avoir une place logique parmi les autres objets. Par conséquent les mots qui les exprimeront dans cette langue, doivent avoir leur place fixe dans Tordre alphabétique y ou , ce qui revient au même , ces piots seront déjà fixés d*avance. Ain$i ceux qui les entendront ou les liront pour la première fois, comprendront presque entièrement Jeur signification.

Avant de terminer cette matière, nous remarquerons deux circonstances particulières, et qui , à première vue , paraissent incompatibles avec une telle richesse. La première , c'est que le Dictionnaire de la langue universelle sera plus court et la mémoire moins surchargée que dans les autres langues. En effet, les règles de composition , d'invention des mots ou de leprs dérivés sont si constantes et si uniformes, qu'en

objet, n n'en est pas ainsi de la langue universelle ; car le mot destiné à signifier nn objet étant, pour ainsi dire, nne définition complète de cet objet, en donnera une idée suffisante.

On craindra peut-être qu'il ne soit difficile de former un nombre aussi extraordinaire de mots avec les seules vingt lettres que nous donnons dans Falpbabet, surtout n'admettant pas de mots trop longs ni des combinaisons de lettres dures à Toreille.

Pour dissiper cette crainte, nous avons calculé le nombre de mots qui pourraient se former avec les 20 lettres, en excluant les combinaisons dures pour la prononciation, et nous avons trouvé par approximation le résultat suivant :

Avec des mots composés de

5 lettres, on formera 7 millions de ces mots.

6 lettres, ^ millions.

7 lettre, 30 milliards.

I lettres, 2,00Q miUiards.

LANGUE UNIYBRSELLI. 71

connaissant celles d'un seul mot, on connaît celles des autres sans le secours d'un dictionnaire. La seconde, c'est que cette richesse ne causera ni les complications, ni les doutes, ni les embarras, ni la confusion qui résultent ordinairement de la richesse, dans les autres langues. Voyez les n°* 23, 30 et 31 .

XXXV. — Cette langue est essentiellement analytique. En effet, chacun de ses mots est une définition analytique de l'objet signifié ; car chacune des lettres qui composent les mots , désigne la classe spéciale à laquelle il appartient, depuis les classes supérieures jusqu'à la dernière nuance (1 ).

Il résulte de là que dans cette langue, apprendre des mots n'est pas seulement apprendre des noms pour désigner des choses, mais encore se former une

(1) C'est ce que nous avons va par les exemples cités dans la note du n° 32, où Von remarque que la première lettre de chaque mot indique que Fobjet signifié appartient à une classe ou à un genre qui lui est supérieur ; la seconde lettre, qu'il appartient à un autre genre inférieur ; la troisième , le place dans une classe encore plus restreinte, Jusqu'à ce qu'il arrive à la dernière nuance. Quelquefois , une seulQ lettre suffit pour déterminer deux, trois et même quatre genres distincts. Ainsi, dans le mot Eruba, VR détermine trois circonstances ou trois classes : la première, c'est qu'il n'appartient pas à la vie végétale, qui ne va que jusqu'aux initiales EL, mais bien à la vie animale qui commence aux initiales £M ; 2* que ce n*est pas un membre comme £NA (tête) , ni une action copme Epelar (respirer), mais un individu ; 3» que cet individu est un animal vertébré et non sans vertèbres, parce qu'alors le mot commencerait par ES. Le B détermine aussi deux qualités ou genres, celle de ruminant et celle de n'avoir pas 4e cornes.

idée exacte et analysée de tout ce qu'ils expriment. Celui qui a appris les mots amade^ amafe et d'autres indiqués dans la note du n^ 3S, non-seulement sait ce qu'ils signifient, mais encore il connaît les qualités principales de la chose signifiée. Par exemple, il sait que le chameau et le dromadaire sont des animaux vertébrés, mammifères, ruminants et sans cornes. Il sait que pape et primat appartiennent à la hiérarchie ecclésiastique relativement à la juridiction, et que évêqucj prêtre et diacre , appartiennent à la hiérarchie d'ordre, etc., etc. De plus il sait que tous les mots qui commencent par am appartiennent à la géographie et en particulier à la géographie civile; que les mots qui commencent par ERUB appartiennent aux animaux vertébrés , mammifères et ruminants sans cornes. Il sait encore que ceux qui commencent par LALGI, signifient parent consanguin , etc. Il faut bien remarquer que cette propriété s'étend absolument à tous les mots de la langue. 11 résulte de là que, quand il connaît la signification d'un mot d'une classe, il connaît approximativement celle de tous les mots de la même classe et les relations qu'ils ont entre eux, soit de supériorité, soit d'infériorité, de dépendance, de proximité, etc. Pour cette raison, celui qui dans cette langue connaît un nombre de mots égal à celui que connaît un enfant de neuf à dix ans , possède par là même (à part de toute autre étude) un nombre incroyable de connaissances coordonnées et analysées sur presque toutes les matières. De plus, il possède

en germe beaucoup d'autres connaissances qu'il développera en se servant de l'ordre alphabétique des lettres (4). Ainsi un enfant ne comprendra pas toute la valeur du mot ERUBÂ (chameau), mais il la trouvera dans le nom même, lorsqu'il acquerra les idées de vie^ d'animal, de vertèbres, de mammifères.

XXXVI. — Cette langue est éminemment philosophique. En abordant cette question, nous devons avertir nos lecteurs que la qualité de langue philosophique convient à celle-ci d'une manière plus exacte et dans un sens plus profond que celui qu'on donne ordinairement à ces mots, quand il s'agit des autres langues. En effet, celle dont nous parlons ne sera pas seulement fondée sur les principes philosophiques d'une gram-

(1) Dans les autres langues , la connaissance du nom d'une chose ne nous donne par elle-même aucune idée de ses qualités, et ne nous sert de rien pour connaître ou pour deviner la signification d'autres mots, si semblables qu'ils soient. Généralement parlant, à peine y a-t>il, dans les autres langues quelques mots qui , semblables dans les lettres , le soient aussi dans leurs significations, excepté les dérivés et les composés. Au contraire, les noms les plus différents ont souvent entre eux un sens presque semblable. Tels sont :

Bœuf, taureau, veau. = Mouton, brebis, agneau. Aïeul, père , fils, frère, oncle, cousin, mari, femme == beau-père, gendre, beau-frère, etc. Les mots dérivés et composés paraissent faire une exception à cette remarque. Mais les anomalies qu'on trouve dans leur formation et dans leur signification sont si nombreuses et si variées, que pour les reconnaître et fixer leur sens, 11 faut très-souvent employer le même travail que pour connaître des mots qui nous sont tout à fait inconnus. (Voyez la note du n« 31.)

74 unfGi» inmmniu.

maire raisonnée, exelaant tonte sorte d^anomalie et tout mélange confus de mots de diverses origines, accumulés sans ordre et sans intelligence ; mais par sa précision , son analyse et sa méthode , elle sera un instrument puissant pour la formation des idées justes, et un moyen efficace pour corriger les idées fausses. Cette manière de nous expliquer ne paraîtra point exagérée à ceux qui ont approfondi la nature des langues, et qui savent que non-seulement elles nous servent d'intermédiaire pour communiquer nos idées; mais qu'elles sont encore les instruments qui nous servent à les former, et par conséquent que le meilleur moyen de se faire des idées vraies ou de rectifier des idées fausses , c'est d'employer une langue précise et analytique.

Une langue bien faîte n'emploiera jamais un mot avec des significations différentes, mais elle attachera à chaque mot sa signification réelle et définitive. De même elle exclura le sens vague et indéterminé de tous ces mots qui, sans changer de signification d'une manière positive, présentent un même objet sous différents aspects, passant de Tyn à l'autre insensiblement et sans pouvoir préciser facilement le point de transition. Dans les deux cas , il y a grand danger d'erreur, parce qu'en employant toujours le même mot, il semble que l'on parle toujours des mêmes objets et sous le même point de vue , et cependant l'un et Tautre ont chan^. De là il résulte qu'il y a deux expressions et deux objets, quand nous croyons quHl n'y

W a qu'un, et par conséquent quatre termes au moins dans le raisonnemept (1 ) ; tandis que le raisonnement, pour être bon, ne doit avoir que trois termes,

(1) Si nous examinons les causes des disputes et de la divergence d'opinions , nou^ verrons que la plus grande partie de nos erreurs naît de ce double sens des mots.

Prenons un exemple. Le mot souveraineté s'emploie an moins dans quatre ou cinq sens différents , et tous très-exacts quand Us sont bien appliqués, liais la confusion de ces différents ^ens est cause d'une foule incroyable d'erreurs, et quelquefois même de crimes atroces, de révolutions ou de réactions épouvantables. Tous ces maux auraient pu étrçi évités en donnant constamment des noms différents à des choses réellement très-distinctes. En effet, la souveraineté ou le ppuvoir suprême reçoit au moins les significations suivantes : la première, le pouvoir suprême exécutif, ordinairement concentré entre les mains du chef de chaque nation; la deuxième, le pouvoir suprême législatif, qui souvent se trouve dans les mains de ce chef, mais presque toujours limité, ou partagé entre les différents corps de l'État; la troisième, le pouvoir suprême constitutionnel délégué, et qui fréquemment est joint au pouvoir législatif, mais toujours avec quelques restrictions tacites ou exprimées, dn moins quant aux bases capitales de la Constitution; la quatrième, le pouvoir suprême fondamental et originaire, que les nations mettent rarement en exercice d*une manière directe, mais que l'on ne peut raisonnablement pas nier, puisque sans lui aucun des autres pouvoirs n'existerait.

Supposons que chacun de ces pouvoirs suprêmes et souverains dans leurs classes eût eu toujours un nom propre et particulier, consacré k le signifier sans jamais le confondre avec aucun des autres : Alors la clarté des idées qui aurait nécessairement résulté d'une distinction nette de ces noms, eût rendu impossibles le$ erreurs qui sont communes aujourd'hui dans des sens si opposés , et que les nations ont expiées d'une manière si cruelle. Alors, on n'aurait point rencontré uu )iomme assez fou , qui eût pu compter parmi les prérogatives essentielles du chef de l'Ëtat, celle de posséder le suprême pouvoir constituant, et encore moins , celle de posséder, comme propre, le pouvoir originaire : personne aussi n'aurait soQgé à attribuer aux particuliers le souverain pouvoir exécutif.

Autre exemple : Le domaine §nr les choses ^^t être : 1* nn demaipe parfait, absolu et indépendant, et ce domaine n'app^ent qu'à Pieu mi ;

76 LAH6UI UHnS&SSLLE.

comme le démontrent les logiciens. Or le caractère spécial de cette langae est de fixer d'une manière positive le sens précis de chaque mot et d'exclure tout sens double, vague et ambigu (1), en le déterminant

I* le baut domaine qu'ont les naUons snr les biens des associés, lorsqu'à est néoeasalf» à leur eonserration, mais tonjonrs d'accord avec les prlnolpea de droit naturel prescrits par le seul maître àlisolu qui est Dieu ; 3» le domaine qu'exevoent les autorités, conformément aux lois et ayec les restricUons que eellee-d posent» comme nous en Toyons un exemple dans les lois d'expropriation : céiui-d découle du précédent ; 4'' le domaine des particuliers sur leurs biens propies, tant qu'ils leur appartiennent; &« le domaine des êtres moraux dont l'existence (je dis l'existence et non la tolérance pour ériter des qoesti<ms controTersées) dépend ^ la loi ; supposant toujours que cette U^, comme toute autre, doit être ^'accord avec les principes de la loi naturelle. On pourrait dire la même ijlioae des mots drotl, l^gtltatite, pevple, et de mille autres qui, employés dans des sens dilTérents, sMit cause dHme foule d'erreurs et de 0iaux qui affligent rbumanité. Me croyei point que les erreurs qui découlât de cette &tale confusion de mots, sTanètent aux matières politiques. fiaoB aurions un tableau bien triste à fUre, si nous parlions des quesUons |,0ygieu8eB qiû se sont compliquées par la même raison et aTcc des résullats tréfr-funestes pour le bien public ; nous nemanquerions pas mm plus de fà\^ ^ ^^^^ ^ médecine, en métapbysique et dans dTautres sdeoces.

jl^ntenant, consnltims les dictionnaires des langues, et nous Terrons I

Que la pl«8 grande partie de leurs mots wit deux, trois, quatre significa- U^mg et même plus, n est rrai que souTcnt le sens se détermine par le |

contexte de la pbrase, ou par d'autres circonstances; mais ces rè^ ^•Int^rétation ne sont pas toujours applicables ni sûres, et il y a une foule de cas où le sens Tague du mot cMiduit à de funestes équivoques. |

Il se troure la cause la plus générale de toutes les erreurs, comme Tout y^^giaMué quelques écriTains qui ont traité cette matière ayec beau- I

de tact Ne conclur»4-on pas le besoin de former^une langue univer^ qui , basée sur des principes pbilosopbiques , posséder^t l'inap- «rtciaWe atantage de n'employer aucun mot dans un sens double? ^Tyexclusion absolue de toute ambiguïté dans le sois des mots sup- ,

li une perfection dans les idées et dans leur formation, laquelle est in- !

compatible avec l'imperfecUi» de nos facultés et de nos moyens de com. j

LANGUE UNiyERSKLLB. 77

par un moyen sensible, sûr et analytique, comme est l'ordre alphabétique de toutes ses lettres.

Par cette raison, plusieurs personnes très-intelligentes, après un long examen de ce projet, lui ont reconnu plus de valeur comme instrument pour analyser, classer et fixer les principes des sciences, pour rectifier le jugement, pour donner une méthode à l'enseignement et pour faciliter les études, que comme un moyen de communication entre les savants de tous les peuples (1 ).

muniquer nos idées aux autres. On peut cependant améliorer beaucoup ce point très-important ; et ceux qui connaissent Taction et la réaction entre les idées et les signes , entre les langues et les progrès des sciences, reconnaissent les avantages incalculables qui résulteraient d'une lanrae vraiment philosophique.

(1) Le caractère philosophique de la langue recevrait une amélioration importante, si l'on adoptait un système plus large de ponctuation, qui contribuerait à rendre la phrase plus claire, et à mieux désigner la liaison et la relation des idées, et par conséquent à diriger le jugement, comme on l'indique au n" 27 de ce Projet.

Il y a des personnes qui espèrent qu'une langue perfectionnée pourra devenir la langue caractéristique que cherchait Leibnitz, comme un moyen efficace d'invention et comme une règle sûre pour diriger notre jugement dans toutes les sciences, avec la même exactitude et la même force démonstrative que dans les mathématiques. Le moyen de réaliser cette pensée est d'avoir des signes aussi fixes et aussi exacts dans leur signification que le sont les signes arithmétiques et algébriques.

Cette espérance, quelque flatteuse qu'elle soit, nous parait exagérée et Illusoire. Vexactitude des sciences mathématiques a pour base l'idée parfaite de l'unité et de toutes ses modifications. En supposant cette perfection absolue , on a pu inventer des signes également parfaits , et nous les trouvons par bonheur dans les chiffres arabes. En effet , nous pouvons exprimer exactement par le calcul et le raisonnement les nuances les plus insaisissables et qui surpassent l'imagination humaine ,

IS LâMWI

XXXVII. — De Finfluence udnuàre de cette langue pour la manière de raUonner dont toutet lessciencen. En admettant la doctrine exposée dans le noméro précédent, il est impossible de ne pas reconnaître Tavantage qne nous venons d'indiquer; car il en est la conséquence nécessaire. Cet avantage est d'une importance incalculable, tant pour les progrès matériels de la société que pour ses progrès scientifiques» Il est impossible , en effet , de s'accoutumer à parler et à !

raisonner dans une langue essentiellement analytique '

et philosophique, sans acquérir Thabitude d'un rai- i

sonnement exact sur toute sorte de matière (4}. ;

oomme par exemple : une fractlim quadrillionième et d'antres infiniment pins petites. C'est pourquoi on a pn simplifier et améliorer les calcnls an •moyen de signes algébriques, sans que pour cela leur exactitude en sonfiîre. Mais dans les antres sciences , nous n'avons ni ne pouvons avoir aucune base qui participe de cette parfaite exactitude qui appartient à l'idée de i'onité, et qui puisse nous guider sûrement dans les conséquences les plus éloignées. 11 s'ensuit donc que ne pouvant avoir une exactitude parfaite dans les idées , nous ne pouvons non plus l'avoir dans les signes, selon ce que nous avons indiqué dans la note de la page 76.

Mais cette impossibilité, loin de nous décourager, doit an omtraire stimuler nos efforts pour approcher de la perfection du langage ; car, s'il ne nous est pas donné d'atteindre le dernier degré de perfection , le champ du moins reste toujours ouvert pour travailler, et à force de constance, nos travaux pourront être couronnés de succès.

(1) 11 ne faut pas croire que nous nous fassions illusion sur cette langue, et que nous pensions que par son exactitude philosophique elle pourra remédier à tous les abus qui naissent du langage, ou prévenir tous les égarements de la raison. Ennemi par caractère et par conviction de toute idée exagérée, rarement nous adoptons sans restriction les propositions trop générales, et surtout celles qui supposent une perfection dans les cboses humaines. Par conséquent, on doit entendre nos propositions, non

LANGUE UNIYElISBtLK. 7^

Nous ajouterons la remarque saivante : les ll*avau4 pré|)aratoires pour la formation de cette langue se-" ront très-utiles pour les sciences, car ils demandent une grande précision dans l'analyse de tous leurs détails. Cette précision une fois obtenue et fixée par les noms mêmes des objets, deviendra une acquisition trèsimportante pour les progrès scientifique^ , dont on pourra profiter sans travail et sans étude. Voyez un exemple remarquable aU deuxième appendice.

XXXVIIL — Singuliers avantages de ses dictionnaires» Les dictionnaires de toutes les langues connues ont beaucoup d'importance et sont absolument nécessaires pour le but auquel ils sont destinés ; mais leur lecture et leur étude spéciale pour apprendre une science quelconque deviendrait aussi ennuyeuse qu'inutile. Au contraire la lecture des dictionnaires de la langue que nous proposons, non-seulement serait plus utile et plus agréable, mais encore bien plus im-

dans le sens absolu de perfection de cette langue , mais dans le sens comparatif par rapport aux autres langues, qui ne sont ordinairement formées que par le concours fortuit de causes hétérogènes.

Nous avons fait cette remarque pour prévenir les fausses interprétations et les satires mordantes de ceux qui se plaisent à exagérer les doctrines des autres (peut-être parce qu'ils ne les comprennent pas), et qui croient obtenir un grand triomphe en combattant des fantômes qui n'existent que dans leur imagination. Espérons que nos lecteurs procéderont avec plus de bonne foi et de discernement , et que, s'ils n'approuvent pas nos idées, ils se contenteront de les attaquer telles qu'elles sont, sans les défigurer pour pouvoir plus facilement les tourner en ridicule.

80 LAIIGIJB OlirrSKSBLLI.

portante ponr faciliter rétode de tontes les sciences, et pour répandre TinstmcUon et les lumières dans toutes les classes de la société.

Cette vérité sera palpable dès le jour où sera formé le dictionnaire; mais il est très-difficile de la faire sentir avant sa réalisation. En attendant, nous allons indiquer notre pensée. On peut distinguer trois sortes de dictionnaires : Tun, qui n'est qu'un compend&um^ Tautre, qui sera le dictionnaire ordinaire, et le troisième, beaucoup plus développé, contenant les définitions et les observations nécessaires. Le premier, étant ce que Ton appelle un dictionnaire de poche, sera comme une espèce de résumé méthodique et coordonné des points les plus importants de chaque science, de chaque art, et de chacune de leurs parties , ce qui est d'une grande utilité, soit pour se rappeler soit poub acquérir une connaissance moyenne de ces mêmes sciences. Le second dictionnaire servira de répertoire plus abondant, où nous trouverons les mêmes connaissances établies dans le même ordre, avec la même clarté, mais aussi plus dévdoppées. Le 3* dictionnaire présentera les plus grands avantages : ce sera comme une encyclopédie peu volumineuse et pourtant plus complète que toutes les encyclopédies connues; puisqu'il comprendra, sinon tout ce qu'il faut savoir dans les sciences, du moins leurs parties les plus importantes.

En ^et, d'après ce que nous avons dit au n* 35, chaque mot est une définition qui comprend, d'après

Tordre alphabétique des lettres, 1** les classes supérieures et inférieures auxquelles appartient l'objet signifié ; 2"" le genre le plus prochain où il pourra se confondre encore avec d'autres objets; 3^ la différence spécifique exprimée par la dernière lettre radicale (1 ) qui lui donnera sa signification positive. Ainsi dans ce grand dictionnaire, à mesure que l'on changera les lettres radicales dans les mots, on indiquera quelles sont les idées qui distinguent ce mot du mot précédent , et on y ajoutera les explications nécessaires pour avoir une connaissance assez claire de l'objet (2).

(1) Nous appelons lettres radicales celles qui déterminent et fixent les objets et les choses dont on parle , pour les distinguer des lettres granv' maticales qui font connaître la qualité des différentes parties du discours , comme le usbstantif, Tadjectif, le verbe, la préposition, etc., les accidents de déclinaison et de conjugaison , etc., et les signes de composition ou de dérivation, etc.

(2) Ainsi, par exemple, à l'occasion de l'A Initial, destiné pour les corps en général , on donnera une idée de ce qu'ils sont , et de ce qui appelle plus particulièrement Tattention sur eux.

A l'occasion de l'initiale ABA ( corps simple ) on expliquera ce qui le constitue tel qu'il est, en indiquant ses circonstances les plus importantes , par exemple : que chaque jour on en découvre d'autres, et que leur nombre pourra diminuer, si l'on trouve des moyens de les décomposer.

A l'occasion de VE initial , on donnera une idée de ce qu'est la vie soit végétale, soit animale.

A Toccasion des initiales EC on signalera les caractères de la vie végétale, et dans les initiales EM ceux de la vie animale. Aux initiales ER on expliquera ce qui caractérise en général un être animal , comme anssi ce qui en fait un vertébré.— Aux initiales ERA on expliquera ce qui constitue la classe générale des mammifères , et en particulier celle des quadrumanes. C'est ainsi que l'on procédera dans toute matière.

Uk!<(litl DinTnSILUI.

Page 1