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CHAPITRE

HARMONIE DE CETTE LANGUE *. VARIÉTÉ DANS SES MOTS ET DANS SES TOURNURES DE PHRASES.

XLV. — Harmonie dans la combinaison de ses lettres. En étudiant les langues des diverses nations, il est facile de remarquer qu'il y en a plusieurs qui deviennent dures et difficiles à prononcer, à cause du grand nombre de consonnes qu'elles emploient et de la combinaison de ces consonnes. Il y en a d'autres dans lesquelles les voyelles sont trop multipliées, ce qui rend la prononciation molle, traînante et peu agréable. Le hasard qui a présidé à leur formation , ou au moins à leur progrès, a dû produire de semblables résultats. Mais la langue du Projet, ayant été formée d'après une pensée fixe, et n'ayant rien à accorder à l'étymologie, ni à aucun autre précédent, on a pu en choisir tous les mots à son gré, mêler avec opportunité les consonnes et les voyelles, éviter ainsi toute prononciation désagréable, et rendre par conséquent cette langue douce et harmonieuse. Qu'on consulte l'essai du Dictionnaire, et l'on verra combien tous les mots sont aisés à prononcer.

On fera peut-être une objection , tirée de ce que nous avons établi dans plusieurs numéros sur les diphthongues et quatripbthongues, qu'on pourra em-

ployer pour donner une très-grande latitude à la langue. Mais il est facile de remarquer 1* que cela n'a lieu que pour quel(}ues cas, oh les règles établies ne permettent d'employer que des monosyllabes ; 2** que noiis ne l'avons admis que pour des cas extraordinaires et imprévus, et pour prouver combien il est facile de satisfaire dans cette langue à tous les besoins que les progrès des connaissances pourront multiplier d'une manière indéfinie ; 3** que même dans ces cas si rares, l'interposition de Vh plus ou moins aspiré à volonté remédie à tout inconvénient.

XLVI. — Latitude dans C inversion des mots. Cette latitude ne peut être établie maintenant d'une manière définitive. Elle ne sera pas décidée par des règles établies d'avance , mais par les tournures qu'adopteront les hommes de génie , de bon goût et d'une oreille délicate. Cependant nous ne craignons pas de donner à cette langue la préférence sous ce rapport, puisqu'elle réunit deux avantages qui auront une très-grande influence.

D'abord les mots ont d'eux-mêmes un emploi grammatical si déterminé dans la phrase et un sens si fixe, que ni l'un ni l'autre n'admette d'erreur. La langue latine, par exemple, doit sa grande liberté d'inversion principalement à sa supériorité sur les langues française, espagnole, italienne et autres par son mode de déclinaison : mais elle ne surpasse la langue du projet qu*à J'égard de l'ablatif; tandis que celle-ci

l'emporte sur le latin, parce qu'elle peut placer le monosyllabe qai caractérise la déclinaison avant ou après le substantif (1). De plus, on possède toujours cet immense avantage qu'aucun mot ne peut ni se confondre avec un autre, ni avoir divers sens capables de rendre la pensée ambiguë.

Le second avantage qui a une influence remarquable dans les inversions d'une langue , c'est que des tommes de génie, de bon goât et d'une oreille délicate, adaptent Tinversion aux divers genres de style , et'lui donnent la latitude la plus convenable à chacun d'eux. Personne ne niera la supériorité qu'offre sur ce point une langue universelle, qui servirait de véhicule pour communiquer les connaissances scientifiques parmi tous les savants de l'univers. Car ces savants doivent l'emporter par leur nombre et par leur mérite sur ceux qui auraient pu ou qui pourraient par la

(1) Toujours ami de la vérité etâe l'exactitude, nous avouons qu'il y a un cas dans lequel la langue latine, et quelquefois la castillane, la française, ntalienne et autres, l'emportent pour Tinversion sur celle de notre Projet. Ce cas consiste à changer les terminaisons des adjectifs, suivant le genre du substantif auquel ils se rapportent, ce qui peut quelquefois faciliter les inversions. Mais en réfléchissant, on reconnaîtra que ce léger avantage sur ce seul point ne peut se comparer avec les autres, qui sont généraux et applicables à toutes les circonstances dans lesquelles il ne peut jamais résulter d'erreur sur aucun mot ; ni sur son caractère grammatical de substantif, adjectif, verbe, adverbe, préposition, conjonction, etc. ; ni sur ses circonstances dénombre, de cas, de mode, de temps ou personne; ni sur sa signification, quelle que soit la place qu'on désire lui donner dans la phrase.

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suite éclairer et améliorer toute autre langue particulière.

XL VIL — Nombre des variations grammaticales. 1° Dans la déclinaison, en mettant les monosyllabes /a, fe, /i, /o, lu avant ou après le substantif. Exemple : loNabe ou Nabeb (de Dieu, au génitif); le acuban on acubanle (beau, à Faccusatif). 2* Dans les adjectifs pris substantivement : un acuban ou acubaun (le beau). 3° Dans Tarticle : il la Nabe, il Nabela, lai Nabe, Nabêlai lo Israël (le Dieu d'Israël, au nominatif). 4* Dans les conjugaisons en ajoutant une syllabe qui commencerait par B. Exemples : IJcerarde, ou ucerardebi, ucerardebuy etc., etc. (Voir le n° 44). 5° Dans les prépositions , conjonctions , modificatifs , et même dans les mots techniques, métaphoriques et diphthongues J monosyllabes, en plaçant après le mot ces monosyl-

i labes avec un trait d'union : Fie Nabe {cum Deo) ou

^ Nabe-fle.

XLVIII. — Deux ou plusieurs noms signifiant la même chose (1 ). Tels sont :

(1) L'inconyénient que nous avons remarqué comme très-grave et trèsfréquent dans presque tous les mots de beaucoup de langues , ne consiste pas en ce qu'une chose ait beaucoup de noms ; puisque cela donne de la richesse, de la variété et des moyens d'éviter la cacophonie, n consiste, premièrement, en ce que chaque mot a ordinairement deux, trois, quatre sens et même plus ; et en second lieu, en ce que les changements que reçoivent les mots par tant de déclinaisons et conjugai-

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1* Les noms d'objets qui par leurs qualités ou circonstances diverses appartiennent à différentes classes et sections du Dictionnaire, et qui, pour la même raison, peuvent avoir un nom dans chacune d'elles. Exemples : oignons^ aulx, poires, etc., doivent avoir des noms dans les sections de végétaux : huile , vin , dans les liquides; poissonsj huîtres, etc., dans les animaux, et ils peuvent tous en avoir un autre dans les aliments.

2"* Beaucoup d'objets sont compris sous un nom générique et ont de plus un nom spécial. Ainsi, ville, frégate, sergent, diacre, etc., sont des noms spéciaux des génériques population, embarcation, militaire, ecclésiastique, etc. ; et on pourrait employer ces derniers, lorsqu'il ne sera pas nécessaire de spécifier davantage le sens. A cette classe peuvent se rapporter les noms qui sans aucune variation ont un sens trèsgénéral , et appartiennent pour ce motif à une section, par exemple, à celle d'instruments, de figures ou autres qualités générales; et ils ont encore ua

sons, souvent irrégalières , font que beaucoup de substantifs , adjectifs et verbes se confondent sans cesse entre eux , et avec les adverbes ou avec les prépositions, conjonctions et pronoms. Il résulte de là un travail très-grand et très-aride pour l'étude de la langue, et, ce qui est pis , un danger continuel de confondre le sens des mots et de tomber dans de graves erreurs. La plupart des mots qu'admet, pour exprimer une chose, la langue projetée et desquels nous allons nous occuper, ont tous les avantages ci-dessus mentionnés, sans aucun des inconvénients; puisque aucun mot ne peut avoir plusieurs sens, ni se confondre avec un autre dans sa construction grammaticale.

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pas répéter les mêmes réQexioos, uous renvoyons au n^ 28(1).

L. — Autres avantages de la langue. Nous ne parlerons pas des avantages indiqués dans T Introduction à ce Projet, puisquMls conviendraient à toute langue, quelles que fussent ses qualités , si elle était universelle. Nous pouvons cependant remarquer que ces avantages s'appliquent plus particulièrement à cette langue qu'à toute autre , à cause de la plus grande facilité qu'elle donne pour les obtenir.

Presque toutes les personnes qui ont, tant soit peu, réfléchi sur la formation de cette langue, ont été frappées de l'appui extraordinaire que la mémoire y trouve pour se rappeler, soit les noms des objets qu'on veut exprimer, soit la signification des mots. Dans le troisième Appendice, on voit la preuve la plus éclatante de l'incroyable facilité qu'offre l'ordre alphabétique, qui est la base de cette langue, pour diriger et soutenir la mémoire des noms et de leur signification. On y présente l'exemple d'une nomenclature appliquée à une armée d'après cet ordre, et Ton voit clairement qu'on peut apprendre dans une heure les

(1) Nous recommandons aussi beaucoup, comme nous Tavons déjà fait au n** 28, la parcimonie et la réserve avec lesquelles on doit procéder dans remploi de ces licences, plus portés à les diminuer qu'à les prodiguer ; particulièrement quelques-unes d'elles, dans lesquelles on découvre aisément une insupportable affectation, quand on les applique avec légèreté on avec excès.

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noms militaires de plus de six millions de personnes. Cet exemple ne peut être appliqué dans tous les cas d'une manière si étonnante; mais on peut l'appliquer toujours dans une proportion de laquelle n'approche aucune autre langue dans aucune matière. Nous exceptons cependant le langage arithmétique, qui fixe les nombres dans une proportion beaucoup plus élevée. Mais cette langue possède encore un autre avantage qui , à notre avis, est plus important que tous les autres : c'est celui de favoriser puissamment la civilisation et la conversion au christianisme des nations les plus barbares. Il y a sans doute de nombreux obstacles à vaincre pour obtenir des résultats si heureux ; mais ils seraient bien plus aisément aplanis, si on parlait à ces peuples un idiome qu'ils pussent comprendre, parler, lire et même écrire avec facilité. C'est un sujet dont nous nous sommes entretenus avec plusieurs personnes, qui se sont trouvées en rapport avec des tribus sauvages, et elles ont reconnu que la langue de notre Projet, qui offre tous ces avantages, serait un moyen très-efticace pour obtenir la civilisation et la conversion de ces peuples.

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AMÉUORATIOBS DE LA LUGOB PEOJBTÉE.

LI. — Parmi les améliorations sur lesquelles nous pouvons et nous devons compter pour rendre justice à cette langue, sont comprises les diverses classifications que nous avons indiquées pour la nomenclature dans plusieurs sections du Dictionnaire. Nos connaissances insuffisantes sur bien des points de la science nous empêchent de faire nous-mêmes ces classifications avec leurs détails : nous en réservons la formation aux personnes compétentes. Pour les préparer elles ne rencontreront aucune difficulté , et il leur suffira de choisir la classification scientifique qui paraîtra plus naturelle et plus simple , puisque la section , qui correspond à ces matières dans Tordre alphabétique du Dictionnaire , est déjà marquée.

A ces classifications appartiennent celles des trois règnes de l'histoire naturelle (sections AR, AS et AT, — EF et EL, ER et ES) ; celle des maladies (IR) ; des instruments de chirurgie (IS) ; des médicaments de pharmacie (IT); deTart vétérinaire (EY); des figures de rhétorique (OP) , et beaucoup d'autres.

Nous avons aussi réservé aux hommes spéciaux dans les autres sciences, les arts et les métiers, la classification de quelques objets particuliers qui

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doivent entrer dans les sections respectives du Dictionnaire commun, parce qu'ils sont d'un usage assez général; cela n'empêche pas qu'on n'en réserve d'autres pour les dictionnaires techniques, parce qu'ils appartiennent presque exclusivement au domaine de ces sciences , de ces arts et de ces métiers. Nous appelons plus particulièrement l'attention de nos lecteurs sur la nomenclature chimique dont on parle dans le deuxième Appendice. Là on pourra connaître les avantages des classifications des choses, appuyées sur des nomenclatures méthodiques, d'après les bases de la langue universelle. Nous ne doutons pas que les savants n'appliquent ces avantages à toutes les matières scientifiques , et même , jusqu'à un certain point, aux matières artistiques et industrielles (1), ce qui épargnera beaucoup de temps et de travail et facilitera les progrès dans toute espèce de connaissances. Ceux qui ont réfléchi sur l'action et la réaction continuelles des idées et de

(1) Si le temps nous le permet, nous ferons quelques essais sur ce sujet. Nous reconnaissons bien qu'ils se ressentiront du défaut de connaissances nécessaires pour leur donner Texactitude la plus convenable ; mais nous espérons que ces mêmes fautes exciteront le zèle d'autres savants pour améliorer et perfectionner ces essais. Puisque nous avons affronté, pleinement convaincus de notre insuffisance, l'essai du Dictionnaire en entier, disposés à recevoir avec résignation , et même avec reconnaissance, les justes critiques sur ses défauts, sur ses fautes graves et peut-être sur les contradictions qui nous auront échappé dans un si grand nombre de détails , nous ne chercherons pas à éviter celles qui nous surviendront dans nos nouveaux travaux.

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leurs signes 9 et par conséquent des langues et des progrès scientifiques, reconnaissent les avantages incalculables qui pourraient résulter d'une langue véritablement philosophique.

LIL — Améliorations que nous ne pouvons pas spécifier aujourd'hui j mais qui seront infailliblement trés-nombreuses et très-importantes. Pour se convaincre de la vérité de ce que nous annonçons, il suffit de faire la réflexion suivante : ce projet est si vaste qu'il s'étend à tout ce qui peut être l'objet du langage humain sous tous ses rapports, en tout temps et en tout pays. Néanmoins c'est le résultat des travaux d'un seul homme de peu de connaissances, de médiocre capacité, et qui à l'âge de soixante ans n'avait pas eu seulement l'idée de s'occuper de cette matière. De plus, même depuis qu'il s'en occupe, des travaux sérieux lui enlèvent plus de la moitié du temps. D'un autre côté, il a complètement manqué des ressources et des secours qui lui eussent rendu facile la formation du Projet; il a eu seulement pour boussole l'idée primitive, qui fut pour lui comme une inspiration qui l'a constamment guidé dans le développement du Projet. Ce serait une espèce de prodige qu'il eût réussi à trouver ce qu'il y a de mieux dans une seule section, il serait donc bien plus étonnant qu'il eût réussi dans les innombrables détails qu'embrasse le Projet.

Oui ; il ne faut pas en douter : un projet si important subira sans doute un examen consciencieux de

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la part des hommes savants et spéciaux dans les sciences , les arts et les industries. Cela nous parait immanquable, puisqu'ils sont tous très-intéressés à avoir de bonnes nomenclatures pour toutes les connaissances dont ils s'occupent, parce que c'est une condition essentielle du Projet de procéder toujours par les mêmes principes et par une application uniforme vdans tous ses détails. Aussi nous croyons que dans aucune matière on puisse appliquer plus à propos que dans celle-ci le principe vulgaire : Facilius est inventis addere , et ea perficere. Gomment donc pourrait-on soutenir que tant de lumières accumulées n'amélioreront pas le Projet dans toutes ses applications, et ne trouveront pas des ressources pour aplanir les difficultés qui peuvent survenir!

Cette réflexion si simple et si convaincante par elle-même, a pour nous une force irrésistible basée sur une longue expérience. Il serait impossible d'offrir le tableau des modifications et des améliorations que le Projet a subies dans le cours de nos travaux ; mais nous pouvons assurer qu'il s'est à peine écoulé une semaine sans amélioration nouvelle. On peut donc regarder comme certain que le monde scientifique, en travaillant avec ardeur sur un sujet de si haute importance , élèvera cette langue au degré de perfection que réclament les intérêts de la science, de l'humanité, de la morale et de la religion.

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